Archives de catégorie : 02 Connaissance de soi

Qu’est-ce qui est réel ?

« Bien que rien ne se passe, vous avez l’illusion d’un monde :

parce que tout change, il n’y a jamais d’entité. »

 

R. Srinivasan, Entretiens avec Swami Prajnanpad, p. 26.

 

Le chemin n’est jamais rectiligne, il serpente, imprévu et mystérieux, au cœur de nos destinées.

 

Il nous faut pénétrer dans les impasses pour découvrir qu’elles sont des impasses, buter sur les pierres pour apprendre à mettre notre pied à la bonne hauteur, nous blesser pour découvrir que notre sang coule.

 

Pourquoi nous en vouloir des impasses ?

Les choses sont telles qu’elles sont, par-delà nos imaginations fantasmées.

Les choses sont telles qu’elles sont, par-delà notre toute-puissance illusoire.

 

D’erreurs en erreurs, avancer seul, le regard serein, dans la nuit splendide.

Essayer et échouer, toujours davantage.

 

Pourquoi nous désespérer de la nature de la vie ?

Tout se fait tout seul.

Le bonheur est le fruit de l’arbre de l’abandon.

 

Ne t’inquiète pas, il n’y a rien à faire.

 

Rien d’autre à faire que de célébrer la totalité :

Le soleil avec le nuage.

L’enfant qui joue sur l’herbe et tombe.

Le parfum des fleurs avec les sanglots.

 

Nous n’avons besoin d’aucun commerce pour célébrer la vie, juste être.

 

Apprendre à se célébrer vivant, c’est se laisser inspirer par son propre chant de création.

Fleurir, c’est laisser jaillir ce chant, prendre le risque de la poésie brûlante de son cœur.

 

Pourquoi croire devoir mourir puisque nous sommes nés vivants ?

 

Quelque chose suit son cours, l’être se déploie sans but, la chair de l’homme s’éparpille en étincelles vivantes dans la beauté du monde.

Ô vie, flux mouvant qui passe.

 

La vision me dit : « Il n’y a pas de rivière, il y a juste un écoulement. »

 

D’où les fantômes de nos apparences peuvent-ils bien surgir ?

Prodigieuses rencontres, ciels innombrables, lueurs magiques, y a-t-il quelque chose qui ne change pas dans ces apparitions ?

Qu’y a-t-il de réel et de permanent dans tout cela ?

 

La sagesse éternelle se révèle et m’instruit :

« C’est l’arrière-plan sur lequel se produisent ces changements qui est réel. »1 

 

Le vrai se trouve, pour chacun de nous, juste après la détente, à portée de conscience.

De toute éternité, l’arrière-plan est là ; derrière le flux impermanent des choses, l’être s’offre.

 

Ne plus chercher, ne plus refuser, ne plus être dérangé par rien en particulier.

 

Nous sommes le cycle de la vie présente, éternité fugace de nos âmes éblouies.

 

Présence indicible, rien à chercher, contempler pour être.

Corps audacieux et vivants face au mystère.

 

© 2022 Renaud Perronnet. Tous droits réservés.

Il y a juste un écoulement…


Notes : 

1. R. Srinivasan, Entretiens avec Swami Prajnanpad, p. 26, Éditions Accarias L’Originel, 1986.
 
Illustration, photos/vidéos personnelles :
  • Chemin dans la forêt d’Aubure en automne
  • La mer de Libye : Il y a juste un écoulement…
Pour aller plus loin, je vous invite à lire :

Moyennant une modeste participation aux frais de ce site, vous pouvez télécharger l’intégralité de cet article de 3 pages au format PDF, en cliquant sur ce bouton :


Comment s’y prendre pour changer sa vieille mère ?

Question posée par Simon :

Ma mère veut tout contrôler. Son mari, l’intendance, sa famille, l’argent… Elle a toujours raison et sait tout sur tout. Elle est hypocondriaque, souvent malade et fait régulièrement des analyses médicales. La seule fois où elle a réellement été confrontée à elle-même en psychothérapie, elle a changé de thérapeute. Je l’aime mais elle est difficile à vivre. Elle a 78 ans.

Comment l’aider à évoluer ?

Mes pistes de réponse1 :

Je vous invite à investiguer l’hypothèse que si votre vieille mère vous épuise, ce n’est pas parce qu’elle veut tout contrôler, mais plutôt parce que vous lui résistez en pensant que si vous ne lui résistez pas vous allez vous faire dévorer par elle.

Que ce sont donc vos propres craintes, et vos besoins d’avoir raison face à elle qui vous font gaspiller beaucoup d’énergie et sont à l’origine de votre façon de la trouver difficile à vivre..

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Pourquoi le mépris de soi-même ou des autres ?

Question posée par Béatrice :

Je me demande quelles sont les racines psy du mépris que l’on peut éprouver pour les autres. Du mépris de soi-même ? Mais encore ?

Mes pistes de réponse :

Personne ne naît en éprouvant le besoin de mépriser les autres ou soi-même. Le besoin de mépris est donc la conséquence d’un apprentissage.

Dans l’enfance, plutôt que d’apprendre à nous respecter tels que nous étions, la plupart d’entre nous avons appris à devoir discerner entre ce que nos éducateurs nous ont présenté comme étant le bien et le mal et plus particulièrement à devoir aimer ce qu’ils appelaient nos qualités et à devoir rejeter ce qu’ils nommaient nos défauts.

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L’ombre travaille au service de la lumière

Question posée par Josette :

Que signifie « l’ombre travaille au service de la lumière », ou nous faire mal pour notre bien ?!

Mes pistes de réponse :

L’ombre et la lumière sont les deux aspects antagonistes, donc complémentaires, d’une même réalité. Il ne peut pas y avoir de lumière sans ombre, ni d’ombre sans lumière. Comme l’a écrit Héraclite : « La route qui monte et qui descend est une ; c’est la même. »

Il en est de même pour le désir et la souffrance : c’est le désir qui créé la souffrance de celui qui ne peut pas réaliser son désir…

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Comment aimer l’effort à 50 ans ?

Question posée par Ladydo :

Manque de persévérance. A 50 ans ça me tape sur les nerfs. Comment faire pour être constante, régulière et garder la motivation. Et surtout aimer l‘effort. Mille mercis !

Mes pistes de réponse :

Sans doute vous faut-il éviter de vous faire peur avec les mots qu’on a utilisé contre vous dans votre enfance ? À vous lire j’ai le sentiment d’entendre un parent impatient critiquer son enfant, ou un prof énervé mettre une appréciation négative sur un élève.

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Je n’ai pas accompli ce que je voulais vraiment

Question posée par Marie-France :

Depuis que je suis en retraite j’ai une multitude de projets de vie inaccomplis : déménager, commencer des études universitaires que je n’ai jamais pu faire, m’installer comme thérapeute artiste, publier un livre, créer, voyager, mais cela est-il le résultat de mes frustrations de vie où je n’ai pas accompli ce que je voulais vraiment ? Et comment faire ? Aurai-je le temps, la santé ?

Mes pistes de réponse :

La tradition spirituelle de l’Inde ancienne parle de 4 stades distincts dans la vie d’un être humain :

  1. Bramacharya : période de l’éducation.
  2. Grihastha : période de la vie à la fois active et mondaine.
  3. Vanaprastha : période de méditation et de retraite dans la nature.
  4. Samnyasa : période de renoncement et de détachement complet vis-à-vis du monde qui permet d’atteindre la libération avant la mort.

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Ressentiment ou responsabilité

En chemin vers la liberté

« Tous nous serions transformés si nous avions le courage d’être ce que nous sommes. »

Marguerite Yourcenar

« Si une femme vous attire, cette femme n’en est pas coupable, c’est vous qui l’êtes, n’est-ce pas ? De là vous en arrivez à la première condition de la vie spirituelle : « Vous êtes seul responsable de toute réaction émotionnelle qui se produit en vous. Il n’y a qu’un seul responsable. Rien d’extérieur. »

Swami Prajnanpad

Question de Lisa :

J’ai besoin de votre aide dans la mesure où je ne comprends pas ce qu’est l’inconscient, ni les notions de responsabilité et culpabilité qui peuvent lui être liés.
Ayant vécu une enfance violente, chaotique et abusive, m’ayant amené à l’âge adulte à subir des viols, je reprends un travail thérapeutique. J’ai encore beaucoup de culpabilité, de honte et de détresse en moi, je trouve, et, ce d’autant que j’ai coupé les ponts avec ma famille proche et éloignée pour m’en protéger. Je ne comprends pas toujours mes réactions mais j’aimerais savoir et comprendre si je suis responsable et/ou coupable quand je ne pose pas des limites. J’ai encore du travail à faire pour soigner mon incapacité à dire non, ou à dire ce que je ressens de peur d’être rejetée, plus aimée, abandonnée, qu’on me crie ou hurle dessus, qu’on m’agresse, que la personne en face ne se contrôle plus. Mon compagnon en fait les frais : j’accepte des choses puis le lendemain, je suis agressive.
Un-e être humain-e est-il coupable et/ou responsable de ce dont il n’a pas conscience et/ou fait de manière automatique ?
Quelle est la manière la plus juste d’y faire face et d’y voir plus clair, selon vous ?
Je vous remercie chaleureusement pour votre réponse.

Mes pistes de réponse :

L’inconscient et ses déclencheurs

La première chose à comprendre c’est que votre inconscient est ce qui en vous vous pousse à agir.
Dire que nous sommes menés par notre inconscient c’est admettre que tout notre être est mémoire et que les drames que nous avons vécus dans notre passé nous obligent à certains comportements dans le présent. Nous sommes en permanence, ici maintenant, les conséquences vivantes de ce que nous avons vécu auparavant.
Swami Prajnanpad expliquait que l’inconscient est « une action non terminée dans le passé qui s’introduit de force dans le présent.1 » Prenons un exemple : un enfant s’est senti abandonné par sa mère ; devenu adulte, il ne supporte pas que sa compagne arrive en retard à un rendez-vous. Il pourra tenter de rationaliser en se disant que sa compagne est simplement en retard et que ce n’est pas grave, mais si cette blessure créée par l’abandon de sa mère est active en lui, elle s’exprimera en lui comme une déflagration lui rendant le retard de sa compagne insupportable. N’ayant pas pu – enfant – exprimer sa souffrance, il sera contraint, malgré lui, d’exprimer sa souffrance sous la forme d’une remarque négative et cinglante à sa compagne.

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Hypothèse ou chemin vers la certitude ?

Apprendre à s’appuyer sur soi-même

« Être sans doute ne signifie pas accepter la validité d’une philosophie ou d’un concept. Il ne s’agit pas de se convertir ou de se lancer dans une croisade au point de ne plus douter de ses convictions. Nous ne parlons pas de ces gens qui ne doutent jamais et qui font du prosélytisme évangélisateur, prêts à se sacrifier pour leurs croyances. Ne pas avoir de doute signifie faire confiance à son cœur, avoir foi en soi-même. »

Chögyam Trungpa, Shambhala, La voie sacrée du guerrier.

 

Une hypothèse (du latin hypothesis qui signifie « argument »), est une proposition avancée provisoirement, comme explication d’un fait ou d’un phénomène et qui demande ultérieurement à être contrôlée et vérifiée par la déduction ou par l’expérience pour devenir une connaissance.

L’hypothèse est donc par nature incertaine et s’apparente à la croyance (pour laquelle il n’existe pas de preuve) tant qu’elle n’a pas été vérifiée.

A l’inverse, une certitude personnelle est une hypothèse fondée sur des présomptions ou des probabilités importantes et vérifiée par les faits ou l’expérience.

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Mon psy ne me respecte pas, est-ce grave ?

Question de Manu :

Mon psy me parle régulièrement de ses autres patients et de sa famille.

Nous vivons dans un coin de campagne peu densément peuplé. Je n’aime pas qu’elle le fasse : je le ressens comme une perte de temps, comme une digression et j’ai peur qu’elle me parle de quelqu’un que je connais. Jusque-là je me racontais qu’elle savait ce qu’elle faisait. Lors de notre dernière séance elle a parlé d’un jeune que j’ai reconnu en quelques mots parce que sa situation est très particulière. J’ai commencé par faire ce que je fais d’habitude : regarder ailleurs et attendre qu’elle change de sujet. Mais elle a commencé à répéter des choses qu’il lui a dite en séance. Alors je lui ai demandé d’arrêter parce que je savais de qui elle parlait. Elle a fait mine de me gronder et elle a continué.

C’est grave, non ?

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Pour qui je me prends ?

Exercice à pratiquer avec soi-même

« L’esprit étroit, c’est notre mode de fonctionnement lorsque nous percevons les autres et le monde à travers le prisme de nos préférences, de nos aversions, de nos préjugés, de nos désirs, de nos opinions. »

Kōdō Sawaki1 , maître zen, 1880 – 1965

« Lorsqu’on demande ton opinion sur quelque chose ou quelqu’un, ne dis que ses qualités. »

G.I. Gurdjieff2 

Vous rencontrez un de vos amis :

  • Bonjour comment vas-tu ce matin ?
  • Je me sens énervé et d’humeur maussade.
  • Que t’arrive-t-il, je t’écoute ?
  • Hé bien figure-toi que je trouve que c’est n’importe quoi…
  • Oui, je t’écoute…
  • Je trouve que c’est n’importe quoi que le ciel soit bleu, il serait tellement plus beau s’il était de couleur violette.

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Comment accepter ce que l’on a subi ?

Question de Fatiha :

J’ai 50 ans. Comment accepter ce que l’on a vécu… subi… ma mère est restée avec mon père et nous devions mon frère et moi subir sa tyrannie… pas de bruit… ne pas se faire remarquer et parfois quelques violences physiques et verbales… nous avions à cœur mon frère et moi de protéger ma mère.

Mes pistes de réponse :

Il est vain – pour un être – de s’obliger à penser qu’il « devrait accepter ce qu’il a vécu et subi. »

S’obliger à accepter est un non-sens parce que cela reviendrait à se faire un devoir d’agir à propos de quelque chose qui n’est pas en notre pouvoir.

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Faut-il se pardonner ?

Question de Whiteporpoise :

J’ai aujourd’hui 40 ans, je commence à vivre et à être heureuse. J’ai coupé les liens familiaux et progresse pas à pas seule bien plus qu’en 24 ans de thérapie.

J’apprends à habiter la personne que je suis devenue, à la comprendre et à l’interroger. Certaines périodes sont plus empreintes de nostalgie. Mais il y en a aussi des splendides.

Un point m’effraie néanmoins : à une période je suis revenue temporairement vivre dans ma famille. Tous me rejetaient par leur comportement (critique, mépris, jalousie). Je refoulais totalement la personne que j’étais. J’étais odieuse et en même temps je cherchais entièrement leur reconnaissance, amour, regard. Au final je leur offrais fleurs, cadeaux pour me faire pardonner.

Comment me pardonner ?

Mes pistes de réponse :

Il n’y a, en effet, rien de plus précieux pour un être que de sentir qu’il peut enfin vivre et parvenir à être heureux, même si le prix à payer en est de devoir s’éloigner – ne serait-ce que temporairement – de sa famille. (Je précise « temporairement » parce que le test de la paix intérieure est bien de ne ressentir le besoin de s’éloigner de personne.)

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Le travail d’acceptation

Pour apprendre à vivre avec les choses telles qu’elles sont

« Vivre, ce n’est pas attendre que l’orage passe.

Vivre, c’est apprendre à danser sous la pluie. »

Sénèque

De quoi s’agit-il ?

La naissance est le début de l’aventure1 : parce que l’autre existe, je ne suis pas seul, il y a deux et s’il y a deux, deux sont différents, remarquait-on dans l’Inde ancienne.
C’est la dualité du moi et du non-moi.
Or le moi (par nature égocentrique2 et possessif), pense que le monde (l’autre, le non-moi), doit lui obéir et satisfaire ses désirs. Si, par exemple, le moi souhaite obtenir quelque chose que
le non-moi refuse, il y aura nécessairement opposition et conflit.

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