Archives de catégorie : Réflexion de la semaine

Solitude

Réflexion n° 51 :

Quand nous sommes en souffrance (psychologique et/ou physique), quand la souffrance est telle que nous avons l’impression d’être submergés par elle, nous pensons que nous sommes les seuls à sentir les choses comme nous les sentons.

Nous ne sommes – bien sûr – pas les seuls à souffrir mais nous sommes en effet les seuls, ici et maintenant, à ressentir la souffrance comme nous la ressentons.

Cela pour la bonne et simple raison que nous sommes uniques, et qu’une personne unique ne peut qu’être la seule à ressentir les choses comme elle les ressent.

Même si elle est accompagnée, même si elle se sent aimée, c’est bien elle qui souffre et sa souffrance reste incommunicable parce que les mots sont insuffisants et inadaptés pour rendre compte à l’autre de ce que nous ressentons vraiment.

Chaque personne donne par exemple un sens différent au mot inquiétude. « Chacun voit midi à sa porte », dit le proverbe.

C’est ainsi qu’une personne que j’accompagne m’a récemment écrit : « Personne ne peut me comprendre. »

Parce que c’était son sentiment à elle et que je la respecte, je lui ai répondu : « Oui, d’accord », lui signifiant que j’acquiesçais par là-même à son sentiment d’extrême solitude.

Non pas « oui, mais vous devriez vous sentir comprise », mais « oui, d’accord », indiscutablement d’accord.

Dans le relatif, nous sommes tous « séparés » et seuls. Les personnes qui ont vécu une souffrance abominable comme la perte d’un enfant par exemple, le savent, elles portent au fond d’elles-mêmes une certaine gravité, quelque chose de spécifique, et d’incommunicable.

Je crois que c’est un défi pour l’être humain que de ne pas devenir la victime de cette séparation qui nous isole indéniablement des autres. Cela revient à ressentir et à assumer la complète solitude de notre condition humaine : chacun d’entre nous souffre seul.

Et je crois que personne n’a fini d’explorer sa fondamentale solitude.

Alors que je faisais part de ces réflexions sur la condition humaine à la personne dont j’ai parlé plus haut, elle m’a répondu : « Oui mais on peut être très proche de l’autre quand on n’a pas peur de ses émotions et qu’on ne le juge pas. »

Cette femme avait tout perçu, compris de ce que l’on peut être pour l’autre en l’accompagnant : quand on n’a pas peur de l’autre, on peut se rapprocher de lui.

Et l’inverse de la proposition est vrai aussi : quand on a peur de l’autre, on s’en éloigne. C’est évident et c’est malheureusement ce qui se passe couramment dans la relation d’aide. Tous les malentendus, les quiproquos, les maladresses sont dus le plus souvent à la peur.

Nous vivons donc tous au cœur d’un grand paradoxe : montrer à l’autre qu’on accepte sa solitude nous permet de nous rapprocher de lui.

Et accepter sa solitude c’est lui faire sentir qu’on est nous-même d’accord pour accepter notre propre impuissance à y remédier. Cette impuissance devient alors un pont entre les deux personnes en relation.

Être inconditionnellement d’accord pour accepter ce que vit l’autre quand il le vit, c’est l’aimer.

C’est dans ce contexte, le contexte de l’acceptation de notre humaine condition, que nous pouvons apprendre les uns les autres à nous aimer.

© 2017 Renaud PERRONNET Tous droits réservés.

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Projections

Réflexion n° 50 :

Lors d’un dîner, un homme prend la parole pour expliquer aux autres invités que, de nos jours, les gens sont devenus terriblement égoïstes :

–     Hier, alors que je me rendais au restaurant avec une amie, nous avons vu un pauvre homme renversé par une voiture, qui gisait à terre, presque inconscient. Parmi tous ceux qui le regardaient, personne n’avait l’idée de l’aider. Eh bien, après avoir fini de manger, quand nous sommes sortis du restaurant, figurez-vous que ce pauvre homme était toujours à la même place !
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Enfermements

Réflexion n° 49 :

La plupart du temps nous sommes enfermés, murés à l’intérieur de nous-mêmes, incapables d’en sortir, incapables d’envisager que la réalité puisse être différente de celle que nous pensons voir, incapables d’envisager que les autres puissent avoir une sensibilité, un point de vue différent du nôtre.

En fait nous sommes souvent ignorants, comme cet homme qui – dans la pénombre – prend une corde pour un serpent.

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Neutre

Réflexion n° 48 :

Tout ce à quoi nous accordons de l’attention prend de la valeur à nos yeux. C’est à travers l’attention que nous leur donnons que nous rendons les choses importantes pour nous. Tant que nous ne leur accordons pas d’attention, les choses n’existent pas pour nous et rien ne se produit pour personne.

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Lucidité

Réflexion n° 47 :

Nous ne sommes pas tous égaux face au travail de connaissance de nous-mêmes que nous entreprenons. Il faut dire que le premier obstacle à ce travail c’est qu’il nous demande de partir de « là où nous sommes », quelles que soient les insuffisances, les manques ou les faiblesses que nous pouvons constater en nous. Or une personne convaincue de ses insuffisances en culpabilise le plus souvent et, inhibée par sa mauvaise conscience, ne peut pas se voir objectivement à l’œuvre et continuera indéfiniment de se raconter des histoires sur elle-même.

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Différence

Réflexion n° 46 :

Il y a les Français et les immigrés, les juifs, les chrétiens et les musulmans mais aussi les Roms, et puis les hétérosexuels, les bisexuels, les homosexuels et les asexuels, les femmes, les hommes et les transsexuels…

Parce que nous sommes tous différents, nous pouvons nous poser la légitime question de la manière dont nous allons vivre nos différences.

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Humilité

Réflexion n° 45 :

Il est intéressant de noter que le mot humilité (comme humiliation d’ailleurs) appartient à la même famille que le mot homme. Étymologiquement l’homme (du latin homo) est celui qui vient de l’humus donc de la terre, par opposition aux dieux qui ne sont pas des « terriens ».

Ainsi l’homme est humble en ce qu’il reste à sa « juste place », entre deux extrêmes : le trop et le trop peu.

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Prison

Réflexion n° 44 :

J’ai remarqué que beaucoup de personnes entreprennent un travail thérapeutique en s’imaginant qu’il est possible de guérir de ses « schémas » ou de ses « névroses » comme on guérit d’une mauvaise grippe.

Ainsi croient-elles que comme on chercherait à tuer un microbe pour recouvrer la santé, il suffirait de retrouver la ou les causes de ses troubles (le fameux traumatisme) pour en être libre, c’est-à-dire pour pouvoir définitivement sortir de sa prison.

Or ce n’est pas si simple.

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Opinion

Réflexion n° 43 :

La semaine dernière sur mon blog, une lectrice m’expliquait que mon article intitulé « Indignation » ne l’avait « vraiment pas convaincue » et que mon analogie avec l’ingénieur en aéronautique était « vraiment mal choisie ».

Par-delà le fait que je puisse – comme tout être humain – être maladroit et peu pertinent dans mes propos, sa réaction (légitime) m’a fait réfléchir à la manière dont beaucoup d’entre nous envisageons les choses de manière exclusive.

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Vieillir

Réflexion n° 41 :

« Vieillir c’est passer de la passion à la compassion », a écrit Camus.

Dans nos sociétés occidentales, on évite de parler des « vieux », on dit plutôt « troisième » ou même depuis que les centenaires sont légion, « quatrième âge ». C’est vrai que le panel est large entre le vieil homme prostré dans son fauteuil et le marathonien de 101 ans (Fauja Singh) qui a commencé la course à 88 ans ; mais aussi entre le « jeune retraité » encore très en forme et un vieillard de plus de 90 ans.

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Schéma

Réflexion n° 40 :

Dans le travail de connaissance de soi, on est amené à appeler l’entrelacs de pensées et d’émotions négatives qui trouvent leur sens dans notre passé un « schéma ».

C’est au moment où nous nous apercevons que nos schémas structurent l’ensemble de nos comportements que nous pouvons nous sentir mobilisés pour nous en débarrasser et commencer ce qu’il est convenu d’appeler un « travail sur soi ».

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