Archives de catégorie : Relations aux enfants

Repérer les principes pernicieux de la pédagogie noire pour y remédier

« Les jugements de valeur vous ont été assénés quand vous étiez jeune, quand votre mental était réceptif, aussi sont-ils solidement ancrés. Pour vous en libérer, votre pouvoir de discrimination doit donc être clair et tranchant. Comment l’affûter ? En le frottant sur la vérité. »

Swami Prajnanpad

Il y a quelque chose de pathétique dans la manière dont les parents aux comportements pourtant toxiques et dysfonctionnels1 tiennent à leurs opinions sur l’éducation. Qu’ils en aient conscience ou non, ils sont les esclaves des façons de faire de leurs propres éducateurs et des affirmations péremptoires de ces derniers.

Je reprendrai donc ici quelques-unes de ces opinions qui ont la particularité de n’avoir jamais été remises en cause par ceux qui les chérissent et qui se les transmettent de génération en génération même si – enfants – ils en ont fait les frais.

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Parent efficace ou parent conscient ?

« Pour être un père ou une mère, une chose est précieuse : prendre la peine de se souvenir intelligemment de sa propre enfance, de sa propre relation avec ses parents, de ce qu’ont été les moments heureux, les moments douloureux, de ce qui nous a aidés, de ce qui nous a fait mal, et être extrêmement vigilant afin de ne pas mécaniquement reproduire les comportements néfastes dont nous avons été victimes. Il faut aussi complètement admettre que l’enfant est un autre que nous. Il est différent de nous et nous devons lui permettre de se développer dans sa ligne à lui. »

Arnaud Desjardins, Regards sages sur un monde fou, Éditions La Table Ronde, 1997, p. 65.

La vie est un processus qui se transmet de génération en génération et nous faisons tous partie intégrante de ce processus. De même que les causes produisent des effets, la manière dont nous allons éduquer nos enfants va influer pour le pire comme pour le meilleur sur ce qu’ils vont devenir.

Prendre la mesure de cela c’est garder constamment à l’esprit qu’au quotidien, l’enfant fera l’expérience de la vie, découvrira qui il est et ce qu’il peut attendre du monde et des autres à travers les comportements de ses parents. C’est ainsi qu’un enfant parviendra ou non à s’accomplir comme une personne équilibrée capable d’accéder au bonheur.

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L’enfant et les ballons

À propos de l’expérience du désir et de son refoulement

« Quand un enfant demande à être guidé, éclairez le sujet de la discussion autant que possible et permettez à l’enfant de décider. Faites un effort pour encourager l’enfant à trouver, à faire l’expérience. Il faut donner à l’enfant les trois L : Love (Amour), Light (Lumière ou explication), Liberty (Liberté ou absence de contrainte). »

Swami Prajnanpad

Un enfant demande, c’est naturel. Il ne sait pas encore refouler ses désirs. C’est à l’adulte de sentir s’il est juste de lui donner ce qu’il demande à ce moment-là ou pas.
Beaucoup de parents parlent des caprices de leurs enfants mais ce sont les mêmes qui les « gâtent » en leur offrant des objets que parfois ils ne désirent pas (encore).
Peu nombreux sont les parents qui savent qu’un désir refoulé et interdit prend une place démesurée ensuite dans la psyché de l’enfant.
Il peut souffrir vraiment du refus de son parent – qu’il ne comprend pas – et ensuite, après coup, dans son existence, en réaction à son refoulement, faire exprès des choses interdites et parfois dangereuses.

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Aimer inconditionnellement son enfant

un antidote à « qui aime bien châtie bien »

Ou comment ne plus être mené par la peur dans l’éducation de son enfant ?

« Sans amour, le monde serait inanimé. »

Djalâl ad-Dîn Rûmî

Préambule

Un tel titre pourra sembler exagéré et provocateur à certains, mais dans un monde qui le plus souvent conditionne l’éducation à la peur, il m’apparait juste de proposer aux parents une réflexion sur la manière dont ils croient aimer leurs enfants. Peut-être pour leur permettre de découvrir qu’ils les aiment plutôt mal et – l’ayant découvert – de les motiver à avoir le goût de les aimer davantage et mieux.

C’est-à-dire de les aider à se laisser toucher par ce qu’ils font subir à leur enfant quand ils leur demandent une obéissance inconditionnelle basée sur leurs angoisses de parent. L’objectif étant de leur permettre de découvrir que ce n’est que l’amour inconditionnel qui pourra – peut-être – un jour, permettre à leur enfant d’être heureux.

Les besoins propres de l’enfant

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Culpabilité et souffrance

S’ouvrir à sa souffrance pour dépasser sa culpabilité

J’ai connu une mère qui punissait systématiquement sa fille de 12 ans lorsqu’elle avait une mauvaise note au collège – en lui interdisant de sortir retrouver ses amies.

Sa fille avait grandi dans un contexte douloureux, son père ayant quitté la maison quelques années plus tôt après une tentative de suicide.

A 12 ans, cette adolescente a commencé à s’habiller tout en noir et à se scarifier les bras – et continué à ne pas travailler au collège.

La mère était tellement persuadée de faire le bien de sa fille en ne cédant pas à ce qu’elle appelait ses caprices et en lui répétant sans arrêt : « tu es vraiment nulle, tu n’arriveras jamais à rien, tu me fais honte », qu’elle ne s’émouvait pas plus que ça des blessures que sa fille s’infligeait.

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Enfant menteur, parent qui fait peur

à propos du mensonge et du goût de la vérité dans l’éducation

« Nous ne pouvons pas aimer vraiment s’il nous est interdit de voir notre vérité, la vérité sur nos parents et nos éducateurs, mais aussi sur nous-mêmes. Nous pouvons seulement faire semblant d’aimer. Mais ce comportement hypocrite est le contraire de l’amour. »

Alice Miller

« Tout être humain qui approche la vérité de ce qu’il vit, en propre, rencontre l’humanité tout entière. »

Fabrice Midal

Qu’est-ce que le mensonge ? Le Petit Robert le définit comme « Affirmer ce qu’on sait être faux, nier ou taire ce qu’on devrait dire. » La vérité étant « Ce à quoi l’esprit peut et doit donner son assentiment, par suite d’un rapport de conformité avec l’objet de pensée, d’une cohérence interne de la pensée. »

La vérité est donc l’accord de la pensée avec la chose telle qu’elle est, dire la vérité c’est donc dire les choses telles qu’elles sont. A l’inverse, mentir, c’est travestir ou cacher les choses telles qu’elles sont.

Une mère m’écrit :

Mon fils de 17 ans ment tout le temps et sur tout ! Je viens de me rendre compte qu’il m’a menti sur la personne chez qui il a dormi ce week-end et que ce n’est pas la première fois.

A chaque fois qu’il me ment, je m’en aperçois et il le sait mais il continue.

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Comment sortir de sa toxicité de parent ?

ou comment se déséduquer pour respecter son enfant tel qu’il est ?

« Si nous voulons éviter le viol inconscient de l’enfant et sa discrimination, la première chose à faire est d’en prendre conscience. Nous sensibiliser aux formes fines et subtiles d’humiliation d’un enfant est le seul moyen de nous aider à acquérir ce respect pour l’enfant dont celui-ci a besoin dès le premier jour de sa vie pour pouvoir se développer psychiquement. »

Alice Miller Le Drame de l’enfant doué

Devenir parent

Le désir d’enfant n’implique pas que les futurs parents seront à l’écoute de leur enfant à naître.

Le désir d’enfant d’une femme dépressive peut par exemple être un moyen pour elle de tenter de réparer – inconsciemment – un besoin d’affection non comblé.

Sans parler des nombreux cas de couples qui se réconcilient sur l’oreiller à travers leur mutuel désir d’enfant – vu comme une réponse à leurs difficultés relationnelles.

Il y a aussi les hommes immatures paniqués par la grossesse de leur femme et qui la quittent parce qu’elle est enceinte.

Et les jeunes mères qui ne savent pas, ne peuvent pas s’occuper de leur bébé.

Pour ne parler que de quelques cas.

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Sexisme ordinaire

« Avant mes 14 ans, les garçons de ma classe m’auront déjà traitée de salope, de pute, de connasse, de plein d’autres choses. C’est juste pour rire, bien sûr ! »

Cette phrase est extraite d’une vidéo* qui nous interpelle tous mais s’adresse spécifiquement aux hommes.

En effet, existe-t-il un seul homme qui de près ou de loin n’ait participé à l’humiliation des « filles », ne serait-ce qu’en ayant assisté à une maltraitance sexiste sans être intervenu ?

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Ma fille de 14 ans en est à sa 3ème tentative de suicide…

Ou comment rencontrer la souffrance de son adolescent ?

« Un animal, un enfant et un ignorant sont esclaves de leurs désirs. Ils veulent les satisfaire immédiatement, quels que soient le moment, le lieu ou les circonstances… A quoi reconnaît-on un homme ? Un homme, avant de satisfaire ses désirs, tient compte du temps, du lieu et des circonstances, car il cherche à atteindre un but. »

Swami Prajnânpad.

Un homme, a fortiori un père…

Qu’est-ce qu’être un père ?

« Alice au chat du Cheshire : – Voudriez-vous, je vous prie, me dire quel chemin je dois prendre pour m’en aller d’ici ? – Cela dépend en grande partie du lieu où vous voulez vous rendre, répondit le chat. »

Lewis Carroll.

Le contexte :

Paul est un homme d’affaires, toujours entre deux avions, qui m’a écrit une première fois fin 2013. Après une deuxième tentative de suicide (TS) en 3 mois, sa fille de 13 ans, Lucie, se trouvait depuis deux semaines dans un centre pour évaluation et observation des adolescents.

Paul m’expliquait que sa relation à la mère de Lucie avait toujours été très conflictuelle depuis la naissance de leur fille et qu’ils se déchiraient mutuellement à propos des droits de visite et des communications avec leur enfant. Ayant obtenu le droit de garde, il m’explique : « toute trace de sa présence chez sa mère a été supprimée par celle-ci, qui ensuite a déménagé dans un appartement où ma fille dort sur un canapé du salon lorsqu’elle vient en visite, un week-end par mois, et pendant la totalité des petites vacances. Ce rythme a été imposé par la mère et je l’ai accepté sans négocier, à la demande de ma fille qui voulait absolument déménager. »

S’ensuivent un suivi psychologique et plusieurs crises de spasmophilie (syndrome d’hyperventilation lié à un état anxieux) pour Lucie.

Paul se décrit lui même comme un père « cadrant », il estime qu’au contact de sa mère laxiste, Lucie a développé pour survivre « une considérable capacité de négociation / manipulation et de mensonge de laquelle elle semble devenue prisonnière. » Il termine son portrait psychologique par ces mots : « elle a aussi une tolérance à la frustration pratiquement nulle. »

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Être un parent acceptable…

« L’éducation n’a pas d’autre but que de faire d’un petit enfant un adolescent heureux. Ce n’est pas d’en faire un enfant bien élevé, un enfant sage, un enfant instruit, un enfant qui fasse honneur à ses parents, un enfant qui acquière les traditions de sa caste ou de sa classe – tout cela est secondaire. Si c’est nécessaire pour que l’enfant soit heureux, bien ; si c’est inutile pour que l’enfant soit heureux, inutile ; et si cela doit compromettre le bonheur de l’enfant puis de l’adolescent puis de l’adulte, alors non. Puissent les parents être animés seulement par ce seul but : je veux faire un petit être heureux et un adulte heureux. Il ne s’agit pas bien sûr de s’occuper de l’enfant du matin au soir ni de satisfaire tous ses caprices. Plus l’enfant apprend peu à peu la non-dépendance, plus il sera heureux. »

Extrait du chapitre « De l’Education » dans Un Grain de sagesse, d’Arnaud Desjardins*, Editions de La Table Ronde.

Illustration : Promenade au parc de Raphaëlle Jouffroy.

Les parents qui sont convaincus de la véracité de ces paroles et qui essaient de les mettre en pratique, je les appellerai des parents acceptables. Pas des parents parfaits (c’est impossible), mais des parents qui ont réfléchi aux implications de leur rôle et sont prêts à ne pas juste reproduire avec leurs enfants ce qu’ils ont vécu auprès de leurs propres parents.

Comment reconnaître un parent « acceptable » ?

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Pourquoi faut-il reconnaître sa toxicité à l’oeuvre dans sa relation à l’enfant ?

…et comment aider les parents à sortir de leur toxicité ?

« C’est en vivant avec des adultes épanouis que les enfants deviennent à leur tour des adultes épanouis, pas en se faisant bourrer leur petite tête de principes moraux par des hypocrites bien intentionnés mais inconscients. »

Lee Lozowick.

A la fin de mon article sur les parents aux comportements toxiques* que j’écrivais en mai dernier, je précisais :

« Pour que tous les membres d’une famille apprennent peu à peu à vivre ensemble dans le respect et l’amour, il leur faut ne plus avoir le besoin de se manipuler les uns les autres sous le prétexte qu’il est douloureux de reconnaître ses maladresses. »

Après avoir lu cet article sur la toxicité à l’œuvre chez certains parents, un homme de 50 ans m’a écrit :

« Lorsque mon père me faisait des reproches, me battait ou m’insultait, c’est-à-dire tous les jours, je me taisais, maintenant, je n’accepte plus aucun reproche, justifié ou non, et je m’autorise la colère, sauf que maintenant c’est complètement débile, démesuré et n’a plus lieu d’être, je suis en colère contre moi de n’avoir pas eu la force de réagir mais je fais payer aux autres ce que j’ai subi. »

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à propos des parents aux comportements toxiques

Faut-il rester soumis à ceux qui ne nous respectent pas ?

Quel avantage y a-t-il à être attentif à la toxicité de ses parents ?

« Plus le niveau spirituel de l’éducateur est pauvre, plus sa morale est incolore, plus grand sera le nombre des injonctions et interdictions qu’il imposera aux enfants, non pas par souci de leur bien, mais pour sa propre tranquillité et son propre confort. »

Janus Korczak(1)

« C’est notre propre exemple qui apprend à l’enfant à mépriser tout ce qui est faible. »

Janus Korczak

Récemment je conversais avec une personne qui me disait que l’appellation « parents toxiques » qu’elle rencontrait ici et là sur internet lui semblait exagérée, que bien sûr ses parents n’étaient pas parfaits et qu’elle avait été malmenée par eux (comme nous tous, disait-elle), mais que cela ne l’empêchait pas de vivre « normalement. » Elle ajoutait que l’égoïsme faisait des ravages aujourd’hui et que puisque tous les parents avaient eu, eux aussi, leurs problèmes avec leurs propres parents, il était normal de les respecter et de les aimer en leur montrant présence et affection.

Elle estimait aussi que c’était le plus souvent « de bonne foi » qu’un parent obligeait son enfant à agir, qu’il le punissait « pour son bien », et que le simple fait que nos parents nous aient donné la vie et qu’ils aient eu leurs lots de peines et de soucis, justifiait à lui seul notre devoir de reconnaissance et de respect à leur égard.

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