Traumatisme et présence

Comment s’y prendre avec une personne victime d’un traumatisme ?

Ou comprendre le fonctionnement du traumatisme pour respecter et entrer en relation avec les personnes qui en sont victimes.

Il faudrait agir avec une personne traumatisée comme nous ferions avec une personne blessée, or le plus souvent, le traumatisme ne se voit pas.

« L’amour n’est pas une valeur, mais justement ce qui nous délivre de toute évaluation. La mise en présence la plus pure. »

Fabrice Midal[2]

Question de Daniel :

Je suis le conjoint d’une femme victime d’un viol alors qu’elle avait 16 ans (elle en a aujourd’hui 37). Elle me l’a dit dès notre rencontre il y a 9 ans mais a quitté la phase de déni des conséquences de ce traumatisme depuis seulement quelques mois. Et 20 ans de silence ont gravé beaucoup de choses. Son évolution est très très lente et la honte et la culpabilité sont très présentes. Nous sommes encore loin de l’acceptation, et je ne parle pas de guérison pour le moment. J’éprouve beaucoup de difficultés à l’aider correctement et je suis très souvent maladroit face à des attaques qui ne me sont pas destinées, mais sont dirigées vers moi, au quotidien.

En lisant votre article : « Comment gérer l’agressivité et la violence dans la relation d’aide ? » je me suis reconnu dans les attitudes qui provoquent le conflit et enveniment ces situations.

En tant que thérapeute, considérez-vous que je puisse m’appuyer sur vos travaux concernant les personnels médicaux pour tenter de trouver des éléments de réponse et réussir, un jour, à avoir l’attitude juste face à cette situation ?

Merci d’avance pour votre attention.

Ma réponse :

Ordinairement, c’est notre humaine capacité à aborder une situation dans sa globalité en tenant compte de ses composantes émotionnelles qui nous aide à voir et même à apaiser nos projections et nos émotions à propos des autres.

Dans une relation aidante comme dans une relation de couple, on comprendra aisément l’importance accordée à ce que l’on peut appeler la gestion réciproque de l’intelligence émotionnelle de chacun, garant de la maitrise de soi-même et de l’équilibre de la relation.

Cette intelligence émotionnelle réciproque, nous la définirons comme :

  • la capacité (pour les deux parties) à identifier son propre état émotionnel comme celui de l’autre,
  • la capacité à comprendre le déroulement naturel des émotions réciproques,
  • la capacité à pouvoir gérer ses propres émotions dans sa relation à l’autre,
  • la capacité à gérer les émotions de l’autre.

Mais qu’en peut-il être quand l’un des deux a subi un traumatisme ?

Au travers des récents travaux de Muriel Salmona[3], nous allons commencer par tenter de comprendre la nature du traumatisme – ce qui nous amènera à nous pencher sur la nature du fonctionnement de la mémoire humaine, à mieux comprendre le fonctionnement du traumatisme, puis à tenter de dresser le tableau des précautions à prendre vis-à-vis de la personne victime de violences comme vis-à-vis de nous-mêmes, pour que la communication dans la relation se passe au mieux.

Comprendre la nature du traumatisme

Un traumatisme est – par définition – une blessure par effraction faisant suite à un choc violent déclencheur des troubles somatiques et psychiques qui se graveront profondément dans la psyché de la personne maltraitée. Le traumatisme est donc un obstacle à la régulation naturelle de la relation parce qu’il empêche celui qui en est la victime d’avoir recours à son intelligence émotionnelle pour prendre de la distance vis-à-vis des événements qu’il a vécus et les relativiser.

La relation avec une personne qui a subi un traumatisme ne sera donc pas chose facile puisque le cerveau d’une personne victime de violences se trouve gravement perturbé – à travers des phénomènes d’altération de conscience et des troubles de la mémoire émotionnelle.

Ces troubles s’expriment principalement de deux manières : par la sidération et la dissociation.

Étymologiquement, la sidération du psychisme est le blocage de tout désir, un dispositif automatique de défense du cerveau qui – quand la violence est trop intense – permet à la personne qui en est la victime de « disjoncter » émotionnellement. La sidération paralyse la victime qui vit un stress intense ; elle l’empêche de crier et la met donc dans l’incapacité d’analyser immédiatement la situation qu’elle vit et donc d’être en mesure de réagir de manière adaptée.

Quand la victime disjoncte ainsi, elle est émotionnellement anesthésiée et – bien que continuant de vivre les violences – elle ne ressent plus rien : elle se dissocie de ce qui lui arrive. Les victimes parlent de « sensation de corps mort », elles deviennent alors insensibles et indifférentes à elles-mêmes et sont bien sûr totalement incapables de se défendre.

Cette « disjonction traumatique » s’accompagne de nombreuses manifestations neurobiologiques qui dérèglent le cortex et qui – explique Muriel Salmona[3] – empêchent les victimes de mémoriser l’événement comme un souvenir « normal » et créent chez elles une mémoire spécifique dite « traumatique. »

Mémoire autobiographique ou mémoire traumatique ?

Pour comprendre le fonctionnement émotionnel d’une personne traumatisée, il nous faut commencer par faire une distinction entre le fonctionnement de la mémoire autobiographique (naturelle à chacun) et celui de la mémoire dite « traumatique ».

Nous l’avons tous remarqué, la caractéristique propre à la mémoire autobiographique ordinaire est d’être affectée par le temps. C’est parce qu’ils sont le produit, sans cesse renouvelé, d’une reconstruction intellectuelle que nos souvenirs deviennent de plus en plus flous et approximatifs. En nous remémorant un anniversaire qui nous aura particulièrement marqué enfant, nous pourrons, par exemple, être certains de la présence d’une personne de notre famille qui pourtant n’y était pas (puisqu’elle était déjà morte). Ainsi le contenu du souvenir issu de la mémoire de l’événement peut être édulcoré et même transformé, parce que – même si son intensité émotionnelle a pu être forte au début – il est rendu peu à peu de moins en moins intense car réactualisé dans le présent comme un événement mémorisé à travers une reconstruction mentale.

A l’inverse, les réminiscences de la mémoire traumatique s’accompagnent de revécus « à l’identique » sans élaboration d’une reconstruction. Muriel Salmona[3] les compare à une véritable « mine antipersonnel susceptible d’exploser à chaque fois qu’on posera le pied dessus, c’est-à-dire à chaque fois qu’une situation, une pensée ou une sensation rappellera consciemment ou non les violences » subies.

Si la mémoire autobiographique ordinaire fonctionne de manière providentielle comme rappel d’une expérience de danger à éviter, la mémoire traumatique, elle, n’a pas cette fonction protectrice et – tant qu’elle n’a pas été traitée – soumet la vie de ceux qui en sont victimes à un climat d’insécurité permanent, puisqu’elle se déclenche de manière automatique et incontrôlable à travers des associations mnésiques. « Les réminiscences sont intrusives, elles envahissent totalement la conscience en donnant l’impression de revivre l’événement au présent, avec le même effroi, les mêmes perceptions, les mêmes douleurs, les mêmes réactions physiologiques », elles laissent donc celui qui en est la victime totalement à la merci de la répétition de son traumatisme passé – puisque le temps écoulé n’a pas d’incidence sur la qualité comme sur l’intensité des sensations et des émotions éprouvées.

La mémoire dite traumatique est donc la conséquence d’une mémoire « piégée » à la suite d’un événement traumatique vécu par une victime – qui ne peut pas ne pas le perpétuer avec son entourage, sans en comprendre l’enjeu.

On comprendra facilement que ces anesthésies émotionnelles, automatisées par un cerveau littéralement submergé par la violence, parce qu’elles mettent les victimes dans une incapacité totale à se défendre, les exposent à la perplexité des aidants. Ceux-ci essayent de les comprendre et – quand ils ne savent rien des mécanismes de sidération et de dissociation, interprètent les attitudes des victimes de manière profondément injuste pour elles. Ne plus sentir pour survivre empêche la défense (pourtant légitime) et rendra après coup inexplicables les comportements des victimes tant pour ceux qui essayent de maladroitement les comprendre (« mais pourquoi donc ne t’es-tu pas défendue ? ») que pour elles-mêmes à travers leur culpabilité (« mais pourquoi donc me suis-je laissée faire ? »). Muriel Salmona[3] précise : « il ne faut pas se méprendre sur l’apparente « bonne réaction » des victimes ; celles qui semblent les moins touchées, les moins perturbées, les plus calmes, les moins angoissées, ne sont pas forcément celles qui ont le moins de conséquences psychotraumatiques : elles peuvent être dans un profond état de dissociation et d’anesthésie émotionnelle et avoir encore plus besoin de soins. »

Les victimes dissociées sont une proie de choix pour les prédateurs, elles sont facilement « hypnotisables », elles n’ont aucune confiance en elles et cèdent facilement – malgré elles – aux désirs d’autrui dès qu’on fait pression sur elles. « Plus l’interlocuteur est dangereux, plus il réveillera la mémoire traumatique de la victime qu’il s’est choisie par des attitudes et des paroles déplacées ou incongrues, par une mise en scène de domination, et plus il générera ainsi une dissociation chez elle, et la mettra dans un état hypnoïde qui la rendra incapable de penser, de se défendre. »

Mais alors, comment aider ces personnes à s’en sortir ?

La première chose à faire est de les informer de l’existence et des effets des mécanismes de disjonction traumatique : la sidération et la dissociation. Les travaux – étayés scientifiquement à travers la description minutieuse et explicative de l’alchimie neurobiologique des personnes victimes de violences – menés par Muriel Salmona[3] sont le prolongement scientifique des découvertes d’Alice Miller[4]. Comprendre son propre comportement, c’est se donner les moyens de déculpabiliser pour un jour pouvoir regarder les choses en face, afin de devenir capable d’intégrer ses blessures, donc de pouvoir – enfin – éteindre une mémoire traumatique douloureuse.

C’est en effet un travail psychothérapeutique progressif d’investigation systématique du passé qui permettra à la personne traumatisée de relire pas à pas les faits, pour identifier les violences dont elle a été la victime et ainsi redécouvrir ses émotions initiales, afin de les ré-expérimenter dans un cadre thérapeutique sécurisant – sans avoir le besoin de se dissocier. Cela pourra permettre à la victime de violences de devenir progressivement capable de désamorcer ses souvenirs, c’est-à-dire de transformer la mémoire traumatique en mémoire autobiographique normale.

Dans un contexte aussi complexe et bouleversant, on comprendra qu’il ne peut être qu’injuste et maltraitant de la part d’une personne aidante de compter (comme dans une relation ordinaire) sur la capacité de la victime de violences à prendre du recul, à relativiser les choses, comme à se ressaisir ici et maintenant.

Comment entrer en relation avec une personne traumatisée ?

Comme dans une éducation, il est long et difficile de construire mais facile de détruire ; une seule parole malheureuse suffit à remettre en cause une confiance patiemment gagnée. Il faudra faire preuve de beaucoup de résolution, de compréhension, de bienveillance et de patience, donc de vigilance, d’attention et de respect, pour parvenir à accompagner une personne victime d’un traumatisme.

Pour ce faire, deux sortes de précautions sont à garder constamment à l’esprit : les précautions par rapport à l’autre et les précautions par rapport à soi-même.

Par rapport à l’autre, garder en conscience la connaissance des mécanismes de la mémoire traumatique qui sont en jeu est certainement capital. Mais s’il est aisé de garder constamment à l’esprit la présence d’une blessure physique chez notre interlocuteur (il est par exemple facile de se souvenir que notre interlocuteur est aveugle) parce que cela se voit, qu’en sera-t-il face à une blessure psychique – par définition invisible ?

En ce qui me concerne, je suis persuadé que c’est cette conscience, cette capacité à se souvenir de la mémoire traumatisée de l’autre, qui permettra à l’accompagnant d’obtenir la présence nécessaire à ce type d’accompagnement, c’est-à-dire de devenir capable d’entrer soi-même en relation avec empathie, tact et subtilité.

Quels sont les obstacles à cet « oubli de soi » au profit de l’autre ?

Cette relation – si elle ne parvient pas seule à guérir – est extrêmement déterminante. Elle est l’art avec lequel nous montrons à l’autre que nous avons compris le drame qu’il a vécu, en même temps que nous lui signifions que nous le respectons. Elle est donc intimement liée à la façon dont nous l’avons écouté et à ce que nous faisons de ce que nous avons entendu dans notre manière de montrer notre empathie en retour.

La plupart des aidants étant influencés par la culture patriarcale dans laquelle ils ont grandi, y sont – même inconsciemment – soumis. Les comportements sexistes et les pratiques misogynes sont tellement ancrés dans notre société qu’ils arrivent habituellement à convaincre idéologiquement les victimes elles-mêmes qu’elles ont consenti et même désiré l’agression qu’elles ont subie. Ce qui veut dire qu’il faudra que les aidants eux-mêmes aient personnellement accompli un profond travail de remise en cause de leurs a priori culturels pour arrêter de donner leur consentement à la violence de la culture dont ils sont issus et devenir capables d’accueillir de manière juste et appropriée les victimes de ces violences. A travers mon expérience, dans les formations à la gestion de l’agressivité et de la violence que j’ai animées pendant plus de vingt ans auprès d’aidants de toutes sortes, il m’est à chaque fois apparu que mon travail était de les entraîner tout autant à gérer la violence et à y répondre qu’à devenir préalablement capables de l’identifier (dans leurs propres comportements parfois), ce dont ils étaient auparavant – hormis dans les situations flagrantes – incapables.

Il nous faut aussi remarquer que les soins s’exercent par définition sur des personnes vulnérables et que c’est cette vulnérabilité même qui expose ces personnes plus que les autres à la violence. (On sait par exemple qu’une personne handicapée court trois fois plus de risques qu’une personne valide de subir des violences, et que 40% des femmes présentant un handicap physique subissent au moins une agression sexuelle au cours de leur vie.) Ainsi les violences sexuelles commises par les soignants et plus particulièrement par les médecins sont bien plus fréquentes qu’on ne le pense, nous apprend Muriel Salmona. Il est en effet facile de manipuler ou d’escroquer émotionnellement les personnes vulnérables quand on est dans une position d’autorité et de pouvoir face à elles, et nombreux sont les médecins comme les thérapeutes qui se servent de leur autorité, de leur pouvoir, pour abuser des personnes qui (comme dans un inceste) sauront encore moins qu’à d’autres leur dire non ou oser se défendre. En France, aucune étude n’a été encore faite là-dessus, mais selon des études américaines, on estime à environ 10% les médecins, psychiatres et psychologues qui ont eu des contacts sexuels avec leurs patients.

Il sera donc déterminant pour la relation que le regard que l’aidant posera sur une personne traumatisée soit non seulement probe et intègre mais aussi réhabilitant et non culpabilisant pour elle. Ce qui n’est pas toujours le cas. Ainsi hier encore, dans mon cabinet, une femme profondément dépressive me confiait à travers ses larmes à quel point la remarque de sa médecin : « Vous n’avez qu’à aller vous acheter des fringues, cela vous changera les idées » avait été blessante pour elle. Une autre, dépressive elle aussi, partageait que son généraliste lui avait dit, sur un ton sarcastique, que « décidément elle n’avait rien de spirituel » et que plutôt que de se regarder le nombril, elle ferait mieux d’être attentive aux drames des autres. Quand les propos de l’aidé gênent l’aidant, ce dernier a souvent tendance à nier la souffrance de son interlocuteur, c’est-à-dire à le maltraiter. C’est ainsi que les aidés souffrent très souvent de l’inconscience et de la maladresse de ceux et celles qui devraient avoir pour mission de prendre soin d’eux.

Regarder les choses en face, c’est constater que nous vivons dans un monde dans lequel la reconnaissance des dommages psychiques ne va pas de soi, y compris chez les médecins. Même si les phénomènes engendrés par la mémoire dite traumatique sont, depuis quelques années, scientifiquement reconnus comme des symptômes essentiels et flagrants, la plupart des aidants ne les connaissent pas. Il est donc urgent, pour la santé physique et psychique des victimes de violences, que les médecins (et tous les aidants) se forment à la psychotraumatologie et à la victimologie.

Car nombreuses, très nombreuses sont les femmes traumatisées sexuellement. Et je pense, en particulier, à toutes celles qui, victimes de leur milieu familial, ont subi dans leur enfance des attouchements ou des viols et que certains thérapeutes (et autres médecins et aidants) regardent en souriant en les invitant à oublier ces violences et à ne pas confondre ce qu’ils appellent indûment des « jeux d’enfants » avec une agression sexuelle. Certains vont jusqu’à qualifier ces maltraitances de « pas si graves » et tentent, sans même en avoir conscience, d’en déresponsabiliser les auteurs. Or ces comportements sont très graves car ils ajoutent le poison de la culpabilité chez leurs patientes en souffrance qui sont écartelées entre la vérité de ce qu’elles ressentent et ce qu’on veut qu’elles en pensent. Et cela les empêche de pouvoir un jour être en paix avec ce qu’elles ont subi. Certains thérapeutes vont même jusqu’à demander aux victimes de pardonner à un parent incestueux, ne voyant pas qu’ils leur apprennent à retourner contre elles une colère pourtant légitime.[5]

De plus, notre culture, imprégnée des notions judéo-chrétiennes d’expiation et de mérite, encourage souvent les victimes de violences à penser leurs souffrances de manière injuste pour elles : en termes de satisfaction des exigences de la justice divine ou patriarcale. C’est ainsi qu’elles amplifient insidieusement et inconsciemment leur malaise, en ajoutant une maltraitance personnelle à la maltraitance subie.

Pour preuves les si nombreux êtres humains maltraités dans leur enfance qui n’auront de cesse de répéter (inconsciemment) à leur encontre maltraitance et humiliation, en validant le mépris de leurs bourreaux à leur égard, en ne s’aimant pas et en ne se reconnaissant notamment pas le droit de se confronter à leurs bourreaux, même des années après l’agression. J’ai par exemple travaillé avec une femme que son frère avait violée pendant plusieurs années dans leur enfance et qui n’osait pas – des années après – refuser ses invitations. Les victimes ont ainsi beaucoup de mal à en vouloir à leurs « bourreaux » (parents, membres de la famille ou « amis ») et préfèrent croire que ce qui leur est arrivé est « de leur faute à elles quand elles étaient enfants » plutôt que de reconnaître leur innocence et la réalité de la maltraitance subie.

La guérison commence quand – parlant en vérité de nous-mêmes – nous nous sentons crus par celui que nous avons choisi pour nous écouter. L’aidant doit donc commencer par établir une relation humaine avec l’aidé – basée sur l’authenticité et la vérité, sans idée derrière la tête ni duplicité. Il doit sentir, favoriser et aider le développement de ce qui permettra un véritable contact émotionnel et humain. C’est donc cette capacité de l’aidant à « être et à accueillir » qui, dès les premiers moments de la relation, participe à la stabilisation de l’aidé dans sa réunification avec sa propre sensibilité comme avec ses états d’âme.

L’expression de la présence à l’autre

La présence de l’aidant (qui peut être un membre de la famille, un conjoint par exemple), c’est l’espace d’accueil qui donne inconsciemment à l’aidé l’autorisation d’être ce qu’il est, de vivre ce qu’il vit en reconnaissant pleinement les violences qu’il a subies.  Cette présence s’accorde à travers la vulnérabilité de l’aidant qui – loin de toute défiance, de toute suspicion – parce qu’il ne cherche pas à se protéger personnellement du vécu de l’aidé, peut se faire le témoin de ce qui a été fait et donné de vivre à l’aidé. Comme l’exprime si bien la psychanalyste Marie Balmary[6] : « Je crois que lorsque nous n’acceptons pas la fragilité de l’autre c’est que nous sommes nous-mêmes dans la mauvaise fragilité qui peut se résumer en un mot : la peur de l’autre. Ce que la force ne pouvait pas, la fragilité le peut, elle est présence sans menace pour l’autre. Là, on est entré dans l’autre monde : celui de l’être avec l’autre. » 

Le traumatisme vécu par l’aidé ne doit pas, ne peut pas, être un obstacle à l’accueil de l’aidant. La présence est la capacité au détachement de soi pour s’offrir à l’autre, elle est possible à celui qui fait de sa sensibilité une bonne conseillère, c’est-à-dire à celui qui ose rester en contact avec son sentiment du moment, un sentiment de vulnérabilité et d’impuissance pure face aux horreurs vécues par l’aidé.

C’est le plus souvent l’exact opposé qui est encore enseigné dans les écoles d’aidants (infirmières, assistantes sociales, éducateurs et thérapeutes) où le leitmotiv est de mettre de la distance avec les aidés pour se protéger. Une distance qui empêche d’être en communion avec l’aidé. Une distance qui tend à refroidir la relation.

La capacité à être « avec » l’aidé, donc à s’émouvoir de ce qu’il vit, est pourtant beaucoup plus « naturelle ». C’est humain de ressentir de la peine à l’écoute de certaines horreurs.[7]

La personne traumatisée porte donc le plus souvent son traumatisme dans une grande solitude. Le jour où elle ose le partager avec un tiers, elle peut s’ouvrir si elle sent sa sollicitude et sa capacité à recevoir. C’est bien cette vulnérabilité présente qui permet à « quelque chose » de passer, à un pont d’être jeté entre l’aidant et l’aidé, afin de pouvoir envisager un certain apaisement. La simple écoute est déjà source d’apaisement.

Quand un être humain se dit à un autre être humain, c’est leur humanité réciproque qui peut se mettre en résonance. Marie de Hennezel[8] le formule ainsi : « Ne faut-il pas accepter d’être nu devant l’autre, abaisser ses barrières, entrer dans son impuissance et s’en servir comme d’un tremplin qui propulse dans un moment de rencontre authentique ? Alors ce n’est plus une relation entre une personne forte de son soi-disant pouvoir ou de son soi-disant savoir et une personne affaiblie et impuissante. C’est une relation entre deux personnes qui souffrent, chacune à leur manière, de leur condition d’être mortel. »

Ce pont ayant été préalablement établi, il restera à l’aidant à prendre certaines précautions supplémentaires pour prévenir les attitudes qui provoquent la perte de confiance de l’aidé, le conflit (avec les proches) et enveniment les situations dans la relation d’aide.

Ultimes précautions

Il y a une différence entre « mettre tout en œuvre pour apaiser » avec la ferme intention que ça fonctionne et « mettre tout en œuvre pour apaiser » en laissant l’autre libre de ne pas (être capable de) recevoir. Dans le premier cas, l’aidant cherche à se servir de son pouvoir sur l’autre pour le changer (auquel cas, si rien ne change, il pense que c’est de la faute de l’autre puisqu’il estime avoir tout fait pour lui) ; dans le second, il cherche simplement à agir sur la base de ce qu’il peut faire (l’écoute bienveillante) et respecte l’autre « tel qu’il est ».

Dans un tel contexte, la manière dont l’aidant se montrera clair et fiable en ne prenant pas le risque de mettre l’autre en porte à faux, sera certainement déterminante. Pour ce faire, il lui faudra d’abord être et agir de telle façon qu’il montrera à l’autre qu’il le croit.[9] Il n’y a pas de communication possible sans relation authentique.

Pour encourager l’aidé à s’exprimer et lui faire sentir que son avis lui importe, l’aidant l’invitera par son attitude respectueuse à s’exprimer, tout en étant prêt à respecter son besoin de silence, ses précautions oratoires et ses formulations propres. Elles pourront lui paraître maladroites ou inappropriées, surtout lorsque l’aidé se jugera et se maltraitera lui-même mais il restera ouvert : « Oui, pour le moment, il est normal que vous ressentiez ainsi les choses puisqu’il n’est pas encore possible pour vous d’affronter la totalité de ce que vous avez subi. »

Il n’hésitera pas non plus à se dévoiler lui-même en étayant ses propos d’exemples pris dans son propre fonds existentiel et en rapport avec ce que l’aidé a partagé – qui feront sentir à ce dernier qu’il a été vraiment compris et accueilli.

Montrer à la personne traumatisée le réel intérêt et le respect qu’on a pour elle, c’est notamment rester éloigné de toute attitude parentale, moralisatrice ou dispensatrice de conseils.

On a vu à quel point il peut être difficile pour un aidant de ne pas dire à une personne traumatisée ou dépressive qu’elle devrait « se secouer », de ne pas lui faire sentir plus ou moins maladroitement (par un soupir, un regard) qu’il pense qu’elle est de mauvaise volonté, en la soumettant à l’exigence d’une évolution rapide par exemple. C’est pourtant la condition sine qua non pour qu’une personne victime de violences se sente accueillie.

L’attitude réellement aidante aura pour effet de rassurer l’aidé en ce sens qu’elle lui permettra de sentir qu’enfin il n’est plus seul. Ce qui est l’exact opposé de l’attitude qui consiste à vouloir rassurer par des paroles soi-disant apaisantes du style : « Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas si grave, etc. »

La relation authentique avec l’aidant sera pour l’aidé le point d’appui à travers lequel il découvrira peu à peu que ses réactions face aux violences (et en particulier sa mémoire traumatique réactionnelle) sont « normales ». Il pourra ainsi leur donner du sens, donner du sens à ses peurs, à ses moments de sidération, à ses dissociations comme à ses anesthésies émotionnelles.

L’attitude aidante, parce qu’elle permet à l’aidé – peut-être pour la première fois de sa vie – de se sentir cohérent avec lui-même, lui permet aussi de remettre les choses à l’endroit (nous ne pouvons être coupables de ce que nous avons subi). Il pourra alors s’approprier ses émotions anesthésiées et mettre des mots justes et légitimes sur les violences subies.

C’est ainsi que la victime de violences deviendra peu à peu capable d’intégrer son vécu traumatique.[10]

Illustration :

[1] Méduse (peint par Le Caravage) à la chevelure de serpents est  l’une des Gorgones de la mythologie grecque dont le visage avait le pouvoir de pétrifier tout mortel qui la regardait.

Dans la psychologie jungienne, Méduse symbolise l’image déformée de soi, la pétrification par l’horreur (par la tête de Méduse, miroir déformant) qui est due à l’incapacité de supporter objectivement la vérité à l’égard de soi-même.

Notes :

[2] Fabrice Midal : philosophe, il rencontre l’enseignement et l’œuvre de Chögyam Trungpa dans lequel il puise tout ce qui fera son inspiration ultérieure : un bouddhisme non-dogmatique, ouvert à la poésie, à la liberté, en faveur d’un engagement social, politique et artistique.

[3] A propos du traumatisme et du fonctionnement de la mémoire, je reprends dans cet article une partie de l’édifiante étude de la docteure Muriel Salmona, psychiatre, psychothérapeute, chercheuse en psychotraumatologie et en victimologie, parue en 2013 sous le titre Le Livre noir des violences sexuelles, aux éditions Dunod.

[4] Alice Miller est docteure en philosophie et psychanalyste, elle a consacré sa vie à l’étude des mauvais traitements infligés aux enfants et à leurs conséquences sur la vie d’adulte.

[5] Lire à ce sujet mon article : « Le pardon ou la fidélité à soi-même ? »

[6] Marie Balmary : psychanalyste, elle revisite la théorie psychanalytique, interroge la Genèse et interprète les textes Bibliques fondateurs.

[7] Pour aller plus loin, vous pouvez lire sur mon site : Une aidante peut-elle embrasser un malade dans une relation d’aide ? et Comment gérer ses émotions dans la relation d’aide ? (A propos de la distance) 

[8] Marie de Hennezel : psychologue, elle transmet depuis de nombreuses années, l’expérience de terrain acquise auprès des personnes en fin de vie, à travers des conférences et des formations destinées aux professionnels de santé.

[9] Lire à ce sujet ma réponse à une jeune femme de 26 ans violée par son père : « Oser la colère, oser être vrai avec soi-même. » Ainsi que mon article : Doit-on écouter les personnes qui nous disent qu’elles ont été abusées sexuellement ?

[10] Lire mes réflexions : LimitesOrdreProjectionsLuciditéPrisonSchéma.

© 2015 Renaud PERRONNET Tous droits réservés.

VOS COMMENTAIRES SONT EN BAS DE PAGE, JE VOUS RÉPONDRAI LE CAS ÉCHÉANT.

————–

Moyennant une modeste participation aux frais de ce site, vous pouvez télécharger l’intégralité de cet article (9 pages) au format PDF, en cliquant sur ce bouton : 


Pour aller plus loin, vous pouvez télécharger la fiche pratique de formation :

CC BY-NC-SA 4.0 Traumatisme et présence par Renaud Perronnet est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d'utilisation Commerciale-Partage à l'identique 4.0 .

15 réflexions au sujet de « Traumatisme et présence »

  1. delphine

    Très bon article, très complet ! je le relirai encore, tant il fourmille d’informations. J’ai « seulement » été victime de harcèlement sexuel, gestes déplacés etc, et cela me permet de mieux comprendre ce que vous dites sur la maladresse des remarques du genre « pourquoi ne t’es-tu pas défendue ». Car oui, on se reproche longtemps après de ne pas avoir gueulé, frappé, hurlé, sur le moment… Et oui, la « sidération » et le gel total de toute émotion et ressenti c’est exactement ce qui m’est arrivé, notamment après une parole pleine d’aggressivité et d’obscénité, glissée à l’oreille alors que j’étais entourée d’autres personnes et qu’il m’aurait (en théorie) été si facile de bondir, de dire « répète ce que tu viens de dire », enfin d’exposer l’agresseur au jugement d’autrui… eh bien non je suis restée immobile, avec un léger sifflement dans les oreilles (les oreilles qui tintent comme on dit), figée, froide. Mais bon, tout cela n’est rien par rapport à des cas de viol. Disons que dans mon cas c’était un viol psychique… . Merci en tous cas de votre article utile et complet.

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Merci pour votre partage mais je voudrais vous rendre attentive à quelque chose. Beaucoup d’entre nous vivons dans une culture judéo-chrétienne de fausse humilité qui cherche à minimiser « ce que nous avons vécu » en le comparant à « ce que d’autres ont vécu. »

      Vous avez toujours vécu « ce qu’il vous a été donné de vivre. » Et ce n’est pas en le comparant à ce qu’à vécu un autre (donc en cherchant à le minimiser) que vous réussirez à ne pas avoir vécu ce que vous avez pourtant vécu et à aller mieux.

      La comparaison est toujours fausse et malvenue parce qu’elle vous oblige à l’infidélité vis-à-vis de vous-même : se comparer aux autres c’est se trahir soi-même.
      En vérité vous avez vécu « ce que vous avez vécu » avec la sensibilité qui est la vôtre et c’est de cela que vous cherchez à guérir.
      Donc pas de fausse humilité, pour guérir il vous faut commencer par reconnaître la réalité de la totale subjectivité qui est la vôtre et y adhérer.

      Répondre
      1. delphine

        Oui c’est vrai… comme quoi la culpabilité est toujours ancrée chez moi 😉 ! Mais je pense sincèrement qu’il est « encore pire » de subir un viol physique. Toutefois en effet, comparaison n’est pas raison… et tous les cas sont différents. Au moins, cette expérience m’aura ouvert à plus de compréhension et de non-jugement, c’est déjà ça… plus d’empathie aussi et de sensibilité au thème du RESPECT.
        J’ai fait diverses thérapies pour sortir de l’ornière où cette histoire m’avait fait tomber : une psychologue spécialisée en EMDR, son approche était très déculpabilisante, pour elle j’étais avant tout une victime et je n’y pouvais rien si j’avais croisé le chemin de cette personne. Puis une psychiatre tendance « jungienne-classique », très bien, qui m’a permis de comprendre ce qui en moi avait été vulnérable, et pourquoi cette vulnérabilité avait attiré cette personne. Comprendre pourquoi c’était « tombé » sur moi et pas sur qqn d’autre.
        Maintenant, je vais bien, et c’est à moi de composer avec toutes ces approches et réflexions… sans culpabilité. Mais je sais que je ne serai plus jamais victime de ce genre de personne (manipulatrice narcissique) car je me défends immédiatement maintenant.

        Répondre
  2. marinna

    Bonjour, j’ai pas tout lu, c’est trop long, mais j’ai vécu l’adultère de ma fille avec son demi frère de 15 ans et ma fille avait 5 à 6 ans. Tout c’est déclenché lors d’un cour à l’école sur la sexualité en sixième. Moi sa mère le l’ai bien écouté et envoyé chez le docteur, elle avait gardé le secret pendant cinq ans. Par contre à l’époque des faits j’avais un doute mais je savais pas qu’un garçon de 15 ans pouvait pensé à ces choses là. Je le prenais plus chez moi et son père n’y croyait pas non plus. Bref, j’ai été convoqué à la gendarmerie et à la fin de la visite j’ai signé un papier en disant que je portais pas plainte, c’était le fils de mon mari et je savis aussi ce garçon malheureux avec sa mère. Ma fille à été suivie psychologiquement, elle à rencontré son mari, par contre elle ne peut pas avoir d’enfants naturellement, elle à une fille après deux insiminations, plusieurs fausse couche et là elle attends des jumeaux par in-vitro. Même si elle n’est pas d’accord avec moi, je suis sure que la difficulté à procreer vient de ce traumatisme.

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Les personnes qui commettent des crimes sont le plus souvent malheureuses, il n’empêche qu’il est nécessaire pour notre protection à tous de qualifier leurs actes de criminels quand ils le méritent.
      Porter plainte aurait été montrer à votre fille que vous étiez avec elle et que vous reconnaissiez les horreurs qu’elle avait subies.

      Répondre
  3. Lionel

    Merci pour cet article très pertinent. Je découvre grâce a une thérapie analytique que j’ai vécu un traumatisme même si il est sans rapport avec un traumatisme d’ordre sexuel. Je comprends au fur et à mesure de mon cheminement ce que signifie sidération.
    Encore merci pour ces informations.

    Répondre
  4. Victor Khagan

    Merci ! Vous avez bien senti les situations de cette relation aidant-aidé. Je pense adresser cet article à des associations voulant soutenir les survivantEs de l’agression sexuelle / pédocriminalité. Des prises de pouvoir sur les victimes s’y déroulent tel que vous l’expliquez ici, d’une façon très maladroite souvent et odieuse, parfois.

    Cet article bien tourné et documenté, mûr, me réjouit : il va faire certainement beaucoup de bien ! Il tombe vraiment bien en cette période où les pairs-aidants se multiplient mais, dans cette ambiance complaisante « judéo-chrétienne » où « n’importe quelle bonne volonté » est bienvenue, ce qui est très dangereux…

    Votre travail est en grande empathie avec les victimes en souffrance et j’espère qu’il sera largement diffusé rapidement. Bravo !! Et… merci.
    Victor Khagan, survivant de la pédocriminalité, maltraitance, victime du « silence de l’Eglise ».

    Répondre
  5. maryse

    Bonjour, et merci pour cet article.
    J’ai 77 ans, une histoire longue et complexe, pas vraiment incestueuse, ayant commencé très tôt et s’étant arrêtée à 20 ans, en silence ou n’ayant pas le droit à la parole. A l’âge de 50 ans j’ai suivi, n’en pouvant plus du silence, une thérapie pendant 10 ans, mais les flash reviennent régulièrement, et je retrouve à l’intérieur de moi toutes ces frayeurs.
    Je sais aussi que je suis totalement timorée, (c’est en tout cas comme ça que je me juge) craignant la colère (chez les autres et la mienne)
    Je me dis que je n’aurai sans doute jamais la PAIX , mais peut-on l’avoir ? Peut-être aussi que c’est tellement constitutif de ma personne que….
    Merci ça m’a fait du bien de vous écrire et merci d’être au service des souffrants.

    Répondre
  6. Marie

    Bonjour Marinna,

    J’ai vécu une histoire similaire à votre fille et pour moi de porter plainte représente une protection et la reconnaissance des faits.

    Répondre
  7. Alexandre_jean

    Merci pour ce très beau texte.
    Mon intuition me disait une grande partie de ce que vous écrivez (bienveillance, écoute accueillante…) mais ma femme n’a pas complètement accepté que j’ai besoin – peut – être moins qu’avant – de cet écoute bienveillante.

    Mes parents ont été matraités tous les deux. Ma mère, soumise, à mon père matraité aussi, n’a pas fait grand choses. Mon père pervers a maltraité ses 4 enfants. Je suis – pour ainsi dire – le seul survivant.
    J’ai adopté la démarche de la survie. J’ai beaucoup dissocié. Jusqu’à récemment, j’oubliais où je garais ma voiture une fois rentré du travail.

    Mais je continue à douter profondément de moi, à ne pas avoir confiance en moi.
    J’ai épousé sans le savoir une femme qui, elle – je crois – aussi a été maltraité, ne veut pas parler de ce qu’elle a vécu.
    J’ai la chance d’avoir de très beaux enfants, drôles et pleins de vie.
    J’ai fait effort sur – moi – même pour ne pas les maltraiter.
    Cela a été une remise en cause profonde de moi-même.
    Mais il me reste encore des étapes à atteindre :
    – être mieux organisé, structuré, ne pas perdre du temps,
    – ne pas sa laisser envahir par l’angoisse, le doute,
    – ne pas gâcher ma vie professionnelle et trouver du sens à ce que je souhaite faire.

    Encore merci pour ce très beau texte.

    Quels conseils pourriez – vous ee

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Ce n’est pas en luttant contre vos angoisses et vos doutes que vous vous apaiserez mais en vous comprenant vous-même et en explorant vos schémas de manière à ne plus en être la victime inconsciente comme j’ai l’impression que c’est encore le cas aujourd’hui.

      Répondre
  8. Barbara L

    Se sentir accueilli/e dans un espace protégé, chaleureux, non jugeant, qu’est-ce que cela fait du bien. C’est, si vous me permetez ce clin d’oeil provoquant, comme se retrouver dans une pièce toute tapissée de mousse ou l’on sait que rien de mal ne peut nous arriver… j’ai trouvé un ami, puis un psy et son cabinet qui m’offrent ce cadre la d’expression et j’ai dit… ouf…

    Par fois, alors, cela semble si simple (mais je dis cela aujourd’hui apres 20 ans de travail). Subir un viol physique, c’est subir une agression (mon agression a moi a été principalement psychologique)… ce qui est souffrance alors c’est l’impuissance à se défendre, se sauver… faut il alors, par exemple, pourvoir, dans ce cocon rassurant, appeler enfin, réellement, à l’aide? hurler au secours, enfin? puis passer à la colère, pouvoir mimer et rejouer, je ne sais pas comment, la situation de l’aggression mais cette fois en se défendant bec et ongles, en luttant en frappant cet adversaire qui il y a des années nous a fait tant de mal? puis passer à la tristesse, pleurer tout son saoul, pour pouvoir enfin reconnaitre combien, au moment ou les vrais faits se sont passés, nous nous sommes senti/e/s seul/e, abandonné/e, dans la détresse, dans l’ignorance, etc…. puis passer à la paix, à la bienveillance envers soi car effectivement cela est arrivé, on a fait au mieux, enfant, ado, adulte, parce que nous sommes qui nous sommes avec nos qualités et nos limites et que personne, personne ne peut réellement savoir et juger… et oser nous dire qu’il faut être autrement, que l’on devrait… etc.

    Répondre
  9. Marie

    Merci Barbara, ce commentaire me fait du bien, apprendre à s’aimer, ne pas avoir honte c’est ce travail dont j’ai le plus de mal, apprendre à m’aimer comme je suis c’est difficile, me prendre la main, me consoler, être gentille avec moi, j’essaie mais ça commence tout juste, c’est fou d’avoir honte de ce qu’on n’est pas responsable et pourtant…

    Répondre
  10. Barbara L

    oui Marie, je trouve que le sentiment d’avoir honte est terrible effectivement. et enfermant. je ne pense pas que l’on ait vraiment honte de ce dont on est pas responsable, si? car au moment (ou durant tout le temps) ou la maltraitance a eu lieu, on a « fait au mieux »… c’est quand « on » nous dit qu’on devrait etre cela, faire ceci, qu’il faudrait que…ou même que « oh la la mais tu as été maltraité alors tu dois avoir telle névrose ou telle déficience, ou , plus rarement, tant de courage et de résilience…  » que tout a coup on s’autoevalue et on pense qu’on est nul… si « on » npus disait, mais tu n’as pas a vouloir etre comme les autres puisque ton vécu n’est pas comme les autres, ton vecu est unique car même si tu as partagé la contexte maltraitant avec des freres et soeurs par exemple, ta personnalité, ta sensibiiité sont uniques et tu es toi, avec tes blessures et tes reactions et ton histoire unique… l’impact de la maltraitance sur toi est donc unique aussi, même si d’autres ont des vécus proches, ou des sensibilites proches… avoir honte de ne pas etre comme les autres, ou encore avoir honte de continuer a en souffrir, a etre malheureuse, à ne pas bien savoir nouer des liens, a avoir peur de l’intimité, etc… mais honte… pourquoi? cela EST. ce n’est pas de chance, c’est cruel, c’est idiot, mais cela EST. Nous ne pouvons changer que l’avenir. oui j’aimerais etre plus… plus forte, plus gaie, plus gentille… j’essaie, parfois ca marche parfois pas… plus plus plus, quand je veux etre je ne suis pas (ici et maintenant, je ne reconnais pas Moi.. j’essaie a nouveau d’etre Autre… ). Stop. Et je ne posterai pas autre chose ici place à d’autres témoignages je ne veux pas prendre toute al place.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *