S’éveiller à sa propre dignité

ÉCOUTEZ : S'éveiller à sa propre dignité(© RENAUD PERRONNET - Téléchargement du podcast en bas de page)


Pour ne pas succomber aux injonctions d’une société dépressive

« Sentiment de dignité veut dire sentiment de son importance et de la nécessité urgente de sa propre vie : Oui, je suis quelque chose, je suis quelqu’un et j’éprouve une nécessité, j’ai une mission – si vous aimez les grands mots – quelque chose à faire, et sans faire cela, ma vie n’est rien, aussi je ne peux que le faire. »1 

Swami Prajnanpad 

« La dignité humaine ne dépend pas du compte en banque. Elle provient de ce que nous puisons dans nos ressources humaines inhérentes, en faisant les choses avec nos propres mains, ici et maintenant, correctement, magnifiquement. Nous pouvons réellement le faire ; même dans la pire des situations, nous avons le pouvoir d’infuser de l’élégance dans notre vie. »2 

Chögyam Trungpa

Comment se construirait un petit enfant sans le regard de ses parents ?

Difficilement puisque c’est sur le regard de ses parents (sur ce que ses parents, par leurs comportements, lui montrent qu’il est), qu’un jeune être s’appuie pour devenir peu à peu qui il est.

Au début de notre vie, nous n’avons donc pu nous sentir exister qu’à travers le regard de nos parents et de nos éducateurs. Éducateurs qui le plus souvent n’ont pas perçu, ou de manière tellement fugace, le sens profond de leur rôle pour l’enfant en construction que nous étions.

A partir d’une simple remarque, et même d’un simple regard, un parent a le pouvoir de participer à la construction ou à la démolition de la confiance qu’un enfant aura de lui-même.

Les gens ignorent le plus souvent ce fait, inconscients qu’ils sont des moyens qui ont été utilisés par leurs propres parents pour leur apprendre, par exemple, leur croyance en leur propre médiocrité ou en leur potentiel.

Une société dépressive

Une société qui prône les « Droits de l’Homme » devrait se faire une certaine idée de l’homme auquel elle confère ces droits. Or, paradoxalement, notre société moderne semble perdre, jour après jour, toute conscience de la dignité intrinsèque propre à chaque être humain.

Plus personne aujourd’hui ne semble gêné d’utiliser, dans sa relation aux autres, des procédés qui, il n’y a pas si longtemps, auraient été considérés comme détestables, ignobles même, comme d’inventer ou de colporter des informations humiliantes et diffamantes sur quelqu’un(e). Les réseaux sociaux ayant amplifié cette dérive puisque les interventions sont anonymes.

On pourrait parler ici de défaut d’exigence morale par rapport à ce qui, il n’y a pas si longtemps, était considéré comme ne se faisant pas parce qu’indigne.

Pour nous en convaincre, il suffit d’observer les comportements, toutes tendances confondues, de l’état d’esprit politicien qui nous cerne, qui en même temps qu’il estime légitime de défendre ce qu’il appelle « les valeurs universelles de la République », utilise des procédés indignes de ces valeurs, en ce sens qu’elles ne sont plus universelles du tout puisqu’elles ne font que défendre les intérêts particuliers de quelques-uns.

Dans les faits, l’universalisme républicain donne de plus en plus l’impression d’avoir oublié d’adhérer aux valeurs qu’il prône.

Les politiciens utilisent l’insulte, le mensonge, la mauvaise foi, ils trichent, ils font diversion pour dissimuler une attitude générale répréhensible par rapport à des engagements pris3. Ils en arrivent même à la contestation éhontée de décisions de justice promulguées par cette même République à laquelle ils se disent appartenir et qu’ils prétendent respecter.

On cherche en vain un parti qui n’a pas renoncé à ce qu’on appelait, il n’y a pas si longtemps, la décence et l’honnêteté. Il ne suffit pas de proclamer les valeurs, encore faut-il les respecter soi-même pour parvenir à les faire respecter par les autres.

L’exemple de la police

Les exemples d’indignité abondent dans les agissements de la police française, l’une d’entre elle étant la discrimination systémique de nombreuses personnes qui subissent ce qu’on appelle les « contrôles au faciès4 » aux effets particulièrement dévastateurs. Ils favorisent la haine parce qu’ils sont stigmatisants, humiliants et dégradants. Une organisation comme Amnesty International a depuis très longtemps mis en demeure les Premiers ministres et les ministres de l’Intérieur et de la Justice de prendre les réformes structurelles nécessaires pour que cessent des pratiques indignes du pays des Droits de l’Homme. Et pourtant, au moment où j’écris ces lignes, ce qu’il n’est pas possible d’appeler autrement qu’un « profilage racial ou ethnique » pratiqué aujourd’hui par ceux qui ont pour mission de maintenir l’ordre, ne fait toujours pas débat en France.

Je prends à dessein cet exemple, celui de la police, parce qu’il m’apparaît flagrant, bien qu’il fasse polémique. Ce faisant, mon intention n’est pas d’adhérer à une position politique partisane mais de tenter d’analyser des comportements humains à la lumière du concept de dignité.

Être digne c’est oser assumer ses actes, oser convenir des choses telles qu’elles se sont passées, alors même qu’elles ne sont pas à l’avantage de celui qui en parle. Un père, par exemple, sera digne avec son enfant quand il reconnaîtra les mots humiliants qu’il a utilisés pour lui parler et parviendra à s’en excuser.

Nous vivons dans une société qui – sous le prétexte qu’elle estime que la majorité de ses policiers ne sont pas violents – continue de renoncer à valider le concept de « violences policières ». Comme si parler des violences policières c’était déshonorer l’ensemble des policiers. Comme si l’erreur d’un homme devait disqualifier ses pairs.

Pour pouvoir lutter contre un mal avec dignité, donc en relation avec la vérité des choses telles qu’elles sont, nous n’avons pas d’autre choix que de commencer par le reconnaître comme tel, et le reconnaître comme tel passe par le nommer comme un mal. À ne pas vouloir le nommer comme un mal avec des mots, à éviter soigneusement de parler par exemple de « violences policières » quand il y en a, on se condamne à ne pas pouvoir lutter contre elles, donc à les laisser perdurer.

C’est en reconnaissant sa capacité à commettre des fautes qu’un être préserve sa dignité. À vouloir préserver non pas l’honneur de la police, mais la susceptibilité de quelques-uns, on condamne l’ensemble de la police à perdre sa dignité.

Car la dignité d’un être consiste, pour cet être, à reconnaître les erreurs qu’il n’a pas pu ne pas commettre. À les nier, il se condamne à la dissimulation, qui met en évidence la malhonnêteté et qui renforce, en conséquence, le sentiment d’injustice de ceux et de celles qui subissent le mensonge et la dissimulation.

C’est ainsi, à ne pas vouloir reconnaître les choses telles qu’elles sont, qu’un cercle vicieux de haine réciproque se met en place dans notre société.

Le problème, c’est que nos petites têtes bien pleines et bien formatées ont appris à avoir peur de la vérité, et c’est cette peur de la vérité qui nous condamne à la honte donc à l’indignité.

C’est parce qu’ils ont perdu le sens de leur propre dignité que des êtres humains paniquent des erreurs qu’ils commettent. Mus par leur crainte, ils inversent les valeurs, ils croient par exemple à tort que parler du racisme et de la violence de la police c’est préserver l’honneur de la police, alors même que d’en parler permet de remettre la violence à sa place, c’est-à-dire comme étant de la responsabilité de certains et non pas de l’ensemble.

Restons lucides, comment serait-il possible qu’un pays qui montre par l’expression de ses votes, une forte minorité xénophobe, n’ait pas une forte minorité xénophobe dans sa police ?

D’une manière forte et digne, Fatima Chouviat, la mère de Cédric Chouviat, père de cinq enfants, mort à 42 ans en criant « J’étouffe ! » le 3 janvier 2020 à Paris, lors d’un contrôle routier, s’est récemment écriée : « Je ne suis pas contre la police mais contre les policiers qui ont tué mon fils », et elle poursuit : « Nous ne partageons pas forcément cette position entre familles de victimes et, pour autant, il faut dépasser ces divergences. »

Comment, en effet, dépasser ces divergences ? Une société qui refuse d’entendre et d’accueillir le besoin de dignité de ses propres citoyens pose la question du monde dans lequel nous voulons vivre, de la relation que nous voulons avoir avec l’autre.

C’est ainsi que les politiciens refusent d’appeler un chat un chat, oubliant toute dignité due à l’autre, ils cherchent à temporiser, tergiversent, battent en retraite ou se taisent plutôt que de convenir de ce qui se passe. Ils se retrouvent ainsi contraints de valider des actes qui sont en dessous de la dignité que l’on attend de ceux qui gouvernent le pays des Droits de l’Homme.

Pire, après avoir refusé de reconnaître le mal comme un mal, les politiciens cherchent à passer sous silence des comportements qui sont les conséquences de ce mal, comme la mort ou la mutilation par la police de citoyens, délinquants ou non5.

Plutôt que d’obéir à ce que de nombreux politiques vantent si souvent en l’appelant les « valeurs universelles de la République », il devient plus simple et facile d’y renoncer avec immoralité et cynisme, surtout que le mot valeur reste flou à dessein.

L’exercice de la démocratie devrait se reconnaitre notamment à la manière dont elle est capable de ne pas nier ce qui se passe en son sein. La mauvaise foi, le silence et la non reconnaissance des faits sont le propre des dictatures. Ce qui devrait être la force de l’exercice de la démocratie serait de se rendre capable d’assumer ses erreurs donc, par exemple, d’assumer les excès commis dans l’emploi de la force par ses policiers. À trembler à la simple idée de les reconnaître, notre pseudo démocratie est incapable d’accéder à sa nécessaire dignité. À courir le risque de perdre ses valeurs, elle renonce à son essence : liberté, égalité, fraternité.

Un préfet respectueux de la dignité de ses hommes

Il n’y a pas si longtemps pourtant, en mai 1968 précisément, un Préfet de Police, Maurice Grimaud – parfaitement conscient de la dignité de sa fonction – écrivait dans une lettre adressée individuellement à l’ensemble de ses hommes, alors que le pays vivait une forte contestation (c’était le 29 mai 1968) :

« Je m’adresse aujourd’hui à toute la Maison : aux gardiens comme aux gradés, aux officiers comme aux patrons, et je veux leur parler d’un sujet que nous n’avons pas le droit de passer sous silence : c’est celui des excès dans l’emploi de la force.

Si nous ne nous expliquons pas très clairement et très franchement sur ce point, nous gagnerons peut-être la bataille dans la rue, mais nous perdrons quelque chose de beaucoup plus précieux et à quoi vous tenez comme moi : c’est notre réputation. (…)

Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. (…) Toutes les fois qu’une violence illégitime est commise contre un manifestant, ce sont des dizaines de ses camarades qui souhaitent le venger. Cette escalade n’a pas de limites. »

Il confiait également à ses troupes : « Dites-vous aussi que lorsque vous donnez la preuve de votre sang-froid et de votre courage, ceux qui sont en face de vous sont obligés de vous admirer même s’ils ne le disent pas. »

Aujourd’hui, dans un contexte généralisé de perte de la dignité humaine, comment pourrait être encore de mise le désir d’être respecté sinon admiré par son adversaire ?

Être implacable avec la violence institutionnelle c’est avoir une haute opinion de cette valeur qu’est la dignité de l’homme.

Je nous pose la question à tous : Qu’allons-nous devenir sans « dignité humaine », allons-nous réduire nos ambitions à la bien-pensance des idées théoriques et jamais appliquées ?

« Ne pas frapper un manifestant tombé à terre » n’est que le principe intangible de ceux qui sont encore attachés à la dignité humaine. Nous ne devrions pas avoir d’autre choix que celui d’apprendre la dignité à nos policiers en leur interdisant de frapper un manifestant à terre, et en ne leur permettant pas de se servir de certaines armes létales.

Il s’agit donc de sanctionner ces débordements parce que c’est non seulement faire justice à la personne qui subit une telle violence, mais en plus, parce que de ne pas le faire, décrédibilise une profession entière et bien sûr attise la haine des personnes qui en sont les victimes et de ceux qui en sont les témoins, comme le dit si clairement le préfet Grimaud : « Toutes les fois qu’une violence illégitime est commise contre un manifestant, ce sont des dizaines de ses camarades qui souhaitent le venger ».

Une démocratie qui faillit à son devoir de justice commet une double faute, celle de ne pas rendre justice, mais aussi celle de courir le risque d’attiser la haine de ceux à qui on n’a pas rendu justice.

L’exemple des migrants

En septembre 2023, à Marseille, le pape François – chantre de la dignité – a eu à cœur de faire un discours sur l’un des sujets qui lui tient le plus à cœur depuis le début de son pontificat : la question migratoire.

Il désigne la catastrophe humanitaire qui se joue en Méditerranée depuis une décennie, comme « la guerre de ce temps » et appelle ses contemporains à obéir à un « devoir d’humanité. Nous sommes à un carrefour, prévient-il, à n’en pas douter, le carrefour de notre dignité. »

D’un côté, « la fraternité, qui féconde de bonté la communauté humaine, de l’autre l’indifférence, qui ensanglante la Méditerranée ». Nous avons donc le choix entre « la culture de l’humanité » et celle de « l’indifférence. »

Après avoir appelé les présents à observer une minute de silence, le pape a regretté que « cette mer magnifique » soit devenue « un immense cimetière où de nombreux frères et sœurs se trouvent même privés du droit à une tombe (…) où seule est ensevelie la dignité humaine. »

Il a poursuivi : « Les personnes qui risquent de se noyer, lorsqu’elles sont abandonnées sur les flots, doivent être secourues. C’est un devoir d’humanité, c’est un devoir de civilisation. (…) Ne nous habituons pas à considérer les naufrages comme des faits divers et les morts en mer comme des numéros.  Non !  a-t-il tonné, ce sont des noms et des prénoms, des visages et des histoires, des vies brisées et des rêves anéantis. »

Là encore, il va nous falloir choisir notre camp : celui de la peur de l’autre qui nous condamne à l’indignité ou celui qui estime que les considérations politiques ou économiques ne peuvent pas avoir de place face à l’urgence humanitaire. Dans ce camp, on sait qu’en tolérant l’intolérable, nous ensevelissons notre propre dignité.

Le pape a terminé en disant : « Nous ne pouvons pas nous résigner à voir des êtres humains traités comme des monnaies d’échange, emprisonnés et torturés de manière atroce ; nous ne pouvons plus assister aux tragédies des naufrages provoqués par des trafics odieux et le fanatisme de l’indifférence ».

François Thomas, le président de l’association d’aide aux migrants SOS Méditerranée6, après que le pape François a dit : « Cela me fait plaisir de voir ici ceux qui partent en mer pour sauver les migrants, (…) Ceux qu’on empêche si souvent de partir les sauver » a déclaré : « Il vient nous stimuler, on espérait des paroles fortes, mais ça va au-delà de ce qu’on pouvait espérer. »

Si les paroles du pape sont si fortes c’est parce qu’elles font écho en nous, en ceux d’entre nous qui ont senti qu’en tolérant l’injustice, les faux-semblants et la barbarie, en tolérant l’indignité, nous ne pouvons que nous perdre nous-mêmes.

Différencier l’homme de son comportement

Alors qu’on reprochait à Aristote « d’avoir été trop miséricordieux envers un méchant homme », il répondit : « J’ai été de vrai, miséricordieux envers l’homme, non envers la méchanceté. »

Nous n’avons aucune raison d’être miséricordieux avec la violence. Nous devons être fermes et même implacables avec elle. Ce qui ne doit pas nous empêcher d’être compréhensif avec l’homme qui s’en sert : celui qui juge en relation avec la loi tient compte du contexte dans lequel la violence a éclaté.

La violence du manifestant c’est par exemple de cracher sur un policier ou de l’inciter au suicide. Personne n’a le droit de décréter que « Tout le monde déteste la police. » parce que (par-delà le côté provocateur du slogan), non seulement c’est parler à la place des autres, mais ça accrédite l’idée qu’il serait juste de réduire des hommes ou des femmes à leur simple fonction. Pourquoi devrions-nous détester un être à cause de sa fonction ?

La réduction d’un être à sa fonction, à sa religion ou à sa couleur de peau n’est jamais juste car cela revient à lui ôter sa dignité, son humanité, en le réduisant, en le discriminant.

Toujours plus de violence, même verbale (ou écrite sur les réseaux sociaux) ne peut mener qu’à la haine réciproque et c’est ce qui se passe de plus en plus aujourd’hui : d’un côté certains policiers indignes qui n’hésitent pas à faire des faux témoignages pour se disculper, et de l’autre, certains manifestants qui attisent la haine en scandant « À bas la police ! » parce que notre démocratie est devenue incapable de leur rendre justice.

La généralisation est incompatible avec la démocratie qui doit reconnaître le droit à l’unicité de chacun, y compris le droit à l’erreur, à partir duquel chacun pourra être, le cas échéant, jugé et sanctionné.

« Œil pour œil, dent pour dent »7, peut facilement devenir « Pour un œil les deux yeux, pour une dent toute la gueule. »8 Comme l’a dit Gandhi : « Si on pratiquait œil pour œil, dent pour dent, le monde entier serait bientôt aveugle et édenté. » À force de mettre de l’huile sur le feu de part et d’autre, tout le monde risque de s’enflammer. Aujourd’hui, il n’est qu’à regarder les réseaux sociaux, où beaucoup de gens enflammés cherchent, de bonne ou de mauvaise foi, de façon perverse ou avec une naïveté déconcertante, à enflammer les autres.

De même qu’être tolérant, ce n’est pas tout accepter, ne haïr personne n’empêche pas de haïr les comportements émotionnels que sont le fanatisme et l’extrémisme. Rester dans la dignité, c’est ne pas faire d’amalgame entre l’homme et son comportement, cela doit nous amener à protéger l’homme en le comprenant, sans du tout cautionner son comportement.

Mais alors, comment s’y prendre ?

Nous avons vu les dégâts que cause l’escalade de la violence entre deux partis adversaires, penchons-nous maintenant sur une autre voie, celle du dialogue avec nous-même et les autres.

Souvenons-nous que la nature profonde de l’homme, c’est-à-dire ce qui le distingue fondamentalement de toutes les autres espèces animales, c’est sa capacité à s’avancer vers celui qui le contredit afin de le rencontrer.

N’oublions pas que nous ne pouvons faire société qu’en nous respectant mutuellement, c’est-à-dire en entendant ce que l’autre a à dire, et que pour entendre ce que l’autre a à nous dire, il faut le reconnaitre dans sa légitimité à employer les mots qu’il souhaite employer pour le dire. A censurer ses mots, on lui dit de manière à peine voilée, non pas qu’on n’est pas d’accord avec lui (ce qui est toujours légitime), mais qu’on refuse de l’entendre.

Refuser d’entendre ce que l’autre a à dire avec ses mots à lui est violent parce que ça revient à nier son existence, ça le disqualifie.

Tant que nous demeurerons hors de nous-même (dans son sens littéral) dans notre relation à l’autre, nous nous condamnerons à ne pas pouvoir rencontrer l’autre tel qu’il est, là où il est, notamment parce que nous refusons qu’il ne soit pas conforme à ce que nous voudrions qu’il soit.

Aujourd’hui, cela peut prendre la forme d’un gilet jaune en colère, d’un policier d’autant plus susceptible de mal utiliser sa force qu’il ne parvient plus à donner de sens à son métier, d’un migrant en demande d’humanité, ou d’un individu lambda qui croise notre chemin et nous dérange pour une raison x.

Voltaire, dans son dictionnaire philosophique, nous rappelle : « Nous sommes tous pétris de faiblesses et d’erreurs ; pardonnons-nous réciproquement nos sottises, c’est la première loi de la nature. » C’est ainsi que notre apanage doit être notre tolérance face aux erreurs des autres, et cela ne nous deviendra possible que si nous les tolérons pour nous-même. Si nous perdons le sens de la mesure et de la tolérance avec les autres, c’est que nous l’avons perdu avec nous-même.

Nous ne supportons pas certaines de nos réactions, notre colère subite, notre lâcheté, notre mesquinerie (etc.) et comme c’est trop pénible de les voir simplement à l’œuvre chez nous, nous les rejetons chez les autres.

Derrière notre relation déséquilibrée aux autres se cache une relation déséquilibrée à soi-même, une incapacité à différencier le tolérable de l’intolérable, une incapacité à obéir à la règle, à la Loi dont le rôle est de protéger l’ensemble.

Un critère capital pour la dignité

Il est pourtant une question simple que nous pouvons nous poser avant chacune de nos actions et qui nous permettra de préserver notre dignité : Est-ce qu’à travers l’action que je me propose de commettre, je participe à la maladie du monde ou à sa guérison ? Ce qui signifie très concrètement : « Est-ce que, à la place où je me trouve, dans mes relations quotidiennes, je contribue à pacifier ou est-ce que, au contraire, j’attise le conflit ? » ainsi que le formulait Arnaud Desjardins – qui poursuivait : « Est-ce que j’agis – au quotidien, dans les actes les plus ordinaires, les moins spectaculaires – dans le sens de la guérison, c’est-à-dire de la paix et de l’amour ? Et quand je dis « agir », il doit être bien entendu que contribuer à la guérison du monde consiste parfois à ne pas agir, à s’abstenir de certains actes, à ne pas prononcer certaines paroles – des paroles blessantes. C’est une question de dignité ou d’honneur – un mot qui n’est certes plus à la mode, et on le comprend vu ce qu’il a trop souvent couvert. »9

Parler de dignité et d’honneur est en effet devenu paradoxal puisque ces mots ont été paradoxalement utilisés par ceux qui voulaient masquer leurs exactions et cherchaient à justifier leurs crimes.

Pendant très longtemps, la mentalité coloniale (pour ne citer qu’elle) a voulu nous convaincre qu’elle adhérait aux principes d’honneur et de dignité, quand – dans les faits – à travers les comportements cruels et terrifiants de ses généraux (et de ses soldats, qui en revenaient souvent brisés), elle pratiquait l’exact opposé de ce qu’elle prônait, en affamant et torturant des hommes, en massacrant des familles entières lors de soulèvements.

Les partisans de l’Algérie française se prétendaient du côté de l’honneur et de la dignité, alors que des témoignages indubitables de ceux-là-mêmes qui ont commis les exactions, nous disent ce qu’il en a été, en vérité, de la très sanglante conquête de l’Algérie.

Dans les années 1840, au cours de la campagne dirigée par le général Bugeaud contre l’émir Abd el-Kader en Algérie, les « exploits » du général Lamoricière ont contribué à la colonisation rapide de l’Algérie, mais à quel prix. Il n’est, pour s’en rendre compte, que de lire la correspondance éloquente du général de Saint-Arnaud combattant l’émir Abd el-Kader10. « On ravage, on brûle, on pille, on détruit les maisons et les arbres. Des combats : peu ou pas. » Dans celle du lieutenant-colonel Montanac, on peut lire : « Apportez des têtes, des têtes ! Bouchez les conduits crevés avec la tête du premier Bédouin que vous rencontrerez. (…) Je lui fis couper la tête et le poignet gauche (à propos d’un dignitaire religieux) et j’arrivai au camp avec sa tête piquée au bout d’une baïonnette et son poignet accroché à la baguette d’un fusil. On les envoya au général Baraguay d’Hilliers qui campait près de là, et qui fut enchanté, comme tu le penses. »

Quelques années plus tard, l’émir Abd el-Kader décide de faire sa reddition plutôt que de fuir en abandonnant les siens, il en négocie donc les conditions avec le général Lamoricière qui ne respecte pas sa parole et le trahit. L’émir Abd el-Kader, noble figure d’un islam généreux, préférera la prison au déshonneur, et restera emprisonné cinq ans.

C’est dans ce contexte que le général Lamoricière deviendra ministre de la guerre et député, et que quelques années plus tard, le pape Pie IX fera élever un cénotaphe pour célébrer la mémoire de ce « héros » (sic !), dans la cathédrale de Nantes.

Ces exemples historiques terrifiants, montrent à qui veut bien les regarder en face que bien des êtres humains ne croient qu’à la dignité et à l’honneur de ceux qui servent leur propre camp.

De même qu’on utilise la musique et la fanfare, dans toutes les armées du monde, pour se mettre en train afin d’aller massacrer les autres, on constate qu’on a utilisé les concepts de dignité et d’honneur pour mobiliser les hommes afin de justifier leurs crimes.

Que de crimes a-t-on commis et continue-t-on de commettre aujourd’hui au nom de la dignité ? C’est par exemple soi-disant pour chercher à préserver l’honneur et la dignité des femmes iraniennes, sous le fallacieux prétexte de leur permettre de vivre une vie paisible loin de la suspicion et de la discorde, que des hommes imposent le port du voile à l’ensemble des femmes.

La société occidentale a réduit le progrès humain au progrès technique et social ; ce faisant, elle ne songe plus qu’à améliorer le sort matériel de l’homme, elle oublie sa dimension spirituelle liée à sa dignité intrinsèque. Elle oublie le besoin essentiel qu’a l’homme de se sentir relié à quelque chose de plus grand qui le dépasse. Nous nous retrouvons ainsi aujourd’hui dans une véritable impasse existentielle.

Plus le niveau spirituel de l’homme est pauvre, moins il devient lui-même capable de respecter sa propre dignité. Hypnotisé par sa tranquillité et son confort, contraint par sa rationalité triomphante, il croit pouvoir se suffire à lui-même au moment où il perd toute relation à la transcendance. Ce faisant, il impose le culte du progrès en même temps que celui de la maîtrise technique du monde. Il produit ainsi à la fois des désastres collectifs et des aberrations individuelles tels que nous pouvons les voir se répandre dans le monde aujourd’hui.

Stefan Zweig a écrit : « L’homme qui croit en l’humanité ne doit pas encourager la division mais l’union, il ne doit pas fortifier les sectaires dans leur sectarisme ni ceux qui se haïssent dans leur haine ; il doit s’efforcer de faire vivre les hommes en bonne intelligence et de favoriser les accords ; et plus l’époque montre de fanatisme, plus il faut qu’il s’obstine dans son impartialité, ne considérant, au milieu de ces désordres et de ces égarements, que ce qui est commun à tous les hommes, en tant qu’avocat incorruptible de la liberté spirituelle et de la justice sur terre. »11

Mais alors, qu’est-ce que la dignité ?

Arnaud Desjardins écrit : « La dignité de l’homme réside dans la clarté de vision avec laquelle il soumet ses attractions à sa compréhension de ce qui est plus vaste et plus universel que ses intérêts individuels. »

Mais qui est capable de se remettre en cause en faveur des autres ? Quel policier osera envisager le point de vue du manifestant ? Quel manifestant osera envisager le point de vue de celui qui est chargé de maintenir l’ordre ?

L’approche républicaine de la dignité présentée comme universaliste est-elle véritablement capable de dépasser ses intérêts particuliers, son « européocentrisme » par exemple, au profit d’un universalisme véritable ? Est-elle capable d’englober toutes les cultures et toutes les différences des hommes ? Est-elle capable d’englober des cultures qu’elle a encore beaucoup de mal à considérer comme des cultures parce qu’elle ne les respecte pas ?12 Sommes-nous – collectivement – capables d’universalisme ? Sommes-nous capables de respecter la dignité de chacun ?

J’ai le sentiment que, de même que les chrétiens disent des convertis à leur religion qu’ils sont entrés dans la « vérité religieuse », il y a une prétention républicaine à croire qu’il suffit de parler de « civilisation » et « d’universalisme » pour y accéder. Ce n’est pas parce qu’on prétend être quoi que ce soit en le répétant haut et fort, qu’on l’est.

Toute prétention est doublement perverse, d’abord quand elle n’a pas fait ses preuves, et ensuite quand elle justifie ses excès à partir de ce qu’elle prétend être, donc sans se donner la possibilité de se remettre jamais en cause.

Être véritablement tourné vers l’universel, c’est reconnaitre la culture de l’autre et être capable de lui rendre hommage.

Le drame (et le paradoxe) est donc que le tort qu’on a pu faire à un véritable universalisme républicain est davantage provoqué par ceux qui, par des moyens inappropriés et indignes, veulent en assurer le triomphe à tout prix, que par ceux qui combattent cet universalisme.

Nous n’avons, pour le moment, évoqué la dignité que comme une sorte de devoir moral collectif, un sur-moi présenté comme avantageux, une sorte d’idéal ou de devoir situé à l’extérieur de nous, et qui nous obligerait à agir conformément à ses normes.

Il est cependant une autre dignité – intérieure celle-ci – donc propre à celui qui est capable de la percevoir, et c’est d’elle dont je souhaite maintenant parler.

La dignité intérieure

Cette dignité-là s’apparente à ce qui, en nous, nous oblige à agir conformément à ce que nous ressentons comme étant notre nature. Elle est ce que peut sentir intimement un être humain quand il se dit à lui-même : « Non, je n’agirai pas ainsi, je ne peux pas agir ainsi, ce serait en-dessous de ma dignité. »

Elle se manifeste chez celle (celui) qui obéit à ce que lui dicte son cœur et par exemple agit pour aider, sauver une personne en détresse, parfois au péril de sa vie. Comme les Justes qui pendant l’occupation allemande ont caché des Juifs13 et dit ensuite qu’ils n’auraient pas pu agir autrement, c’est-à-dire fermer les yeux sur l’horreur dont ils étaient témoins et ne pas faire ce que leur conscience les poussait à faire.

Elle n’est donc pas obéissance à une règle donc à une contrainte extérieure. Elle fait partie de l’intime en ce sens qu’elle est l’évidence intérieure qui guide les actes d’un être à l’écoute de lui-même.

Chacun peut découvrir cette évidence en lui pour autant qu’il lui a été permis – dans son histoire – de la sentir ou de la voir à l’œuvre chez ses parents ou des proches. Elle est liée à la capacité pour un être à parvenir à l’autonomie en s’appuyant sur lui-même, en osant faire ses expériences propres pour ressentir ce qui lui advient, et en interrogeant silencieusement son ressenti à propos de ce qui lui advient.

Chacun peut facilement la mettre en évidence en se posant à lui-même une question simple : Est-ce que – par mes actes – je fais partie de la maladie ou de la guérison du monde ?

Cette question paraîtra certainement incongrue à ceux et à celles qui ne se sont jamais posé de questions à propos du sens de leurs actes, à tous ceux ou celles qui, par exemple, pourraient penser que puisqu’il faut travailler pour vivre, il n’y a pas grande différence entre une personne qui travaille dans un hôpital et une personne qui travaille dans une usine d’armement. Et pourtant… Celui qui assemble des kalachnikovs accorde-t-il le même sens à sa dignité que celui qui prend soin de l’autre ?

Nombreuses sont les personnes qui ont grandi en étant empêchées de sentir les choses, et leurs relations aux choses, de manière autonome. Nombreuses sont les personnes qui ne sont encore, dans leurs comportements comme dans leur manière de penser, que le prolongement jamais remis en cause, des comportements et des manières de penser de leurs géniteurs. Il y en a même qui s’en flattent en s’obligeant à l’homologie, (mon père a toujours voté à l’extrême droite, parce qu’il déteste les étrangers, donc je vote comme lui, par exemple) et ils s’interdisent toute singularité, sous prétexte du respect dû à leurs géniteurs et à la tradition.

Beaucoup de personnes ne connaissent donc pas cette relation intime à la dignité parce que leurs éducateurs leur en ont empêché l’accès en leur montrant un autre modèle présenté comme le seul valable, à moins que ça ne le leur ait été tout simplement interdit.

Pour prendre un exemple, je dirais que c’est la morale qui pourrait m’empêcher de voler dans un supermarché mais que c’est ma dignité qui m’empêcherait de voler un objet à une personne âgée distraite. C’est mon propre sens de la dignité qui m’empêchera de profiter de la faiblesse de l’autre pour perpétrer mon forfait. Et cela, compte tenu de l’idée que je me fais de mon humanité.

Chacun a un sens de la dignité qui est le sien, chacun verra sa propre dignité « à sa porte », et cela à la mesure de la personne humaine qu’il se sent être, des valeurs qui sont les siennes, et auxquelles il consent.

Une personne s’interdira de séduire un(e) de ses ami(e)s en relation de couple et père ou mère d’un enfant. Une autre au contraire n’y verra aucun problème.

Les opposants à la légalisation du MMA, (Arts Martiaux Mixtes) – sport pendant longtemps interdit en France – ont joué sur le fait qu’il ne respectait pas la « dignité humaine ». (Le MMA autorise les coups même au sol et ses combats se déroulent dans une cage et non sur un ring.) Au même moment, les promoteurs de ce sport ont joué sur l’intérêt que pouvaient trouver certaines personnes (notamment pour des raisons marketing), à proposer au spectacle un sport qui pouvait s’apparenter à un combat de gladiateurs14.

Dans la société du spectacle, l’indignité fait vendre. On voit là que l’argument de promotion des uns est utilisé comme un discrédit par les autres, et cela selon le sens que chacun donne à la dignité.

Parallèlement à la corrida, il existe, dans certains villages français, une sorte de rite d’initiation encore bien actif, nommé le jeu du cou de l’oie, dans lequel des jeunes sont poussés par des adultes à pratiquer des sévices post mortem à des animaux, qui sont abattus pour l’occasion. On suspend par les pattes à une corde, des oies, mais aussi des poules, des canards ou des lapins et leurs corps sans vie sont frappés avant d’être décapités sous les acclamations du public15.

On peut considérer comme préoccupant de constater que dans notre société, en 2023, on érige des violences et des massacres en exploits, sous le prétexte de la défense des traditions. Nous sommes évidemment bien loin, à travers de telles pratiques de jeu, d’apprendre à nos jeunes la bienveillance et le respect pour le vivant, donc le sens de leur dignité.

C’est donc bien le sens personnel de chacun de sa propre dignité qui le conduit à agir, dans chacune de ses actions, en relation avec les autres, mais aussi avec lui-même, et ceci même si personne ne le remarque.

L’un n’ira pas abuser de la confiance qu’il ressent qu’une personne met en lui. Un autre refusera de rester le spectateur impassible de l’humiliation d’une personne dans les transports en commun, il interviendra, respectant en ceci sa propre dignité en même temps que celle de l’autre (qui se fait maltraiter sans pouvoir se défendre).

On découvre là que le sentiment de la dignité de l’autre, comme de la sienne, est lié à la conception de l’être humain qui est celle de chacun.

On pourrait dire que c’est notre sentiment personnel de dignité de l’être humain qui nous permet d’avoir le désir de respecter ce que nous pensons que l’être humain mérite.

Ce sentiment personnel de dignité est certainement lié à notre conscience de la différence entre moi et l’autre, mais il est également lié au désir de ne pas vouloir faire à l’autre ce que nous n’aimerions pas qu’il nous fasse, et cela va bien au-delà des relations humaines, cela concerne aussi bien sûr notre relation aux animaux et à l’environnement.

On pourrait aussi parler là de « noblesse » d’un comportement, selon la définition que le dictionnaire donne de ce mot : « élévation des idées et des sentiments, mélange de générosité, de dépouillement et d’élégance. »

Travailler son sens de la dignité

Notre dignité c’est aussi de ne pas tolérer que les autres nous fassent subir certaines humiliations, parfois peu visibles mais qui, si on les accepte, peuvent détruire la relation.

Une femme ne doit pas permettre à un homme qui l’attire de la draguer avec certains propos ou comportements qui – si elle les tolérait – seraient un affront à sa dignité. C’est ainsi que son sens de la dignité la protège.

Ce sens-là de la dignité n’est ni un orgueil ni un narcissisme, il est simplement la mesure du respect que je m’estime devoir à moi-même. Il régit mon intimité en même temps qu’il la protège.

Dans le contexte thérapeutique, permettre aux personnes de travailler sur leur sens de la dignité m’apparaît comme important et sain, puisqu’il permet à un être, non seulement de développer son estime de lui-même, mais aussi de se défendre et de se protéger d’un autre, en ne tolérant pas que ce qu’il lui fait subir dure. Le sens que chacun a de sa propre dignité lui permet donc de mettre des limites à l’autre. Il est l’allié thérapeutique de celui qui, n’ayant pas été éduqué avec dignité, est incapable de se faire respecter des autres ni de se respecter lui-même.

Ainsi la nature du regard que le thérapeute pose sur son patient est essentiel, car il conditionnera en partie la manière dont le patient pourra à son tour apprendre à découvrir le sens de sa propre dignité.

Si nous ne pouvons qu’accepter ce qui a été, nous ne devons pas faire l’amalgame de ce qui a été avec ce qui perdure.

Il est par exemple tout à fait légitime de la part d’une personne de ne pas tolérer une seconde de plus le comportement d’une autre personne qui cherche à l’humilier ou à la rabaisser. Ce serait en dessous de sa dignité.

La dignité nous met donc en face de ce que nous pouvons supporter ou pas des autres en fonction de l’idée que nous nous faisons de nous-même. Si une femme retourne auprès de l’être violent qui la bat, c’est certainement parce qu’elle ne se considère pas comme digne d’être traitée avec égards.

Nous aurions donc tous avantage à réévaluer à la hausse l’idée que nous nous faisons de nous-même à travers notre propre dignité. Cela signifie, que nous ne sommes pas justifiés à suivre nos peurs ni nos penchants, mais qu’il va nous falloir apprendre à obéir à ce que nous ressentons comme juste pour nous-même (quand nous parvenons petit à petit à le ressentir, avec l’aide parfois d’un(e) thérapeute), et pourquoi pas, au moins au début et avant que ça ne devienne un réflexe intime, à obéir à ce que nous voulons pour nous-même.

Pourquoi devrions-nous – par exemple – supporter à travers notre mutisme, qu’un ami ou un collègue, nous rende complice de sa plaisanterie misogyne vis-à-vis d’une amie ou d’une collègue ? Bien sûr nous pouvons regarder ailleurs en faisant celui ou celle qui n’a pas entendu, mais nous pouvons aussi profiter de cette opportunité pour lui signifier que nous refusons d’être les complices de sa plaisanterie douteuse. Et notre courage (parce que parfois il en faut pour se démarquer d’un groupe) pourra faire un bien fou à la femme maltraitée.

Personne ne devrait avoir à renoncer à sa dignité puisqu’elle s’alimente à partir de la simple capacité à être de chacun, à partir de l’accession de chacun à son authenticité. Cette capacité à l’authenticité provient de la confiance que chacun a en lui-même, elle trouve sa source dans un sentiment de sécurité inconditionnelle que chacun peut rencontrer en lui-même s’il se consacre à son apprentissage.

Sommes-nous bien d’accord pour convenir que, quel que soit notre groupe social, notre culture, notre religion ou notre couleur de peau, quelle que soit la situation que nous vivons, nous sommes toujours légitimes à garder la tête haute ?

C’est précisément cette intime conviction qui – malheureusement – peut faire défaut à certains d’entre nous. Et, je le répète une fois encore, tant que nous sommes vivants, il est toujours possible de l’acquérir.

Comme aimait à le dire le Maître tibétain Chögyam Trungpa : « La dignité humaine ne dépend pas du compte en banque », alors pourquoi ne pas profiter de ce qui est gratuit ?!

Nous savons que c’était le rôle de nos parents – à travers la relation qu’ils avaient avec nous – de nous permettre d’accéder à cette intime relation à nous-même. Que c’est le rôle d’un père et d’une mère – que c’est donc constitutif du rôle de parent – de regarder son enfant de telle manière qu’il puisse croire en lui. De lui faire sentir que, par-delà ses comportements et ses actes, il est et sera aimé, parce que le simple fait qu’il soit vivant fait de lui une merveille.

Le lui faire sentir, c’est notamment parvenir à l’accompagner dans ses erreurs sans qu’il en ressente aucune mauvaise conscience16.

Nous savons que les erreurs17 sont des leçons, des remises en cause de nous-même en relation avec ce que nous voulons obtenir ou là où nous voulons aller, qui ne doivent pas culpabiliser celui qui les a commises puisque celui-ci, dans son humilité, sait qu’il ne peut pas ne pas les commettre.

Ainsi l’être humain en équilibre avance confiant en ses erreurs et tâtonnements puisqu’il sait qu’il doit passer par ce chemin pour avancer.

L’être humain en équilibre sait à la fois qu’il est ce qu’il y a de plus beau, même s’il se sent fragile au cœur du mystère qui l’entoure. C’est cela qui lui confère sa dignité, ce mélange subtil de force et de faiblesse auquel il rend hommage en l’acceptant, c’est-à-dire en s’y soumettant.

Cette dignité nous donne la possibilité d’apprendre à « vouloir ce qui nous arrive », en étant non plus les « victimes déçues » des situations mais les « disciples volontaires », selon l’expression d’Arnaud Desjardins, de ce qui nous arrive. Étant donné que nous sommes toujours ce que nous sommes et que ce qui nous est arrivé ne peut pas ne pas nous être arrivé, il nous reste à être beau joueur en faisant avec.

Épictète nous explique que puisque nous ne pouvons pas faire en sorte que les événements nous arrivent comme nous le voulons, il nous faut les désirer comme ils arrivent18. Et c’est grâce et à travers notre dignité que nous y parviendrons.

L’homme ordinaire, coupé de son être profond et de ses possibilités inexploitées, ne parvient pas à la dignité d’emblée. Pour y parvenir, il doit faire sauter toutes sortes de barrières et en particulier se confronter aux obstacles créés par sa personnalité artificielle : son orgueil, sa lâcheté, son impatience, mais aussi ses doutes qui nourrissent ses illusions.

En cultivant son humanité, en s’y entrainant, un être humain parvient à ne plus avoir besoin de craindre ses faiblesses. Ne les craignant plus, s’étant réconcilié avec elles, elles ne le commandent plus.

Un être qui parvient à accéder à cette confiance en lui-même ne se sent plus menacé par quoi que ce soit alors même qu’il se trompe et commet des erreurs. Il ne craint plus son ombre19 et fait tomber le masque de ses apparences. C’est alors qu’il se révèle à lui-même sans crainte.

La révélation du sentiment de dignité devient donc possible à celui qui ne conditionne plus sa capacité à être à la disparition de ses faiblesses. Si nous ne nous conditionnons plus à devoir être comme nous pensons que l’autre souhaite que nous soyons, notre capacité à être apparait.

Participer à la guérison du monde, c’est commencer par parvenir à se mieux traiter soi-même. Et ainsi nos difficultés, nos infirmités, seront dépassées par le sentiment de notre dignité propre – qui est une fraîcheur, une bienveillance fondamentale dans notre relation à nous-même et aux autres.

Apprendre la dignité

Notre apprentissage de la dignité peut se travailler dans deux domaines essentiels : celui de la relation que nous entretenons avec la vérité, et celui de la pratique de l’assise en silence.

Ordinairement nous entretenons une très mauvaise relation avec la vérité des choses telles qu’elles sont, parce que (ignorants que nous sommes de notre obligation à devoir nous y soumettre) nous préférons les voir comme cela nous arrange de les voir, afin de ne pas devoir nous remettre en cause.

Nous créons ainsi toutes sortes d’arrangements avec les choses telles qu’elles sont, sous le mauvais prétexte qu’elles ne seraient pas avantageuses pour nous. Nous nous défendons, refusons, tergiversons, discutons, trichons, utilisons toutes sortes de subterfuges en lien avec la mauvaise foi pour ne pas les voir, les passer sous silence ou regarder ailleurs.

Pour apprendre la dignité, nous avons besoin de commencer par convenir que – tels que nous sommes – nous préférons nous mentir à nous-même et nous illusionner plutôt que de convenir de ce qui est.

Pour exemple le déni abrupt des choses, asséné avec force, est notre comportement favori. Et c’est un apprentissage qui a commencé dès l’enfance : un petit garçon surpris par sa mère, debout sur la table de la cuisine pour accéder plus facilement au haut du buffet qui contient des confitures, s’esclaffera « C’est pas vrai ! » au moment où sa mère, le surprenant la main dans un pot de confiture, les lèvres barbouillées, lui dira : « Tu es en train de manger mes confitures pour cet hiver ! »

Un homme, pris la main dans le sac par son épouse, qui aura aperçu le message que vient de lui adresser sa maitresse, niera effrontément l’évidence, quitte à prétexter une hypothèse totalement improbable qui ne dupera personne et amplifiera la difficulté du couple.

Un employé de bureau, enchaîné à sa peur et à sa mauvaise conscience, niera avec force son manque de ponctualité auprès de son chef de service qui a pris pourtant soin de noter ses nombreux retards pour lui en parler.

Nier l’évidence, pour un père par exemple, c’est ne pas voir que son enfant souffre qu’il rentre si tard et lui donne si peu de temps. C’est, pour une mère, ne pas se soucier plus que ça de la tristesse de sa fille de 11 ans et minimiser ce qu’elle ressent, même quand elle l’entend pleurer dans sa chambre. Oser claironner que « tout va bien », que c’est un petit problème passager, à ceux qui lui demandent de ses nouvelles.

Nous n’avons de cesse de rejeter les choses telles qu’elles sont, de mentir ou de les éviter. Aveugles en souffrance, infirmes inconscients, nous nous arrangeons pour demeurer les esclaves d’un passé menaçant qui nous oblige à continuer de vivre dans la peur et la dissimulation, alors qu’il nous faudra, de gré ou de force, nous confronter plus tard à la vérité de la situation telle qu’elle est, dans des conditions souvent pires encore.

Apprendre à adhérer aux choses telles qu’elles sont, c’est s’y prendre avec soi-même de manière à faire grandir son sentiment de dignité, c’est s’assumer soi-même et regarder en face ce qui se passe avec nos proches même si ça nous fait peur. Cela permet de vivre plus simplement et harmonieusement avec soi et les autres.

S’incliner devant « ce qui est » est une attitude sacrée, parce que nous ne sommes pas les plus forts. Un de mes amis – qui cherchait à nous permettre de nous en rendre compte – nous proposait de nous mettre à cinq mètres d’un arbre et de nous adresser à lui en criant « au pied ! », juste pour constater ce qui allait se passer. Il est de notre avantage à tous de convenir que nous ne sommes pas les plus forts.

Le monde de la dignité c’est le monde du non renoncement à ce qui est, un être humain digne assume. Celui ou celle qui ne craint plus ce qui est parce qu’il a choisi la vérité, vit en harmonie avec les autres et le monde parce qu’il ne donne plus aux circonstances extérieures le pouvoir de le détruire. Devenu le disciple de la situation, il apprend des situations plutôt que d’en être la victime en souffrance. Il ne se lamente plus, il danse sur le monde en lui obéissant20.

Un autre apprentissage de notre dignité passe par la pratique de l’assise en silence. Cultiver sa dignité, c’est aussi s’entraîner à être seul, c’est s’entraîner à la présence à soi-même, à travers une attention ouverte qui n’attend rien d’autre que ce qui se présente.

Apprendre à s’asseoir avec simplicité dans le silence, pour se relier à ce qui est, sans nécessité ni condition. Revenir peu à peu à soi-même, à ce que nous sommes tous par-delà ce que les vicissitudes de la vie ont pu nous faire subir, à notre essence. Revenir à ce que nous sommes, par-delà nos multiples identifications constantes.

On dit parfois à propos d’une parole blessante qu’une personne nous a adressée : « ça ne m’a pas touché(e) ». Le plus souvent cette attitude n’est qu’un simple déni de nous-même, une protection supplémentaire que nous nous infligeons, parce que nous avons peur de souffrir en ressentant véritablement ce que la parole de l’autre nous a fait.

S’asseoir en silence, ce n’est pas penser, c’est oser la vulnérabilité c’est ressentir, à travers une profondeur offerte, la vérité des choses, se laisser désarmer par ce qui a été (la parole blessante par exemple), ressentir que ce qui nous a touché nous a touché et ainsi – peut-être – passer au travers. Si nous nous laissons traverser par la vérité de ce que nous vivons, sans lui offrir la moindre résistance, il est possible que nous contactions en nous-même notre vraie nature, celle qui n’a jamais été outragée et ne cesse jamais d’exister.

Il est donc important que nous nous consacrions aussi à nous-même dans notre existence, que nous ne nous laissions pas éternellement ballotter par les autres, l’avoir et le faire, que nous prenions des moments pour revenir, calmement, à nous-même et sentir les choses, se retrouver « chez soi » à percevoir son être. Ne plus ressentir le besoin d’être ceci ou cela, juste être, sans intention, sans but, dans un temps de gratuité pour soi-même.

Cette simple pratique de retour à soi-même est extrêmement précieuse parce qu’elle laisse graduellement des traces en nous-même, elle nous marque en profondeur. Il y a tant d’êtres humains qui ont oublié leur propre dignité, il nous faut nous en imprégner, elle est là, accessible de façon permanente, et cela pour parvenir à nous en souvenir dans tous les moments de notre vie.

Peu à peu le regard que nous poserons sur les choses et les autres ne sera plus le même. Nous deviendrons ainsi à la fois plus légers et plus frais, et l’expression « ça ne m’a pas touché(e) » sera pour nous une expérience authentique à travers notre présence à nous-même.

Il peut aussi arriver que notre vraie nature se révèle spontanément au moment où nous nous y attendons le moins, à travers ce que l’on pourra appeler l’expérience du « tout autre », une expérience affective du sacré, une expérience « numineuse »21.

C.J. Jung, dans le cadre de sa psychologie analytique, rattachait le numineux aux archétypes, formes symboliques innées et constitutives de l’inconscient collectif. Il écrivait dans ce contexte : « Ce qui m’intéresse avant tout dans mon travail n’est pas de traiter les névroses mais de me rapprocher du numineux… l’accès au numineux est la seule véritable thérapie.22 »

L’accès au numineux permet l’accès à l’être : et parce que « nous sommes », la vie – soudainement – se dévoile et devient réelle23.

C’est ainsi que celui ou celle qui reste au contact de sa dignité propre, pourra ressentir sa complète et totale sensibilité vivante dans sa relation aux autres et au monde.

Pour terminer

Swami Prajnanpad se faisait une très haute idée de la noblesse de l’être humain. Il s’adressait aux personnes qui venaient le rencontrer en leur disant : « Vous, dans votre dignité intrinsèque. » Cela signifie qu’il invitait les personnes qui venaient à lui, à voir en l’homme le lieu de la beauté fondamentale.

Qu’y a-t-il de plus beau qu’un être humain ? On sait que si Œdipe a répondu « l’Homme » à l’énigme du Sphinx, c’est parce qu’il répondait invariablement « l’Homme » à toutes les énigmes, et ceci parce qu’il pensait que l’Homme était la réponse à toutes les questions. La tradition tibétaine parle de la « précieuse incarnation humaine ».

L’Homme est la réponse à toutes les questions parce qu’il est capable de transcendance, et s’il n’est pas capable de fournir les vraies réponses, il est par contre capable d’être celui qui pose la vraie question : « Qui suis-je ? » Celle qui permet l’accès à l’être.

Swami Prajnanpad nous invitait à devenir les maîtres de notre vie et non un esclave ou un être faible : « Le seul but de la vie humaine est d’aimer de manière si totale que l’on arrive à voir tous comme un. Tout enseignement qui ne réunit pas l’homme à l’homme mais qui, au contraire, essaye de garder les hommes séparés est faux. Tous les hommes sont pareils, les distinctions de castes, de fortunes, etc. ne sont pas discernables tant qu’on ne les proclame pas. Établir de telles distinctions est l’œuvre perverse d’un intellect trompeur. Serrer chacun contre son cœur comme s’il était un membre de sa propre famille, cela seul est digne de l’homme. »24

Si la dignité de l’homme lui est intrinsèque, elle lui est nécessairement inhérente, ce qui signifie qu’elle « est », indépendamment de tout facteur extérieur, elle n’a besoin de rien pour être.

Si elle est indépendante de tout facteur extérieur, elle ne peut donc ni être enlevée à quiconque, ni – bien sûr – être ajoutée à quiconque.

De plus, si nous sommes dignes par nature, notre dignité ne peut plus être un droit. Ainsi, quelles que soient les influences que nous aurons pu subir dans les années qui ont suivi notre naissance, nous pouvons être assurés de notre intrinsèque dignité. Et c’est sur cette assurance que nous devons nous appuyer.

Notre époque cherche à nous affoler en nous faisant croire que nous pourrions perdre notre dignité, or dire que chacun est intrinsèquement digne du fait de son humanité, signifie que personne ne peut la perdre.

Une idée reçue voudrait nous faire croire qu’une femme violée, un homme torturé ou un vieillard maltraité auraient perdu toute dignité. La vérité c’est qu’aucune maltraitance subie ne peut faire perdre sa dignité à une femme ou à un homme puisqu’elle est constitutive de son être. L’indignité est donc bien du côté de ceux qui maltraitent, torturent et violent.

Et, quelle que soit la manière dont notre mort se déroulera, nous serons, à ce moment-là – chacun de nous – au cœur de notre complète humanité donc au cœur de notre dignité intrinsèque.

Le message d’un homme digne

Au moment où je relis cet article avant de le faire paraître, je reçois – sur Twitter – ce message de Ziad Medoukh, professeur de français à l’université de Gaza :

« Bonsoir de Gaza

Il est 21h ce samedi 14 octobre 2023

Situation dramatique et tragique à Gaza.

Cet après-midi j’ai évacué ma femme et mes enfants au sud de la bande de Gaza

Moi, j’ai décidé de rester chez moi.

Dans des conditions humanitaires insupportables malgré les menaces israéliennes de commencer une opération terrestre ce soir.

Un choix très difficile, mais au moins sauver ou essayer de sauver des âmes, car personne n’est à l’abri à Gaza.

Je vous écris ce petit message pour vous dire que je tiens bon pour le moment.

C’est vrai mon cœur saigne car je suis séparé de ma famille, et je suis horrifié par ces bombardements et ces attaques sanglantes.

Mais je ne vous cache pas : résister à Gaza chez moi face aux menaces, la peur et l’angoisse est un honneur, une dignité et une vie.

Priez pour moi, pour nous tous à Gaza.

Pardonnez-moi.

Je vous aime tous.

Ziad, le simple citoyen palestinien de Gaza, l’optimiste et le digne. »

C’est son sentiment de dignité qui inspire ses choix à Ziad et qui nous éblouit, de même, ce sera notre sentiment de dignité qui nous permettra de prendre notre responsabilité à l’égard du monde, et d’inspirer nos actes.

Notre sentiment de dignité est l’antichambre de notre relation à notre cœur, puisque ce qui compte, c’est la manière dont notre cœur guide nos comportements.

Il nous faut aussi nous souvenir du respect que nous devons nous donner à nous-même en célébrant notre relation à la vie. Cette attitude intérieure conditionnera le respect que nous aurons pour les autres et le vivant.

Un être éveillé au sentiment de sa propre dignité est un être qui vit véritablement parce qu’il n’est plus seul, il est en lien avec l’univers entier.

© 2023 Renaud Perronnet Tous droits réservés

Notes :

1. Swami Prajnanpad, L’Éternel présent, p. 328.

2. Chögyam Trungpa, Shambhala, la voie sacrée du guerrier, p. 83.

3. Parmi de très nombreux exemples, on a pu remarquer que le ministre de l’Éducation Nationale a préféré focaliser la rentrée scolaire sur le thème du harcèlement, plutôt que de reconnaître qu’il n’a pas pu tenir la promesse faite à la hâte que tous les élèves auraient un professeur.

4. D’après une étude du Défenseur des droits, publiée en 2017, on estime qu’un jeune noir ou d’origine arabe a vingt fois plus de probabilités d’être contrôlé par la police que toute autre personne.

5. Je fais ici allusion à deux parmi les nombreux faits divers notoires, celui de la mort de Nahel Merzouk, 17 ans, tué en juin dernier à Nanterre, par un tir policier sur la base d’un refus d’obtempérer, et qui est à l’origine des émeutes que la France a connu à l’été 2023, et celui d’Hedi Rouabah, 22 ans, touché par un tir de LBD, roué de coups et laissé pour mort par la BAC de Marseille, à qui on a dû retirer une partie du crâne pour le sauver.

6. Pour faire un don à SOS Méditerranée, cliquez ici.

7. Slogan de la loi du talion, (loi selon laquelle la sentence est équivalente à l’offense.) En vigueur avec le code d’Hammourabi, roi de Babylone, 1792-1750 avant JC. (Avant le Talion, il existait des lois primitives basées sur le principe de la vengeance personnelle.)

8. Formule inventée par le député communiste Paul Vaillant-Couturier (1892- 1937), dans le journal l’Humanité, contre ce qu’il considérait être une provocation fasciste, et qui a été à l’origine d’une vague de violence révolutionnaire (notamment la fusillade de la rue Damrémont en 1925 qui a fait 4 morts.)

9. Arnaud Desjardins, Les Chemins de la Sagesse, Tome 3, page 225.

10. Je me réfère ici au très édifiant livre écrit par l’historien et soufi Ahmed Bouyerdene, Abd el-Kader ou l’harmonie des contraires, Éditions du Seuil, 2008, p. 109.

11. Stefan Zweig, Érasme, Éditions Le Livre de poche.

12. Je fais ici allusion au drame de la prise d’otages d’Ouvéa et à ses 25 morts, en 1988, en Nouvelle Calédonie. Pour en savoir plus vous pouvez consulter Wikipédia.

13. À ce propos je vous invite à lire : Se laisser toucher pour être juste.

14. Dans la Rome antique, les gladiateurs étaient le plus souvent d’anciens criminels, esclaves ou prisonniers de guerre qui s’affrontaient à travers une mise en scène codifiée, pour satisfaire le peuple, en offrant un divertissement où la mort était en jeu.

15. Pour en savoir davantage, consultez le site One Voice sur cette page.

16. Lire à ce sujet les articles : Éduquer ou dresser et Aimer inconditionnellement son enfant.

17. Lire à ce sujet l’article : D’erreur en erreur.

18. La formule d’Épictète est : « Il ne faut pas vouloir que les événement arrivent comme tu le veux, il faut les vouloir comme ils arrivent. Ainsi ta vie sera heureuse. » À ce sujet, vous pouvez lire l’article : Voir les choses telles qu’elles sont : la leçon des feuilles.

19. Pour aller plus loin à propos du thème de l’ombre, lisez : L’ombre travaille au service de la lumière ainsi que : Comment enlever toute trace de méchanceté dans mon cœur ?

20. Je fais ici allusion à la formule du philosophe anglais Francis Bacon : « On ne commande à la nature qu’en lui obéissant. »

21. C’est le théologien allemand Rudolf Otto qui a qualifié cette expérience non-rationnelle de « numineuse », du latin numen, qui signifie « commandement ».

22. C.J. Jung, Correspondance 1941-1949, Éditions Albin Michel, Tome 2, p. 114.

23. Je reprends ici l’expression de G.I. Gurdjieff qui servira de titre à l’un de ses livres : « La vie n’est réelle que parce que je suis. »

24. Swami Prajnanpad, Les Yeux ouverts, p. 40-41.

Illustration :

Dignité de la posture de Me Taisen Deshimaru, moine Zen

Pour aller plus loin sur ce thème, vous pouvez lire :

Compteur de lectures à la date d’aujourd’hui :

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Martine

C est dur de vivre dans ce monde, on se regarde tous en” Chien de Faïence ” Jeunes et moins jeunes. Alors que je promenais mon chien, et , pour sortir de ce sentier, je devais descendre un escalier. Un jeune enfant était assis là, entrain de boire une bouteille de coca, en compagnie d’ un copain. ILs avaient entre 10 et 12 ans. Mon chien, était arrivé au niveau de son épaule, et je lui dis ” Pardon, je voudrais passer. ” il était imperturbable, il m a répondu : ” IL Y A L HERBE A CÔTÉ ”… Lire la suite »

Martine

Non ! Bien sûr que non! Mais comment faire! Ce ne sont que des Gamins ! un jour ils deviendront hommes; Comment se comporteront ils en Adultes ???
Je vous avoue, que j en ai peur!

Hermine

Bonjour Martine,
Je pense que vers l’âge de 12 ou 13 ans j’aurais bien pu faire aussi ce genre de réponse (celle du gamin). 40 ans plus tard, elle me paraît tout autant choquante qu’à vous…
Donc je suis optimiste sur l’avenir de cet enfant !

Martine

Merci Hermine, je voudrais être rassurée, mais j’ai du mal.
Pourquoi, cette réponse ?
Pourquoi cette colère dans les yeux de cet enfant ?

Hermine

Qui sait si un peu plus tôt ses enseignants ne se sont pas fâchés parce qu’il gênait leur passage, ou si ses parents n’ont pas insisté sur le fait que c’était aux plus jeunes de s’effacer devant les “grands” ? Je dois aussi bien avouer qu’avant d’être dans le cas (future ou jeune mère par exemple) je ne me rendais pas compte de pourquoi céder mon siège dans le bus, ma place dans la queue ou l’espace dans l’escalier… Et si c’était aussi sincèrement le cas ? Bien sûr il s’agissait peut-être aussi d’une insolence de sa part, pourtant je… Lire la suite »

Martine

Oui, je suis prête à accepter ce point de vue.
J étais prête aussi à passer sur l herbe si je ne m étais pas casser la jambe auparavant, j étais prête aussi à discuter avec lui, mais il s est sauvé en courant.
Dans ma fonction d Aidant, auparavant, puisque j étais Aide Soignante dans un établissement de médecine gériatrique J ai vu beaucoup de familles en détresse, par leur parent malade, de grands enfants révoltés par la mort de leur proche.
Je vous avoue que l attitude de cet enfant m a choquée.
Merci Hermine

Martine

Merci Renaud, oui ce qui s est passé est passé. Nul besoin d aller torturer mon mental pour y trouver des réponses. Mais c est comme un Flash, ce gamin revient dans ma tête. Je me suis sentie toute petite , face à lui. Bien, avec le temps tout cela passera.