Archives par étiquette : Mort

Le vizir et la mort

« Nous sommes tous créatures d’un jour. Et celui qui se souvient, et l’objet du souvenir. Tout est éphémère. Et le fait de se souvenir, et ce dont on se souvient. Aie toujours à l’esprit que bientôt tu ne seras plus rien, ni nulle part. »

Marc Aurèle

Beaucoup de thérapeutes se gardent de prendre en compte de manière explicite l’angoisse de mort de leurs patients alors que d’autres sont persuadés que, dans une thérapie approfondie, il est à la fois nécessaire et précieux d’aider les patients à accueillir cette angoisse pour s’y confronter et l’élaborer.

Entrer en thérapie c’est notamment se confronter au mécanisme du refoulement et découvrir qu’il est une peur fondamentale : celle de l’idée que chacun se fait de la mort et de l’inéluctable.

Pour vous faire sentir le mystère et l’implacabilité de l’inéluctable et de la mort, je propose à votre réflexion cette histoire qu’on prête à Farid al-Dîn Attar, poète et mystique soufi de la Perse du XIIIème siècle. Continuer la lecture

Comment accompagner un enfant dont la mère se meurt ?

L’éducation consiste à comprendre l’enfant tel qu’il est, sans lui imposer l’image de ce que nous pensons qu’il devrait être.

Krishnamurti.

Question de Solange :

Mon fils est séparé de la mère de ses deux filles (9 et 7 ans)

Elles voient régulièrement leur maman, mon fils entretenant de bonnes relations avec elle. Elle est atteinte d’un cancer très avancé dont malheureusement l’issue est fatale.

Comment préparer mes petites filles à ce terrible drame ?

Elles voient régulièrement un pédopsychiatre car leur comportement est difficile à l’école depuis la séparation des parents.

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Une expérience d’accompagnement de fin de vie

Se retrouver seule, en relation avec un vieux Monsieur mourant qui souffre et refuse qu’on appelle sa famille pour ne pas l’angoisser n’est certes pas facile. Mais c’est compter sans les trésors d’intuition, de délicatesse et d’humanité de Martine… qui découvre que ce Monsieur est le père d’une amie de quartier, au moment où l’imam entre dans la chambre pour les prières…

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Je culpabilise d’avoir laissé ma mère mourir seule

Question d’Ahmed :

Technicien à Vauréal.

Bonjour, j’ai quitté mon pays il y a 15 ans, j’ai laissé mes parents, mes frères et sœur pour essayer d’améliorer mon quotidien et le leur bien sûr. On n’avait pas grand chose, elle s’est battue jusqu’à son dernier souffle à nous offrir tout ce qui pouvait pour notre survie. Il y a deux ans je suis allé la voir. J’avoue que cela m’a fait un grand bien. Malgré la difficulté de la vie, maman est resté elle même, souriante, courageuse, aimante…

Le 6 décembre 2008, maman vient de partir au ciel, je dis bien de partir car je ne supporte pas le mot « mort ».

Ce qui me fait mal c’est que je n’étais pas là, auprès d’elle et je culpabilise. Je ne peux vous dire ou décrire le chagrin que j’ai en ce moment et je ne sais plus quoi faire.

Ca me fait horriblement mal.

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à propos de la mort

« La Double Vie de Véronique »

à propos de la mort

est un film franco-polonais de Krzysztof Kieslowski, sorti en 1991. Musique de Zbigniew Preisner.

Un film subtil et poétique dont les images, les couleurs, la lumière et la musique concourent à la création d’une espèce de mystique impalpable ou la présence et l’absence, l’amour, l’art et la mort sont intimement mêlés. Une oeuvre intimiste sur le destin qui tire les fils des marionnettes humaines…

Kieslowski filme Véronique (l’actrice Irène Jacob) « comme s’il suivait la respiration d’un être entrain de se perdre. On sent cette angoisse de la perte et en même temps cette douceur de la mort dans l’extrême fluidité des plans, dans leur folie et dans leur constante beauté qui ne doit son existence qu’au génie du réalisateur. Tout est filmé comme une fuite perpétuelle des choses et des êtres qui semblent en suspens dans ce film bouleversant où l’émotion se dit avec une pudeur et une intelligence rares. » disait – unanime – le jury de Cannes en lui décernant son prix.

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Comment aider une personne handicapée mentale lors de l’annonce d’un décès ?

Question de Valérie :

Psychologue à Fonsorbes, France.

Je travaille auprès d’une population de personnes handicapées mentales de naissance.

Je me suis toujours posée la question comment pouvait on aborder la notion de mort avec eux du fait des capacités mentales limitées. Ils mettent en avant que les personnes décédées sont parties au ciel.

Comment les aider dans l’annonce du décès ?

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J’ai peur que ma petite fille de 5 ans n’ait été secouée par un décès

Question de Karine :

Je suis maman d’une petite fille de 5 ans et demi, nous avons fait face à un deuil au mois de décembre une arrière grand mère, le jour même de l’annonce j’ai préférée lui dire avec douceur et convictions religieuses, lui expliquant qu’elle était malade et que c’était préférable pour elle, qu’elle ne souffrirait plus. Mais depuis un certain temps elle me pose des questions, est elle vraiment morte ? Je ne veux pas que tu meures maman ? J’ai peur qu’elle est été secouer par ce décès. A part ces questions je ne vois aucun autre trouble, ses dessins sont vivant remplient de couleur. Dois-je m’inquiéter de toutes ces questions ?

Merci pour vos commentaires.

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Je réalise que mon fils de 17 ans part à la dérive, que faire ?

Question de Jean-Michel :

Pour se raccrocher aux branches

Sans vouloir abuser de votre disponibilité, j’aurais besoin d’un conseil :

Je viens de découvrir que mon fils Rémi qui vient d’avoir 17 ans travaille beaucoup moins à l’école, n’a plus de projet d’orientation vers un métier pour plus tard, délaisse le vélo et le rugby qui le passionnaient, est dépensier, s’est séparé de sa petite amie dont il estimant la relation sérieuse, passe beaucoup de temps avec des groupes punk ou oisifs pas clairs à boire du pastis, jouer au loto, et fumer des cigarettes qu’on ne trouve pas dans le commerce, et ment de plus en plus. Il n’y a jamais eu problème de tabac ni d’alcool ni du coté de la famille de sa mère ni du coté de la famille de son père.

Il vit la semaine chez sa mère à 15 km dont je suis séparé depuis 2 ans, et je le vois les week-ends et je passe quand il le souhaite. Il a peu de projets partagés avec moi en dehors de son argent de poche et de la conduite accompagnée du permis de conduire. Il dort peu et on a du mal a savoir où et avec qui il passe du temps quand il n’est pas avec un des parents, même équipé d’un téléphone portable, sans qu’on ait une attitude de contrôle strict. Ce n’est pas faute de lui proposer des activités intéressantes et variées sans chercher à imposer un emploi du temps.

Comment faire pour rétablir le contact avec la partie de Rémi qui est le décideur lucide de son avenir ? Quelles erreurs éviter ? Jusque maintenant j’ai toujours privilégié la confiance et l’indépendance, en surestimant peut être sa maturité.

Son état de fragilité actuel me fait penser qu’il n’y aura pas de solution sérieuse en dehors d’un arrêt complet des comportements déstabilisants. Voilà, je n’arrive pas à voir plus loin dans les possibilités d’évolution.

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Les cendres dans la crémation peuvent-elles induire un deuil pathologique ?

Question d’E. F. :

Infirmière.

J’ai participé l’année dernière à votre formation « Se préparer à accompagner les mourants » à l’hôpital X. Je me permets de vous contacter, car je prépare mon mémoire pour mon DIU de soins palliatifs et d’accompagnement sur la crémation.

Si vous êtes d’accord, je voudrais vous demander votre point de vue, en tant que philosophe, sur les cendres et sur le fait qu’une famille puisse se partager les cendres ou les déposer dans un endroit de leur choix.

Est-ce que cela peut déboucher sur un deuil pathologique ?

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Comment gérer le désespoir d’une femme qui vient de perdre sa mère ?

LE TRAVAIL DE NUIT D’UNE AIDE SOIGNANTE

« Les personnes qui travaillent dans les professions médicales sont vraiment celles qui aident le plus l’humanité et je leur voue une grande admiration. »

Dalaï-Lama.

Question de Martine :

Aide Soignante.

« Alors, c’est ça la mort ? Il n’y a plus rien, après ? »

Ce sont les cris d’une fille qui vient de perdre sa maman cette nuit.

Je n’ai pas pu lui répondre, j’ai gardé le silence.

D’autant plus que la maman, je ne la connaissais pas puisqu’elle était arrivé dans le service le matin même. C’était un transfert du service pneumologie, elle était arrivée chez nous, mourante.

La fille ne comprenait pas pourquoi on avait changé sa maman de service, alors qu’elle était au plus mal ! Je n’ai rien fait d’autre, que de lui donner raison. Pourquoi ?

Elle criait dans le couloir, elle criait au pied de la porte de la chambre, elle disait, en regardant sa maman morte, en la regardant de loin : « Ce n’est pas elle ! Ce n’est pas ma maman ! »

Nous étions toutes les deux sur le pas de la porte, la fille s’assoit sur une chaise et, là, j’ai caressé ses mains, sentant qu’elle ne me repoussait pas je lui ai fait une bise sur son front et je l’ai serrée très fort dans mes bras.

La fille refuse toujours de s’approcher de sa maman, et veut ranger les affaires personnelles de celle-ci dans son sac. Elle me demande d’aller chercher la trousse de toilette qui est restée sur la table de nuit. Elle ne veut pas s’approcher de sa maman morte !

Je me propose de l’aider, elle accepte.

En m’approchant tout près de la table de nuit, je dis à la fille : « Elle repose votre maman, elle ne souffre plus. »

Je pose en même temps une main sur le front de la morte, « Vous pouvez lui dire au revoir, vous pouvez lui faire une bise sur son front. »

La fille semble plus calme et me demande : « Elle n’est pas trop froide ! » Je lui réponds : « Non, elle n’est pas froide. »

Je caresse le visage de la morte, comme si je voulais la réchauffer, le temps d’une bise, le temps que sa fille, lui dise au revoir.

Doucement, la fille s’approche du petit lit blanc, timidement elle fait une bise sur le front de sa maman.

Je suis avec elle et je pose tendrement ma main sur la sienne, en même temps, elle attrape le visage de sa maman, elle l’enlace très fort et lui dit « Adieu. »

Maintenant, la fille pleure sur le visage de sa maman et avec ma main, tendrement, je les réchauffe toutes les deux.

Voilà, c’est mon travail de la nuit, mais cela, personne ne le voit, puisque je suis toute seule dans la chambre avec la morte et la fille.

Parfois je suis très fatiguée.

En écrivant, mon récit, je me pose des questions maintenant.

Est ce que, je suis normale ?

Je voudrais seulement, savoir si je suis normale ?

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Lettre d’une élève infirmière en train de mourir

Et si le soignant osait consacrer le temps dont il dispose à accueillir les espoirs et les peurs de celui qui va mourir ?

Célèbre lettre, anonyme, écrite en février 1970.

Son original est paru (en anglais) dans « The American Journal of Nursing Company. »

Traduite dans le livre d’Élisabeth KUBLER-ROSS, La Mort dernière étape de la croissance, Éditions du Rocher. 1985. p. 51 à 53.

Nouvelle traduction libre de © Renaud PERRONNET

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