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Aimer inconditionnellement son enfant

un antidote à « qui aime bien châtie bien »

Ou comment ne plus être mené par la peur dans l’éducation de son enfant ?

« Sans amour, le monde serait inanimé. »

Djalâl ad-Dîn Rûmî

Préambule

Un tel titre pourra sembler exagéré et provocateur à certains, mais dans un monde qui le plus souvent conditionne l’éducation à la peur, il m’apparait juste de proposer aux parents une réflexion sur la manière dont ils croient aimer leurs enfants. Peut-être pour leur permettre de découvrir qu’ils les aiment plutôt mal et – l’ayant découvert – de les motiver à avoir le goût de les aimer davantage et mieux.

C’est-à-dire de les aider à se laisser toucher par ce qu’ils font subir à leur enfant quand ils leur demandent une obéissance inconditionnelle basée sur leurs angoisses de parent. L’objectif étant de leur permettre de découvrir que ce n’est que l’amour inconditionnel qui pourra – peut-être – un jour, permettre à leur enfant d’être heureux.

Les besoins propres de l’enfant

Une jeune plante a besoin de puiser dans le sol à travers ses racines les substances, les nourritures qui lui permettront  de se développer ; si elle ne les trouve pas, elle s’étiolera et mourra.

Il en est de même pour l’être humain. Pour devenir solide et capable de gérer l’adversité et les épreuves de la vie quand il sera devenu grand, un être humain a besoin d’avoir rencontré – enfant – un être (ou plusieurs) sur lequel il aura pu s’appuyer, un être en qui il aura pu avoir pleinement confiance.

Pour un enfant, la confiance en son parent est le terreau qui permettra le développement harmonieux de sa personnalité propre.

Si – au moment où il se construit – l’enfant s’appuie sur des personnes qui ne sont pas solides, il ne peut pas pousser droit et reste « en friche » donc en manque de reconnaissance de son potentiel (qui ne demande qu’à croître et n’a pas les bonnes conditions pour le faire)[1].

Réussir la dépendance

Un enfant est – par nature – un être dépendant qui s’appuie sur les adultes de son entourage pour se construire. Pour pouvoir un jour devenir un adulte autonome, capable de s’appuyer sur lui-même (de trouver les forces en lui-même), il lui faut avoir préalablement « réussi » sa dépendance, cela revient à dire qu’il lui aura fallu pouvoir prendre appui sur au moins un tuteur fiable, c’est-à-dire suffisamment solide.

Un enfant a besoin d’amour pour se développer (comme une plante a besoin d’eau), un amour, qui lui permettra de grandir en étant en paix avec lui-même. Pour que l’enfant puisse recevoir cet amour, il faut le lui montrer et c’est là où – le plus souvent – les choses se compliquent car il n’est pas toujours facile de faire sentir à un être dépendant que nous l’aimons, surtout si sa dépendance nous pèse.

S’il ne se sent pas aimé, l’enfant dépendant développe en lui des espaces de manque, des espaces « en jachère » qui n’ont jamais pu être ensemencés ni plantés, des pans entiers de lui-même en souffrance qu’il est incapable de comprendre et qui parce qu’ils n’ont pas été compris ne peuvent pas être acceptés, restent en demande en le sollicitant inconsciemment (parce que tout ce qui nous a brûlé un jour et que nous avons soi-disant oublié, reste en nous et a besoin d’être écouté et pansé pour ne plus nous être hostile).[2]

C’est ainsi que beaucoup d’ex enfants devenus grands errent en souffrant, s’en veulent et se perdent, compensent et renoncent à eux-mêmes, incapables de comprendre la nature profonde de leurs blessures.

Enfant gâté ou enfant aimé ?

Les parents craignent d’être « bons » avec leurs enfants, ils croient souvent préférable de ne pas leur montrer leur amour véritable, de peur que celui-ci ne les gâte. Or – comme l’écrivait Oscar Wilde[3] –« Ce n’est pas ce qui est parfait mais ce qui est imparfait qui a besoin de notre amour. »

L’amour véritable ne peut pas gâter, l’amour ne peut pas corrompre, la bonté ne peut pas faire de mal, elle remplit et participe à la construction d’un psychisme et d’un monde émotionnel en développement. C’est en se sentant touché par la bonté de son parent qu’un enfant développe harmonieusement sa sensibilité, son humanité.

L’amour qui gâte, l’amour qui rend l’enfant arrogant et ingrat n’est pas de l’amour, c’est de l’abus, c’est la rançon dévoyée de ceux qui – craignant de donner l’amour – compensent et corrompent en gâtant l’enfant. Un enfant gâté n’est pas aimé, il est corrompu. Pourquoi ? Parce que n’ayant pas reçu ce dont il avait le plus besoin de la part de ceux qui ont le privilège de l’accompagner, il ne peut que s’appauvrir.

Un parent maladroit (qui ne sait pas comment aimer son enfant), attise en lui-même le besoin de compenser ses propres maladresses, ses propres gaucheries et, pour réguler la mauvaise conscience qu’il ressent de manière plus ou moins diffuse, il abuse de son enfant en le gâtant. Combien d’enfants ont reçu des cadeaux en remplacement de la présence et de l’écoute de leurs parents ? Combien d’enfants sont constamment achetés par leurs parents ?

Répondre à un besoin de l’enfant c’est l’aimer (c’est-à-dire être présent et attentif à lui) ; le gâter c’est se faire plaisir à soi-même, c’est lui donner ce dont il n’a pas besoin mais qu’on préjuge (sur la base de nos ressentis personnels) qui lui ferait plaisir. Gâter n’est pas se « mettre à la place de l’enfant » mais l’inverse, c’est se servir de lui, l’acheter, pour son propre compte. En fait – en gâtant leurs enfants – les parents leur montrent inconsciemment leur impuissance à les aimer.

L’amour conditionné

Beaucoup de parents sont devenus maladroits et frileux avec l’amour comme avec la bonté. N’ayant le plus souvent reçu qu’un amour conditionné lorsqu’ils étaient eux-mêmes enfants, ils ne peuvent donner qu’un amour conditionné. Je t’aime, à condition que tu fasses ce que je te dis de faire, je t’aime à condition que tu deviennes ou que tu sois celle ou celui que j’ai décidé que tu deviennes ou que tu sois.

Ils ne savent pas comment s’y prendre pour aimer ceux qu’ils ont pour mission d’aimer afin qu’ils deviennent les femmes et les hommes équilibrés de demain. Conditionnant l’amour pour leur enfant à leur besoin qu’il leur obéisse, ils trahissent leur amour au moment même où ils croient le donner.

Mais, me direz vous, si je montre à mon enfant que je l’aime alors même qu’il fait des bêtises, mon amour ne risque-t-il pas d’être pris par lui comme un encouragement à faire ou à continuer de faire des bêtises ? Et c’est à ce niveau que manipulés par nos propres craintes que notre enfant ne devienne pas ce que nous souhaitons qu’il devienne (et cela avec l’alibi de le vouloir « pour son bien »), nous lui retirons l’amour dont il a tant besoin pour se développer harmonieusement.

Avoir peur ou aimer, il nous faut choisir.

Oubliant que l’enfant est « un autre que nous », nous projetons sur lui nos propres besoins ou désirs d’enfants qui ont été négligés : nous le poussons par exemple à jouer du piano parce que nous en avons été empêchés, alors que ce n’est pas sa demande, et que son désir de faire de la batterie est nié.

Nous conditionnons l’amour que nous lui devons à ses comportements et surtout à son obéissance. L’amour devient ainsi inséparable du chantage et devient de « l’amour ordinaire », s’il est vrai que nous aimons généralement les autres à la mesure de la manière dont ces autres prennent soin de nos propres besoins. Non pas je t’aime, mais je t’aime parce que tu m’aimes ou tant que je me sens aimé par toi.

C’est ainsi que le plus souvent le parent croit aimer son enfant alors qu’il n’aime que lui-même puisqu’il conditionne son amour à la propension qu’a son enfant à respecter ses propres besoins de parent.

Mais alors qu’est-ce que l’amour ? Qu’est-ce qu’aimer ?

Nous le découvrons, aimer demande de respecter l’autre « tel qu’il est ». Pour exister, l’amour a besoin de n’être conditionné à rien. L’amour aime, c’est tout.

Une mère, un père, aime son enfant que sa chemise soit propre ou sale, qu’il pleure, qu’il soit en colère ou qu’il chante dans un moment de gaieté. Un parent continue d’aimer son enfant qui lui ment[4]ou même qui l’a volé. Vous l’avez compris, un parent ne fait pas sentir à son enfant qu’il l’aime « à condition » et, parce que celui-ci se sent aimé, il se remplit, se remplissant, il s’équilibre et devient de plus en plus mature et autonome.

L’amour qui permet le bonheur

Un être qui devient mature, est un être qui apprend à gérer l’adversité de la vie, un être qui devient moins dépendant des autres et plus aisément responsable de lui-même.

En fait un être qui se sent aimé demande et a besoin de bien peu de choses, il devient adulte, ce qui signifie moins dépendant des besoins des autres comme de ses propres besoins. Il s’adapte en apprenant à ne pas faire de ce qui lui arrive « un problème ». En réalité il accède peu à peu au bonheur. (Le bonheur est un sentiment d’accomplissement dans la durée qui est très différent de l’agréable dans l’instant dont parle le plaisir.)

Permettre à son enfant d’avoir accès au bonheur passe par oser lui faire sentir que quoi qu’ils fasse il sera aimé. Ce sentiment – s’il le vit – lui permettra d’avoir la certitude que quoi qu’il lui arrive il aura sa place. (Un enfant qui se sent aimé ne fuira par exemple jamais sa vie dans les anesthésiants ou les drogues, il assumera son destin.)

L’amour de son enfant commence donc par l’acceptation inconditionnelle de son comportement, non pas parce que celui-ci nous plaît nécessairement, mais parce qu’il l’a eu.

Faire sentir cela à son enfant lui permettra de ne pas se sentir écartelé entre ce qu’il a été et ce qu’il devrait être, cela lui permettra de ne pas se sentir divisé. Car c’est toujours sur la base de notre réunification que nous devenons capables de voir nos propres éventuelles erreurs. Un être divisé vit dans la peur et la peur pousse au déni[5]. La peur empêche d’accéder à la vérité des choses telles qu’elles sont ou ont été.

Accéder au respect de soi-même et des autres

C’est alors que nous pouvons expliquer et faire sentir à notre enfant, (parce que nous lui avons préalablement fait sentir que nous acceptons inconditionnellement le comportement qu’il a eu), que son comportement « ne se fait pas », parce qu’il n’est pas approprié à la situation.

En commençant par aider l’enfant à se désidentifier de son comportement, nous l’aidons à reconnaître le comportement éventuellement inapproprié qu’il a eu sans avoir le besoin de le culpabiliser. Évidemment cela sera beaucoup plus facile pour nous si nous nous sommes préalablement entrainés à reconnaître nos propres erreurs avec facilité et en famille.

C’est parce qu’ils aiment leurs parents et se culpabilisent que certains enfants ne dorment plus en se sentant responsables de leurs divorces, par exemple, alors que d’autres se révoltent en fuguant et que d’autres encore deviennent les premiers de la classe en se focalisant sur leurs études pour oublier et apaiser ainsi une souffrance insupportable.

Un enfant non culpabilisé a appris à « reconnaître les choses telles qu’elles sont », il reste à l’aise pour reconnaître juste « ce qui s’est passé », il n’est pas prisonnier d’une émotion qui lui dicterait qu’il « n’aurait pas dû » agir comme il a agi[6]. S’il a agi comme il a agi c’est parce que (au moment où il a agi), il ne pouvait pas agir autrement[7]. Quand il n’y a plus de procès d’intention, quand il n’y a pas de chantage à la punition mais à l’inverse une complicité avec son parent, pour l’amour de la vérité (voir ensemble tranquillement les choses telles qu’elles se sont passées), un enfant peut alors aisément réfléchir à ce qui s’est passé. Ne vivant plus dans la peur, il ne se ferme pas et reste accessible.

Ce n’est pas parce qu’il est maladroit qu’un enfant a laissé tomber la bouteille de sirop dans la cuisine, mais parce qu’il n’a pas senti qu’elle était si lourde et ne l’a pas prise à deux mains. Oui, tu vois, si tu la prends de cette manière elle ne risque pas de tomber.

Aimer et respecter son enfant c’est l’aider à regarder les conséquences de ses actes sans avoir le besoin d’éprouver de la culpabilité[8].

Il ne s’agit donc pas de conditionner l’amour à l’obéissance (je t’aime quand tu t’y prends comme je pense bien pour toi que tu t’y prennes), mais de créer un climat d’amour et de compréhension tel que, se sentant libre et aimé, l’enfant ne craindra pas de regarder avec son parent les conséquences de ses actes.

Apprendre la loi

C’est dans cette ouverture, dans cette accessibilité que nous pouvons lui apprendre la loi et les limites. Loi et limites qui sont les mêmes pour tous. Donc il s’agit de commencer par leur montrer que nous les respectons nous aussi. Nous faisons attention au feu nous aussi, parce qu’il brûle tout le monde, c’est la loi. Ce n’est, par exemple, pas judicieux d’interdire à son enfant certains écarts de langage et de se les permettre à soi-même en sa présence. Si on les interdit à son enfant on se les interdit à soi-même évidemment. C’est cela être conséquent et éduquer par l’exemple.

Découvrir avec lui le monde, ses us et coutumes, ses vérités et ses paradoxes, ce qui se fait et ne se fait pas. Quand un enfant sent son parent (par lequel il a besoin de se sentir aimé), en paix et adapté au monde dans lequel il vit, il s’adapte lui aussi, à condition que ce parent lui fasse sentir qu’il l’aime quoi qu’il fasse, (bien sûr cela sous entend que nous nous aimions nous-mêmes quoique nous fassions, ce qui n’est pas toujours gagné !)

Ce cadre relationnel devient alors le meilleur moyen de lui apprendre les limites à ne pas dépasser. Un être qui n’a pas peur reste ouvert. Restant ouvert, ne ressentant pas le besoin de se protéger, il sait qu’il peut parler, comprendre et se comprendre, il apprend et s’enrichit à travers ses expériences.

La souffrance d’un être mal aimé, abusé, trompé, manipulé, le condamne le plus souvent à répéter avec les autres ce qu’il a lui-même subi, donc à ne pas respecter la loi humaine et primordiale des hommes qui est fondée sur une éthique de réciprocité (ne pas faire à autrui ce que l’on ne voudrait pas qu’il nous fasse), à moins que justement, il n’ait découvert et appris, avec un autre, l’amour inconditionnel.

L’amour inconditionnel

L’amour inconditionnel éduque et redresse le cœur blessé de ceux qui se sont sentis mal aimés, ou pas aimés du tout, à partir du moment où ils le ressentent.

Comme le dit Marie de Hennezel[9],« On est toujours l’obligé de celui qui s’abandonne à nous avec confiance. »Si nous devenons vulnérables à notre enfant en lui faisant sentir la confiance que nous avons en lui et en notre amour pour lui et qu’il le ressent, cet amour agira irrésistiblement sur lui en lui permettant de s’ouvrir. Et si cela ne fonctionne pas, c’est que l’amour que nous lui montrons n’est pas assez fort.

Quand nous sentons l’autre ouvert, bienveillant et vulnérable, nous n’avons pas de raison de nous fermer ou de nous replier sur nous-même, nous nous ouvrons à notre tour.

Ceux qui le savent sont ceux qui ont osé en faire l’expérience.

La vraie question

Dès lors la question devient : Comment alors allons-nous parvenir à faire ressentir à notre enfant que nous l’aimons, que nous l’acceptons « tel qu’il est », donc inconditionnellement ?

Comment allons-nous faire sentir à notre enfant que nous l’aimons quand il rage ou quand il pleure ?

Celui qui aime ne demande pas, il donne ; s’il donne vraiment, comment pourrait-il se sentir blessé par celui à qui il donne ? Il est prêt à ce que celui à qui il donne ne reçoive pas, il ne lui en veut donc pas de ne rien avoir reçu quand il s’y est pris – sans doute maladroitement – avec lui. Il reconnaît ses erreurs comme ses maladresses quand il se retrouve en échec, il persévère dans son intention de donner et ne se lasse pas de tenter de mettre en œuvre une nouvelle stratégie, un nouveau comportement pour que son enfant reçoive enfin l’amour inconditionnel qu’il veut lui donner[10].

En disant, par exemple, à son enfant « T’es pas beau quand tu pleures » (ou quand tu es en colère), nous le divisons contre lui-même ; ce faisant, nous amplifions sa souffrance. Nous amplifions la souffrance de notre enfant parce que nous nous sentons blessés par lui sous le prétexte qu’il n’est pas comme nous voudrions qu’il soit (ici, que cela nous fait de la peine de le sentir triste ou que cela nous énerve de le sentir nerveux). Ce que nous pouvons lui dire, c’est par exemple : « je vois que tu pleures ou que tu es en colère, d’accord, si tu as besoin de moi, si je peux t’aider, je suis là ». C’est tout.

Être là, à l’écoute, sans forcer la confidence, sans chercher à expliquer, avec la patience d’attendre que l’enfant fasse (ou non) appel à nous.

La vertu de la patience

Nous comprenons que pour que des parents deviennent capables de ne pas utiliser l’amour comme un outil de chantage, il faut qu’ils soient patients. La patience est une vertu nécessaire à l’amour. Un proverbe dit que c’est avec de la patience que le verger devient confiture…

En fait ce n’est pas le comportement de l’enfant qui rend les choses difficiles mais notre impatience, notre désir d’obéissance immédiate. « Quand je te dis quelque chose, tu obéis, c’est tout. » Et c’est la vision de notre désir de toute puissance et de domination (et les catastrophes qu’il entraîne) qui nous aidera à devenir patient. Tant que nous justifions notre impatience par le devoir d’obéissance de l’enfant, nous nous empêchons de progresser. En réalité la question est moins de savoir que notre enfant doit obéir que de nous interroger sur ce que nous faisons, sur la manière dont pouvons nous y prendre, quand il n’obéit pas.

La moniale bouddhiste Pema Chödrön[11]affirme que la patience ne s’apprend pas dans la sécurité et précise que la patience implique que l’on ait le désir d’être vivant au lieu d’essayer de rechercher l’harmonie. Une telle remarque est d’abord surprenante ; et en y réfléchissant nous pouvons reconnaître qu’aimer c’est être vivant, et oser choisir entre notre volonté de puissance et le bien-être de notre enfant. C’est notre besoin d’harmonie et de sécurité qui nous pousse à employer de mauvais moyens pour nous faire obéir. En fait notre impatience est toujours liée à une blessure personnelle (le moi qui ne supporte pas une chose et veut la faire cesser le plus vite possible), blessure qui trouve forcément son origine dans la manière dont nos propres parents ont exigé notre obéissance, en usant de violence souvent. Ils ont  instauré un rapport de force qui a créé un refoulement de notre élan vital (force de vie) qui – ici maintenant – revient en force, en nous faisant croire qu’il nous faut renoncer à notre tour à l’habileté de l’amour au profit de la domination.

Dans un tel contexte, l’enfant est toujours perdant, c’est pour cela que l’amour a un tel besoin de patience et que cette patience, pour exister et s’installer en nous, demande que nous devenions beaucoup plus clairs avec nos motivations.

Il est donc maladroit pour la relation et pour l’épanouissement de l’enfant qu’un parent attende que son enfant lui obéisse ; un parent reste prêt à tout parce qu’il sait que son enfant – qui ne lui appartient pas – est « un autre que lui », un enfant.

Conditionner l’amour à l’obéissance est donc une maltraitance[12]. Et cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas que l’enfant obéisse à certaines règles, clairement exprimées, ce qu’il fera volontiers s’il se sent aimé.

Cela veut dire que pour qu’elles soient à l’endroit, donc pour le développement harmonieux de l’enfant, les choses ne doivent pas être forcées, elles doivent venir de l’expérience directe de l’enfant. Au parent d’être disponible à ces expériences à travers sa bienveillante patience.

Après lui avoir expliqué – avec amour – la manière dont il peut tenir la bouteille de sirop pour qu’il ne la fasse pas tomber, le parent aimant peut espérer qu’il ne la fasse plus tomber mais ne pas l’attendre. Elle retombera peut-être deux ou trois fois jusqu’au moment où l’enfant aura intégré (sans stress) comment il peut la tenir pour qu’elle ne tombe pas.

Comment se sentir blessé par le comportement d’un être duquel on n’attend rien qu’il ne puisse donner à son âge ? Personne ne demanderait à un enfant de trois ans de faire une multiplication, ni à un enfant de dix ans de lire et de comprendre un manuel d’astronomie ? Le cerveau d’un enfant, ses capacités d’apprentissage, se développent année après année et les adultes ont souvent tendance à demander l’impossible (sans réfléchir ni se renseigner sur, par exemple, le fonctionnement des neurones miroirs dans le cerveau des enfants[13]).

Être parent

De même qu’un fleuve s’écoule toujours vers la mer (et jamais l’inverse), les parents sont faits pour donner et les enfants pour recevoir[14]C’est la loi. Les parents qui veulent prendre ou attendent que leur enfant leur donne sont des parents dysfonctionnels et toxiques (parfois même pervers et incestueux).

Le parent aimant est celui qui – parce qu’il n’attend rien de lui – peut aimer inconditionnellement son enfant.

C’est à partir de cet amour inconditionnel que son enfant découvrira les limites à ne pas dépasser.

Et c’est ainsi que n’attendant rien de celui qu’il sait aimer, le parent recevra tout de lui : son amour en retour.

Illustration :

Merci à Valérie Parize.

Notes :

[1]Lire à ce sujet mon article : « Comment parvenir à guérir de son enfance ? »

[2]Lire à ce sujet mon article : « Esquiver ou digérer »

[3]Lire sur Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Oscar_Wilde

[4]Lire à ce sujet mon article : « Enfant menteur, parent qui fait peur. »

[5]Lire à ce sujet mon article : « La division contre soi-même. »

[6]Lire à ce sujet mon article : « Culpabilité et amour de soi. »

[7]Lire à ce sujet mon article : « Comment gérer celui qui dit du mal de nous ? Sommes-nous volontairement méchants ? »

[8]Lire à ce sujet mon article : « La vie n’est pas injuste mais elle est cruelle. »

[9]Lire sur Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie_de_Hennezel

[10]Lire à ce sujet mon article : « Comment sortit de sa toxicité de parent ? »

[11]Lire sur Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pema_Chödrön

[12]Lire à ce sujet mon article : « Réponses aidantes ou maladresses nuisibles. »

[13]Lire à ce sujet mon article : « Pourquoi sommes-nous agressifs avec nos enfants et comment y remédier ? »

[14]Lire à ce sujet l’article : « Être un parent acceptable. »

© 2018 Renaud & Hélène PERRONNET Tous droits réservés.

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Voir les choses telles qu’elles sont : la leçon des feuilles

« La vie est un jeu, un défi, une conquête, simplement parce que les choses n’arrivent qu’une fois. Ce n’est jamais la même eau qui coule sous le pont. Tout ce qui arrive est nouveau, donc précieux, source de lumière. Tout ce qui vient, vient seulement pour vous enrichir, pour vous illuminer, uniquement quand vous êtes prêt à l’accepter. Alors, soyez toujours prêt à être étonné. »

Swâmi Prajnânpad

« Il t’est arrivé de voir une main arrachée, un pied, une tête coupée, gisant séparés du reste du corps ? Voilà ce que se fait à lui-même celui qui n’accepte pas ce qui arrive et qui se sépare du Tout. »

Marc Aurèle

« Ne sentirez-vous donc pas qui vous êtes, pourquoi vous êtes nés, quel est ce spectacle auquel vous avez été admis ? »

Epictète

Le contexte :

L’être humain fonctionne comme une respiration : inspir puis expir. Si nous voulons agir sur le monde et aider les autres, il nous faut alterner entre vivre dans le monde et nous retirer du monde. C’est ainsi que celui qui est dans le rôle de l’aidant, donc en première ligne, devra à un moment se mettre en retrait(e) avant de pouvoir retourner en première ligne.

Puisque dans la dualité il y a l’extérieur et l’intérieur, inséparables, je suis allé prendre soin de mon « intérieur » en allant « faire retraite » pendant une semaine complète dans un lieu de silence et de paix, dans un lieu propice à la méditation, à la réflexion, dans un lieu propice à un abandon vivant.

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Aimer

Réflexion n° 24 :

Beaucoup de personnes ne savent pas bien ce que veut dire « aimer », elles confondent leur besoin d’être aimées avec leur capacité à aimer. 

C’est ainsi que dans leurs relations, elles s’abusent en disant à l’autre « Je t’aime » au moment où elles ressentent plus ou moins confusément qu’elles ont besoin d’être aimées par lui… Leur vérité, si elles la disaient, s’exprimerait ainsi : « J’ai besoin que tu me comprennes, j’ai besoin de ta tendresse ou que tu me prennes dans tes bras. » 

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Aimer son enfant

Réflexion n° 17 :

Beaucoup de parents pensent qu’aimer leurs enfants, c’est se comporter vis-à-vis d’eux en ce qu’ils appellent de « bons parents ». Une mère pourra penser, par exemple, que pour être une bonne mère elle doit toujours repasser les T-shirts de son fils. Un père pensera qu’aimer sa fille, c’est lui faire un beau cadeau le jour de son anniversaire.

En fait ces parents, souvent éduqués dans la culture du sacrifice, croient aimer leurs enfants quand ils se comportent avec eux selon les valeurs avec lesquelles leurs propres parents les ont éduqués.

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Pourquoi doit-on communiquer avec les personnes en état végétatif ?

Est-ce juste de les considérer comme des « légumes » ?

Les séquelles de certains traumatismes crâniens comme de certaines défaillances cardiaques graves peuvent mener au coma, (du grec κῶμα/kôma qui signifie « sommeil profond »), qui est défini comme une abolition de la conscience et de la vigilance, non réversible par les stimulations, alors même que les fonctions végétatives (par définition les fonctions physiologiques indépendantes de la volonté comme la respiration, la digestion ou la circulation sanguine), sont plus ou moins bien conservées.

C’est ainsi qu’on parle d’EVC (Etat Végétatif Chronique) lorsque l’état végétatif persiste plus de 12 à 18 mois.

On estime que les personnes en EVC :

  • ne témoignent à l’évidence d’aucune conscience d’elles-mêmes ou de leur environnement ;
  • ne présentent aucun signe de compréhension ou d’expression du langage ;
  • n’offrent aucune réponse significative aux stimulations.

On parle plus spécifiquement d’EPR (Etat Pauci Relationnel, du latin « pauci » peu), lorsque ces personnes répondent seulement à quelques stimulations.

Plus l’état végétatif dure longtemps, plus les chances d’une évolution vers un retour à la conscience normale deviennent minimes, même si on a pu exceptionnellement observer des éveils chez des patients qui étaient en état végétatif depuis plus de 18 mois, (une quinzaine de cas seulement auraient été mentionnés dans les revues scientifiques), comme celui du jeune américain Terry Wallis qui est sorti du coma après 19 ans de soins de nursing.

Alors, les personnes en EVC sont-elles des « légumes » ?

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