Avec l'aimable autorisation de Mary Stuart

Compassion

Réflexion n° 11 :

Etymologiquement, le mot compassion vient du latin cumpassio et signifie « souffrance avec ».

On peut donc légitimement s’interroger sur le sens de la compassion en tant que simple disposition émotionnelle à la perception de la souffrance d’autrui.

Dans ce sens, ce n’est qu’une contagion affective, un « vain redoublement de la souffrance » comme disait Nietzsche, qui multiplie la souffrance au lieu de la guérir en augmentant la détresse du monde.

Mais alors qu’est-ce que la « vraie » compassion ?

Le Dalaï-Lama précise : « La compassion ne dépend ni de la beauté ni de la gentillesse de quelqu’un. Elle se fonde sur le savoir que l’autre est fondamentalement identique à soi. Elle se fonde sur la raison et non sur une simple émotion. »

La compassion se fonde sur le discernement : c’est parce que nous sommes tous « frères » qu’il est important que je fasse attention aux autres car y faire attention revient à prendre soin de moi-même. Je me laisse donc toucher par la souffrance de l’autre, non pas pour en souffrir égoïstement moi-même, mais pour arriver à sentir et à reconnaître que nous partageons tous une même condition humaine.

En fait la pratique de la compassion – nous explique Pema Chödrön – exige de nous une certaine audace pour vivre son impuissance en ne nous précipitant pas pour consoler et rassurer l’autre lorsque nous sentons qu’il souffre : « Il faut apprendre à se détendre et à se laisser entrer doucement dans ce qui nous effraie. L’astuce ici consiste à laisser être la détresse affective sans la durcir jusqu’à l’aversion ; laisser la peur nous adoucir au lieu de nous durcir pour résister. »

La compassion ouvre à une conscience solidaire qui nous permet de sentir que nous ne sommes pas des entités autonomes et séparées des autres et que notre bonheur ne peut se construire qu’avec les autres.

Elle devient alors une opportunité d’attendrir notre cœur qui, parce qu’il ne craint pas de se laisser silencieusement toucher, pourra s’ouvrir à l’altruisme.

Martin Luther King ne disait-il pas : « Il nous faut apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons périr ensemble comme des imbéciles. »

© 2014 Renaud & Hélène PERRONNET Tous droits réservés.

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8 réflexions au sujet de « Compassion »

  1. Karine

    C’est vrai que la nuance est importante car souvent quand on souffre l’entourage n’est pas avare de réflexions et d’attitudes aggravantes soi-disant parce qu’il voudrait qu’on ne souffre pas. C’est ainsi que les parents toxiques s’en prennent violemment à l’enfant qui souffre, non pour prendre en compte sa souffrance mais pour se décharger eux-mêmes de leur gêne. Un clivage se crée, je nie ma souffrance pour ne pas susciter la fureur de mes parents qui me font croire qu’ils ont ce comportement « parce qu’ils m’aiment ». Les conséquences à long terme sont désastreuses.

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  2. jean michel

    J’ai l’impression que dans altruisme il y a altérité, c’est à dire autre, donc différent de ce qu’on imagine ou on attend. La compassion pourrait être de connaître et rencontrer l’autre comme il est avant d’inter réagir ensemble comme on peut selon les circonstances. Dans une relation il y a toujours à la fois des choses communes et des choses différentes, dues au passé et aux choix. Bien souvent on recherche ce qui est faussement rassurant, mais c’est en s’intéressant aussi à ce qui est difficile qu’on a des occasions d’avancer ensemble, vu que un progrès est rarement le résultat de l’action d’une seule personne. Par la compassion c’est encourageant de savoir que même si on ne peut pas faire grand chose au présent, on essayera toujours de mieux se comprendre mutuellement. En plus on peut considérer que dans bien des cas s’adapter est loin de constituer une faiblesse.

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  3. Soly

    « Laissez la peur nous adoucir au lieu de nous durcir pour résister » cette phrase a un impact sur moi, elle me permet de réfléchir sur une situation que je vis, mais aussi faudrait-il que je cherche en moi des réponses.
    Je réalise depuis quelques temps, qu’il est mieux pour moi, mais aussi pour la personne concernée, de « rompre » du moins de mettre de la distance avec elle. Cette amie a perdu son mari, qu’elle a soigné du mieux qu’elle a pu…elle s’est enfermée dans son silence, chez elle, ne répondait à presque personne, bref sans rentrer dans les détails…j’ai fait comme tout le monde autour d’elle, j’ai respecté sa volonté…je lui ai trouvé mille excuses. J’ai essayé d’avoir une discussion, mais elle a toujours éludé, elle s’est réfugiée dans sa douleur peut-être, mais des côtés pas très sympathiques d’elle me sont apparus,j’ai voulu les occulter en espérant qu’elle reconnaitrait un jour son égarement…cela fait plusieurs mois maintenant. Elle semble aller mieux, elle fait comme çi de rien n’était, pour moi, ce n’est qu’une façade… je me suis faite une raison, en pensant que la réciprocité n’est pas une obligation. Je souhaite être honnête avec moi même, quitte à décevoir un entourage commun, je pense qu’il est sain de m’éloigner d’elle, je suis trop directe et spontanée pour elle, en fait je ne ferai que valider un processus qu’elle a mis en route. J’irai même jusqu’à penser qu’elle ne me supporte plus, et qu’il en est ainsi depuis certainement longtemps, son mari lui, m’appréciait énormément. Je voudrais qu’elle s’autorise à être elle même, pas qu’elle se sente obligée avec moi, de respecter une image d’elle.
    Des événements douloureux peuvent révéler une personne, et ce n’est pas toujours facile à admettre…Je sais que je peux choquer par mes propos, mais réellement je ressens les choses ainsi. Cette amie a certes des qualités, je la trouve justement sans compassion, malgré les épreuves traversées…serais-je trop dure envers elle, trop exigeante ?

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Merci pour votre partage, merci pour votre remise en cause.
      Quand vous partagez « Je voudrais qu’elle s’autorise à être elle même, pas qu’elle se sente obligée avec moi, de respecter une image d’elle.
 » je sens bien que vous êtes déçue et que vous désirez intensément que cette femme puisse se comporter avec vous en amie. Dans ce contexte, la part de vous qui envisage de s’éloigner d’elle (même à contre cœur) est la part blessée qui rentre dans sa coquille.

      En fait n’est-on pas toujours trop dur et exigeant avec une personne que l’on prétend aimer quand on souhaite qu’elle agisse selon notre besoin à nous plutôt que « selon ses possibilités » à elle, même si c’est avec l’espoir secret de pouvoir à nouveau être en lien avec elle ?

      Et là, je me pose une question. Avez-vous pensé à oser faire vous-même avec elle ce que vous aimeriez tant qu’elle ose faire avec vous ? Avez-vous pensé à lui parler réellement depuis votre cœur d’amie plutôt que depuis votre part blessée et déçue ?

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      1. Soly

        Oui, j’ai réellement essayé de lui communiquer mon ressenti avec comme vous le dites si bien, mon coeur d’amie, mais elle m’évite, se détourne, élude…Plusieurs fois, par courrier, j’ai dû insister que j’aimerais avoir un échange avec elle de manière posée . Elle ne m’a jamais répondu ou fait allusion à ma demande.Chaque fois que l’on s’est vues, il y avait d’autres personnes en présence, dont mon compagnon avec lequel elle s’entend très bien,. J’ai l’impression qu’elle n’ose pas s’exprimer franchement face à moi, de peur de perdre son lien avec mon compagnon. Le dialogue étant absent, Je ne peux que m’en référer à ce que je ressens. Aussi dès que je pourrai me retrouver avec elle , ne serait-ce que quelques minutes, je lui ferai part , très simplement, et avec tact (j’espère y arriver…) que je préfère m’effacer, prendre mes distances, que cela n’aura pas d’incidence sur son amitié avec mon compagnon. si c’est ce qu’elle craint. Il n’y a rien de « grave » c’est ainsi, je pense qu’il faut l’admettre . Pour moi c’est important de lui dire de vive voix, je ne lui en veux plus, chacune a fait ce qu’elle a pu,

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  4. Pascale

    Pour ma part, je pense que pour réellement pouvoir s’ouvrir à l’altruisme, en plus de la compassion, il faut aussi s’ouvrir aux attentes de celui qui souffre en le respectant suffisamment que pour éventuellement s’effacer…

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  5. Soly

    Merci Pascale ! votre commentaire, bref, mais si clair, va m’aider à prendre cette décision, sans culpabiliser qui que se soit. S’effacer quand il devient necessaire de le faire…

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    1. Pascale

      Je suis heureuse que mon commentaire ait vous aider, Soly, même si c’est tout à fait fortuit. En effet, votre premier message n’avait pas encore été approuvé lorsque j’ai écrit le mien… Je n’en avais donc pas encore pris connaissance ! 🙂

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