Archives de catégorie : Articles essentiels

Consentement, responsabilité et respect de soi-même

De quoi suis-je responsable dans ma relation à un homme ?

Question posée par Sylvie :

Une de vos réflexions m’a interpellé « Ne pas se remettre en cause puisque c’est toujours de la faute des autres / Réflexion sur notre prétention. »1

Je suis en séparation avec un homme car manque de respect (injures et une violence physique à mon égard…)

Ai-je une responsabilité ?

Mes pistes de réponses :

Être autonome et indépendant, c’est être pleinement responsable de soi-même à 100%, et non pas à 50 / 50, comme nous nous plaisons parfois à le croire si nous ne sommes pas clairs avec nous-mêmes.

Nous sommes responsables de nos comportements comme de nos paroles parce que c’est nous qui en sommes à l’origine, mais nous sommes aussi responsables des limites que nous mettons ou ne mettons pas aux autres, compte tenu des valeurs qui sont les nôtres, compte tenu de la manière dont nous prenons la décision de tolérer ou pas, le comportement ou les mots de l’autre.

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La dissociation consciente

Comment s’y prendre pour sortir de l’enfer ?

« C’est difficile à entendre. Tout ce dont vous êtes certains, tout ce pourquoi vous vous êtes peut-être donné tant de mal, dans la mesure où vous y êtes identifiés – je dis bien : dans la mesure où vous y êtes identifiés – je vous le présente comme votre prison. »

Arnaud Desjardins, Un grain de sagesse, p. 253 – 254.

« Chacun est le produit de ses pensées. »

Swami Prajnanpad, Entretiens avec Swami Prajnanpad, p. 57.

 

Arnaud Desjardins posait très clairement la question de la confusion qui est habituellement la nôtre : « Si vous vous confondez avec des aspects de vous-mêmes qu’on vous a appris à juger honteux, méprisables, coupables, comment voulez-vous ne pas mener une vie d’enfer ? »

L’unique moyen de s’en sortir est clair : arrêter de se confondre avec des aspects de soi-même que nous jugeons honteux, méprisables ou coupables. Autrement dit travailler sur la manière dont nous nous « identifions » – avec tant de facilité – à des comportements que nous jugeons méprisables.

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Repérer les principes pernicieux de la pédagogie noire pour y remédier

« Les jugements de valeur vous ont été assénés quand vous étiez jeune, quand votre mental était réceptif, aussi sont-ils solidement ancrés. Pour vous en libérer, votre pouvoir de discrimination doit donc être clair et tranchant. Comment l’affûter ? En le frottant sur la vérité. »

Swami Prajnanpad

Il y a quelque chose de pathétique dans la manière dont les parents aux comportements pourtant toxiques et dysfonctionnels1 tiennent à leurs opinions sur l’éducation. Qu’ils en aient conscience ou non, ils sont les esclaves des façons de faire de leurs propres éducateurs et des affirmations péremptoires de ces derniers.

Je reprendrai donc ici quelques-unes de ces opinions qui ont la particularité de n’avoir jamais été remises en cause par ceux qui les chérissent et qui se les transmettent de génération en génération même si – enfants – ils en ont fait les frais.

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La civilisation moderne

De quoi souffrons-nous ?

« La contestation violente ou non violente du monde moderne et de la société de consommation prend chaque année plus d’ampleur. Mais les articles et les livres qui traitent de cette question entre toutes importante pour l’humanité et pour chaque homme en particulier, ne concernent que la surface des événements. Même ceux qui cherchent à dénoncer les causes derrière les symptômes méconnaissent que ces causes ne sont elles-mêmes que des effets, et qu’il est impossible d’y remédier tant que les principes mêmes sur lesquels repose notre civilisation actuelle ne seront pas à leur tour mis en cause. »

Arnaud Desjardins, Monde moderne et sagesse ancienne, Éditions La Table Ronde, 1973, p. 5.

Nous sommes aujourd’hui de plus en plus nombreux à nous poser des questions à propos du possible effondrement proche de notre monde (déjà commencé depuis plusieurs décennies) et de « l’après ».

L’autre jour à la télévision, l’astrophysicien artiste et philosophe Aurélien Barrau, très engagé sur les questions d’écologie politique, exprimait, avec sa fougue et sa perspicacité habituelles, aux oreilles d’un homme d’affaires à la fois éberlué et ahuri, ceci :

« La croissance, ça ne m’intéresse pas du tout, ce qui est intéressant c’est le progrès, c’est le bien vivre, c’est l’amour, c’est la créativité. La décroissance, je l’appelle de mes vœux, elle ne doit pas faire peur. Le PIB on s’en fiche complètement, c’est pas ça qui est important dans nos vies. Je m’inscris parfaitement en faux par rapport à ce dogme qui relève de la pensée magique qui voudrait que la croissance soit quelque chose d’indépassable, de fondamentalement bon pour nos vies. »

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Egocentrisme et vulnérabilité

Comprendre son propre fonctionnement pour devenir capable d’en sortir

« On ne réfléchira jamais trop à la nécessité de se libérer vraiment de l’autre, mais aussi de lui laisser sa liberté en évitant de se former de lui une représentation déterminée. »

Etty Hillesum1 

Si l’égocentrisme est la tendance à être centré sur soi-même, on peut définir la subjectivité comme le caractère de ce qui appartient au sujet. L’égocentrisme est donc une manière de considérer le non-moi (le monde extérieur) exclusivement à travers le sujet, donc soi-même, et – plus précisément – à travers l’intérêt que l’on se porte à soi-même.

Une personne égocentrique est « imbue d’elle-même », imbu vient du verbe ancien « imboire », que l’on ne peut pas boire… donc impropre à la consommation.

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Ne pas se remettre en cause

…puisque c’est toujours de la faute des autres !

– Réflexion sur notre prétention –

Le paquet de biscuits

Peut-être connaissez-vous l’histoire de cette femme qui, devant attendre un long moment l’heure de son vol dans un aéroport, décide de s’acheter un roman ainsi qu’un paquet de biscuits.

Elle s’assoit dans la salle d’attente pour lire son livre.

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La division contre soi-même

Premier obstacle à notre équilibre

« Que peut un royaume divisé contre lui-même ? » Marc 3:24

Pascal de Duve était écrivain et professeur de philosophie. Il est mort du sida à 29 ans. Juste avant de mourir, il a écrit un livre au sous-titre magnifique : « Vingt-six jours du crépuscule flamboyant d’un jeune homme passionné » dans lequel il partage ceci : « Mon histoire commence le jour où j’ai décidé de ne plus vivre ma vie comme on remonte un escalator qui descend. »

Devoir remonter un escalator qui descend, c’est être écartelé entre ce qu’on sent qu’on a à faire et ce qu’on pense qu’on doit faire, c’est ne plus savoir quelle direction est la bonne et courir le risque de tomber en s’emmêlant les jambes. C’est contradictoire et malsain parce qu’un escalator qui descend est fait pour descendre, pas pour monter.

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Esquiver ou digérer

Le chemin pour s’en sortir [1]

Il n’est pas possible de bien jouer avec des cartes truquées. Ainsi les comportements que les autres ont eu à notre égard, ceux que nous avons eus à leur égard, les mots qu’ils ont prononcés à nos oreilles, et ceux que nous avons prononcés à leur oreilles resteront inscrits en nous pour toujours.

Nous ne pourrons jamais revenir en arrière. La machine à remonter le temps qui nous permettrait de pouvoir délibérément changer l’orientation de nos destins n’existe pas.

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L’identification à son enfant intérieur

Apprendre à le reconnaitre en soi pour arrêter de lui obéir

Vous êtes nombreux (plusieurs centaines de personnes par jour), depuis des années, à lire mes deux articles : A propos des parents aux comportements toxiques[1] et Comment parvenir à guérir de son enfance ?[2] , et pour certains d’entre vous (plus de 600 à ce jour), à avoir ressenti le besoin de partager votre propre vécu d’enfant, le plus souvent dramatique.

Nous vivons dans un monde où le sujet de la mère toxique et maltraitante est encore tabou. Une lectrice m’écrivait récemment que quand elle partageait l’histoire douloureuse de son enfance avec ses amies, ces dernières excusaient le plus souvent sa mère (pourtant maltraitante) en justifiant ses actes et en refusant d’admettre que c’était bien elle (et non sa fille) qui était toxique et avait un problème.

Comme si le seul fait d’être parent excusait tout. Comme si le quatrième commandement de la Bible « Tu honoreras ton père et ta mère », nous obligeait – même inconsciemment – à cautionner les dysfonctionnements de nos parents.

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Comment sortir de sa toxicité de parent ?

ou comment se déséduquer pour respecter son enfant tel qu’il est ?

« Si nous voulons éviter le viol inconscient de l’enfant et sa discrimination, la première chose à faire est d’en prendre conscience. Nous sensibiliser aux formes fines et subtiles d’humiliation d’un enfant est le seul moyen de nous aider à acquérir ce respect pour l’enfant dont celui-ci a besoin dès le premier jour de sa vie pour pouvoir se développer psychiquement. »

Alice Miller Le Drame de l’enfant doué

Devenir parent

Le désir d’enfant n’implique pas que les futurs parents seront à l’écoute de leur enfant à naître.

Le désir d’enfant d’une femme dépressive peut par exemple être un moyen pour elle de tenter de réparer – inconsciemment – un besoin d’affection non comblé.

Sans parler des nombreux cas de couples qui se réconcilient sur l’oreiller à travers leur mutuel désir d’enfant – vu comme une réponse à leurs difficultés relationnelles.

Il y a aussi les hommes immatures paniqués par la grossesse de leur femme et qui la quittent parce qu’elle est enceinte.

Et les jeunes mères qui ne savent pas, ne peuvent pas s’occuper de leur bébé.

Pour ne parler que de quelques cas.

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Voir les choses telles qu’elles sont : la leçon des feuilles

« La vie est un jeu, un défi, une conquête, simplement parce que les choses n’arrivent qu’une fois. Ce n’est jamais la même eau qui coule sous le pont. Tout ce qui arrive est nouveau, donc précieux, source de lumière. Tout ce qui vient, vient seulement pour vous enrichir, pour vous illuminer, uniquement quand vous êtes prêt à l’accepter. Alors, soyez toujours prêt à être étonné. »

Swâmi Prajnânpad

« Il t’est arrivé de voir une main arrachée, un pied, une tête coupée, gisant séparés du reste du corps ? Voilà ce que se fait à lui-même celui qui n’accepte pas ce qui arrive et qui se sépare du Tout. »

Marc Aurèle

« Ne sentirez-vous donc pas qui vous êtes, pourquoi vous êtes nés, quel est ce spectacle auquel vous avez été admis ? »

Epictète

Le contexte :

L’être humain fonctionne comme une respiration : inspir puis expir. Si nous voulons agir sur le monde et aider les autres, il nous faut alterner entre vivre dans le monde et nous retirer du monde. C’est ainsi que celui qui est dans le rôle de l’aidant, donc en première ligne, devra à un moment se mettre en retrait(e) avant de pouvoir retourner en première ligne.

Puisque dans la dualité il y a l’extérieur et l’intérieur, inséparables, je suis allé prendre soin de mon « intérieur » en allant « faire retraite » pendant une semaine complète dans un lieu de silence et de paix, dans un lieu propice à la méditation, à la réflexion, dans un lieu propice à un abandon vivant.

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Traumatisme et présence

Comment s’y prendre avec une personne victime d’un traumatisme ?

Ou comprendre le fonctionnement du traumatisme pour respecter et entrer en relation avec les personnes qui en sont victimes.

Il faudrait agir avec une personne traumatisée comme nous ferions avec une personne blessée, or le plus souvent, le traumatisme ne se voit pas.

« L’amour n’est pas une valeur, mais justement ce qui nous délivre de toute évaluation. La mise en présence la plus pure. »

Fabrice Midal[2]

Question de Daniel :

Je suis le conjoint d’une femme victime d’un viol alors qu’elle avait 16 ans (elle en a aujourd’hui 37). Elle me l’a dit dès notre rencontre il y a 9 ans mais a quitté la phase de déni des conséquences de ce traumatisme depuis seulement quelques mois. Et 20 ans de silence ont gravé beaucoup de choses. Son évolution est très très lente et la honte et la culpabilité sont très présentes. Nous sommes encore loin de l’acceptation, et je ne parle pas de guérison pour le moment. J’éprouve beaucoup de difficultés à l’aider correctement et je suis très souvent maladroit face à des attaques qui ne me sont pas destinées, mais sont dirigées vers moi, au quotidien.

En lisant votre article : « Comment gérer l’agressivité et la violence dans la relation d’aide ? » je me suis reconnu dans les attitudes qui provoquent le conflit et enveniment ces situations.

En tant que thérapeute, considérez-vous que je puisse m’appuyer sur vos travaux concernant les personnels médicaux pour tenter de trouver des éléments de réponse et réussir, un jour, à avoir l’attitude juste face à cette situation ?

Merci d’avance pour votre attention.

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Pourquoi un travail thérapeutique ?

De quoi s’agit-il ?

En hommage à Alice Miller

(Si vous envisagez d’entreprendre un travail thérapeutique avec moi, il est important que vous commenciez par comprendre intellectuellement ce dont il s’agit. Pour ce faire, lisez et relisez attentivement ce texte en laissant passer plusieurs jours entre vos lectures afin de ressentir s’il vous parle.)

On commence souvent une démarche thérapeutique en sachant davantage « ce qu’on ne veut plus » que « ce qu’on veut vraiment. »

Beaucoup de personnes souffrent de ne pas être autonomes, c’est-à-dire qu’elles n’osent pas se démarquer de ce que les autres attendent d’elles, ainsi elles oscillent sans arrêt entre négliger leurs propres besoins et se soumettre à ceux des autres, ou imposer leurs points de vue de manière plus ou moins agressive, quitte à culpabiliser après coup d’avoir été désagréables et de se sentir « nulles. »

Etymologiquement, « autonome » vient de « auto » (soi-même) et « nomos » (la loi). Une personne autonome – qui se régit elle-même en utilisant ses propres lois – a des comportements adaptés aux situations relationnelles qu’elle rencontre.

Par contre la personne que l’on pourrait appeler « émotionnellement endommagée », ne peut pas accéder à son autonomie, elle ne peut que se nuire à elle-même et nuire aux autres, parce qu’elle est « en souffrance. »

Pourquoi sommes-nous si confus ?

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