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Accompagner ou diriger ?

Auteur : © Renaud PERRONNET

Thème principal :

  • Un mémo pour vous aider à garder une relation positive avec la personne en souffrance.

« Puis-je me permettre d'entrer complètement dans l'univers des sentiments de l'autre et de ses conceptions personnelles et les voir sous le même angle que lui ? »

Carl Rogers.

Vous êtes un certain nombre, après avoir suivi l’une de mes formations sur la relation d’aide à m'en demander un résumé que voici…

Diriger, qu’est-ce que c'est ?

1. Rassurer ou consoler trop vite (c’est-à-dire risquer d’enfermer l’aidé dans sa solitude.)

Exemple : « Ne vous inquiétez pas, votre opération se passera bien. » Comment le savez-vous ? Comment pouvez-vous être certain(e) que l’aidé vous fera confiance ? Et s’il ne vous croit pas, que risque-t-il de vivre ? Compatir trop, c’est être dans le déni de ce que vit l’aidé qui risque de ne pas se sentir compris dans ce qu’il vit. Pourquoi voulez-vous ainsi banaliser ce que l’aidé vit ?

2. Moraliser, vouloir être gentil (c’est-à-dire risquer d’isoler l’aidé, de le dévaloriser.)

Exemple : « Vous ne devriez pas vous mettre dans un tel état, vous feriez mieux de penser à votre petit fils qui est si mignon. » Moraliser, c’est dire à l’aidé ce qui est bon pour lui, sur la base de ce que nous pensons nous et surtout de la morale  « convenue » qui fait peu de cas de ce que chacun ressent dans sa profondeur.

3. Juger, blâmer, évaluer (c’est-à-dire se servir de son pouvoir pour donner des leçons.)

Exemples : « Vous devriez vous estimer déjà heureuse de ne pas vous faire opérer. » ; « Il y en a des bien plus malheureux que vous. » ; « Ne soyez pas si douillette, ça ne fait pas mal. » C’est très violent d’évaluer ainsi les paroles comme les ressentis physiques ou émotionnels de l’aidé. Ce n’est pas le rôle de l’aidant de donner à l’aidé son opinion personnelle sur ce qu’il vit, surtout si elle est « donneuse de leçons ».

4. Conseiller trop vite (c'est-à-dire donner des solutions.)

Exemples : « Vous devriez en parler à votre fille. » ; « Vous n’avez qu’à manger davantage. » Risque d’incompréhension comme d’enfermer l’aidé dans sa solitude. Prenez conscience que l’aidé n’est pas vous, l’autre est différent.

5. Argumenter logiquement (c'est-à-dire se défendre ou se protéger en risquant de mettre l’aidé en porte-à-faux.)

Exemple : « Il est préférable pour vous de vous faire opérer puisque vous avez mal. » Risque pour l’aidé de ne pas se sentir compris dans sa sensibilité.

6. Esquiver, faire de l'humour facile, fuir la réalité.

Exemples : « Mais non, le bon dieu ne veut pas de vous en ce moment ! » ; « Ce séjour à l’hôpital vous fera des vacances. » L’humour, s’il n’est pas librement consenti par les deux parties, est une fuite. Demandez-vous ce qui vous force ainsi à vouloir plaisanter coûte que coûte.

7. Questionner trop et/ou avoir peur des silences.

Oser affronter le regard (même angoissé) de l’aidé, être là, présent et « vrai » donc ne pas se réfugier derrière des attitudes techniques qui risquent de déshumaniser la relation.

Et en toutes circonstances : agir trop précipitamment.

La relation d’aide demande que vous preniez le temps de sentir et de soupeser les choses, souvenez-vous que la précipitation est aussi une fuite. Donc laisser à l’aidé le temps dont il a besoin et ne pas aller plus vite que lui.

Il y a une risque également à informer trop vite (sans réfléchir préalablement à ce que l’aidé peut entendre.) Pourquoi risquer de troubler l’aidé en lui disant ce que vous pensez, alors qu’il ne vous le demande pas ?

Par contre, vous n’avez pas le droit de mentir à un aidé qui vous demande de lui dire la vérité, sous le prétexte que vous estimez que cela ne sera pas bon pour lui.

Accompagner, qu’est-ce que c'est ?

Etymologiquement c’est « marcher avec un compagnon » donc avec celui (cum panis) avec lequel on « partage le pain ».

L’accompagnant n’est donc ni devant, ni derrière, il reste à l’exacte hauteur de l’autre, à l’écoute exacte de « là où il en est ».

  • Tout faire pour éviter la rupture dans la communication avec la personne en souffrance.
  • Il ne s’agit pas de dire ou de ne pas dire mais de répondre honnêtement à une demande faite sous forme d'une question précise.
  • Le plus souvent il s’agira simplement d’écouter et - le cas échéant – de chercher à déchiffrer le message caché d’une demande floue parce qu’émotionnelle.
  • Etre là et montrer à la personne en souffrance que quel que soit son comportement ou ses paroles, nous sommes avec elle.

Comment ?

  • Grâce au questionnement intime et authentique qui débouche sur l’écoute.

Exemple : « J'ai peur de mourir. » Réponse : « Voulez-vous me parler de votre peur ? » (à condition – bien sûr – que votre attitude non verbale (ton, mimique) soit à l’exacte hauteur de l’intérêt que vous semblez porter à l’autre.)

  • Grâce à la reformulation : renvoyer le message avec empathie en utilisant une partie de ses termes, sans jugement de valeur, ni interprétation personnelle.

Exemple : Un malade en fin de vie partage. « Je voulais simplement tourner et sortir. Sortir pour partir chez moi. » Après un temps, l’infirmière qui l’écoute se penche vers lui et répète : « Partir chez vous ?... »

Cela permet de :

  • S'assurer que l'on a bien compris, donc s’adapter rapidement à l’aidé s’il y a eu mauvaise interprétation.
  • Faire baisser l'agressivité s'il y a lieu, un gain appréciable à une époque où beaucoup d’aidés à la mentalité de « clients » (« Je paye, moi ! ») semblent avoir oublié le proverbe « Ne mords pas la main qui te nourrit. »
  • Faire préciser la pensée de l’autre, uniquement s’il le désire. S’il ne le souhaite pas, vous n’aurez qu’à continuer tranquillement votre travail en arrêtant là la relation pour le moment.
  • Dédramatiser la situation, non pas à travers une attitude de déni (« Vous ne devriez pas vous inquiéter »), mais à travers une écoute authentique qui permettra à l’aidé de se sentir accueilli et compris.
  • Apporter une mesure en partageant avec l’aidé que vous l’avez entendu : « Oui, j’entends que vous en avez assez de… »
  • Encourager et stimuler un aidé inhibé qui n’ose pas partager ses sentiments. Parce que nous nous ouvrons quand nous nous sentons entendus et compris.
  • Résumer la pensée de l’aidé quand il parle beaucoup. Et par là même vérifier qu’ensemble vous communiquez.
  • Clarifier sa démarche. Etre un miroir pour l’aidé peut lui permettre de se regarder.
  • Voir l'essentiel et laisser le superflu. Permettre ainsi à l’aidé de se sentir accompagné au cœur même de son problème.

Pour cela, vous avez besoin de :

  • Connaître la biographie de la personne (anamnèse) : ses joies / peines / réussites / échecs / métier / place sociale / idées / pratiques religieuses / peurs. Souvenez-vous que pour acquérir cette connaissance, les conversations que vous avez avec vos malades et leurs familles sont une mine : vous y préparez vos accompagnements futurs. (En vous souvenant de cela vous n’aurez plus mauvaise conscience à bavarder tranquillement avec eux.)
  • Écouter la personne (peine, révolte, joie, colère, angoisse), sans sélectionner ce qu’elle vous dit, sur la base de ce qui vous plaît ou de ce qui vous déplaît « à vous ». (Pour y réfléchir, cliquez sur Ecouter.)
  • Et bien sûr n’imposer ni vos idées personnelles ou religieuses, ni vos valeurs. Par contre vous « mettre à la disposition » des valeurs de l’autre. Qu’importe votre religion (ou votre absence de religion), l’important n’est-il pas d’accompagner l’autre comme il le souhaite, quitte (par exemple) à lui lire une prière qui vous est étrangère mais qui est précieuse pour lui ?

Trois pièges à éviter :

1) Si nous ne connaissons pas la réponse à la question de l’aidé :

Exemple : « Je suis en mauvais terme avec mon mari, croyez-vous qu’il puisse me retirer la garde de mes enfants ? »

  • Etre clair : « Je ne connais pas la réponse à cette question. »
  • Lui montrer, avec empathie, qu’on l’a écouté : « …mais je comprends que puisque vous êtes en mauvais terme avec votre mari, vous soyez soucieuse et anxieuse à l’idée qu’il puisse vous retirer la garde de vos enfants. »

L'empathie, c'est comme un message de paix que nous adressons à l'autre, pour lui montrer que nous l’avons écouté donc lui dire que nous sommes complètement avec lui.

2) S’il vous semble que l’aidé vous raconte des bobards :

Exemple d’un aidé pour qui vous avez constaté qu’il a dormi profondément toute la nuit. Le matin, vous entrez dans sa chambre en lui demandant « Comment avez-vous dormi ? » Il vous répond : « J’étais très anxieuse. Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. »

Ne pas prendre le risque de le culpabiliser en lui faisant ressentir qu’il se trompe : Il n'est utile de faire ressentir son erreur à l'aidé que parce que nous avons préalablement vérifié qu'il peut l’entendre.

Donc lui répondre quelque chose comme : « Je comprends que vous ne vous sentiez pas bien puisque vous avez l’impression de n’avoir pas dormi de la nuit. »

3) Si l’aidé est agressif et hautain :

Exemple : « Est-ce que vous savez qui je suis ? Je suis le fils du Dr. X, chirurgien à l'hôpital, vous devez répondre à mes sonnettes immédiatement ! »

  • Ne pas répondre « Et alors ? (sur un ton donneur de leçon.) Vous ou un autre, pour moi vous êtes tous des malades. » (même si c’est vrai).
  • Mais tenter d’ouvrir la relation en répondant quelque chose comme « Je suis à votre service et je m’efforcerai de répondre à vos sonnettes comme cela me sera possible. » (donc ne pas vous trahir pour autant.)

Si vous le souhaitez, n’hésitez pas à proposer vos exemples de pratique professionnelle ou personnelle sur ce site.

© 2010 Renaud PERRONNET Tous droits réservés.

Si vous voulez télécharger l'intégralité de cet article au format PDF, cliquez sur ce lien :

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