Se situer et trouver le bon thérapeute

Comment s’y prendre pour oser faire confiance à un thérapeute, les yeux ouverts ?

En guise d’avertissement :

Vous avez décidé de perdre la dizaine de kilos que vous avez en trop et vous souhaitez vous faire accompagner pour cela par votre médecin. Ce dernier, après vous avoir écouté, vous dit : « Je vais vous aider : vous aller – à partir de maintenant -procéder à un jeûne hebdomadaire, et supprimer tous les sucres de votre alimentation. Revenez me voir dans trois semaines.»

Dépité, parce que vous vous dites que vous ne parviendrez jamais à respecter ces consignes, vous tentez tout de même de vous accrocher. A ce moment-là, votre meilleure amie vous téléphone en vous expliquant que grâce à tel produit miracle qu’elle a vu à la télévision, elle espère perdre 15 kg en dix jours, sans le moindre effort de sa part, excepté la prise régulière de deux gélules matin et soir.

Conquis par la facilité du traitement, vous laissez tomber vos résolutions premières (et les conseils de votre médecin) et décidez d’adopter « son régime à elle ».

Il est devenu habituel, à notre époque et pour la plupart d’entre nous, de nous comporter en client-consommateur exigeant, plutôt qu’en personne responsable et déterminée par ce qu’elle veut au fond d’elle-même. Ah si les choses pouvaient se faire seules sans notre participation… ce serait tellement plus confortable !

Depuis quelques années, la psychothérapie a – elle aussi -rencontré le marketing avec son lot de thérapies à bon marché (mais coûteuses !) qui vous promettent, grâce à leurs publicités tapageuses et séductrices, à travers un déluge de superlatifs et d’affirmations enjôleuses, de régler tous vos problèmes en quelques semaines, voire en un stage d’un week-end.

Voici par exemple une toute nouvelle méthode de thérapie « magique » pour (je cite) « guérir instantanément vos phobies, choisir vos émotions et créer votre vie tout en parvenant à l’élégance dans la communication », ceci en une petite semaine, certificat à la clef.

De même que de perdre 15 kg en dix jours, comme le promet la pub vue à la télévision, reste plus qu’hypothétique, vouloir vous débarrasser de votre phobie en trois séances ou penser que vous n’avez pas le temps de vous consacrer à une thérapie autre que « brève », me laisse plus que songeur. Quelle naïveté !

En fait, la démarche thérapeutique est le plus souvent un chemin long et difficile. Devenir moins dépendant de ses conditionnements (donc être plus conscient de la réalité) pour agir avec plus de lucidité, n’est en rien une petite affaire, cela demande de la maturité, de la détermination et de l’opiniâtreté.

Vous aurez donc compris qu’il n’est pas possible – si l’on veut changer – de faire l’économie d’une thérapie digne de ce nom, ce qui ne veut pas dire qu’elle doive durer indéfiniment (car si l’on a un problème précis donc circonscrit à régler avec l’aide du thérapeute, cela peut se faire en quelques mois).

Trois risques : ne pas savoir ce que l’on veut, être bon élève, avoir peur de soi :

Le premier risque du candidat à la thérapie est de penser que, parce qu’il paye son thérapeute, il n’aura pas à s’impliquer. Or c’est sur la base de la connaissance que vous avez de vos propres besoins et de votre travail assidu que le thérapeute vous accompagnera. C’est à cette condition qu’il pourra vous aider à y voir plus clair sur la manière dont vous vous y prenez pour créer vos difficultés. (Car entreprendre une thérapie c’est s’exposer à découvrir que nos difficultés ne tombent pas du ciel, que c’est la manière dont nous nous y prenons pour voir et ressentir les choses qui les créent.)

Un autre risque serait, pour certains (qui ont été punis dès leur plus jeune âge, et ont donc appris à se tenir à carreau face à l’autorité) d’être persuadés que d’entreprendre une thérapie demande de s’asseoir, de répondre à des questions et d’écouter des conseils. Ceux-là risqueront donc d’attirer bien inconsciemment un thérapeute donneur de leçon, imbu de lui-même et parfois même culpabilisateur (comme il en existe un certain nombre).

Le troisième risque est – sous prétexte de honte et de mauvaise conscience – de ne pas oser se montrer sous son jour que l’on interprète comme « le moins favorable », donc de se cacher sous des masques et des carapaces, avec l’intention plus ou moins avouée de convaincre son thérapeute de ce que l’on n’est pas, donc de ne pas progresser d’un iota.

Or la thérapie, pour produire ses fruits, a besoin de toute votre implication (« c’est bien de moi qu’il s’agit »), de toute votre motivation (« je le veux ») et de toute votre sincérité (« j’affronte la vérité de ce que je suis »). Ce désir de connaissance de soi – en s’intensifiant – vous aidera à oser vous montrer à votre thérapeute « tel que vous êtes ». Vous n’avez assurément rien à y perdre et tout à y gagner. C’est justement au thérapeute que vous pouvez tout dire, même et surtout ce qui vous paraît honteux, épouvantable.

Donc la manière dont vous vous situerez personnellement par rapport à votre thérapeute conditionnera en grande partie la relation que vous aurez avec lui, qui conditionnera à son tour les chances que vous aurez de changer, c’est-à-dire d’obtenir ce que vous voulez.

Enfin il faut aussi que vous compreniez que vous êtes la seule personne à pouvoir vous donner les moyens de vos propres expériences de changement. C’est-à-dire que ces expériences partent d’un choix qui ne peut dépendre que de vous (« je veux guérir ! ») et qui vous demanderont nécessairement de passer par des moments difficiles pour vous. Vous aurez donc à faire des efforts.

Conscient de tout cela, vous êtes maintenant prêt à choisir « votre » thérapeute :

La relation thérapeutique demande la confiance. Celle-ci ne s’improvise pas, elle se construit peu à peu. Or, comme dans toute relation, un minimum de confiance ne peut se créer – au-début – que sur la base d’un minimum d’affinités.

C’est ainsi que la première question que je vous invite à vous poser honnêtement à vous-même est : « est-ce que je préfère travailler avec un homme ou avec une femme ? »

Après avoir choisi le sexe de votre thérapeute et l’avoir rencontré une première fois, (je passe volontairement sur la manière dont vous l’aurez sélectionné : conseil d’un ami, annuaire, internet, etc.) la seconde question jaillira tout naturellement : « cette personne m’inspire-t-elle suffisamment confiance pour que j’aie envie de poursuivre un travail avec elle ? »

Cela veut dire qu’il est à la fois juste et important de vous interroger sur la manière dont vous avez « ressenti » votre thérapeute après le premier entretien. Là, il vous faudra oser faire confiance à votre ressenti (pas encore au thérapeute) pour décider de le revoir ou non.

Le deuxième rendez-vous thérapeutique que vous allez prendre n’est donc pas anodin, il est la résultante de votre implication personnelle et de la confiance que vous sentez pouvoir donner à ce thérapeute.

Comment vous y prendrez-vous pour vous donner les moyens de « ressentir » (tester) le thérapeute ?

Mais au fait, qu’est-ce qu’un thérapeute ? Etymologiquement, ce mot vient du grec « therapeuein » qui signifie « prendre soin de ». Le thérapeute est donc celui qui « prend soin de l’autre ». Prendre soin n’est pas guérir, prendre soin c’est créer l’atmosphère et les conditions favorables à l’émergence du changement souhaité par l’aidé, ce n’est pas le créer soi-même. Le thérapeute n’impose donc pas son savoir, encore moins ses croyances, il « prend soin », principalement en écoutant. Parce qu’on a besoin du regard de l’autre pour aller vers soi-même, le thérapeute, en miroir qui écoute, n’interroge pas mais donne son ressenti, l’aidé en fera ce qu’il voudra (pourra).

Pour que le thérapeute puisse prendre soin de vous, il aura fallu qu’il ait préalablement pris soin de lui en ayant effectué ce même travail sur lui-même, c’est-à-dire qu’il aura eu la chance d’avoir trouvé avant vous ce type d’aide que précisément vous recherchez.

Deux points essentiels l’y auront aidé :

  1. Pour se délivrer d’une partie importante de sa culpabilité et de sa peur, il aura dû se retrouver devant la vérité de ce qu’il a vécu. (C’est notre capacité à nous ouvrir à cette vérité qui nous en délivre.) L’important aura donc été pour lui – tout au long de son propre travail thérapeutique – de rester fidèle à la perception qu’il avait des choses et des êtres, à commencer par lui-même.
  2. Son but ayant été de devenir responsable de lui-même, il lui aura fallu se sentir responsable de son propre changement, sans se soucier de l’image qu’il donnait aux autres. Pour cela, il lui aura fallu garder en mémoire que sans devoir incriminer ou critiquer les gens qui l’ entourent et l’ont entouré, ce serait une erreur pour lui de s’attribuer la responsabilité des origines de ses difficultés. (Parce que nous ne sommes jamais à l’origine de ce qui nous est arrivé dans l’enfance.)

Autrement dit, il se sera permis de réattribuer la cause de ses vécus d’enfance à ceux qui n’ont pas satisfait ses besoins d’enfant. Cette capacité à ne plus justifier les actes ou les comportements des membres de sa famille aura été déterminante dans l’accomplissement de son autonomie.

La principale qualité de votre thérapeute sera donc sa capacité à accueillir et à comprendre ces phases chez vous : être et demeurer fidèle à vous-même, devenir plus autonome et responsable en ne ressentant plus le besoin de vous justifier (ou de justifier vos parents). Il remplira ce rôle de facilitateur pour vous quand – parce qu’il vous aura fait sentir qu’il vous accueille et vous comprend – il vous permettra de vous accueillir et de vous comprendre vous-même.

Comprenez que dans un tel contexte, il est parfaitement opportun pour vous, lors de la première rencontre avec un thérapeute, de vous sentir parfaitement à l’aise pour lui demander comment les choses se sont passées pour lui, en lui posant notamment toutes les questions qui vous interrogent à son égard à propos de sa formation bien sûr, mais aussi de son parcours personnel et de la manière dont il vit le lien entre son histoire et le métier qu’il professe.

Ecoutez ce thérapeute répondre à vos questions en vous parlant de ses propres expériences et demandez-vous sincèrement s’il vous fait envie ou… froid dans le dos.

Si par hasard, vous vous sentez coupable de votre méfiance à son égard, essayez de ressentir que votre méfiance a une histoire (celle de la manière dont certains de vos proches ont trahi votre confiance), cela vous aidera à comprendre que vous avez besoin d’une écoute, d’une compréhension toute particulière et que c’est cela que vous recherchez aujourd’hui.

Si les réponses de votre thérapeute à vos questions vous paraissent insuffisantes, gênées ou même hostiles, vous saurez à quoi vous en tenir. (Je me demande même au nom de quoi vous devriez vous sentir obligé de lui régler une première rencontre qui n’aurait été pour vous que le moyen de vérifier qu’il n’était pas la bonne personne à qui faire confiance ?)

Si ça n’a pas collé, il vous est évidemment possible de chercher quelqu’un d’autre, jusqu’à ce que vous ayez trouvé « le bon », celui que vous pourrez appeler « votre » thérapeute.

Dans le cas contraire, si vous ressentez ce thérapeute à la fois comme bien situé, honnête, « vrai », rempli d’empathie, capable de sentiments profonds comme de prendre en compte le langage de votre corps, ce pourrait bien être la « bonne personne » pour vous, capable de vous aider à trouver vos propres besoins (de libre expression, de compréhension, de respect et de prise au sérieux) négligés depuis si longtemps, et à y répondre.

Ayant alors choisi un « vrai » thérapeute, vous pourrez le laisser vous accompagner sur la base de son approche personnelle (plutôt que de risquer de vouloir le changer ou de critiquer ses méthodes). La confiance que vous lui accorderez ne pourra plus se confondre avec de la naïveté.

Vous pouvez alors vous dire que vous avez rencontré la personne à qui vous pouvez oser faire confiance et qui vous aidera certainement à évoluer c’est-à-dire à cesser de créer des problèmes.

PS : Et pour aller plus loin, cliquez sur ce lien afin de lire le partage éloquent de cette analysante.

© 2006 Renaud PERRONNET Tous droits réservés.

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Pour aller plus loin, vous pouvez lire sur ce site :

6 réflexions au sujet de « Se situer et trouver le bon thérapeute »

  1. Czerniak

    Profession : Psychothérapeute.
    Ville : Bordeaux.
    Pays : France.

    Il existe dans le domaine de la thérapie des versions nombreuses et le plus souvent soumises à discussion.
    Dans votre approche, votre humanité, votre sincérité m’a énormément touché, donnant la sensation d’une direction enfin claire d’un secteur mal connu et surtout très controversé !
    Un thérapeute qui parle de l’importance du travail sur lui.
    Un thérapeute qui a compris et revendique cette nécessité !
    Un thérapeute humain qui parle vrai !
    Cela fait du bien
    Quel plaisir !
    Merci pour cet écrit.

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  2. Sophia

    Profession : Conseillère clientèle
    Ville : Lille
    Pays : France

    Je trouve cet article très pertinent sans ambiguités car de nos jours il est toujours difficile de trouver un bon thérapeute qui vous correspondre, d’autant cette mise a nu du thérapeute je trouve cela effectivvement plus humain, cela nous donne envie de nous confier à ce genre de professionnel.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      J’ai beaucoup d’estime pour l’immense travail de Lucien Auger.
      Je pense – comme lui – qu’une bonne part du travail thérapeutique peut se faire à travers une pratique personnelle, même si cela demande beaucoup de courage et de détermination de déjouer (seul) les pièges que nous nous tendons à nous-mêmes.
      Alors essayez, puis tirez vos propres conclusions et – le cas échéant – faites-vous aider…

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  3. nathalie

    Article qui m’a interpellée car, suite à une première séance avec un psychiatre psychothérapeute auquel je n’ai posé aucune question sur sa formation etc… je m’interroge sur la suite à donner à ce premier entretien. En grande détresse émotionnelle, il me semble, en raison d’un burn-out, j’ai pu verbaliser cette souffrance mais j’ai été dérangée par le fait que durant l’entretien de 30 mn ce thérapeute a répondu 2 fois au téléphone pour des prises de rendez-vous (dont un échange de 5 mn avec nom de la personne dit à voix haute à plusieurs reprises) et une fois à la sonnette pour ouvrir à la personne suivante. Il me semble que dans certains moments cela peut être une difficulté dans l’entretien et qu’en est-il de la discrétion? Qu’en pensez-vous?
    Merci

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Belle opportunité de répéter qu’il est parfaitement légitime pour une personne de changer de thérapeute quand elle ne se sent pas respectée par lui.
      Votre burn-out ne doit pas vous servir de prétexte pour vous laisser abuser.

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