Comment ne plus souffrir du regard de ceux qui m’aident ?

Question posée par Clau :

Je suis handicapée… je sais combien cela peut être fatigant d’aider une personne avec plusieurs déficiences aussi je prends soin de mettre des distances… mais pourquoi depuis quelques temps, je ne ressens que de la pitié dans l’aide apportée par certains de mon entourage ?

Mes pistes de réponse :

Oui, il faut comprendre à travers vos questionnements qu’un être a d’autant plus de mal à assumer le regard de l’autre qu’il n’est pas en paix avec le regard qu’il pose sur lui-même.

Je présume donc que votre difficulté provient de la mauvaise relation que vous entretenez avec vous-même.

Si vous souffrez du regard de ceux qui vous aident, c’est vraisemblablement parce que vous ne vous êtes pas encore acceptée vous-même telle que vous êtes à travers vos déficiences, votre différence.

N’étant pas réconciliée avec vous-même, vous projetez sur les autres (à tort ou à raison), qu’ils se donnent du mal avec vous et cela vous est difficilement supportable, parce que vous n’êtes pas en bonne relation avec la femme handicapée que vous êtes : vous voudriez que les autres n’accordent pas tant d’importance à ce qui – pourtant – vous pèse.

Un être qui a du mal à s’accepter lui-même acceptera toujours difficilement que les autres se donnent du mal pour lui.

En prenant, (à tort, parce que c’est injuste pour vous et que cela vous divise), le point de vue des autres, (en faisant remarquer par exemple à quel point ça peut être pénible de devoir s’occuper de vous), vous vous rendez à vous-même, et sans en être consciente, votre situation plus difficile encore.

Le paradoxe c’est donc qu’en acceptant difficilement d’être une charge pour ceux qui vous aident, vous cherchez nécessairement à mettre de la distance avec eux, et que – ce faisant – vous vous rendez la tâche plus difficile avec vous-même. Vous oubliez que de toutes les façons, vous êtes « telle que vous êtes », notamment dans votre besoin d’être aidée.

Vos handicaps sont bien vos handicaps et les autres sont bien tels qu’ils sont…

Il vous faut voir avec lucidité que vous n’avez aucun pouvoir de faire en sorte que ceux qui sentent de la pitié à votre égard n’en ressentent pas (et contrairement à ce que vous présupposez, leur pitié à votre égard ne parle pas de vous mais de la manière dont ils ont appris à voir les handicaps, de la manière dont ils les redoutent). En même temps, parce que la pitié des autres vous pèse (honte de soi), vous souhaiteriez que ceux qui vous aident n’agissent pas par pitié pour vous comme vous percevez (à tort ou à raison) qu’ils le font, et c’est ainsi que vous leur donnez du pouvoir sur vous. Cette pitié qui vous pèse est une émotion liée au refus de votre part d’accepter que les autres soient tels qu’ils sont et qu’ils font comme ils le peuvent, avec la manière dont ils vous interprètent.

Pour sortir de ce refus, il faudrait commencer par en prendre conscience. Prendre conscience que ce refus de vous-même est à l’origine de votre souffrance, ce qui vous aidera à vous réconcilier peu à peu avec vous-même et vos déficiences, avec votre différence.

Si vous vous comparez aux autres, c’est que vous êtes encore dans le désir de ce que vous avez perdu (vous n’en avez pas encore fait le deuil). Personne ne vous le reproche, mais c’est de ce côté-là qu’il vous faut aller voir pour trouver – un jour – la paix en vous.

Même si la tâche vous apparaît immense, il n’y a pas d’autre moyen que celui de vous accepter vous-même pour parvenir à vous aimer telle que vous êtes, ce qui vous permettra de cesser de vous comparer aux autres.

Réconciliée avec vous-même vous deviendriez plus forte donc moins dépendante des autres et de leurs regards. Cela veut dire que le regard de pitié que certains peuvent porter sur vous vous deviendrait moins insupportable parce qu’inconsciemment vous vous en sentiriez moins responsable.

Il vous faut comprendre que l’équilibre est rétabli, que la souffrance comme le complexe s’en est allée, quand – dans notre relation aux autres – nous ne nous sentons plus responsables que de nous-mêmes. C’est ainsi que, réconciliée avec vous-même, les comportements des autres à votre égard vous indifféreront. Vous parviendrez alors à les accueillir avec équanimité donc sans en souffrir.

© 2023 Renaud Perronnet. Tous droits réservés. 

Illustration :

Le regard de l’Autre, par Helena Wierzbicki

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