Archives de catégorie : Réflexion de la semaine

Qu’est-ce qu’aimer l’autre ?

Quand nous sommes enfermés dans notre besoin d’être aimé par un autre, il nous arrive bien souvent de croire – à tort – que nous l’aimons (puisque nous pensons ne pas pouvoir nous passer de lui). C’est là le drame si courant des amants, persuadés aimer l’autre alors qu’ils ne font que satisfaire leurs propres besoins de se sentir aimés par l’autre. Persuadés d’aimer, ils prétendent aimer alors qu’ils ne songent qu’à eux-mêmes.

Aimer un autre ou ressentir le besoin d’être aimé par un autre n’est pas du tout la même chose ! Aimer un autre, c’est l’aimer pour ce qu’il est, pas pour ce qu’il devrait être, ce qu’il pourrait être ou ce qu’il représente pour nous.

Étant donné que l’autre est toujours « un autre », il arrivera nécessairement un moment où nous n’aimerons pas quelque chose chez lui.

L’intéressante question qui se pose est donc celle du poids que va représenter pour nous ce quelque chose que nous n’aimons pas chez lui.

N’aimant pas quelque chose chez celui que nous pensons aimer, allons-nous en profiter pour découvrir qu’en vérité nous ne l’aimons pas ? Auquel cas le fait que nous n’aimions pas quelque chose chez l’autre va profiter à notre désamour de l’autre, ce qui en soi ne représente aucun mal puisqu’il n’est demandé à personne de devoir aimer un autre qu’il n’aime pas.
Ou – a contrario – allons-nous comprendre que le fait de ne pas aimer l’autre dans sa totalité est parfaitement normal et légitime puisque l’alter ego, celui qui nous correspondrait toujours en ayant les mêmes goûts et besoins que les nôtres, n’existe pas.

À ce moment de notre prise de conscience, nous nous retrouvons devant l’opportunité de parvenir à accepter l’autre comme un autre c’est-à-dire comme ayant à la fois des comportements et des goûts que nous acceptons d’autant plus qu’ils nous plaisent parce qu’ils nous correspondent ET des comportements et des goûts qui nous déplaisent et que nous avons d’autant plus de mal à accepter qu’ils ne nous correspondent pas.
En fait, vouloir que l’autre ait toujours des comportements qui nous correspondent et que nous aimons est un leurre, le leurre égocentrique et parfaitement narcissique de celui qui – comme dans un miroir – veut se voir partout chez les autres.

Dès lors, nous ne pouvons donc parvenir à aimer l’autre qu’en nous souvenant constamment qu’il est un autre – différent de nous – donc avec à la fois des comportements qui nous donnent satisfaction et des comportements susceptibles de nous énerver, et peut-être même de nous insupporter.

Nous découvrons alors que de ne pas exiger que le comportement de l’autre nous donne satisfaction est une vraie preuve d’amour. Bien sûr les pervers et les narcissiques en sont incapables puisque leur névrose consiste justement à vouloir prendre sans donner, à voir les autres à travers leurs besoins exclusifs.

La question duelle de la relation demande donc nécessairement à être envisagée des deux côtés : « Qu’est-ce que l’autre est pour moi ? » et : « Qu’est-ce que je suis pour l’autre ? » Or si se poser la question : « Qu’est-ce que l’autre est pour moi ? » est aisé et facile, se poser la question : « Qu’est-ce que je suis pour l’autre ? » est bel et bien la preuve de l’amour.

Ce chemin est celui de l’amour de l’autre c’est-à-dire de l’amour de celui qui sait à l’avance que l’autre lui donnera ET ne lui donnera pas satisfaction.
Celui qui aime véritablement l’autre comprend que l’aimer, c’est continuer de l’aimer alors que certains de ses comportements peuvent l’agacer et cela sans chercher à le changer.
Aimer l’autre c’est donc aussi pouvoir se passer de lui, ne serait-ce que quand il n’est pas disponible pour nous.

Celui-là est parvenu à sortir de son égocentrisme en même temps qu’à accepter que l’autre ne puisse pas faire autrement que de se comporter et d’avoir les goûts d’un autre. (Ce qui est parfaitement légitime puisque pour un autre, nous avons tous les comportements et les goûts d’un autre, qui parfois ressemblent aux nôtres et parfois n’y ressemblent pas !)

Cela est aussi valable pour soi-même : si l’autre ne peut qu’être un autre unique et spécifique, je ne peux qu’être moi-même unique et spécifique, à condition d’être réconcilié et unifié avec ce que je suis, avec mes goûts comme avec mes dégoûts, et cela y compris pour l’autre. En ce sens, il est possible de dire que c’est l’acceptation complète de la différence dans la relation (l’autre et moi), qui me permettra d’accéder à l’unité dans la relation, c’est-à-dire à l’amour de l’autre.

Dès lors, nous sommes tous une opportunité à la fois pour nous-mêmes et pour les autres. Une opportunité à nous accepter nous-mêmes et à accepter les autres tels qu’ils sont.
Aimer l’autre « comme soi-même » signifie donc parvenir à lui foutre autant la paix qu’on se la fout à soi-même.

© 2025 Renaud Perronnet Tous droits réservés

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Un changement radical de point de vue

Tant que l’on ne comprend pas les causes profondes et le plus souvent inconscientes par lesquelles un être agit comme il agit, il est aisé de le juger en se croyant insensible à son égard.

Si, dans le métro ou l’autobus vous êtes bousculé(e) par une personne qui vous pousse avec force, il est fort probable que vous réagirez de manière agressive et peu aimable. Cependant si, au moment de votre réaction, vous réalisez soudainement que la personne qui vous a poussé est un aveugle qui a tenté de se stabiliser en s’accrochant à vous, votre agressivité disparaîtra instantanément.

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Le loup et l’agneau

Vous appréciez la gazelle légère et fragile, alors vous vous efforcez de la protéger du lion. Cependant, vous constatez que le lion, bien que majestueux dans sa puissance, dépérit et risque de mourir de faim s’il n’a plus de proies à se mettre sous la dent.

Alors que faire ?

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Un peu de poil à gratter

« Que le cœur de l’homme est creux et plein d’ordure ! »

Blaise Pascal, Pensées.

Aspirer à devenir capable de voir les choses telles qu’elles sont, c’est commencer par convenir que nous sommes sans cesse soumis à des mécanismes inconscients qui nous obligent à une satisfaction de soi illusoire. Cela fait que nous dissimulons et mentons, c’est-à-dire que nous interprétons systématiquement ce que nous vivons de manière conforme à notre avantage et comme si les autres n’existaient pas.

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Reconnaître l’erreur, le mal ou la faute

S’assumer rend fort

Il faut constater ce qu’on a fait pour pouvoir en tirer les leçons, c’est-à-dire devenir capable de le rectifier, si c’est possible. Sans constat, il n’y a pas de rectification possible.

Car on ne peut se défaire d’un mal quel qu’il soit qu’en le reconnaissant d’abord comme un mal. Or nous trichons souvent avec nous-même en niant ce qui s’est passé sous le mauvais prétexte que nous ne le voulons pas, et créons ainsi en nous-même une division intérieure.

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Des parents intègres

Une personne intègre est une personne à la fois honnête, incorruptible et juste.

Le parent intègre est celui qui ne cède pas à son désir de perfection à être le parent idéal, celui qu’il voudrait être, dans sa relation à ses enfants. Il admet donc avec facilité pouvoir se tromper et faire des erreurs.

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Chantage et cris dans la relation

Le chantage est un moyen de pression exercé contre un autre pour obtenir de lui ce dont on a besoin. De même, crier contre un autre répond à notre besoin personnel de décharger notre agressivité en cherchant à faire peur à celui que nous voulons autre que ce qu’il est.

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Pourquoi vouloir « avoir raison » ?

« On a toujours tort d’essayer d’avoir raison devant des gens qui ont toutes les bonnes raisons de croire qu’ils n’ont pas tort ! »

Raymond Devos

À partir des opinions que nous avons sur les choses, nous partons souvent du principe que nous avons raison, au point d’être prêts à détruire une relation pour défendre notre position.

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Excusez-moi !

On entend souvent les gens se plaindre de ce que les personnes qui commettent des erreurs ne s’excusent généralement pas, qu’elles sont « mauvaises » ou mal éduquées.

Si nous en voulons à une personne de ne pas s’excuser de ce qu’elle a fait ou dit, c’est simplement parce que nous estimons qu’elle aurait dû avoir une attitude autre que celle qu’elle a eue.

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La mentalité coloniale

La mentalité coloniale nous confronte nécessairement au tragique puisqu’elle est la mentalité du plus fort sur le plus faible, de celui qui méprise sur celui qui se sent méprisé. La mentalité coloniale est le totalitarisme de celui qui – parce qu’il se sent supérieur à l’autre (le colonisé) – est tellement persuadé d’avoir raison (ou plutôt d’être d’une « race » supérieure), qu’il est prêt à le massacrer pour parvenir à mener à bien ses propres projets.

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Les préalables à l’action

Il y a une façon de penser rigide et automatique qui nous éloigne de nous-même c’est celle qui nous oblige à fusionner avec des règles morales en leur obéissant aveuglément, celle qui nous oblige au devoir comme à un esclavage.

Un être humain qui aspire à être libre ne fait pas les choses parce qu’il le faut mais parce qu’il ressent le besoin de les faire, parce qu’il désire les faire.

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À propos de la punition

Nasreddin – « le fou qui rend sage » – est un personnage mythique de la culture musulmane. Philosophe ingénu et faux-naïf, il prodigue des enseignements tantôt absurdes tantôt ingénieux. Sa renommée est internationale.

Voici comment Nasreddin s’y prend pour attirer notre attention sur la punition :

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Se laisser toucher pour être juste

« Il n’y a pas de problème de la souffrance du juste pour la simple raison, peut-être, qu’il n’existe aucun système judiciaire suprême qui garantissent le bien pour le bien et le mal pour le mal. Et l’irréductible Menace du sort plane, ne nous en déplaise, sur chacune de nos vies. »

Marion Muller-Colard

En 1953, le parlement d’Israël a appelé « Justes parmi les nations », littéralement en hébreux « généreux des nations du monde », ceux qui – au péril de leur propre vie et de celle de leurs proches – ont apporté une aide à des Juifs menacés de mort. Et il a décidé de les honorer.

On estime ainsi que des « Justes » ont sauvé des centaines de milliers de personnes des massacres organisé par les nazis.

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