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Le travail d’acceptation

Pour apprendre à vivre avec les choses telles qu’elles sont

« Vivre, ce n’est pas attendre que l’orage passe.

Vivre, c’est apprendre à danser sous la pluie. »

Sénèque

De quoi s’agit-il ?

La naissance est le début de l’aventure1 : parce que l’autre existe, je ne suis pas seul, il y a deux et s’il y a deux, deux sont différents, remarquait-on dans l’Inde ancienne.
C’est la dualité du moi et du non-moi.
Or le moi (par nature égocentrique2 et possessif), pense que le monde (l’autre, le non-moi), doit lui obéir et satisfaire ses désirs. Si, par exemple, le moi souhaite obtenir quelque chose que le non-moi refuse, il y aura nécessairement opposition et conflit.

Tant que le moi, dans son égocentrisme et sa possessivité, estime avoir besoin, pour être satisfait, de refuser que le non-moi soit ce qu’il est, il souffre.
Le défi du moi est donc d’accepter que le non-moi soit ce qu’il est.

Celui qui accepte la dualité du moi ET du non-moi peut être en paix car il accepte la totalité de la vie : le positif ET le négatif de l’existence, ce qui lui plaît ET ce qui lui déplaît.

Celui qui n’accepte de la vie que la seule moitié qui lui convient, se condamne donc à être malheureux quand il se retrouve confronté à l’autre moitié qu’il refuse (celle qui ne lui convient pas).

Il s’agit donc de découvrir que tout ce que nous refusons – qui est déjà là et donc ne peut pas ne pas être – nous condamne à la souffrance.

Imbus que nous sommes de la certitude que ce qui ne nous convient pas ne devrait pas exister, nous le refusons en créant une illusion, un caprice, que nous nommons : « ce qui aurait pu » ou mieux « ce qui aurait dû » arriver. Insatisfaits des choses telles qu’elles sont, nous créons un idéal fantasmé conforme à notre désir.

Dès lors, nous ne sommes plus dans le monde réel mais hypnotisés par un monde illusoire que nous avons créé conforme à nos désirs. Au moment où nous sommes confrontés à la réalité telle qu’elle est, c’est la désillusion, nous souffrons et nommons très subjectivement la réalité : la « triste réalité des choses », parce qu’elle ne nous convient pas.
Si j’ai prévu un pique-nique et qu’il pleut à torrents, je ne souffre que si je continue à faire exister par la pensée mon fantasme du beau temps et du pique-nique. Si je reconnais la réalité (il pleut), et que je l’accepte, je ne souffre plus et je change mes plans. Donc nous ne souffrons que lorsque nous accordons foi à une pensée3 qui est en conflit avec la réalité telle qu’elle est.

La souffrance provient du refus que les choses soient ce qu’elles sont ; or que nous les refusions ou que nous les acceptions, les choses sont toujours ce qu’elles sont. La parole du Maître Zen Dōgen l’exprime magistralement :

« Même si on aime les fleurs, elles fanent ;
même si on n’aime pas les mauvaises herbes, elles poussent. »

Il nous est cependant possible de percevoir les faits sans y résister, sans la confusion découlant de notre lutte intérieure à vouloir que les choses soient conformes à nos désirs.

Prenons un exemple :

Un plongeur situé sur le plongeoir du 1er étage de la piscine, en accord avec lui-même et le monde extérieur (le moi et le non-moi), plonge et, parfaitement à l’aise, il fend l’eau de la piscine.

Celui qui, poussé par un camarade, tombe du plongeoir situé au 1er étage de la piscine et refuse la situation est condamné à souffrir parce qu’il a peur.

S’il souffre, ce n’est pas parce qu’il tombe dans l’eau poussé par un camarade mais parce qu’il refuse de tout son être d’y avoir été poussé.

S’il ose convertir son refus (d’avoir été poussé), en plongeon volontaire, il se retrouve parfaitement à l’aise et fend l’eau de la piscine.

Il applique là parfaitement la parole d’Épictète4 :

« Il ne faut pas vouloir que les choses arrivent comme tu le veux, il faut les vouloir comme elles arrivent. Ainsi ta vie sera heureuse. »

Nous sommes convaincus – depuis l’enfance5 – qu’il faut refuser les choses de la vie qui ne nous plaisent pas. En conséquence, nous avons pris l’habitude de créer des problèmes en entrant en conflit avec « ce qui est. » C’est ainsi que nous nous condamnons à souffrir, sans même être conscient de la manière dont nous nous y prenons pour ce faire. Souffrir est devenu normal.

Parce que depuis la naissance, nous avons souffert que nos attentes ne soient pas comblées, nous nous sommes condamnés à souffrir à chaque fois que la vie n’était pas conforme à ce que nous en attendions. Au fur et à mesure de notre histoire, parce que certaines choses nous semblaient insupportables, nous avons appris à les nier, créant par-là des refus inconscients.
Aujourd’hui, nous répétons toujours inconsciemment, tels des automates, nos refus inconscients.

Le travail de connaissance de soi :

Notre perception du monde étant liée à la manière dont nous avons appris à le percevoir, c’est à partir de l’étude de la manière dont nous avons appris à percevoir le monde que nous pourrons évoluer. Comme nous appuyons sur l’interrupteur pour faire de la lumière dans une pièce, il s’agit de contacter ses refus inconscients pour les voir en plein jour et les démasquer.
Pour cela nous avons un allié de taille : l’émotion qui est le signal du refus. « Tiens, quelque chose ne me plaît pas (puisque je ressens une émotion), qu’est-ce que je refuse ? » L’analyse minutieuse de la dynamique du refus nous permet de voir comment nous résistons à ce qui est, ce qui facilitera notre possible retour à l’évidence : « cela est, oui ou non ? »

Le travail d’acceptation (de ce qui est déjà là) est une mise en contact avec sa propre expérience intérieure : émotions, désirs, scénarios de défense, croyances fausses, sur la base d’échantillons issus de son expérience quotidienne.

Il y a émotion parce qu’il y a un décalage entre ce qui est et ce que j’en attends (quand je n’attends rien, il n’y a pas d’émotion.) Ce signal – précieux pour qui veut se connaître – me prévient que je quitte la réalité (puisque j’ai créé une illusion que je privilégie).
Pourquoi suis-je déçu(e) alors qu’il pleut et que je me préparais à aller en pique-nique ? Parce que plutôt que de constater l’évidence qu’il pleut et que je n’irai pas en pique-nique, je surajoute sur la réalité de la pluie, la pensée égocentrique illusoire que ce qui est (la pluie) ne devrait pas être.

Le travail est donc de commencer par constater que – comme des enfants – nous sommes dans une attente constante que la réalité corresponde à notre désir. Puis de détecter nos refus inconscients au moment où ils se manifestent sous la forme d’émotions, ou après coup dans la relation thérapeutique.

Un travail sur l’inconscient est parfois nécessaire :

Si les refus inconscients perdurent et nous soumettent à leur pouvoir terrorisant en nous empêchant de pratiquer (le retour à ce qui est), le travail d’expression de l’inconscient peut s’avérer nécessaire, dans la mesure où il aide à faire apparaître le refus premier, à l’origine des refus compulsifs suivants.
Là, l’objectif est de s’ouvrir (en osant ne pas se protéger) et d’exprimer (sans retenue) ce que nous ressentons (les peurs terribles, les refus et conflits douloureux que nous portons en nous-même), pour pouvoir les intégrer consciemment avec le thérapeute6 dans un second moment.

Ainsi quand nous avons affronté ce qui nous fait le plus mal, la peur de le ressentir peut disparaître.

« Peut-être tous les dragons de notre vie ne sont-ils que des princesses qui attendent de nous voir agir juste une fois avec beauté et courage. Peut-être tout ce qui est terrible est, dans sa plus profonde essence, quelque chose d’impuissant qui a besoin de notre amour. »

Rainer Maria Rilke, Lettre à un jeune poète.

En conséquence :

Le premier travail d’acceptation commence par « une nouvelle manière de vivre l’instant » : voir le refus pour pouvoir accepter – d’avoir refusé. Comme le fait un funambule, il s’agit d’apprendre à bien gérer les déséquilibres, cela s’acquiert avec la pratique.

Comme la souffrance provient toujours d’une pensée issue du refus que ce qui est soit, si j’accepte les deux aspects de la vie, (les choses désirables et les choses non-désirables), je peux parvenir à arrêter de souffrir et être en harmonie avec la totalité.

Il s’agit donc de découvrir pas à pas que nous pouvons être heureux même si nos désirs ne sont pas satisfaits7 , en cassant la certitude que ce qui ne nous plaît pas ne devrait pas exister.

© 2021 Renaud PERRONNET Tous droits réservés.

Notes :

1. Lire : Comment parvenir à guérir de son enfance ? 

2. Lire : Égocentrisme et vulnérabilité

3. Lire : Peut-on se libérer des pensées ?

4. Épictète, Manuel, Pensée VIII.

5. Lire : Parent efficace ou parent conscient ?

6. Lire : Pourquoi un travail thérapeutique ?

7. Lire : Voir les choses telles qu’elles sont : La leçon des feuilles


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Peut-on dire que la maladie nous rend service en nous alertant ?

Question de M. C., Aide Soignante :

Vous avez écrit sur votre site, en réponse à la question « » : « Personne n’aime être malade or, d’un certain point de vue, parce que la maladie (comme la souffrance) est le signal que quelque chose ne va pas pour nous, elle nous rend service en nous alertant. »

Ne pensez vous pas que cette phrase peut culpabiliser une personne malade ?

Amitiés à vous.

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