La névrose de l’aidant

Ne pas tomber dans un comportement sacrificiel dans la relation d’aide tout en restant ouvert

« Pour servir les autres, le travail sur soi est aussi important que, pour un musicien qui donnerait un récital, accorder son instrument. »

Arnaud Desjardins

Après avoir lu mon article : La juste relation d’accompagnement

Léa m’écrit :

Merci pour cet éclairage.

Une réflexion : il faudrait arrêter de parler de judéo-chrétienté, si la seconde s’inspire de la première, elle se trouve, par expérience des textes, à des années lumières de son interprétation et cela me choque toujours de voir se cultiver la confusion : c’est un aveu d’ignorance.

Par exemple : aime ton prochain comme toi-mème (Rabbi Akiva[1]). Explication : jamais plus que toi-même.

On ne peut donner à l’autre ce que nous ne nous donnons pas à nous-même, à la hauteur de soi.

Talmud[2] : 2 hommes dans un désert / 1 gourde pour 1 seul pour arriver hors du désert, celui à qui elle appartient doit la garder pour lui.

Cette analyse lucide permet de se garder de bien des confusions dans la vie.

Pour finir, le judaïsme est basé sur une étude d’un livre de pédagogie.

Le christianisme sur un livre de foi…

J’avais besoin de l’exprimer.

Sinon évidemment, je suis très reconnaissante de votre travail très ressourçant et enrichissant !

Ma réponse :

Pour info, j’emploie ici le terme « judéo-christianisme[3] » dans son acception récente qui désigne le fond commun des deux religions juive et chrétienne.

Léa, je ne souhaite pas polémiquer avec vous à travers ce que vous-même nommez votre « besoin d’expression » – que j’entends bien volontiers.

Le Talmud permet certainement de mettre en oeuvre d’inépuisables réflexions.

Ainsi l’histoire que vous nous proposez : deux personnes s’engagent dans le désert, l’une d’elles n’a pas d’eau, il n’y a assez d’eau que pour en sauver une et pas l’autre. Que faut-il faire ?

Si les discussions du Talmud ont principalement pour but d’enseigner la Loi, il ne faut cependant pas oublier que la loi sans éthique ne peut exister.

Ainsi après avoir précisé (à juste titre, nous le verrons), qu’il n’est pas possible d’aimer l’autre plus que soi-même, vous utilisez cette histoire du Talmud pour tenter de justifier ce que vous présentez comme une « pédagogie de la vie », à savoir que si nous nous trouvons avec un autre dans une situation extrême dans laquelle l’un des deux doit mourir, il est légitime pour celui qui possède le moyen de ne pas mourir de le garder pour lui.

Vous posez là une question éthique qui me semble fondamentale, en particulier dans la relation d’aide – qui est la raison d’être de ce site. Il s’agit à travers vos illustrations de comprendre le fondement même de la notion d’aide à l’autre.

On pourrait penser – d’un point de vue éthique – que dans un tel contexte, il vaudrait mieux partager l’eau avec l’autre, quitte à courir le risque de mourir, plutôt que de vivre avec le poids de sa mort sur la conscience.

Mais à travers ce que vous présentez comme une « analyse lucide » (donc pragmatique), qui permettrait selon vous de se « garder de bien des confusions dans la vie », vous affirmez (comme guidée par l’évidence), que celui à qui appartient la gourde « doit la garder pour lui », sans même envisager la possible attitude de celui qui par amour pour lui donnerait son unique gourde à l’autre. 

Pourquoi n’envisagerait-on pas comme une alternative possible et réelle l’attitude de celui qui serait d’accord pour donner sa vie pour celui qu’il aime ?

Si l’attitude sacrificielle peut avoir bien souvent une origine névrotique (de cela je conviens volontiers), ne croyez-vous pas qu’elle peut aussi trouver sa source dans un amour authentique pour l’autre (et cela par-delà les sensibilités religieuses des uns et des autres) ?

L’histoire du jugement de Salomon[4] nous montre par exemple qu’il est possible de trouver une solution à un dilemme, autrement qu’en tentant d’établir la vérité de manière rationnelle, pragmatique et dépourvue de sensibilité. 

Je rappelle brièvement à mes lecteurs de quoi il s’agit :

Un différend oppose deux femmes ayant chacune mis au monde un enfant, mais dont l’un est mort étouffé. Elles se mettent alors – devant le roi – à se disputer l’enfant survivant. Pour régler ce désaccord, Salomon demande alors une épée et ordonne : « Coupez en deux l’enfant qui est en vie et donnez-en la moitié à chacune. »

L’une des deux femmes s’écrie alors qu’elle préfère renoncer à l’enfant tout entier plutôt que de le voir mourir. 

Prenant la parole, Salomon dit : « Donnez l’enfant qui est en vie à la femme qui vient de parler, c’est elle qui est la mère. »

Il est dit dans la Bible que ce roi « bénéficiait de la sagesse de Dieu pour exercer la justice. »

En effet, de manière particulièrement inspirée, fine et sage, le roi d’Israël s’était arrangé pour mettre les deux parties plaignantes devant une situation qui obligeait l’une d’elles au moins à changer sa manière de voir.

De même, chacun de nous peut « changer sa manière de voir » en faisant passer l’autre « avant » lui et c’est ce que précisément demande a minima toute relation d’aide. (Dans l’exemple du Talmud, il s’agirait de donner lucidement à l’autre son unique gourde en plein désert, en sachant bel et bien que si on la lui donne on mourra.)

En me lisant vous aurez compris que je suis sensible – comme tant d’autres – au message christique qui proclame (Jean 15, 13) : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. »

Pour replacer notre échange dans le cadre de cet article sur la névrose de l’aidant, je pense en effet que le travail dans la relation d’aide demande, exige même, une part de renoncement et même une part d’abnégation. 

L’autre sera nécessairement et toujours un défi pour le moi, même si personne n’est tenu de relever ce défi.

La question est donc celle de la lucidité avec laquelle chacun de nous allons relever ce défi et là, je suis pleinement d’accord avec vous ou plus exactement avec le regard que vous posez sur la grande règle de la Torah[5] : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » 

Aimer l’autre comme soi-même présuppose qu’il n’est possible de le faire que parce qu’on s’aime préalablement soi-même. Personne ne peut donner à l’autre ce qu’il n’a pas lui-même reçu. Comme vous l’écrivez : « on ne peut pas donner à l’autre ce que nous ne nous donnons pas à nous-mêmes à la hauteur de soi. »

C’est – je crois précisément là que se situe la névrose de celui qui dans la relation d’aide ne peut que courir vers le burn-out parce que – précisément – il prétend (et le prétendant il s’épuise), s’évertuer à tenter de donner à l’autre plus que ce qu’il a lui-même reçu. 

Celui qui croit pouvoir quand il ne le peut pas se condamne non seulement à l’impuissance mais aussi à l’anéantissement.

J’ai entendu Arnaud Desjardins[6] répéter inlassablement  : « ce que vous ne pouvez pas, vous ne le devez pas » ; c’est toujours une erreur, donc une faute contre soi-même, de penser devoir réaliser ce qu’on n’est pas capable de réaliser. 

Partirions-nous faire un trek en montagne alors que nous nous serions foulé la cheville ? Or quel aidant ose vérifier qu’il se sent « en l’état » de donner ce qu’il pense devoir donner ? 

Ni notre éducation ni notre culture ne nous ont appris à vérifier ce que nous pouvons donner avant de le donner, par contre elles contribuent le plus souvent à nous faire croire que nous devons donner sans nous inquiéter de nous-même. « Donner sans compter, donner jusqu’à épuisement » est souvent devenu l’idéal fou d’aidants d’autant plus perdus, que sans repères.

C’est ce que j’ai tenté de faire comprendre, percevoir et sentir – tout au long de ma carrière de formateur en relation d’aide en milieu hospitalier – à des soignants qui le plus souvent se perdaient, en croyant devoir donner ce qu’ils ne pouvaient pas donner à leurs patients parce qu’ils ne le possédaient pas eux-mêmes.

La relation d’aide demande l’ouverture du coeur, pas la culpabilité, et on ne peut pas accéder à l’ouverture du coeur à travers la culpabilité. On accède à l’ouverture du coeur pour l’autre à travers l’ouverture du coeur et la bienveillance pour soi-même. Je ne peux faire que ce dont je suis ici maintenant capable. C’est parce qu’on a compris le fonctionnement de la souffrance pour soi-même qu’on peut devenir capable de comprendre le fonctionnement de la souffrance pour l’autre et s’y ouvrir. Tant que l’on ne s’est pas ouvert à soi-même, on se force et on se contraint en s’obligeant à faire ce que l’on ne peut pas faire (comme si souvent nos éducateurs nous ont appris à le faire). Se forcer à faire – pour l’autre – ce que l’on ne peut pas faire parce qu’on n’en a pas la possibilité n’est non seulement pas aidant pour l’autre mais d’abord mortifère pour celui qui s’y oblige. Cela ne s’appelle pas de la compassion mais du masochisme.

Cette croyance que nous n’avons pas d’autre choix que celui de devoir aider l’autre est devenue particulièrement dramatique à l’époque du coaching et de la relation d’aide érigés en principes quand ce n’est pas en devoirs.

L’illusion d’une certaine culture aidante qui trouve sa justification dans l’enseignement du Christ, est de penser devoir faire pour l’autre ce que l’on n’a jamais réussi à faire pour soi. Nous avons tous – nous les aidants – besoin de nous rééquilibrer à partir de ce que j’appellerai un « sain égoïsme » : je ne cherche plus à donner à l’autre ce dont je ne me suis pas préalablement assuré que je l’ai reçu moi-même.

Il nous faut comprendre que nous sommes tous des êtres humains limités et que notre « bonne volonté » ne suffit pas. Il faut lui ajouter notre lucidité quant à nos capacités. Nous ne sommes pas des êtres de pure volonté, il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir. Notre habileté dans la relation d’aide réside donc dans notre capacité à pouvoir évaluer nos propres forces pour pouvoir les donner, plutôt qu’à très idéologiquement penser n’avoir pas d’autre choix que celui de donner et se perdre. 

Le principal risque de trouble psychique pour l’aidant est là et nombreux, très nombreux, sont ceux qui s’y perdent.

Il est long le chemin qui mène à pouvoir donner à l’autre parce qu’il passe indubitablement par donner préalablement à soi-même. 

Nous découvrons donc que votre « il ne faut jamais donner à l’autre plus qu’à soi-même » loin d’être une injonction limitante et égocentrique est le conseil de vraie sagesse donné à tous les soignants et autres aidants qui pourront l’entendre et qui – l’ayant entendu – pourront peut-être donner davantage à l’autre.

Comme le roi Salomon s’était arrangé pour mettre les deux parties plaignantes devant une situation qui obligeait l’une d’elles au moins à changer sa manière de voir, nous avons tous la possibilité de sortir de l’illusion de certaines de nos croyances sur la relation d’aide.

C’est ainsi que nous cheminerons vers ce que mon article qui a inspiré votre commentaire a appelé « La juste relation d’accompagnement ».

Notes :

[1] A la fois sage et importante personnalité politique de son temps, il est considéré comme un des fondateurs du judaïsme rabbinique. Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Rabbi_Akiva

[2] Le Talmud est l’un des textes fondamentaux du judaïsme rabbinique.

[3] Pour en savoir plus Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Judéo-christianisme 

[4] Prophète et roi d’Israël réputé pour sa richesse et sa sagesse. Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Salomon_(roi_d%27Israël) 

[5] Enseignement transmis par Moïse. Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Torah 

[6] Auteur et enseignant spirituel, disciple de Swâmi Prajnânpad. Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Arnaud_Desjardins 

© 2018 Renaud PERRONNET Tous droits réservés.

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6 réflexions au sujet de « La névrose de l’aidant »

  1. Mathilde

    Bonjour et merci à vous deux pour votre commentaire et pour votre réponse.
    Si je reprends l’exemple de la gourde et des 2 hommes, le “problème” que je vois c’est que on ne connaît pas à l’avance le résultat (je ne parle pas de ce qui est écrit dans la bible, je n’en ai aucune connaissance, je pars de l’histoire elle-même). Concrètement : si je garde la gourde pour moi je peux quand même mourir, si je la donne on peut survivre tous les deux si ça se trouve, et si je la partage en 2 et que j’en donne la moitié peut-être qu’on mourra quand même tous les deux, ou peut-être qu’on survivra tous deux… ou seulement un. Bref, je trouve que c’est une bonne métaphore de la difficulté de faire des choix éthiques dans la vie, car premièrement on ne sait jamais si notre effort aura un résultat (et donc deviendra “sacrifice ?”), et de deux on (en tout cas Je) ne se rend souvent pas compte de nos besoins avant qu’on en n’ait plus. Exemple : je sais bien que j’ai besoin d’eau pour vivre, mais je ne peux mesurer l’impact réel de ne pas en avoir que quand je meurs de soif (donc trop tard par rapport au moment où il fallait prendre la décision).
    Et par rapport au burn out, pour en avoir fait un moi même (dans l’enseignement) , je trouve que ce n’est pas facile de savoir avant de donner la gourde qu’on souffrira autant de la soif, car :
    1) on est dans une position où on n’a l’impression de ne pas avoir le temps de se poser la question “est-ce que je peux donner ça”, on est submergé par les tâches administratives qui s’accumulent, et c’est très difficile de voir qu’on a le droit d’exister dans notre métier tant qu’on ne les a pas faites, car on voit tous les autres autour de nous qui trouvent le temps, eux. Et aussi car ces tâches sont considérées comme juste “le travail de base” pour lequel on est payé. Donc on a l’impression d’être en faute, dès le départ. Et ceux qui s’en sortent (la plupart du temps, de ce que j’ai vu, mais il y a des exceptions) sont ceux qui sont les moins sensibles, et qui conservent la plupart de leur énergie pour effectuer ces dites tâches administratives (évaluations, etc.) plutôt que pour interagir de façon positive avec les enfants et être à leur écoute. Donc il y a un conflit entre ce qu’on nous dit de faire et ce qu’on trouve juste et beau de faire. On n’a pas le temps de faire les deux bien. Si on choisit “l’éthique” on est droit dans ses bottes mais on passe pour un looser pas doué niveau organisation auprès des autres, de sa hiérarchie, etc. Et si on choisit “d’obéir à la loi”, ben je ne sais pas, moi je n’ai pas pu (physiologiquement impossible pour moi, haha), mais il doit sûrement y avoir des inconvénients aussi.
    2) On a l’impression que, oui c’est dur, mais c’est un travail, c’est normal que ce soit dur, etc. Du coup on le fait “quand même”, et perso je ne me suis rendue compte que j’étais allée trop loin que une fois effondrée, en larme, dans ma voiture, incapable de rentrer dans la classe. Et la méditation et le yoga ne m’ont pas du tout aidée à “voir venir”, car justement après les séances de médit j’étais plus à l’écoute donc je me reposais un peu plus et je prenais plus de distance, donc je croyais “en être capable” (en gros, ça me faisait diminuer l’ampleur du problème). Mais la vraie vie et le vrai lion c’est pas sur son coussin qu’on l’affronte.
    Tiens, de replonger dans ces états d’esprit me rappelle qu’il y a un autre choix par rapport à la gourde : vider l’eau ! Na ! Et bien sûr que c’est débile, mais ça existe, c’est tentant parfois, et j’espère qu’ils en parlent dans la bible parce que sinon le gars qui l’a écrit connaissait vraiment pas la nature humaine.
    Bonne journée.
    Mathilde

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Oui, vous avez raison, « on ne sait jamais si notre effort aura un résultat », belle opportunité pour envisager que nous ne sommes pas les maitres du mystère dans lequel nous vivons.
      Pour aller plus loin lisez : Avons-nous droit aux fruits de l’action ?

      Tant que nous nous laissons dominer par nos émotions, nos impressions subjectives, nos névroses que nous ne remettons pas en cause et qui nous renseignent si mal sur la réalité des choses telles qu’elles sont…
      Tant que nous nous comparons aux autres en nous disant injustement que nous devrions être comme eux…
      Tant que nous sommes menés par nos idéologies mentales qui nous contraignent à nous croire tout puissants…
      …nous resterons comme vous l’exprimez « submergés ».
      Notre salut se trouve donc sur la voie de la connaissance de nous-mêmes et « se connaître » c’est en grande partie perdre ses illusions.

      Répondre
  2. Mathilde

    Merci pour votre réponse que je trouve juste et touchante.
    Quand vous dîtes “que nous nous comparons aux autres et que nous nous disons injustement que nous devrions être comme eux”, pouvez-vous préciser ? Je ne comprends pas si l’injustice est de ne pas arriver à faire ce que les autres arrivent à faire, ou c’est de se demander autant qu’aux autres ?
    Car d’un autre côté, il y a quand même bien nécessité “sociétale” de faire son travail pour vivre. Du coup j’ai du mal à trouver cela injuste de se demander ce qu’on considère souvent comme normal et juste du point de vue de la société : que chaque individu fasse son travail pour vivre.
    Bien cordialement,
    Mathilde

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Non l’injustice n’est pas de ne pas arriver à faire ce que les autres arrivent à faire, elle est par contre précisément de penser qu’on devrait arriver à le faire sous le prétexte que l’autre y parvient !
      Etre fidèle à soi-même, se connaître, sert précisément à ne plus se comparer aux autres pour compter sur ses propres forces et jamais au-delà.
      Le « normal » n’existe pas. Chacun est différent donc chacun a sa manière de voir et de sentir les choses (ça ne peut pas être autrement). Nous pouvons nous enrichir de nos différences, nous en émerveiller, ou – au contraire – vouloir (par exemple) éliminer les personnes lentes de notre entreprise sous le prétexte qu’elles ne sont pas rentables. Où se trouve la justice selon vous ?
      Si celui qui est plus rapide en veut à celui qui est plus lent d’être plus lent, son émotion de ressentiment cache vraisemblablement sa névrose : « devoir être toujours de plus en plus rapide » par exemple par perfectionnisme, c’est pourquoi la lenteur de l’autre l’exaspère (ce qui nous exaspère chez l’autre parle de nous.)
      Sur cette planète si nous consentons à être « nous-mêmes » avec notre style et nos rythmes, je suis persuadé que ceux qui sont plus rapides que les autres peuvent très bien coexister avec ceux qui sont plus lents et vice versa, cela sans dommage aucun pour quiconque. Cela s’appelle « vivre ensemble ».
      Pourquoi la rapidité de l’autre devrait-elle nous faire de l’ombre ? Parce que nous aurions appris à ce qu’elle nous en fasse, parce que nous aurions été (par exemple dans notre enfance), régulièrement « comparés » et humiliés.
      La comparaison créé la division et la culpabilité, elle nous contraint à renoncer à nous-mêmes. Si nous parvenons à nous assumer « tels que nous sommes » nous ne pourrons plus nous sentir humiliés par les jugements, les comparaisons des autres.
      Le travail est donc de se connaître pour parvenir à accepter pleinement ce que l’on a découvert (donc cesser de se comparer sans cesse) : vous êtes « telle que vous êtes » n’est-ce pas ? Et c’est ainsi que vous pouvez vivre en paix, selon votre nature propre.

      Répondre
  3. Mathilde

    Merci pour votre réponse qui m’a beaucoup touchée.
    Mais là c’est sous entendu que les personnes les plus lentes ont aussi quelque chose à apporter à l’entreprise, non ? Comment faire quand on sent que ce n’est pas qu’on est plus lent, c’est qu’on ne peut pas apporter ce que les règles de la société exigent de nous. Exemple : si on se sent incapable de travailler pour gagner notre vie. Là ce n’est plus qu’une question de comparaison, car on vit (et on survit), on mange, on est chauffé, etc. grâce à d’autres qui assument ce que nous n’assumons pas ( un travail ). Comment faire dans ce cas là, pour se sentir le droit d’exister quand même ? Surtout quand on a l’impression pourtant d’avoir des compétences, ou en tout cas des qualités, mais qu’on ne trouve pas un travail qui permette de les exprimer ?
    Bien sûr si je prends l’exemple de personnes handicapées, ça me semble profondément juste que nous les nourrissions, etc. , puisque ce sont des humains, d’abord, et puis parce qu’elles apportent de toute façon quelque chose d’extrêmement riche à la société ( je crois ), juste en existant. Mais quand on n’a pas de handicap “officiel”, qu’on est même plutôt intelligent selon les critères communs actuels, et qu’on n’y arrive pas ?
    En ce moment je suis en arrêt de travail (depuis presque 2 semaines), car justement les conditions font que, de nouveau, je ne peux pas faire ce qu’on me demande de faire, et je me sens coupable de ne pas travailler, n’étant pas handicapée, ni vraiment malade… pourtant je vois bien que c’est un “faux” raisonnement, puisque je suis vraiment incapable de travailler ( je suis en larmes dès que j’envisage d’y retourner, en tout cas dans les mêmes conditions que celles où je suis partie ). Mais la vérité (en tout cas une vérité), c’est que si il n’y avait pas de sécu, que je n’étais pas nourrie si je ne travaillais pas, etc., je pourrais y aller quand même… avec un fort coup pour les enfants, et pour moi même, mais je pourrais. Je ne sais pas trop comment expliquer autrement que par une image : là, si on me demande de tuer un canard, je ne peux pas, je pleure, etc. Mais si j’ai super faim : je peux tuer le canard ( c’est de la survie ). Là j’ai l’impression que je ne peux pas tuer le canard, mais que je peux manger car d’autres personnes autour de moi en tuent, des canards. Alors, il y a une part de moi qui a très envie, pour gagner son honneur, ou sa dignité, ou sa place dans la société, que sais-je, de se mettre à jeûner, jusqu’à être suffisamment affamé pour pouvoir tuer le canard soi même, même si ça me répugne, et même si c’est difficile. Pourquoi ne pas “se forcer” ainsi ?
    Voilà, désolée je vois bien que je ne suis pas très claire, je fais au mieux.

    Je crois que mon erreur vient du fait que ce que je considère comme ma névrose, justement, c’est de ne pas être capable de tuer le canard. Alors que ce serait de vouloir se forcer à en tuer un alors qu’on n’est pas fait pour, peut-être ?

    Mais pourtant, chaque fois que j’envisage un travail thérapeutique, c’est dans l’idée d’arriver à faire ce que je ne peux pas faire. ( En gros dans mon exemple, j’aurais envie d’aller me faire soigner pour pouvoir tuer le canard, pas pour m’accepter comme n’étant pas capable… même si finalement, une fois écrit, ça paraît bien aussi, comme idée).

    Voilà, désolée pour ces histoires de canards à rallonge.

    Bonne soirée.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Pourquoi devriez-vous vous accabler vous-même si vous êtes au bout de vos propres forces ?
      Pourquoi ne consentiriez-vous pas à ce que les autres humains vous soient solidaires ?
      Ne croyez-vous pas qu’un être qui se sent incapable de travailler pour gagner sa vie ne peut qu’attirer notre solidarité à tous puisque nous sentons qu’il souffre ?
      Comment faire pour se sentir le droit d’exister, dites-vous ? Mais ce droit d’exister ne demande rien en échange, c’est un don. Pourquoi tant de violence contre vous-même ?
      Peut-être votre défi est-il d’accepter de tout votre cœur de « ne pas y arriver » et que c’est derrière cette acceptation que se trouve votre paix.
      Vous retrouverez honneur et dignité pour vous-même en cessant de vous en vouloir de vos propres contradictions comme de vos paradoxes.
      Souvenez-vous, vous êtes humaine d’abord.
      Mettez-vous à l’écoute de vos larmes qui parlent de votre souffrance. Pourquoi vous en vouloir de ne pas savoir choisir ?
      Pourquoi devriez-vous considérer vos faiblesses et vos contradictions comme contraires ? Elles sont vôtres.
      A chercher à lutter contre votre ombre vous vous maltraitez vous-même, et vous maltraitant vous courez le risque de vous perdre.

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