Consentement, responsabilité et respect de soi-même

De quoi suis-je responsable dans ma relation à un homme ?

Question posée par Sylvie :

Une de vos réflexions m’a interpellé « Ne pas se remettre en cause puisque c’est toujours de la faute des autres / Réflexion sur notre prétention. »1

Je suis en séparation avec un homme car manque de respect (injures et une violence physique à mon égard…)

Ai-je une responsabilité ?

Mes pistes de réponses :

Être autonome et indépendant, c’est être pleinement responsable de soi-même à 100%, et non pas à 50 / 50, comme nous nous plaisons parfois à le croire si nous ne sommes pas clairs avec nous-mêmes.

Nous sommes responsables de nos comportements comme de nos paroles parce que c’est nous qui en sommes à l’origine, mais nous sommes aussi responsables des limites que nous mettons ou ne mettons pas aux autres, compte tenu des valeurs qui sont les nôtres, compte tenu de la manière dont nous prenons la décision de tolérer ou pas, le comportement ou les mots de l’autre.

A la condition que nous ayons la possibilité d’intervenir, nous sommes donc responsables de laisser dire ce qui est dit. Si chacun est bel et bien « souverain » pour lui-même, chacun se doit d’assumer sa souveraineté propre.

Prenons un exemple. Vous êtes dans un bar dans lequel le patron partage à la cantonade une blague raciste ou sexiste avec un client qui boit son café à côté de vous.

Il vous regarde d’un air entendu, fier de sa mauvaise blague. Le simple fait que ses paroles soient parvenues jusqu’à vos oreilles et que le patron du bar veuille par son attitude vous en rendre complice, vous rend responsable (non pas de sa blague douteuse), mais de votre attitude en retour. Qu’allez-vous tolérer ou ne pas tolérer ?

Allez-vous sourire ou ne pas sourire ? Sentez-vous que vous devez lui dire (ou pas), que vous trouvez sa plaisanterie douteuse et que vous ne l’appréciez pas ? Allez-vous oser être courageuse avec vous-même ?

Nous avons toujours une responsabilité dans notre relation à l’autre, et en particulier quand nous tolérons – pour nous-mêmes – ce que nous désapprouvons chez lui.

« Être responsable » signifie « posséder en soi-même la réponse », cela revient à prendre sa part. C’est – par exemple – bien vous qui ressentez avoir à intervenir devant un propos négationniste que vous désapprouvez. C’est ainsi que vous estimez qu’il serait injuste pour vous de laisser faire ou dire ce qui se fait ou se dit devant vous et à vos oreilles.

Souvent, nous sommes en lien avec les autres de telle manière que nous devenons complices de ce que nous avons vu ou entendu sans réagir.

Si vous apprenez que votre meilleur ami a commis un crime, n’est-il pas de votre responsabilité de le convaincre de se dénoncer ? A des degrés divers et compte tenu de notre capacité à intervenir, nous devenons responsables de ce que nous connaissons.

En fait être responsable de soi-même, c’est être responsable de ses propres sens : ce que je regarde, ce que j’entends, ce que je perçois, ce que je ressens. Cela revient à dire que nos sens nous « mettant au monde », nous avons tous le droit de les assumer en accord avec nos valeurs.

Être responsable de soi signifie avoir le courage de se respecter soi-même. A contrario, les personnes qui ne se respectent pas elles-mêmes préjugent ou marchandent avec elles-mêmes et les autres, en n’osant pas mettre à elles-mêmes ou aux autres, les limites qu’il serait pourtant légitime de mettre.

Si – souhaitant mettre la limite à votre adolescent – vous lui imposez de ne pas regarder la télé plus d’une heure, vous devenez responsable de ne pas intervenir, si vous constatez qu’il est toujours devant la télé, une heure un quart après.

Être responsable c’est donc aussi faire respecter les règles que vous avez instituées avec l’autre, en vous en donnant les moyens. En tolérant que votre adolescent continue de regarder la télé après une heure, vous désavouez la responsabilité qui est la vôtre d’avoir institué une règle. Ce faisant, vous perturbez votre enfant en lui montrant explicitement qu’il ne peut pas avoir confiance en vous… et il vous faudra en prendre la pleine responsabilité (plutôt que de le culpabiliser en lui laissant croire qu’il aurait dû obéir à la règle et que tout est de sa faute à lui.)

Les personnes qui n’ont pas confiance en elles-mêmes, qui ne parviennent pas à s’appuyer sur elles-mêmes, qui ne savent pas vraiment pourquoi elles disent « oui » ou « non », auront toutes les peines à faire preuve de responsabilité.

Laxistes, elles laissent faire, inhibées dans leur capacité à agir, elles sont incapables d’obéir aux règles même si elles les ont établies elles-mêmes.

J’en reviens à vous Sylvie.

Vous vous sentez attirée par un homme, jusqu’au moment où vous constatez qu’il vous manque de respect. Il vous parle comme il ne devrait pas vous parler compte tenu des limites que vous pouvez supporter dans la relation. Pire, il vous malmène physiquement (et ne serait-ce qu’une seule fois) : vous êtes donc à 100% responsable de votre attitude en retour.

Vous êtes à 100% responsable pour vous même de votre propre consentement à subir (ou pas) ce que votre compagnon vous fait subir.

(Notons au passage que c’est là à la fois la condition et le but d’un travail thérapeutique bien mené que de permettre à chacun de devenir responsable de lui-même donc de découvrir la manière dont il contribue à sa propre détresse en en reportant la cause sur les autres.)

La question de savoir ce que vous voulez vivre dans votre relation à cet homme est donc – pour vous – pleinement légitime puisqu’elle va déterminer vos comportements en retour. (Souvenez-vous, vous êtes « souveraine » pour vous-même.)

Voyons les choses d’encore plus près : vous ne pouvez pas nier que votre compagnon a agi comme il a agi, que cela vous plaise ou non, il vous a manqué de respect. Cela revient à dire qu’il est pleinement responsable de lui-même en même temps que vous êtes pleinement responsable de vous-même dans votre capacité à tolérer que cela dure ou non.

Il ne sert à rien de penser qu’il n’aurait pas dû agir comme il a agi puisque c’est fait. Portez votre attention sur vous, pas sur lui : devez-vous tolérer que ses comportements durent sans vous en défendre. Cela en sachant que chacun est légitime à ne pas tolérer (une seconde de plus s’il en a le pouvoir), que l’autre continue d’agir comme il agit avec lui, quand ça lui est insupportable.

Sous le prétexte d’une « fausse tolérance » qui s’apparente à de l’hypocrisie, beaucoup de personnes cachent en réalité une incapacité à se respecter elles-mêmes. Dans cette incapacité, elles deviennent lâches et confuses avec elles-mêmes, se laissent tomber et deviennent des victimes contraintes de souffrir, quand elles ne deviennent pas à leur tour des bourreaux pour les autres.

Contraintes par leurs jugements sur elles-mêmes, ces personnes (incapables de prendre soin de leur souffrance), n’osent pas assumer leur non consentement, elles veulent paraître gentilles et bonnes alors que – lâches avec elles-mêmes – elles s’obligent à tolérer ce qu’elles n’ont pas à tolérer et n’osent pas se défendre.

Ce faisant elles refoulent leurs émotions et deviennent dangereuses pour elles et pour les autres.

Incapables également d’accéder à une « vraie bonté » pour les autres (issue d’un vrai consentement), elles battent en retraite dans les relations, se défient constamment des autres et vivent dans la peur de la domination.

La vraie tolérance c’est de consentir à ce que l’autre soit comme il est. Ce qui ne préjuge aucunement qu’il nous faut tolérer sa compagnie. (On accepte l’autre tel qu’il est parce qu’il ne peut pas être autre et non parce qu’il nous plait.)

Il n’y a aucune tolérance à croire accepter chez l’autre ce à quoi on ne consent pas. Si on ne consent pas, pourquoi prétendre tolérer ? Vraisemblablement par soumission à la peur de l’autre et, par hypocrisie, pour « ne pas avoir l’air. »

Nous répétons – avec nous-mêmes et les autres – la maltraitance, quand craignant le regard et le jugement des autres, nous n’osons pas nous défendre d’eux. Si, dans la relation amoureuse, nous sommes – vis-à-vis de nous-mêmes – dans un parti pris de maltraitance lié à une mauvaise estime de nous-mêmes, nous ne pourrons que « subir » l’autre.

L’amour qui subit n’est pas l’amour puisque l’amour ne peut que donner et consentir.

Tout cela suppose que nous ayons clairement perçu (et c’est la condition du respect de notre dignité), que personne ne naît pour quelqu’un d’autre, personne – dans l’existence – n’est là pour nous obliger à être ce à quoi nous ne consentons pas à être. Ayant souvent été éduqués par des tyrans, nous en sommes rarement convaincus, à moins d’avoir revisité notre histoire2.

Personne n’a à être l’esclave ou la chose de personne.

Celui ou celle qui apprend à être en accord avec ce à quoi il (ou elle) consent, ose prendre la responsabilité de ses actes, il n’a plus d’excuses, il s’assume et devient un être humain digne pour lui-même et les autres.

S’il s’assume c’est qu’il n’a plus peur donc plus besoin de se comporter de manière prétentieuse, arrogante et insidieuse en manipulant l’autre.

S’assumer c’est oser s’appuyer sur soi-même en ne ressentant plus le besoin de créer du flou en jouant avec les limites pour réussir à faire croire aux autres qu’ils sont responsables de ce dont nous sommes nous-mêmes responsables.

Pour devenir libre et légère, la relation a besoin de responsabilité réciproque à 100% des deux côtés.

Votre première responsabilité vis-à-vis de cet homme qui vous manque manifestement de respect est donc (et vous l’avez vous-même perçu), de lui mettre une limite, par exemple, comme vous l’avez fait, en vous en séparant, donc en sentant votre légitimité à le faire, car rien ne peut justifier la violence exercée contre vous-même.

Le fait que vous en soyez persuadée est un excellent signe de respect de vous-même. En ne tolérant pas la violence, non seulement vous vous respectez, mais aussi vous prenez la pleine mesure de votre responsabilité à ne pas la tolérer.

Notes :

1. Lisez : Ne pas se remettre en cause, réflexion sur notre prétention.

2. Sur ce point précis je vous invite à lire : Parent efficace ou parent conscient ?

© 2021 Renaud PERRONNET Tous droits réservés. 

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3 réflexions au sujet de « Consentement, responsabilité et respect de soi-même »

  1. Agnes

    Magnifique écriture qui permet de comprendre précisément ce qui se cache réellement derrière ce mécanisme du couple dysfonctionnel bourreau-victime.
    Grâce à vous, et pas seulement grâce à ce papier mais tous ceux que je lis depuis des années en même temps que je faisais une analyse, je suis sortie de tout cela. Je vis dans une réelle harmonie que je crée moi même. Merci Mr Peronnet. Pour ceux qui sont encore dur le chemin du travail sur soi, sachez qu’il n’est jamais trop tard pour prendre conscience de nos petites et grosses lâchetés personnelles. Seule et unique manière de se libérer et entrer légers en relation aux autres.

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  2. Isabelle

    Je comprends le propos, je suis d’accord avec cette idée de responsabilité de chacun dans la relation. Je trouve juste que c’est très dur, pour quelqu’un qui a du mal à dire un non catégorique parce qu’il a vécu muselé toute son enfance par ses éducateurs, de lui annoncer de manière aussi cash qu’il est responsable de sa souffrance… C’est comme une violence de plus, ajoutée à celle subie (acceptée + ou -consciemment certes) qui n’aide pas vraiment.
    Permettre à la personne lâche de comprendre que personne ne mérite d’être maltraité et qu’il/elle doit prendre soin d’elle même en refusant d’être complice de son bourreau me semble un tout petit peu plus doux comme message. Bien sûr je parle pour moi même, mais peut-être pour d’autre lecteurs aussi.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Vos propos illustrent la difficulté suivante :
      Personne n’est responsable de sa souffrance puisque personne ne la souhaite (du moins dans son innocence, à l’origine), mais (et c’est la meilleure nouvelle que nous puissions tous entendre), chacun peut apprendre à devenir responsable de la manière dont il fait perdurer sa souffrance après l’avoir reconnue, à moins qu’il ne sombre dans le sado-masochisme.

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