Horreurs

Réflexion n° 12 :

Il y a quelques jours, deux Témoins de Jéhovah ont sonné à ma porte et essayé de m’appâter en me demandant ce que je pensais de l’état actuel du monde, sûrs que j’allais me laisser tenter par leur invitation à m’indigner des horreurs du monde.

Anticipant largement notre époque, le poète latin Cicéron disait : « Si nous sommes contraints, à chaque instant, de contempler ou d’entendre parler d’événements horribles, ce flot ininterrompu d’impressions détestables privera même les plus humains d’entre nous de tout respect pour l’humanité. »

L’être humain se conditionne lui-même à travers ce sur quoi il porte son attention : on sait aujourd’hui qu’à force de répétitions, des changements se produisent jusque dans nos circuits neuronaux faisant que peu à peu les mêmes situations ne produisent plus les mêmes types de réactions en nous. (On expose, par exemple, de jeunes apprentis terroristes à des films de torture pour qu’ils s’endurcissent.)

A force de nous laisser impressionner par l’exceptionnel, nous risquons de ne plus être en lien avec la réalité. Nous croyons mieux l’appréhender au moment même où nous la trahissons – en ne regardant que dans une seule direction.

N’oublions pas la sagesse de ce vieux proverbe africain qui rappelle : « Un arbre qui tombe fait plus de bruit que toute une forêt qui pousse. »

© 2014 Renaud & Hélène PERRONNET Tous droits réservés.

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14 réflexions au sujet de « Horreurs »

  1. Jéromine

    Oui, je partage absolument cet avis, depuis des années. Il m’arrive souvent de discuter avec des personnes sur la sensibilité. Une sensibilité normale est actuellement souvent qualifiée d’excessive. Une empathie naturelle vis à vis des êtres humains paraît atrophiée chez certains à cause de la masse de violence qui nous parvient. C’est pour moi une source d’ahurissement.
    Il manque une phrase à cocher dans votre sondage c’est « je partage absolument cette réflexion ». En effet on a l’impression que si on coche « cette réflexion est intéressante » et pas la suivante, cela veut dire qu’elle n’est pas utile dans la vie, alors que c’est le contraire. Amitiés.

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  2. Anne

    Bien sûr je suis d’accord. La difficulté pour moi est dans la façon de se situer lors de la mise en présence d’une horreur…. Pas d’accord pour l’occulter , bien sûr! mais la voir et ne pas se laisser émousser! cela nécéssite un savoir-faire que je doute de posséder. Garder sa faculté d’indignation ou de souffrance…. Je constate qu’il m’arrive, autrefois beaucoup, mais aujourd’hui encore non rarement, de me laisser contaminer par les réactions des autres, y compris dans l’acceptation d’être soumise à l' »horreur », en particulier si c’est eux qui me l’imposent.

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  3. Catherine

    le jeu étant de vivre le mieux possible il faut garder espoir, je ne peux pas porter le poids de toutes les horreurs humaines sur mes épaules je ne peux pas les oublier non plus la vie est remplie de saints de diables de fous je ne peux pas les éviter ils font partie de l’humanité entière il en sera toujours ainsi. Le plus difficile est quand l’horreur vous arrive à vous même et que votre autour se vide comme un ballon de baudruche qui se dégonfle, dégonflés aussi l’humain.

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  4. Ava

    Bonjour et Merci pour toutes ces réflexions fort intéressantes que j’observe en silence depuis quelques semaines.

    L’horreur, oui j’en ai fait les frais directement. J’ai survécue dans une fratrie contaminée par l’horreur du refoulement des crimes qu’ils avaient eux-mêmes subis de la part de leurs parents et de l’environnement carcéral ampli de croyances erronées dans lesquels ils ont « grandis » et qu’ils ont répétés par méconnaissance et « facilité » (pour éviter de ressentir eux-mêmes la douleur inhérente à leur vécu et que leur corps abrite) ; une sorte de vengeance inconsciente mais aux conséquences très graves pour ceux qui l’ont et l’a subissent et j’en ai été le bouc émissaire principale de cette famille malade.

    Je vis, encore à ce jour, en conséquence et à la mesure de toute l’horreur subie, les affres de telles maltraitances « inhumaines ».

    Malgré la connaissance de l’enfance mortifère à laquelle j’ai eu « droit » (tortures indicibles physiques et psychologiques aux multiples séquelles très importantes durant 18 ans non-stop) ou j’ai sauvée ma vie en disparaissant de la leur. Puis par la suite, en écho à ce vécu, à travers toutes les « relations » qui ont suivies. Il m’arrive encore très régulièrement, comme actuellement de sombrer dans l’abdication durant un moment de flottement. Tout en continuant d’accompagner seule, toutes ces émotions fortes qui se déversent de mon organisme par vagues immenses et malgré tout qui aident à nettoyer les restes de poison inoculé par mes ex parents et autres éducateurs et adultes malveillants qui ont eu le rôle macabre de me transmettre ce venin mortellement douloureux. Je ne perçois plus les émotions comme avant. Mon regard s’est élargi et a appris à accueillir toutes les parties intériorisées depuis l’enfance. Un travail colossale mais si porteur de bienfait, de libération progressive. Ces émotions débordantes me faisaient si peur à cause de la confusion qui crée la culpabilité et vis et versa.

    Cette connaissance de mon histoire ne m’empêche pas de ressentir une réelle empathie pour la souffrance en général dans ce monde déshumanisé et en passe de se réveiller (très bonne nouvelle) car j’en connais à présent l’origine ce qui m’évite de me perdre où me laisser choir en entretenant une illusion de culpabilité. Il m’est impossible d’occulter les horreurs qui sont manifestes dans nos sociétés en mutation psychologique car je comprends plus clairement l’origine de toutes ces distortions qui vont peu à peu je l’espère s’amoidrir par la connaissance approfondie de leurs mécanismes et laisser place à une nouvelle manière de nous rapprocher en nombre les uns des autres avec une bienveillance partagée (utopie?).

    Aujourd’hui nous pouvons nous exprimer et partager nos constats de faits sans avoir à nous justifier où à minimiser les dégâts que cause une éducation millénaire et erronée largement répandue à travers le monde. Un nouveau souffle ! De nouveaux possibles !

    Des parties de moi-même essaient de s’exprimer, toujours en fonction de ce que je vis (frustration, rupture de relation toxique, pas de boulot, la contrariété de voir ce gâchis alors que j’ai tellement de richesses en moi et un réel amour pour la nature dans son ensemble etc.) à travers toutes ces émotions cuisantes mais salvatrices tout de même. Je sais au plus profond de mon être que l’enfant meurtrie qui vit en moi n’a jamais pu exprimer ses véritables sentiments durant de si longues années de mutisme, en était totalement interdit. Et j’en ai la charge unique de sa guérison depuis de longues années déjà et j’ai dans ces moments là cette impression que çà n’en fini pas ; l’horreur ayant été si importante et dévastatrice que malgré toutes les qualités qui me sont propres et les innombrables aptitudes créatrices et lumineuses en moi, je ne parviens pas encore à en vivre pleinement.

    Ayant découvert que je suis innocente de tout ce que mes éducateurs ont bien voulu m’accuser à tort en introduisant des assertions morbides dans ma psyché et qui se sont mémorisées en moi depuis l’enfance, la seule chose que j’ai pu trouver à mettre en œuvre pour m’auto accompagner à travers ces émotions fortes c’est de créer des phrases bienveillantes à l’égard de cette enfant meurtrie en moi et de l’adulte que je suis devenue, que j’ai enregistrées sur un support audio et que j’écoute autant que nécessaire dans ces moments sombres pour déjouer les vieux mécanismes. Une programmation nouvelle pour ne pas me laisser happer par les récurrences des vieilles programmations d’auto destruction intériorisées depuis mon plus jeune âge. Je peux alors voir les changements malgré les rechutes intrinsèques aux vieux programmes tellement répétés durant des années d’incompréhension de l’horreur subit.

    Il m’a fallu décortiquer tout çà, seule, et je remercie entre autre la lumineuse Alice Miller pour avoir osé partager ses découvertes inouïes et avoir répondue à mon courrier (récit condensé de mon enfance d’horreur et ma guérison progressive) sur son blog en 2009 avec toutes ses chaleureuses félicitations. Une gratification nouvelle pour moi venue pour la première fois de l’extérieur et d’une personne aussi honnête bienveillante et pleine d’empathie m’a fait un bien énorme !

    Aujourd’hui, mon état intérieur est très sombre mais je sais qu’il me faut garder la patience que j’ai appris à m’octroyer pour tenir bon et aider la joie de vivre qui m’habite à prendre le dessus. Il m’est très délicat de m’exprimer entièrement sur le sujet car il y a tant à dire d’autant que je me suis toujours portée seule et ai fait énormément de clarté en mon être pour avancer malgré les lourdes conséquences des horreurs que j’ai subit.

    J’espère tout au moins avoir été suffisamment claire et non « hors sujet » au quel cas n’hésitez pas à me le faire savoir.

    Voilà, j’ai fait le pas, pour une première énonciation de ma part sur ce blog très riche, merci à vous.

    Courage et force à tous !
    Ava

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    1. el hedri

      Je réponds immédiatement à la lecture que je viens de faire, celle du texte de Ava. La seule chose ,que je peux dire c’est mon émerveillement, oui absolument!
      Depuis quelques temps je lis des témoignages exceptionnels qui font suite pour moi à des lectures fortes, autobiographies, et à mon propre vécu, lui aussi redoutable. Voir toutes ces personnes oser penetrer dans l’enceinte infernale de leur maison intérieure hantée jusqu’à la démence par la peur et l’horreur et leur conséquence la confusion et la violence et en plus etre capable intellectuellement de clarifier cela , avec une finesse et une lucidité qui m’épatent, c’est simple l’admiration me laisse sans voix…
      Chère Ava et chers autres , vous qui non contents d’etre des survivants, etes contraints par les forces prodigieuses de la Vraie Vie qui bouillonnent au fond de vos « Tripes » ne vous laissant pas de répit, d’aller toujours de l’avant vers votre réssurection, vous Etes Notre Espérance.
      Merci!

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      1. Ava

        Bonjour El Hedri et Merci, çà fait chaud au cœur de vous lire.

        Comment trouver les mots justes pour vous remercier du fond du cœur pour avoir aussi osé capter avec force cette énergie au cœur de votre être?

        Une force colossale pour vous (nous) accompagner à travers ce chemin douloureux parfois encore de part notre vécu si cruel, face à l’adversité à travers les expériences de la vie présente et notre manière d’y répondre, et oh combien salvatrice tout de même.

        Parce que cette force nous permet de nous exprimer avec plus de clarté de vision face aux situations de la vie courante par le respect grandissant de nous-mêmes.

        Il y a tant à dire mais je m’arrêterais là pour aujourd’hui car je tenais simplement à vous remercier.

        Merci Renaud pour votre réponse et le lien que j’ai relu avec une grande attention.

        Ava

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        1. el hedri

          Ava, Renaud, merci à vous tous et continuons sur ce chemin ou nous sommes plus nombreux que notre isolement apparent pourrait nous le laisser croire.
          A bientot!

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  5. jean michel

    Ma modeste expérience de soignant et aussi de syndicaliste m’a confronté à des situations de malveillance et d’interprétations négatives en de multiples situations. J’ai remarqué que face à cette adversité on peut facilement s’user à tenter de la contrer, tandis que encourager ce qui donne plus de vie semble finalement plus efficace à terme et moins insatisfaisant. J’ai tendance aussi à privilégier les réalités que j’expérimente personnellement plutôt que le brassage médiatique trouble et incontrôlable qui désoriente plus qu’il informe.

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  6. Mathilde

    Bonjour à tous et merci pour cet article très intéressant et ses commentaires. D’un autre côté je trouve quelque chose de paradoxal dans ce qui est dit : si je suis l’article, il serait bénéfique de poser son regard sur ce qui va bien (les 100 arbres qui poussent). Mais alors on ne demande jamais d’aide à un psy ? En ce moment je suis avec quelqu’un qui a vécu une enfance difficile, tout comme moi (mais pas autant je pense que certains commentateurs comme Ava, à qui je transmet ma sympathie et mon admiration pour son message plein d’espoir), et il est heureux je crois, car il fixe toujours son regard vers les autres (ses amis, des inconnus par l’intermédiaire d’associations de charité…), il n’est pas égocentrique pour deux sous, toujours ouvert, généreux… Je l’admire et aimerais être comme lui, mais pour moi ce n’est pas si simple, car j’ai tout simplement beaucoup de mal à m’ouvrir aux autres alors que des images de mon enfance me retiennent dans mon monde, et je sais que c’est une forme d’égocentrisme, je sais qu’il y a des gens qui ont souffert bien plus que moi, mais malgré tout, pour pouvoir écouter sincèrement les autres il faut d’abord trouver une « pause » dans le film de son enfance qui prend toute la place sinon. Je croyais que fuir l’égocentrisme et me concentrer sur l’extérieur, la pleine conscience, la méditation, m’aiderait à dépasser cela, mais cela ne vient pas. J’ai souvent, concernant mes pensées et mes comportements, en tête la citation suivante « chassez le naturel, il revient au galop ». Citation que je n’aime pas mais qui me paraît si vraie. Alors que faut-il faire, se confronter à l’horreur une bonne fois pour toute, écouter l’arbre qui tombe, puis passer à autre chose ? Mais comment fait-on ? Car j’ai connu beaucoup de gens qui ont vécu des choses difficiles, qui ont fait des années de psy, et j’ai l’impression que le résultat c’est encore plus d’égocentrisme et de complainte dans le passé, parce qu’elles ont trouvé des mots plus précis à mettre sur leurs souffrances passées. Et de l’autre côté il y a mon ami, qui n’est jamais allé chez le psy, mais semble heureux. Alors comment faire ? Ecouter l’arbre tomber ou la forêt pousser on ne peut pas faire les deux choses en même temps, faut-il alors faire les deux, alternativement ?

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  7. Jann

    La mort dans toute son horreur
    Il est mort, les yeux ouverts, il est mort noyé dans sa bave, personne n’a eu le geste de l’aspirer, personne ne s’est occupé de lui dans son agonie. Je n’en pouvais plus de le voir ainsi respirer, cherchant sans cesse une petite bouffée d’air. Je n’ai rien pu faire, à part d »essayer d’ouvrir la fenêtre en grand pour lui apporter un peu d’air un peu de fraîcheur, mais au troisième étage la fenêtre s’ouvre très peu! Je m’énerve sur cette putain de fenêtre, finalement c’est moi qui essaye de sortir mon nez pour prendre une grande bouffée d’air!
    J’ai appelé de l’aide pendant toute l’après midi, je me suis adressée à l’infirmière, je l’ai supplié pour qu’elle ne le laisse pas mourir ainsi.
    « Je ne peux rien faire, dit- elle, le médecin va passer. »
    Mes oreilles n’en peuvent plus d’entendre sa respiration aussi forte, rauque qui graillonne, ses poumons se gonfle d’eau, il se noie!
    Je suis près de lui, ses yeux sont maintenant vitreux, il pleure. Papa! papa je suis là!
    Je n’en peux plus, je m’évade de la chambre.
    18 Heures, le médecin arrive, il commence à me déballer toute sa grand théorie.
    Je lève le ton et je lui dit : « Stop! Savez-vous mon père dans quel état il est ! faites quelque chose pour lui » Il y a de magnifiques peintures dans le couloir du service où on peut lire aussi : « La Vie est un moment de plénitude, la souffrance, doit être comme la vie. »
    « Regardez vos peintures et allez voir mon père, Docteur s’il vous plaît! »
    Il me regarde droit dans les yeux, puis finalement rentre dans la chambre. Il ressort tout de suite, l’air penaud, et me dit : « Il est décédé »
    Je pleure au dessus de mon père, je lui caresse fortement la poitrine comme pour le réanimer, je lui dis :
    « Non Non Non, je n’aurais pas voulu que tu ais cette mort ! de la bave blanche, coule de sa bouche et je crie au médecin « Il est mort noyé! »
    Voilà comment on meurt en l’an 2015 !
    C’est l’horreur dans toute sa splendeur!

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