Archives de catégorie : Relation d’aide

Accompagner la liberté

Plaidoyer pour la personne hospitalisée

Il est devenu courant aujourd’hui, dans le contexte de la relation d’aide (et plus particulièrement dans celui de l’accompagnement des personnes en fin de vie) de penser que l’on « accompagne la vie » et de l’énoncer un peu à la manière d’une profession de foi.

Croire qu’il « accompagne la vie » et non pas « la vie d’un patient particulier », permet à un médecin comme à un soignant de mettre en place toute procédure de soin qu’il croit bonne pour son patient sans avoir à lui demander son avis.

Continuer la lecture

Vivre heureux avec Alzheimer ?

« Un patient Alzheimer, ce n’est pas forcément un patient grabataire au fond de son lit, c’est un patient qui au début a quelques troubles et qu’il va falloir accompagner tout au long de l’évolution de cette maladie… Ce qui me semble important, c’est de proposer différentes actions thérapeutiques, médicamenteuses ou non, pour vivre malgré tout avec cette maladie. »

Docteur Drunat.

« Ne pas regarder sans cesse ce que l’on perd ou a perdu, mais ce qu’il nous reste de capacité, d’intelligence ou de sensibilité… et il n’y a qu’ainsi que la maladie peut être supportée et la vie continuer d’être vécue, avec le but de faire de chaque instant un moment important. »

Claude Couturier (patient Alzheimer.)

Regard et parole fondamentalement « révolutionnaires » sur l’accompagnement d’un malade atteint d’Alzheimer, le livre de Colette Roumanoff Le bonheur plus fort que l’oubli donne des pistes précises pour qui veut éviter « les mille et une manières d’aggraver la maladie » (titre du chapitre 6) et au contraire apprendre « les mille et une manières d’améliorer le quotidien » (titre du chapitre 10).

Continuer la lecture

Traumatisme et présence

Comment s’y prendre avec une personne victime d’un traumatisme ?

Ou comprendre le fonctionnement du traumatisme pour respecter et entrer en relation avec les personnes qui en sont victimes.

Il faudrait agir avec une personne traumatisée comme nous ferions avec une personne blessée, or le plus souvent, le traumatisme ne se voit pas.

« L’amour n’est pas une valeur, mais justement ce qui nous délivre de toute évaluation. La mise en présence la plus pure. »

Fabrice Midal[2]

Question de Daniel :

Je suis le conjoint d’une femme victime d’un viol alors qu’elle avait 16 ans (elle en a aujourd’hui 37). Elle me l’a dit dès notre rencontre il y a 9 ans mais a quitté la phase de déni des conséquences de ce traumatisme depuis seulement quelques mois. Et 20 ans de silence ont gravé beaucoup de choses. Son évolution est très très lente et la honte et la culpabilité sont très présentes. Nous sommes encore loin de l’acceptation, et je ne parle pas de guérison pour le moment. J’éprouve beaucoup de difficultés à l’aider correctement et je suis très souvent maladroit face à des attaques qui ne me sont pas destinées, mais sont dirigées vers moi, au quotidien.

En lisant votre article : « Comment gérer l’agressivité et la violence dans la relation d’aide ? » je me suis reconnu dans les attitudes qui provoquent le conflit et enveniment ces situations.

En tant que thérapeute, considérez-vous que je puisse m’appuyer sur vos travaux concernant les personnels médicaux pour tenter de trouver des éléments de réponse et réussir, un jour, à avoir l’attitude juste face à cette situation ?

Merci d’avance pour votre attention.

Continuer la lecture

Manager avec bienveillance

Le risque du manager en établissement de santé : ne pas savoir s’y prendre avec ses collaborateurs et induire la maltraitance.

Contribution à une pédagogie de la relation interpersonnelle du management.

Et plus généralement… apprendre à entrer en relation avec l’autre.

« Lorsque quelqu’un te met en colère, sache que c’est ton jugement qui te met en colère. »

Epictète, (philosophe grec, stoïcien, 1er siècle avant J-C.)

 

Dans ma pratique d’accompagnement des personnes soignantes, il m’a été maintes fois donné de constater les dysfonctionnements de tel ou tel service et de découvrir que 9 fois sur 10, ils avaient pour cause une mauvaise communication interpersonnelle.

Soit le personnel considérait son supérieur hiérarchique comme une « peau de vache » à l’autorité cassante et incapable d’écoute, soit comme trop laxiste, incapable de faire respecter une consigne, donc de gérer son équipe.

Lorsque j’anime des groupes composés de cadres infirmiers, les difficultés qu’ils expriment découlent de ce dont se plaint le personnel : consignes pas ou mal respectées par certains qui ne supportent pas les remarques, se rebiffent agressivement ou se réfugient dans un rôle de victime avec mises en maladie à répétition ou tentatives de chantage à peine déguisées.

Il arrive aussi qu’un service fonctionne bien : personnel enthousiaste, ambiance positive, gestion saine des conflits. En y regardant de près, on se rend compte que le responsable de ce service sait gérer son équipe, c’est-à-dire l’ensemble des relations humaines qui la composent. En fait, il sait écouter son personnel et faire des remarques à l’un ou l’autre sans qu’ils se sentent agressés ou blessés, il sait communiquer.

Nous allons donc réfléchir à ce que nous appellerons l’art d’une « pédagogie de la relation » en nous demandant :

  • Quelles sont les remarques qui sont inacceptables pour la plupart d’entre nous et pourquoi ?
  • Quelles sont les remarques qui – bien qu’elles soient audibles – sont nuisibles à la communication interpersonnelle et pourquoi ?
  • Comment est-il possible de formuler une remarque de telle manière qu’elle soit entendue et acceptée ?

Continuer la lecture

à propos de la compassion

« Il nous faut apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons périr ensemble comme des imbéciles. » Martin Luther King.

« L’autre est mon aventure. Prendre le risque de l’autre. » Yvan Amar.

« Aimer quelqu’un, c’est lui donner de l’importance à ses propres yeux, l’aider à croire en lui-même. » Victor Hugo.

« Le monde souffre et c’est mon problème. » Un Sâdhu.

S’il vous arrive de vous interroger sur :

  • Comment oser sortir de son terrier ?
  • Comment replacer l’humain au cœur de la société ?

Continuer la lecture

Doit-on écouter les personnes qui nous disent qu’elles ont été abusées sexuellement ?

« Dès lors que l’on se présente uniquement en thérapeute face à un autre être humain, on perd déjà la moitié de son humanité. »

Edward Podvoll (psychiatre et psychanalyste qui révolutionna l’accueil et le traitement des personnes psychotiques à travers le projet Windhorse.)

Récemment, alors que j’animais une formation sur la relation soignant / soigné, auprès d’infirmières d’un centre hospitalier de l’est de la France, alors que nous réfléchissions ensemble sur la manière d’entrer en relation avec des personnes traumatisées, l’une d’entre elles est intervenue pour dire qu’il ne fallait pas exagérer et que les abus sexuels dont les enfants étaient victimes ne laissaient généralement pas de traces dans leur vie ultérieure.

Choqué par son affirmation, selon moi, non fondée, je lui ai demandé ce qui lui permettait d’être si certaine de ce qu’elle affirmait. Elle m’a répondu qu’elle avait entendu dire cela récemment à la télé par un psychiatre renommé dont elle avait oublié le nom.

Après quelques recherches sur internet, j’ai découvert que le pédopsychiatre en question s’appelait Marcel Rufo, qu’il était auteur de nombreux ouvrages consacrés à l’enfance et avait en effet tenu des propos plus que suspects dans l’émission de télévision « Allo Rufo » du 3 décembre 2012, diffusée sur France 5. Il s’agit d’une émission quotidienne de 6 minutes, dans laquelle il répond aux questions des auditeurs, « sans aucun tabou », est-il précisé.

Continuer la lecture

Aider les aidants. Pourquoi ? Comment ?

On estime que dans 80% des accidents d’avion, les pilotes commettent des erreurs qui auraient pu être évitées, surtout si l’équipage avait travaillé en meilleure harmonie. Aujourd’hui la formation des pilotes, outre ses aspects techniques, insiste donc sur l’importance du travail en équipe, sur la nécessité d’écouter les autres et de dire ce que l’on pense, en d’autres termes sur le b.a.-ba de l’intelligence sociale et de la maîtrise de soi.
Des découvertes récentes ont en effet clairement montré que le système nerveux joue un rôle essentiel dans le fonctionnement du système immunitaire, autrement dit que de mieux maîtriser nos sentiments négatifs contribue à prévenir la maladie.

Le monde médical commence donc, lui aussi, à s’apercevoir qu’en prenant en compte la détresse émotionnelle du patient on réalise des économies.

Or si l’aidant – celui-là même qui est chargé d’accompagner – est encombré de ses propres difficultés, il ne verra pas les difficultés de son équipe et il se tiendra à distance de celles de ceux qu’il se propose d’accompagner, sous peine de raviver les siennes et de risquer de s’y perdre.

Continuer la lecture

Pourquoi doit-on communiquer avec les personnes en état végétatif ?

Est-ce juste de les considérer comme des « légumes » ?

Les séquelles de certains traumatismes crâniens comme de certaines défaillances cardiaques graves peuvent mener au coma, (du grec κῶμα/kôma qui signifie « sommeil profond »), qui est défini comme une abolition de la conscience et de la vigilance, non réversible par les stimulations, alors même que les fonctions végétatives (par définition les fonctions physiologiques indépendantes de la volonté comme la respiration, la digestion ou la circulation sanguine), sont plus ou moins bien conservées.

C’est ainsi qu’on parle d’EVC (Etat Végétatif Chronique) lorsque l’état végétatif persiste plus de 12 à 18 mois.

On estime que les personnes en EVC :

  • ne témoignent à l’évidence d’aucune conscience d’elles-mêmes ou de leur environnement ;
  • ne présentent aucun signe de compréhension ou d’expression du langage ;
  • n’offrent aucune réponse significative aux stimulations.

On parle plus spécifiquement d’EPR (Etat Pauci Relationnel, du latin « pauci » peu), lorsque ces personnes répondent seulement à quelques stimulations.

Plus l’état végétatif dure longtemps, plus les chances d’une évolution vers un retour à la conscience normale deviennent minimes, même si on a pu exceptionnellement observer des éveils chez des patients qui étaient en état végétatif depuis plus de 18 mois, (une quinzaine de cas seulement auraient été mentionnés dans les revues scientifiques), comme celui du jeune américain Terry Wallis qui est sorti du coma après 19 ans de soins de nursing.

Alors, les personnes en EVC sont-elles des « légumes » ?

Continuer la lecture

L’identification dans la relation d’aide

« Ce n’est pas tant l’aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide. »

Epicure.

Question de Marie-Claude :

Assistante de Travail Social, en Bourgogne.

Je suis « aidante » dans un groupe de femmes qui sont dans une démarche de trouver le chemin de l’abstinence par rapport à l’alcool. Depuis trois séances, une jeune femme de 33 ans, maman de cinq enfants, n’arrive pas à supporter que ses enfants et son mari ne lui fassent plus confiance. Ils la surveillent en permanence, fouillent dans son sac à main, ont mis des mouchards sur son ordinateur… ils ne la croient pas, quand elle dit ne pas avoir bu alors que cela était vrai et à cause de cela, elle vient de replonger. Elle dit avoir confiance en moi car je ne la juge pas. Je me rends disponible pour elle et je pense être bienveillante car je l’écoute (j’ai fait une formation « Approche Centrée sur la Personne » (1), mais je me sens démunie…

Ma réponse :

Continuer la lecture

La juste relation d’accompagnement

(ou comment dépasser ses craintes et ses méfiances pour accompagner l’autre)

“Accompagner quelqu’un, c’est se placer ni devant, ni derrière, ni à la place. C’est être à côté.”

Joseph Templier.

Trouver le juste équilibre face à celui que nous nous proposons d’accompagner n’est pas toujours facile.

Même si un dicton de notre culture nous rappelle que « la peur est mauvaise conseillère », nos méfiances comme nos craintes peuvent nous sembler légitimes dans le contexte d’aidés trop entreprenants ou agressifs.

En fait, il existe deux risques, deux écueils pour l’aidant dans la relation d’accompagnement :

  • Etre dans l’affectif (souvent dans la sympathie et la pitié pour l’autre), donc dans la confusion entre lui et nous.
  • Etre distant, se protéger, donc prendre le risque que celui que nous nous proposons d’accompagner rompe sa relation à nous.

Pour pouvoir « garder notre équilibre » dans une relation d’accompagnement, nous avons tous personnellement besoin de « nous situer » par rapport à celui que nous accompagnons.

Continuer la lecture

Prendre soin de soi pour aider l’autre

“Aider c’est être, ce n’est pas vouloir.”

Daniel Morin.

L’absence de compréhension, comme l’absence de connaissance de soi-même, ne profitent jamais au soignant. Au contraire, ce flou le condamne a toujours devoir répéter les mêmes comportements inadaptés, préjudiciables à la relation d’aide comme à lui-même.

Par contre, un soignant, qui ne serait-ce qu’une seule fois dans son approche de lui-même, a pu comprendre les raisons pour lesquelles il a été amené à avoir tel ou tel comportement inapproprié dans la relation d’aide, a fait naître en lui un espoir inestimable pour lui-même comme pour sa capacité à grandir dans cette relation d’aide.

Cet espoir est palpable parce qu’il est issu de l’expérience de sa pratique personnelle. L’expérience personnelle du soignant qui s’aide en se comprenant est la substance même de sa relation d’aide future. C’est parce qu’il a réussi à se comprendre lui-même sans se juger ni culpabiliser qu’il sera capable de comprendre celui qu’il se propose d’aider, sans le juger.

Comprendre ses propres comportements, se les expliquer à soi-même, c’est forger la clé qui ouvrira la serrure de sa possible évolution. A partir de cette compréhension, de cette préhension de lui-même, le soignant va pouvoir se prendre lui-même en charge et devenir peu à peu moins dépendant du comportement des soignés et de ses collègues, devenir plus autonome, c’est à dire plus apte à aider.

Il faut donner aux soignants des espaces pour se comprendre, des espaces pour s’accepter, donc des espaces d’humanité. Créer des moments propices de non-jugement et de confiance dans lesquels ils pourront commencer par s’accepter eux-mêmes en découvrant que leurs attitudes sont « saines » et du côté de la vie.

Sans ces moments, ils risquent de se fermer, de « se blinder », comme ils disent bien souvent. A force d’incompréhension et de meurtrissures, leur désir d’aider les autres s’émousse, leurs cœurs risquent de se fermer pour moins souffrir et c’est dans ce contexte que l’établissement de santé risque de devenir un lieu dans lequel on « répare » plutôt que d’être un lieu dans lequel on « prend soin ».

A partir de la compréhension que l’on a de ses propres comportements, tout reste à faire, mais sans cette compréhension, rien ne peut être fait.

Fournir aux soignants-aidants des lieux d’évolution et de ressourcement, c’est leur fournir la capacité d’aider les autres.

——————————–

UN EXEMPLE DE CE TRAVAIL DE COMPRÉHENSION DE SOI-MEME

DANS UNE RELATION SOIGNANT / CADRE DE SANTÉ

Continuer la lecture

L’infantilisation des personnes âgées ou le parler condescendant

Extraits de deux articles lus sur le blog « Mythe-Alzheimer » : Une autre manière de penser le vieillissement cérébral : pour une approche qui assume la complexité.

——————————

Le soutien social et les interactions sociales influencent de façon fondamentale la qualité de vie des personnes âgées résidant dans une structure d’hébergement à long terme.

Cependant, il apparaît que, trop souvent, ces structures ne répondent pas réellement aux besoins de soutien social des personnes âgées. Par ailleurs, l’analyse de la communication dans les structures d’hébergement révèle une relative absence de conversation, une conversation principalement orientée vers la tâche en cours et un langage qui encourage la dépendance. On observe ainsi assez fréquemment la mise en place d’un style de communication qui a été appelé le parler « personnes âgées » ou le parler condescendant.

En utilisant ce type de parler, les membres du personnel peuvent, sans réellement en prendre conscience, renforcer la dépendance et favoriser l’isolement ainsi que la dépression chez les résidents, ce qui contribue à une spirale de déclin physique, cognitif et fonctionnel.

Continuer la lecture

Pour ne plus avoir peur de la bonté ni de l’impuissance…

« Homo sum : humani nihil a me alienum puto. »

(Je suis homme, rien de ce qui est humain ne m’est étranger.)

Publius Terentius Afer, dit Térence

(auteur latin d’origine berbère, né à Carthage, vers 190 – 159 av. J.C.).

Quand il a peur d’assumer ses valeurs humanistes, quand il finit par « oublier l’homme », l’aidant qui sent que la réponse juste à la détresse de l’autre est de le prendre dans ses bras pour l’étreindre n’ose pas le faire ou, s’il le fait, il pense qu’il doit le cacher.

Plus l’aidant s’endurcit et « se blinde », plus il se sent insatisfait de lui dans son rôle, donc pas à la hauteur humaine de sa tâche.

Il y a encore trop souvent dans le milieu de la relation d’aide une sorte de conformisme qui oblige les aidants à penser qu’ils ne doivent pas se montrer compréhensifs, ou tout du moins à s’en sentir coupables quand ils le sont.

Les aidants ont besoin de prendre confiance en eux-mêmes (et en ce qu’ils sentent juste de faire) donc de savoir qu’ils sont capables d’être plus solides qu’ils ne le pensent. Dans une interview accordée à Fabien Ouaki, le Dalaï-Lama partage : Continuer la lecture