Faut-il et peut-on aider par devoir ?

« Essayez de rendre service au mieux de vos possibilités. Mais il y a une limite : « Jusque-là et pas plus loin » doit être votre devise. Quand vous avez atteint votre limite, vous devez être heureux, parce que vous avez fait de votre mieux. Qu’est -ce qu’on peut faire de plus ? Ne regrettez pas d’être allé seulement là, ne croyez pas que vous auriez dû aller plus loin. Ce « j’aurais dû » est faux. Bien sûr, il est difficile de déterminer ce qu’est cette limite. Mais vous pouvez l’apprendre par la pratique et la persévérance. »

Swami Prajnanpad cité par R. Srinivasan, Entretiens avec Swami Prajnanpad, Éditions L’Originel, 1986, p. 89.

Dans un article précédent intitulé « Quelle limite au cri du cœur ? »1  et publié sur mon site dans les écrits thérapeutiques, Lie a crié son désespoir et son épuisement dans sa relation à son mari atteint de la maladie de Parkinson depuis plus de vingt ans.

En proie au burnout, elle prend douloureusement conscience de la réalité de son propre vécu en écrivant : « Je le tue ! Je me tue ! Nous nous tuons ! »

En réponse1, je tente de lui faire sentir que toute relation d’aide demande une « limite » donc qu’en toutes circonstances sa devise doit être « Jusque-là et pas plus loin », ce qui signifie que tant qu’un être ne met pas de limites à sa bonne volonté pour un autre, quel qu’il soit, il court le risque de se perdre donc de transformer sa vie en tragédie.

Lie me répond à son tour :

« Oui, le mental nous joue des tours, mais comment faire le « Mental Vide », devant toute cette souffrance ?

Désolée, mais je ne trouve pas encore de porte de sortie. »

Je lui propose donc une réponse plus approfondie :

La porte de sortie n’est certainement pas simple à trouver mais nous sommes individuellement – chacun de nous – les seuls à pouvoir la trouver puisque c’est bien nous qui tolérons de subir l’influence de notre mental quand il parvient à nous faire croire que nous devrions faire ce que nous ne pouvons pas faire.

Admettre que votre mental vous joue des tours, c’est vous donner l’opportunité de voir comment il s’y prend pour vous les jouer.

Ici le mental (vos habitudes de penser) se sert de votre sensibilité et de vos émotions pour vous duper. Il réussit le tour de passe-passe de parvenir à vous faire croire que vous devez agir « par devoir », c’est-à-dire que vous seriez injuste et égoïste si vous n’obéissiez qu’à ce que vous sentez au plus profond de vous-même.

Quand – dans un cri du cœur – vous partagez « Je le tue ! Je me tue ! Nous nous tuons ! », vous êtes simplement très lucide : quel paradoxe que celui de tuer celui que l’on prétend aimer sous le prétexte de l’aimer, en même temps que de se tuer soi-même.

Vous partagez : « Je suis fatiguée de vivre tout cela ! », vous ne pouvez en effet qu’être extrêmement lasse, épuisée par cette situation, dont il va vous falloir trouver le moyen d’en sortir au plus vite sous peine de vous perdre.

Pour y parvenir, commençons par regarder de plus près ce que signifie « agir par devoir. » Cela revient à penser être obligée de vous conformer à un autre que vous-même sans tenir compte de vos capacités – par nature limitées. Et c’est cela qui vous pousse à l’épuisement.

La notion de « devoir » – que vous ne remettez pas en cause – parvient à vous faire croire que vous devriez faire ce que vous ne pouvez pas faire sans mettre votre vie en danger. Le devoir vous pousse donc au danger en jouant sur la corde sensible de vos émotions.

Personne ne semble songer à remettre en cause la croyance à devoir obéir à son devoir. « Faire son devoir » nous a tellement bien été inculqué depuis notre enfance qu’il ne peut que nous paraître légitime de le faire… et indu et culpabilisateur de ne pas le faire.

Mais que veut dire exactement faire son devoir ?

L’expression faire son devoir est attestée dans le sens de « faire ce que l’on a à faire », comme si nous devions tous obéir à un ordre universel et commun, comme si « faire ce que l’on a à faire » allait de soi, sans préciser qui instaure ce que l’on a à faire…

L’être humain doit-il obéir à quelqu’un d’autre qu’à lui-même et à la connaissance qu’il a de ses propres limites quand il se propose de faire quelque chose ? Doit-il renoncer à sa liberté et au respect de ses propres limites sous le prétexte de se soumettre à une loi morale extérieure à lui ?

Agir par devoir reviendrait à devoir consentir à sa propre aliénation, comme par exemple le font les gens qui agissent par peur du regard des autres. Comme si le devoir nous demandait d’agir de manière à être tributaires du regard des autres. Comme s’il devait être définitivement établi que puisqu’une femme se doit d’aimer son mari (un homme son épouse), elle n’avait pas d’autre choix que celui de se soumettre à la violence de l’injonction d’aimer.

Ainsi celui qui penserait devoir agir par devoir devrait subir à la fois une compulsion et une obligation en renonçant par là-même à sa liberté.

C’est pour cela que Swami Prajnanpad qui considère le Dharma (loi régissant l’ordre, la disposition générale des choses (cosmiques, sociales, religieuses) comme un privilège, parle du devoir comme d’une notion dégradante pour l’être humain parce qu’« en dessous de sa dignité. »2

Sans doute nous est-il arrivé à tous de nous surpasser dans notre relation à l’autre, de lui donner au maximum de nos limites mais pas par devoir, c’est-à-dire en nous forçant, par obligation extérieure à soi-même.

Le sens du devoir est un manipulateur habile quand il nous pousse à croire que nous n’avons pas d’autre choix que celui de nous sacrifier pour un être que nous aimons, et qu’au même instant, il passe sous silence l’essentiel : ai-je vraiment le désir de me sacrifier pour celui que je me propose d’aider ? Il nous trompe en nous obligeant à présumer de nos forces ; il nous fait croire qu’il nous suffit de vouloir pour pouvoir sous le mauvais prétexte d’obéir à un idéal du bien créé par la culture à laquelle nous appartenons.

Or faire le bien n’est pas obéir à un idéal, c’est donner son maximum, c’est-à-dire simplement « ce que l’on peut ».

J’ai travaillé pendant plus de 30 ans avec de très nombreux aidants auxquels je soumettais cette réflexion pour les aider à sortir de leur tragique enfermement dans leur burnout3 . Étant convaincu que les aidants sont infiniment précieux, et inspiré par la formule à la fois sage et tellement simple qu’Arnaud Desjardins martelait volontiers : « Ce que vous ne pouvez pas, vous ne le devez pas. », je pensais que les aidants devaient absolument réfléchir à la façon dont ils se laissaient rouler dans la farine à partir de leur croyance rigide en la notion de devoir.

Le sens du devoir, qui agit en nous comme une obligation, nous empêche de considérer que sans un consentement profond à agir comme nous agissons, nous courons non seulement le risque de l’amertume avec nous-même mais – pire encore – du ressentiment et de la colère contre celui au profit duquel nous prétendons agir !

Personne ne peut faire l’économie de ce qu’il ressent au plus profond, nous ne devons obéir à personne d’autre qu’à nous-même et à ce que nous sentons de nous-même.

Seulement voilà, nous avons du mal à sentir cette limite, à parvenir à la connaissance de ce que nous pouvons obtenir ou pas de nous-même parce que nous ne nous connaissons pas, parce que nous ne connaissons pas nos limites et que nous cherchons à imiter les autres, ceux qui semblent y arriver, en croyant agir par compassion.

Or la compassion ne peut pas être un souci ou une obligation, elle est un élan du cœur qui à un moment donné existe chez nous (ou pas) et nous nous devons d’être probes par rapport à elle. Personne ne peut l’imiter mais beaucoup, qui ne la sentent pas en pensant qu’ils devraient la ressentir, en arrivent à croire devoir faire ce qu’ils ne peuvent pas faire, ils « se la jouent » et s’y perdent.

Pour parvenir à faire la différence entre ce que nous pouvons donner et ce que nous devons garder parce que nous ne sommes pas prêts à le donner, il faut rester proche de soi-même, s’exercer à la lucidité avec ses propres ressentis et se garder de tricher. Les personnes qui sombrent dans le burnout ont à un moment triché avec elles-mêmes, elle se sont « quittées ». Il ne s’agit évidemment pas de leur jeter la pierre mais de les aider à porter un regard plus lucide sur elles-mêmes. Un aidant ne doit jamais se quitter lui-même, il doit rester constamment proche de lui-même et de ses ressentis pour parvenir à tout moment à les respecter. Il doit être un peu comme un grimpeur qui sentirait qu’ici une accroche est possible alors que là elle le mettrait en danger.

La relation à l’autre, la relation d’aide, est un sport dangereux qui nous demande d’être vrai avec nous-même. Un aidant est comparable à un funambule, il ne peut pas tricher avec son ressenti sous peine de se casser le cou.

Surtout qu’il arrive aussi que l’aidant soit mû par une prétendue générosité qui n’est qu’un désir de toute puissance qu’on appelle aussi « complexe du sauveur ». Il s’implique alors pour l’autre (qui ne lui a parfois même rien demandé), persuadé que lui va arriver à « quelque chose ». Et bien sûr encore une fois, il s’épuise et se met lui-même en péril pour n’avoir pas senti ses propres limites.

Agir par devoir est violent vis-à-vis de soi-même parce que ça revient à se forcer inconsciemment à agir, donc à créer une énergie qui tôt ou tard, se retournera contre soi.

Donc, avant d’agir et sans se hâter, un être qui se respecte doit répondre à deux questions fondamentales. La première est liée à son consentement : ai-je le désir de faire ce que je me propose de faire ? Est-ce que je le veux vraiment ? La seconde est liée à sa capacité à agir : en suis-je capable ? Est-ce que ce n’est pas trop lourd pour moi, compte-tenu de toutes les autres données de mon existence ?

Le véritable amour comme l’aide véritable, demandent l’assentiment et le consentement c’est-à-dire être d’accord et unifié pour faire ce que l’on fait – même si ce que l’on fait est dur et difficile – et alors la tâche s’accomplit de manière aisée et prend tout son sens.

C’est à ces conditions que la relation d’aide – par nature difficile parce qu’elle nous confronte aux autres – nous apparaitra possible sans devoir y laisser notre peau. Si notre cœur est entièrement d’accord pour donner ce qu’il donne et que nous nous en sentons capables (parce que nous n’avons pas enfreint nos propres limites), nous resterons sains et saufs.

Si nous y laissons des plumes, il est inutile de chercher bien loin, nous avons présumé de nous-mêmes et sommes allés trop loin, beaucoup trop loin, et c’est au moment où nous constaterons que nous avons atteint nos propres limites que nous aurons l’audace de nous dire STOP.

Pourquoi ? Parce que la devise de l’aidant doit être :

« Jusque-là et pas plus loin. »

Le burnout est un épuisement qui ne peut mener qu’à la fermeture du cœur. On ne s’épuise pas pour l’autre, on s’épuise pour obéir à ce qu’on croit que l’autre nous demande et surtout à ce que nous croyons qu’il faut absolument lui donner.

Le burnout est le signe de notre déviance, le signe que nous prenons la direction inverse de celle de notre prétendue générosité. Quelle gloire pourrions-nous tirer à être le martyr de soi-même ?

Ainsi nous pouvons tout donner à la simple condition d’être clair avec ce que nous allons donner. Sinon – à vouloir donner ce que nous n’avons qu’en quantité limitée et pensons que nous devrions avoir à profusion (en particulier de la sollicitude et de la patience) – nous courons le risque de la maltraitance exercée contre nous-même.

Vos mots : « Je le tue ! Je me tue ! Nous nous tuons ! » sont lucides mais ils flirtent avec le désespoir, ils sont donc la preuve que vous êtes allée trop loin.

Il ne s’agit pas de renoncer à votre fidélité à un être que vous aimez, il s’agit juste de l’aimer à votre propre mesure. L’amour ne peut être donné qu’à la mesure de celui qui donne, s’il est donné sous la contrainte ce n’est plus de l’amour mais la conséquence d’une pression, d’un insupportable chantage. Tant que vous restez contrainte par la notion même de devoir vous courez le risque de vous perdre et lui avec vous.

Le simple désir d’aider l’autre vous oblige à vous respecter vous-même, ne serait-ce que pour lui.

La porte de sortie c’est donc de parvenir à un équilibre entre vous et lui. Ni trop pour lui et pas assez pour vous, ni pas assez pour lui et trop pour vous : l’amour est un équilibre entre vous et lui, lui et vous. L’amour ne peut pas exiger de nous ce que l’on ne peut pas donner, l’amour ne peut que respecter celui qui le donne. L’amour n’est pas une entité indépendante, ce n’est pas lui qui respecte. Celui qui est en état d’amour peut sentir quoi faire ou ne pas faire.

Cet équilibre vous demande donc de mettre des limites à votre désir de sacrifice pour l’autre car c’est ainsi que vous deviendrez capable de l’aider dans la durée. C’est le manque de limites à votre dévouement qui vous pousse au désespoir et au jusqu’au-boutisme.

L’être humain ne peut trouver son équilibre que dans la mesure de lui-même : « Jusque-là et pas plus loin », à croire devoir tout donner vous courez le risque de tout perdre.

Que penseriez-vous d’un pompier qui – évaluant mal son courage (le surévaluant) – prendrait des risques insensés dans un immeuble en flammes et se retrouverait à périr avec dans les bras l’enfant qu’il aurait voulu sauver ?

A mal évaluer ses forces, un aidant court le risque de se perdre et la personne qu’il veut aider avec lui.

Ne pas prendre soin de soi dans une relation d’aide c’est se condamner à devoir tôt ou tard, maltraiter celui que l’on veut aider.

Pour qui nous prenons-nous à vouloir compenser le fonctionnement de la vie ? La vie n’est cruelle que dans la mesure où elle ne nous obéit pas quand nous voulons qu’elle nous obéisse4 . Vouloir mener le destin des êtres que l’on aime n’est pas de l’amour mais de l’attachement – qui nous soumet à notre toute puissance, preuve de notre aliénation. Il y aura toujours un moment où il nous faudra lâcher-prise car le destin de l’autre ne nous appartient pas et la vie se moque de nos attachements.

Ce que partage votre sœur dans un commentaire à votre écrit est très juste, elle écrit : « Ces petits vieux dont je m’occupe me renvoient à ma propre vieillesse et j’ai plus peur de la vieillesse que de la mort. »

Ne serait-ce pas votre propre peur de vieillir seule et abandonnée qui serait à l’origine de votre burnout à aider votre mari ? À travers votre burnout, ne chercheriez-vous pas à répondre à votre propre fragilité, à votre peur d’abandon ?

Le plus souvent notre malaise par rapport à l’approche de la vieillesse ou de la mort de l’autre ne parle pas de notre compassion pour lui, mais de notre peur personnelle à nous imaginer vivre à notre tour ce qu’il vit et/ou à vivre sans lui.

La véritable compassion n’est pas une émotion mais un sentiment profond, elle ne s’exprime pas en réaction à un malaise personnel, elle donne simplement puisqu’elle est l’expression du cœur qui s’ouvre parce qu’il aime. La vraie compassion ne ressent pas le besoin d’en faire trop mais « juste ce qu’il faut », elle est un équilibre à trouver puisqu’elle est une expression à la fois appropriée à l’autre et à celui ou celle qui la vit, elle est l’expression de la sagesse du cœur de l’être humain dans la perspective de l’impermanence.

Or notre équilibre, au cœur de l’impermanence des choses et des êtres, est fragile. Être capable de rester dans la vraie compassion pour l’autre, revient à se donner le moyen de prendre soin de soi pour l’autre. Notre dignité réside dans notre capacité à nous connaître et à agir en harmonie avec ce que nous avons compris de nous-mêmes. Nous connaissons tous la formule « qui veut aller loin ménage sa monture », qui nous demande d’appréhender avec lucidité notre éventuelle mauvaise conscience à devoir agir toujours pour le mieux sans tenir compte de nous-même, ce qui revient à agir avec circonspection sans présumer de ses forces. « Ménager sa monture » n’est pas un égoïsme, mais le respect que nous devons à celui que nous voulons aider.

La mauvaise conscience, nous l’avons vu dans la première partie de cette réponse, nous pousse à agir conformément au devoir moral c’est-à-dire conformément à une injonction extérieure à nous-même alors que notre défi c’est d’agir avec humilité d’une manière appropriée à nos propres forces et limites c’est-à-dire de manière appropriée à ce que nous sentons possible.

Swami Prajnanpad expliquait aux personnes qui venaient à lui que pour que notre tâche soit accomplie à la fois délibérément et sans accident, il nous fallait être complets. Il précisait : « L’intellect seul est une machine et l’émotion seule est folie ! »5 

Pour parvenir à faire – comme vous dites – « mental vide devant toute cette souffrance », il ne faut pas être uniquement mû par son intellect qui nous contraint à agir seulement en toute logique de ce que nous voulons (l’autre me demande et puisque je veux lui donner, je lui donne). Il ne faut pas non plus être uniquement mû par son émotion qui nous contraint à agir selon notre exclusive sensibilité (je ne supporte pas de le voir ainsi donc je lui donne.)

Il faut parvenir à être un être complet, c’est-à-dire un être à la fois mû par son intellect, sa sensibilité et le ressenti complet qu’il a de lui-même, ce que l’on pourrait nommer son sens de la limite, compte tenu de ses propres forces.

La spontanéité d’un être complet donc au « mental vide » qui entendrait appeler au secours quelqu’un qui se noierait, ne serait pas de se jeter à l’eau s’il ne savait pas nager. Faire deux victimes au lieu d’une ne serait pas une preuve de sagesse. Ce serait, par contre, certainement de mettre tout en œuvre pour chercher et trouver rapidement du secours.

Un être complet au mental vide ferait donc nécessairement preuve de discernement avant d’agir, il ne se laisserait donc emporter ni par le seul aspect rationnel de son intellect, ni par son débordement émotionnel : ni trop, ni trop peu.

C’est notre sensation du « possible et du juste » qui doit nous guider et non un fantasme issu de notre toute puissance, fût-il généreux, du moins en apparence.

La générosité fumeuse parce qu’illusoire n’est qu’une échappatoire, une manière de chercher à fuir notre condition humaine. « Memento mori ». Il nous faut nous souvenir constamment que tout passe donc que nous sommes tous en train de mourir.

Avant de mourir, le moine zen Ejo Takata répétait « Quand ça fait mal, ça fait mal », et personne ne peut sortir autrement de ce mal qu’en y adhérant, qu’en l’acceptant (ce qui ne veut évidemment pas dire que nous ne devons pas faire ce qui est en notre pouvoir pour apaiser ce mal).

Quelle que soit la manière dont nous nous y prendrons, nos cendres à tous devront se mélanger avec les cendres du monde.

Il vous faudra donc en tant qu’épouse et pour l’équilibre dans la relation de couple parvenir à affronter votre mauvaise conscience de manière à ce que ce ne soit plus elle qui détermine vos actes en vous obligeant, en vous soumettant.

Ce n’est pas à la mauvaise conscience à nous dicter comment agir face aux besoins de l’autre qui souffre, mais à la vision de l’ensemble de la situation qui prend en compte à la fois les besoins de l’aidé et les forces toujours relatives de l’aidant(e).

Celui ou celle qui agit comme un chien fou se perd, l’amour demande la réflexion, l’équilibre et le calcul des forces puisque nous vivons dans un monde à la fois duel et relatif.

Chacun d’entre nous ne peut agir qu’à l’exacte mesure qui est la sienne et celui qui cherche à en faire trop se perd. Il n’y a donc besoin d’aucune culpabilité, d’aucune mauvaise conscience pour parvenir à faire ce que l’on peut pour l’autre.

C’est de faire précisément – et avec humilité – « ce que l’on peut » et pas plus qui nous permettra d’être en paix dans notre relation à nous-même et à l’autre.

Rester pleinement humain c’est donc comprendre que nous n’avons à nous sacrifier pour personne mais que l’amour nous demande simplement de parvenir à faire « ce que nous pouvons » dans la détente, on pourrait dire à simplement obéir à nos capacités et cela sans devoir nous diviser.

Et c’est un véritable défi pour chacun parce que seul y parviendra celui ou celle qui sera capable de se connaître en évaluant ses propres forces.

© 2023 Renaud Perronnet. Tous droits réservés

Illustration :

Le Bon Samaritain, par Vincent Van Gogh.

Notes :

1. Quelle limite au cri du cœur ?

2. Swami Prajnanpad disait : « Et le devoir ? Ce mot même est dégradant pour l’homme, il est en dessous de sa dignité. Il y a à la fois une compulsion et une obligation dans le devoir ! C’est un esclavage ! Ce n’est pas « à moi ». Quand on ressent « ceci est mon travail », la tâche s’accomplit à merveille et prend tout son sens. »  (Swami Prajnanpad, Les Yeux ouverts, Éditions L’Originel, 1989, p. 143.)

3. Vous pouvez lire à ce propos sur ce site mon premier article, écrit en 2001 et qui s’intitule : Pourquoi prendre soin des soignants ?

4. Lire à ce sujet l’article La vie n’est pas injuste mais elle est cruelle

5. Swami Prajnanpad, Les Yeux ouverts, Éditions L’Originel, 1989, p. 143.

25/06/23

Je reproduis ici le commentaire de Lie pour que mes lecteurs comprennent ce qui peut se passer pour un être après avoir « vu ».
« Voir », c’est « voir les choses telles qu’elles sont » et celui qui voit ne peut pas agir autrement qu’en conséquence de ce qu’il a vu, en même temps que de s’en sentir soulagé sinon heureux.
Nous en avons une illustration à travers son témoignage :

« J’ai lu et relu votre réponse.
Oui Ejo disait : “quand ça fait mal, ça fait mal”
La maladie est là, les choses sont comme elles sont et personne ne pourra rien changé. Cette maladie neurologique qui détruit mon mari à petit feu.
Je ne pouvais pas l’accepter et lui non plus d’ailleurs. C’était un perpétuel Duel entre nous.

“Aider jusque-là, et pas plus loin”, j’existe aussi.

Ce matin, je devais m’absenter, et je ne sais pas ce qu’il m’a pris, je me suis assise seule, à la terrasse d’un bistrot et j’ai commandé un café.
En 38 ans de vie commune, je ne l’avais jamais fait.

J’ai failli à mon Devoir, d’épouse.

J’ai dégusté mon café, sur cette terrasse, et cet air matinal, m’a fait un bien fou.
Dans ma tête, tout semblait s’éclaircir, mon cœur était apaisé comme si, il s’ouvrait vers d’autres horizons et mon corps était léger comme une plume !

Quelle fut ma surprise, lorsque je suis rentrée ; mon mari, souriant, avait son bol de café en main !
Merci Renaud pour votre éclaircissement
Quelle idiotie ! De se torturer le mental ! »

Pour aller plus loin sur ces thèmes, vous pouvez lire :

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Lie

Merci Renaud J’ai lu et relu votre réponse. Oui Ejo disait : “quand ça fait mal, ça fait mal” La maladie est là, les choses sont comme elles sont et personne ne pourra rien changé. Cette maladie neurologique qui détruit mon mari à petit feu. Je ne pouvais pas l’accepter et lui non plus d’ailleurs. C’était un perpétuel Duel entre nous. “Aider jusque-là, et pas plus loin”, j’existe aussi. Ce matin, je devais m’absenter, et je ne sais pas ce qu’il m’a pris, je me suis assise seule, à la terrasse d’un bistrot et j’ai commandé un café. En 38… Lire la suite »

Lie

Oui, c’est comme une Résurrection des choses !
C est magnifique !
Merci Renaud

Catherine

Bonjour Lie, merci pour votre partage qui me touche beaucoup. Quelle ouverture, c’est vraiment magnifique !!

Frédérique

Bonjour M Perronnet Merci pour vos partages éclairants et celui-ci particulièrement pour moi. Faut-il aider par devoir? Votre réponse m’a remplie de joie. Elle m’a fait voir mon fonctionnement encore récemment dans une relation amoureuse ainsi que dans mon travail. Que c’est libérateur ! Poser ses limites en ayant l’humilité de les accepter, en se plaçant du coup prioritaire dans la relation pour le bien de soi et de l’autre. Toutes ces valeurs que ce questionnement permet de revisiter est énorme et touche du coup aussi à l’estime de soi et à notre dignité intérieure. Cet axe qui me fait… Lire la suite »