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« Si vous n’avez pas confiance en vous, si vous ne vous aimez pas, alors ne pensez pas aux aspects douloureux de vos vies. Songez plutôt à ce fantastique potentiel d’être humain que vous détenez. Il ne demande qu’à croître. »
Dalaï-Lama.
« C’est nous qui acceptons d’être blessés. »
G.I. Gurdjieff.
A 5 mois de la retraite à Toulouse.
Bientôt 60 ans (malade), je n’ai toujours pas réussi à accepter mon enfance (blessures psychologiques), manque évident de confiance en moi… aucune envie… dépressif depuis mon enfance (avec des hauts et des bas).
Quels conseils pourriez vous me donner ?
Merci pour votre réponse.
Ma réponse :
Sans doute connaissez-vous la chanson de Jean Ferrat :
« Chacun de nous a son histoire
Et dans notre cœur à l’affût
Le va-et-vient de la mémoire
Ouvre et déchire ce qu’il fut
Nul ne guérit de son enfance. »
Nos cœurs sont-ils condamnés pour toujours à être meurtris par le passé ou est-il possible de définitivement guérir de ses blessures d’enfance ?
Pour y voir un peu plus clair, tentons de comprendre comment nous sommes devenus ce que nous sommes.
Au tout début, il y a notre innocence première : personne ne choisit délibérément les personnes qui l’accueillent sur la planète au moment de sa naissance. De même qu’une fondamentale inégalité physique nous caractérise (certains naissent même handicapés, d’autres pas) nous avons – les uns et les autres – été très diversement accueillis par ceux qui nous ont fait naître. Certains ont été aimés et se sont sentis aimés, d’autres (sans doute la majorité) ont des géniteurs qui prétendent les avoir aimés mais ils ne se sont jamais sentis réellement aimés, d’autres encore savent qu’ils n’ont jamais été aimés.
Tous méritent de vivre, tous ont – à égalité – le droit de vivre et d’être heureux, ceux qui ont été aimés au même titre que ceux qui ne l’ont pas été, mais tous ne parviendront pas à l’être car les conditions de leur venue sur terre vont peser très fort sur leur devenir.
Le début de la vie (naissance et premières années) se confond avec une extrême vulnérabilité. Nous n’avons aucune idée préconçue sur nous-mêmes, (nous ne savons pas qui nous sommes), mais juste des besoins et des désirs, les uns demandant à être respectés, les autres à pouvoir se projeter dans l’avenir. Nous sentons tous notre incomplétude et nous la crions (littéralement) corps et âme, en tentant d’y survivre.
Dans cette extrême dépendance, il nous est bien sûr impossible de « faire les difficiles » : obligés par la nécessité, coûte que coûte, nous sommes prêts à conclure n’importe quel pacte avec ceux qui nous accueillent, pourvu qu’ils nous permettent de survivre.
Pire, n’ayant aucune idée préconçue sur nous-mêmes, nous sommes prêts à croire tout ce que nous disent ceux qui nous accueillent dès que nous comprenons ce qu’ils expriment.
Pour le meilleur comme pour le pire, dès le premier jour de notre naissance, nous sommes tous constamment bombardés par des suggestions qui nous limitent : « tu vas tomber » (lorsque nous courons un peu vite), « tu vas salir » (quand nous jouons avec l’eau) « tu vas te faire mal » (quand nous jouons avec des ciseaux) etc. Nous sommes aussi souvent la proie d’injonctions qui nous déterminent : « méfie-toi des hommes ma fille » ; « un garçon ne pleure pas » ; « dans la vie si tu ne fais pas partie des gagnants, tu seras un perdant » ; « tu dois être parfait » etc.
L’éducation, c’est la découverte progressive de ce que l’on va connaître, mais c’est aussi la fermeture à tout ce que l’on n’a pas pu apprendre.
Quand ceux qui détiennent notre survie nous expliquent, par exemple, que nous ne sommes pas assez gentils, nous n’avons pas d’autres choix que celui d’en convenir, avec l’espoir inconscient de nous sentir (en échange) aimés par eux.
Quand notre mère, en proie à une souffrance insupportable pour elle (cela arrive sans que nous y soyons pour quoi que ce soit !) nous dit que nous sommes le drame de son existence, nous donnons notre accord pour « être » le drame de notre mère, donc pour nous renier nous-mêmes. Quand elle nous dit que nous sommes celui qui va pouvoir racheter la médiocrité de sa propre vie, nous la croyons et nous nous conformons, le plus souvent, à ce qu’elle veut que nous fassions de notre vie.
Mais quand elle nous fait sentir à travers la manière dont elle nous berce, dont elle nous parle et dont elle pose son regard sur nous, que nous sommes des êtres humains différents et respectables, là aussi, nous croyons que nous sommes des êtres humains différents et respectables parce que nous nous sentons aimés.
C’est ainsi que – peu à peu – et sur la base de ce que les autres ont dit de nous, s’est développée la première idée que nous nous sommes faits de nous-mêmes.
En fait, le sentiment premier que chacun a de lui-même, (tel qu’il est décrit par la psychologie moderne), provient du premier stade de son développement : l’idée que nous nous faisons de nous-mêmes et des autres est liée aux personnes avec qui nous sommes entrées en contact lors des premières années de notre vie. Tout au long de notre enfance, nous remodèlerons l’idée que nous nous faisons de nous-mêmes, à travers les réactions de notre entourage et par ce que nous renvoie notre environnement.
Parce que notre mère nous trouve mignon, nous allons penser que nous sommes mignons, donc faire le beau devant les adultes qui nous trouveront mignons. Parce que nous avons eu peur de lui, nous allons (par exemple) mentir à notre père qui, quand il s’en apercevra, nous traitera de menteur et de peureux, créant ainsi l’idée que nous nous faisons de nous-mêmes : une personne menteuse et peureuse (c’est-à-dire qui se conforme à ce que son père a dit d’elle).
Quand un être organise sa vie en fonction de quelques croyances négatives et fausses sur lui-même (ses « schémas »), il y a de fortes chances que le cours de son existence les confirme : parce qu’elle s’est sentie trahie par son père qui a quitté sa mère quand elle n’avait que dix ans, cette jeune femme se méfiera des hommes qu’elle rencontrera, induisant ainsi une réserve de leur part. Une autre, plus paranoïaque, ne pourra faire autrement que de s’imaginer que les hommes qui la complimentent se moquent d’elle, induisant ainsi une rupture que pourtant, à un niveau plus profond, elle redoute.
Par la suite, cette première image de soi-même (le plus souvent négative) est renforcée par les maîtres d’école, les professeurs, l’autorité et les gens que nous rencontrons. Le médecin, pédiatre et écrivain Janusz Korczak, qui s’est laissé déporter au camp d’extermination de Treblinka avec les enfants du ghetto de Varsovie pour ne pas les abandonner, faisait remarquer : « Plus le niveau spirituel de l’éducateur est pauvre, plus sa morale est incolore, plus grand sera le nombre des injonctions et interdictions qu’il imposera aux enfants, non pas par souci de leur bien, mais pour sa propre tranquillité et son propre confort. »
A l’inverse, si des liens affectifs solides se créent avec nos parents et nos éducateurs et que ceux-ci nous respectent, une saine estime de nous-mêmes s’élabore. Un enfant respecté est un enfant qui assumera ses actes et sera prêt à reconnaître et accepter ses contradictions parce qu’il aura confiance en lui-même.
C’est donc à partir de ce conditionnement permanent que se développe un sentiment habituel de soi basé sur les schémas de notre petite enfance et recréé à travers nos rencontres et nos comportements à mesure que nous nous développons dans l’équilibre ou la névrose.
Le philosophe et stoïcien latin Sénèque disait que « ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, mais parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. » Ce qui signifie que le regard que nous posons sur nous-mêmes détermine nos comportements… et que la plupart d’entres nous avons substitué en nous un état de méfiance à un état de confiance.
Il est donc crucial que nous nous intéressions de beaucoup plus près à la manière dont nous sommes devenus méfiants vis-à-vis de nous-mêmes, donc au regard (issu de notre apprentissage) que nous posons sur nous-mêmes, c’est à ce prix que nous parviendrons peu à peu à « liquider » nos blessures d’enfance.
Prenons l’exemple d’une personne à la personnalité dépressive :
Par définition, elle subit un certain nombre de croyances : elle se considère généralement (parce qu’elle l’a appris) la victime de son « caractère », soi-disant établi une fois pour toutes, elle se répète ainsi pendant des années qu’elle ne peut pas changer, créant en elle-même la certitude de son incurabilité. Parce que son entourage (bien souvent maladroit, mais les personnalités dépressives ne sont-elles pas extrêmement lourdes à gérer ?) la persuade que « quand on veut, on peut », elle pense aussi (à tort) qu’il suffit de « se secouer » pour aller mieux, elle s’en veut considérablement, renforçant ainsi son mal-être et sa culpabilité, quand elle essaye de se secouer et n’y parvient pas. Bon an mal an, elle tente de se revaloriser avec une image d’elle-même « dure au mal » qui l’empêche de demander de l’aide à un thérapeute.
Elle devient ainsi incapable de se poser les questions lucides concernant l’origine de sa manière de se représenter et de vivre l’existence, et donc de réaliser que son mal-être est réel et qu’elle a besoin d’aide :
- Qui m’a appris que nous devons nous sentir condamnés à devoir toujours répéter les mêmes comportements ? Est-ce vrai ? (Je subis une influence.)
- Quelle démonstration véridique ai-je de la formule « quand on veut, on peut » ? L’être humain est-il une pure volonté ? (C’est toujours mon impuissance actuelle qui est réelle.)
- Est-ce vraiment égoïste de se prendre en compte ? Est-ce égoïste de considérer que prendre soin de l’autre ce n’est pas le prendre en charge ? (Je pense que je n’ai pas le droit de vivre.)
Récemment, un jeune homme avec qui je travaille et qui vit actuellement un épisode dépressif dans son existence, m’écrit, après une séance d’expression émotionnelle dans laquelle il avait beaucoup sangloté : « Je ne me rendais pas compte à quel point j’ai besoin d’amour et de marque d’affection (mais est-ce que j’en ai manqué ? je ne crois pas ?). Franchement je ne suis pas à plaindre. »
Remarquez que ce jeune homme – dans la même phrase – partage qu’il se rend compte de son besoin d’amour et d’affection (donc qu’il en manque) et s’empresse – manifestement inconsciemment – de préciser qu’il n’en a jamais manqué donc qu’il n’est pas à plaindre. Il obéit ainsi à l’injonction « tu n’as pas le droit de te plaindre », se mettant ainsi une pression terrible sur lui-même, qui est en partie à l’origine de son incapacité grandissante à agir.
Il va s’agir pour lui de comprendre de l’intérieur ce qui le pousse ainsi à ne pas oser s’ouvrir à ses propres besoins, à ses propres désirs. Le travail entrepris depuis quelques mois avec moi, lui a permis de découvrir que sa mère est une personne castratrice et autoritaire qui ne lui avait, par exemple, jamais permis d’avoir une liaison avec une femme, et qui avait exercé une pression considérable sur lui en lui tenant des propos du type « J’espère que tu ne me feras jamais la même chose que ce que m’a fait ton frère » (qui lui s’était permis d’avoir une petite amie). Il découvre donc qu’il avait préféré renoncer à toute relation sentimentale plutôt que de décevoir sa mère, quitte à déclencher des crises d’asthme… et que, aujourd’hui encore (alors même qu’il est marié et vient d’être père), il lui est impossible de renoncer à satisfaire les besoins de sa mère parce que cela serait « égoïste »…
La simple pensée d’obéir à ses propres besoins, en se donnant le droit de les avoir, comme de ressentir ses désirs – qui lui permettrait de se projeter dans l’avenir – lui paraît (pour le moment) plus handicapante que les crises d’asthme et d’angoisses, conséquences de son inhibition.
Pour sortir un jour de ses crises d’angoisses, il lui faudra oser remettre en cause son allégeance à sa mère, oser lui être infidèle, oser renoncer au pacte malsain qu’elle l’a obligé à faire, lui qui s’était juré de lui rester éternellement fidèle… dans une famille dans laquelle le père avait toujours brillé par son absence ou sa soumission.
Rompre la promesse mortifère faite à la mère tentaculaire et incestueuse… pour pouvoir vivre enfin !
Plus généralement, que pouvons-nous faire pour accepter notre enfance (telle qu’elle a été), pour que les blessures ou traumatismes anciens subis ne soient plus un handicap à notre épanouissement actuel ?
Voici 7 points qui me paraissent essentiels pour sortir de l’emprise de son enfance :
- L’enjeu n’est pas dans le passé mais ici et maintenant. Ce n’est pas « notre enfance » en elle-même qui est la cause de notre perturbation émotionnelle actuelle, car les perturbations émotionnelles que nous pouvons ressentir aujourd’hui à propos de notre enfance sont causées par ce que nous nous racontons à nous-mêmes en ce moment.
- Se confronter à ce que dit « la réalité ». Il est possible et souhaitable de confronter les idées qui nous troublent aujourd’hui en les comparant à la réalité de ce que nous vivons afin de découvrir si elles sont vraies ou fausses. Par exemple identifier une émotion que nous avons ressentie dans notre enfance et que nous ressentons encore aujourd’hui, voir si elle est adaptée ou non à la situation présente, puis identifier les idées (ce que nous nous disons à nous-mêmes) qui donnent naissance à cette émotion.
- Les choses sont toujours telles qu’elles sont. Ceux qui nous ont porté préjudice pendant notre enfance l’ont toujours fait en fonction des émotions qu’ils vivaient à cette époque, (dans un tel contexte) ils ne pouvaient pas s’empêcher de le faire. Chacun agit ici et maintenant selon sa nécessité émotionnelle, qu’elle soit avantageuse ou maltraitante pour l’autre n’y change rien.
- Rester fidèle à soi-même et à ce que l’on est. Nous avons parfaitement le droit de n’avoir aucune affection et même de détester ceux qui nous ont maltraité, quand nous pensons qu’ils sont à l’origine de notre souffrance. Nous ne leur devons rien, il ne s’agit donc pas de leur pardonner, mais de convenir posément qu’étant donné qui ils étaient, ils ne pouvaient pas agir autrement. (Personne ne choisit ses géniteurs ni ses éducateurs.)
- Oser prendre l’initiative de l’action. Nous pouvons « vaincre la malédiction » qui nous oblige à obéir à nos schémas répétitifs. (C’est, par exemple, parce que nous nous sommes habitués depuis l’enfance à considérer certains autres comme des dangers que nous les ressentons aujourd’hui comme tels et que nous adoptons à leur égard des comportements inappropriés de fuite ou de prudence exagérée.)
- S’assumer en tant qu’être humain. Ce qui est dramatique ce n’est pas de s’évaluer soi-même négativement mais de s’évaluer tout court. Personne ne vaut rien « en lui-même », chacun est « ce qu’il est », il est donc absurde et malsain de se comparer aux autres. La valeur d’une personne ou d’une chose n’exprime que le rapport qui s’établit entre les caractéristiques objectives de cette personne ou de cette chose et les désirs de celui qui peut voir en cette personne ou cette chose quelque chose d’utile et précieux ou d’inutile et nuisible. En réalité nous sommes tous incomparables et nous avons le droit de vivre ; si nous en restons là dans nos pensées, nous ne déprimerons jamais.
- Cesser de se lamenter. Il est possible de s’exercer à ne plus se plaindre de son enfance (la plainte est la démarche de celui qui n’a pas encore fait son deuil de ce dont il se plaint), donc travailler patiemment à changer les effets des influences négatives subies dans le passé, que nous continuons de subir tant que nous ne les confrontons pas à la réalité. Si aller mieux est un choix qui ne dépend que de nous, nous sommes les seuls responsables de notre vie.
Pour résumer, l’éducation parfaite n’existe pas, tout parent est un apprenti, c’est normal car il n’y a pas un seul domaine de l’existence dans lequel l’apprentissage ne passe pas par l’erreur.
En conséquence, chacun de nous a été plus ou moins malmené dans l’enfance, certains ont été carrément maltraités. C’est ainsi, il n’est pas possible de rembobiner le film pour le jouer différemment, notre seule chance de nous en sortir est de l’assumer en le traversant.
Les souvenirs de notre enfance seront toujours « ce qu’ils ont été », si nous focalisons notre vie sur eux, ils nous détruiront. Il n’est pas possible de tricher avec eux, mais il est possible d’être habile avec eux, d’être plus fins qu’eux.
Etre habile, c’est s’ouvrir à ces souvenirs douloureux de telle manière que nous pourrons les digérer au lieu de chercher à les oublier – ce qui leur donne de la force. C’est le seul moyen qui s’offre à nous pour transformer les blessures actuelles (qui purulent) en cicatrices propres.
Des habitudes contractées pendant nos années d’enfance et d’adolescence se sont forgées en nous, nous obligeant à obéir à des (fausses) lois (par exemple : « Je dois être parfait » ; « Je suis un homme donc je ne dois pas montrer mes émotions » etc.).Et comme la force d’inertie des habitudes est immense, il se peut que nous ayons besoin d’être aidés par un thérapeute pour prendre conscience que ces lois sont fausses, donc nous en libérer. Mais de même que – dit-on – celui qui se rend chez le médecin est déjà à moitié guéri, savoir qu’il est possible de guérir de ses blessures d’enfance c’est faire un immense pas vers la guérison.
Pour aller plus loin, cliquez sur Connaissance de soi, vous y trouverez aussi des articles sur la relation thérapeutique.
15/12/12
Quelques années après avoir écrit cet article je découvre ce texte d’Alice Miller (écrit le 01/06/05), qui résume à merveille ce que nous pouvons attendre d’un travail thérapeutique, (les passages sont mis en gras par moi-même) :
« Le chemin le plus long – ou que faut-il attendre d’une psychothérapie ?
Au cours de mon existence, aucun chemin n’a été aussi long à suivre que celui qui m’a menée à moi-même. Je ne sais pas si je suis une exception, ou si d’autres sont aussi passés par là. Certainement, certains y échappent, car il y a heureusement des personnes qui ont eu la chance d’être pleinement acceptées par leurs parents depuis leur naissance pour ce qu’elles étaient, avec leurs sentiments et leurs besoins. Elles y ont eu accès dès le départ, il ne leur a pas fallu les refouler, et elles n’ont pas été obligées d’emprunter des chemins très longs pour trouver ce qu’elles n’ont pas reçu au bon moment. Ce que j’ai vécu moi, c’est que toute une vie m’a été nécessaire pour que je m’autorise enfin à être comme je suis et à entendre ce que ma vérité intérieure me dit de façon de moins en moins cryptée, sans attendre une autorisation de l’extérieur, de la part de personnes qui symbolisent mes parents.
On me demande régulièrement ce qu’est pour moi une thérapie réussie, bien qu’indirectement j’en aie décrit les éléments dans différents livres. Mais après cette courte introduction, je suis peut-être en mesure de le formuler plus simplement : une thérapie est réussie dans la mesure où elle contribue à raccourcir le long chemin qui mène à se libérer des anciennes stratégies d’adaptation et à apprendre à faire confiance à son propre ressenti, ce que nos parents ont rendu difficile et quelquefois impossible. Nombreux sont ceux et celles pour qui ce chemin reste barré, parce que l’accès en a été interdit dès le début et que de ce fait on est rempli de crainte à l’idée de l’emprunter. Plus tard, le rôle que tenaient les parents est repris par les enseignants, les prêtres, la société, la morale, tant et si bien que la crainte devient dure comme du ciment, et chacun sait qu’il est fort difficile de ramener du ciment à l’état liquide.
Les nombreuses méthodes d’auto-apprentissage de la communication sans violence, ainsi que les conseils précieux et avisés de Thomas Gordon et Marshall Rosenberg, sont très certainement efficaces quand les personnes qui en font usage ont eu dans leur enfance la possibilité de manifester leurs sentiments sans se mettre en danger, entourées d’adultes dont la capacité à vivre au plus près d’eux-mêmes a pu leur servir de modèle. Mais les enfants gravement blessés dans leur identité ne sauront pas plus tard identifier ce qu’ils ressentent et ce dont ils ont véritablement besoin. Il leur faut d’abord en faire l’apprentissage au cours d’une thérapie, le vivre et ensuite le vérifier par de nouvelles expériences aussi souvent que nécessaire, jusqu’à acquérir la certitude qu’ils ne se trompent pas. Car ces enfants d’adultes émotionnellement immatures, ou même perturbés, ont dû tout le temps croire que leurs sentiments et leurs besoins étaient faux. Ils se disent que si ils avaient été vrais, leurs parents n’auraient quand même pas refusé d’établir la communication avec eux.
Je pense qu’aucune thérapie n’est capable de satisfaire le désir que ressentent sans doute bien des personnes, que soient enfin réglés tous les problèmes auxquels elles se sont heurtées douloureusement jusqu’alors. Ce n’est pas possible, parce que la vie nous confronte et nous confrontera toujours à des problèmes nouveaux, susceptibles de réactiver les vieux souvenirs dont le corps a gardé l’empreinte. Mais une thérapie devrait ouvrir la voie qui mène à ses propres sentiments, l’ancien enfant blessé devrait être autorisé à parler, et l’adulte devrait apprendre à comprendre son langage et à en tenir compte. Si le thérapeute a été un véritable témoin lucide et non un éducateur, son patient aura appris à laisser percer ses émotions, à comprendre leur intensité et à en faire des sentiments conscients, qui à leur tour laissent dans la mémoire des empreintes nouvelles. Naturellement, l’ex-patient, comme n’importe quelle autre personne, aura besoin d’amis avec lesquels il pourra partager ses soucis, ses problèmes et ses questionnements, dans une forme de communication plus mature, dans laquelle les rapports d’exploitation ne joueront aucun rôle parce que les deux parties ont déjà pris la mesure de l’exploitation subie dans l’enfance.
La compréhension émotionnelle de l’enfant que j’étais, et par là même aussi de son histoire, modifie ma façon d’accéder à moi-même, et me donne de plus en plus de force pour traiter autrement, plus rationnellement et efficacement, les problèmes qui apparaissent aujourd’hui. Ne plus jamais connaître de souffrances ni faire d’expériences douloureuses, ce serait quasiment impossible, cela n’existe que dans les contes. Cependant, si je ne suis plus une énigme pour moi-même, je peux avoir une réflexion et une action conscientes, je peux laisser de l’espace à mes sentiments, parce que je les comprends et qu’ils ne me font donc plus autant peur. C’est comme ça que les choses peuvent bouger, et l’on a aussi une sorte d’outil entre les mains qui peut être utile si une dépression ou des symptômes corporels viennent à réapparaître. On sait alors qu’ils annoncent quelque chose, qu’ils veulent peut-être faire remonter à la surface un sentiment réprimé, et on essaie de le laisser s’exprimer.
Comme le chemin qui mène à soi-même se prolonge sur toute la vie, il ne s’arrête pas avec la fin d’une thérapie. Mais on peut attendre d’une thérapie réussie qu’elle aide à découvrir ses propres besoins véritables, à les prendre en compte et à apprendre à les satisfaire. C’est précisément ce que les enfants blessés très tôt dans leurs vies n’ont jamais pu apprendre. Après une thérapie menée par un thérapeute, on devrait donc aussi être capable de satisfaire ses propres besoins, qui apparaîtront désormais beaucoup plus nettement et avec plus de force, d’une manière qui corresponde à l’individu concerné, et sans nuire à personne. Les restes d’une éducation reçue très tôt ne se laissent pas toujours éliminer complètement, mais on peut les mettre en œuvre de façon constructive, active et créative si on les prend en compte en toute conscience, au lieu de les subir de façon passive et autodestructrice comme avant. C’est ainsi qu’une fois devenu un adulte conscient, un individu dont la survie avait dépendu de ce qu’il avait réalisé pour complaire à ses parents devient capable de cesser de faire le sacrifice de ses besoins en servant les autres en priorité, comme il lui fallait le faire lorsqu’il était enfant. Il peut rechercher des chemins sur lesquels il déploiera ses capacités précocement acquises à comprendre les autres et les aider, sans négliger pour autant ses propres besoins. Il est possible qu’il devienne thérapeute par exemple, et qu’il satisfasse ainsi son envie de connaître, mais il ne fera pas ce métier pour se prouver sa puissance, car il n’a plus besoin de cette preuve, maintenant qu’il a revécu son impuissance d’enfant.
Il peut devenir un témoin lucide qui propose à son patient un accompagnement engagé. Il faudrait que cela se fasse dans un espace où n’existe aucune pression morale, dans lequel le patient fait l’expérience (souvent pour la première fois de sa vie), de ce que c’est que de sentir son vrai Soi. Et le thérapeute est en état de mettre d’emblée cet espace à disposition si lui-même a déjà fait cette expérience. Alors il est prêt à laisser tomber les vieilles béquilles, celles de la morale comme celles de sa formation (le pardon, les » pensées positives « , etc…). Il n’en a plus l’utilité, parce qu’il voit qu’il a des jambes en bon état, et son patient également. Ni l’un ni l’autre n’ont plus besoin de ces béquilles dès qu’ils font tomber les voiles qui dissimulent ce que furent leurs enfances. »
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Merci infinement pour tout ce que vous faite pour l’humanité
votre emission est tellement importante j’y trouve beaucoup de résolutions à mes problèmes
mais si vous me permettez
questions :
l’enfance est’elle toujours négative?
L’Histoire à t’elle une place dans le monde d’aujourd’hui? je veux parler du rithme de vie et la façon dont se passe les choses il y a des moment ou j’ai l’impression que tout est dénaturé et il me semble que plus rien n’est à ça juste place.
pourquoi tout est mélangé?
est ce qu’il y a un modèle de vie universelle
je tiens à vous remercier personnement de votre methode unique de vouloir sauvé le monde
c’est meilleurs
A vrai dire je n’en demande pas tant !
Oui, nous vivons une époque bouleversée, dans un tel contexte, il est important d’avoir quelques repères.
Si je parviens juste à pouvoir éclairer (donc donner un peu d’espoir à) quelques personnes qui se sentent perdues parce qu’elles ne parviennent pas à mettre du sens à ce qu’elles vivent et sentent, c’est à mon sens beaucoup… comme le font autour de moi des milliers d’aidants et de soignants anonymes.
Bien sûr que l’enfance n’est pas nécessairement négative, des personnes qui – globalement – se sont senties aimées existent. Mais, malheureusement, beaucoup d’enfants sont éduqués de manière inconsciente…
Je partage à nouveau avec vous cette phrase de Janusz Korczak qu’il est si important de méditer : « Plus le niveau spirituel de l’éducateur est pauvre, plus sa morale est incolore, plus grand sera le nombre des injonctions et interdictions qu’il imposera aux enfants, non pas par souci de leur bien, mais pour sa propre tranquillité et son propre confort. »
C’est dur de guérir de son enfance.
Lorsque notre enfance a souffert, oui je dis c’est le bilan de santé de mon mental.
La guérison pour aller mieux et se soigner, bien sur cela resurgit dans les mauvais moments.
Il faut passer par la case départ pour s’en sortir et au bout avec le thérapeute comme vous Renaud,
la vie commence a être plus belle.
Je dis c’est un nouveau départ même a 59 ans de vivre et le respect de ma personne
Merci de tout coeur.
C’est dur de vous lire !
Dur parce que très intéressant, long, et qu’on a toujours envie de lire la (les) suite que vous suggérez…..!!!
Bref, il faut prendre le temps mais combien c’est bon !!!
On sort de vos lectures avec quelques « outils » pour avancer « mieux », avec quelques espoirs d’un « mieux-aller » si besoin est (ce qui est souvent le cas).
Bref, je vous dis aussi merci !
bonsoir,
Je partage vraiment vos avis Sonna, Nadine et Edith que « l’humanité » gagnerait à côtoyer des personnes comme Renaud… en fait il en faudrait un par famille ! que dis-je un par personne ! Lorsque je le lis je me demande toujours s’il ne sort pas du fond de mon âme tellement la formulation de ses idées rejoint ce que je perçois, ressent, et vis intérieurement mais n’arrive pas à exprimer comme il le fait… je m’interroge : lorsqu’il écrit, les mots lui viennent-ils comme ça ? reprend-il certaines phrases pour les formuler différemment quelquefois ? que les personnes qui vivent à ses côtés ont de la chance ! c’est un puits de sagesse, de réflexion, d’introspection. Lorsque je pense à son site que j’ai vu évoluer depuis le début je me le représente mentalement comme un joyau, c’est une véritable mine d’or mais qui effraie en même temps… je me dis que vais-je y trouver qui résonnera en moi comme une douleur inscrite depuis la nuit des temps que je ne veux pas réveiller… ce soir je l’ai encore rencontré : l’incomplétude ! Je vous embrasse Renaud avec respect et considération
Si vous avez l’impression que je sors du fond de votre âme, c’est parce que le fond de votre âme fait écho à ce que je partage. Alors il s’agit bien de vous (et non pas de moi).
Nos douleurs inscrites au fond de nous depuis si longtemps ne s’expriment que parce qu’elles cherchent à être entendues et reconnues. Pourquoi devrions-nous laisser les causes de nos souffrances tapies au fond de nous ?
Je laisse parler le poète R. M. Rilke qui dit cela tellement mieux que moi :
« Peut-être tous les dragons de notre vie ne sont-ils que des princesses qui attendent de nous voir agir juste une fois avec beauté et courage. Peut-être tout ce qui est terrible est, dans sa plus profonde essence, quelque chose d’impuissant qui a besoin de notre amour. »
Après une enfance et une adolescence submergée par la violence de mes parents je me suis peu à peu reconstruite. J’ai fait la part des choses entre ce qu’ils sont et qui je suis. Ceci étant je ne vous cache pas que c’est un « travail » de Pénélope et à 52 ans je continue à apprendre à être moi. Il est facile, lorsqu’on a été maltraité, humilié, piétiné, de retomber dans des travers de vicitmisation ou de culpabilité. Lorsque cela m’arrive le temps est mon meilleur allié, il me donne l’occasion de prendre de la distance et justement de me « distancier » de mes fragilités d’enfance. Les gens qui m’entourent m’aident aussi, ainsi que la volonté que je porte de ne pas me laisser aller à « croire » à ce que mes émotions peuvent parfois me dire et qui me parlent de ce que j’ai vécu, pas de ce que je vis. Je suis, avec mes forces et mes failles, les accepter et les respecter tout en « m’apprenant » et en étant dans le « respect » de moi-même et de l’autre, dans sa différence, même si parfois elle se heurte à mes besoins, elles m’enseignent pas à pas à négocier avec qui je suis et comment être en harmonie avec moi-même. Je m’étais promise, très jeune, de ne jamais transmettre à mes enfants cette folie qu’est la violence. J’ai réussi, c’est ma plus grande victoire. On peut changer son regard sur le monde et sur l’autre, ce n’est pas facile mais c’est possible en acceptant de regarder en face ses propres fonctionnement. En ce sens votre site est une mine d’or mais la vie de tous les jours également, tout comme la main tendue de personnes simples et sincères qui renforcent ma fierté d’être moi, tout simplement.
Merci à vous pour votre partage plein d’espoir parce qu’il témoigne que quand un être humain est déterminé à ne pas reproduire ce qu’il a subi, il peut trouver en lui, la force de ne pas le reproduire, du moins s’il ose se regarder lui-même en face, sans concession.
Merci pour votre commentaire, pour l’espoir que vous venez de ré-insuffler en moi qu’il est possible de sortir du schema de violence.
Bonjour et merci pour votre site qui aide tant de personnes à progresser dont je suis. J’aimerais si cela vous est possible avoir votre avis sur ce qui suit.
Mon père a découvert son cancer lorsque j’avais 12-13 ans. Il est resté très stoïque durant les 12 ans qu’a duré sa maladie, très courageux et de mon côté j’ai gardé le cap. Est-ce parce qu’il restait calme, que je n’y pouvais rien ? Je l’ai vu devenir avant l’heure un vieillard et j’ai traversé cela avec une certaine naïveté. Je n’y étais pas indifférente mais c’était le quotidien et je ne pouvais pas souffrir pour lui (auto-protection ?).
J’ai été de ces petites filles dociles toujours gaie devant les autres (mais aussi très seule et solitaire), avec parfois une langue acerbe et critique mais globalement je n’ai pas fait de vagues, j’ai eu une scolarité correcte, sans écueil. Quand j’ai eu 21 ans et plus, j’ai commencé à vouloir vivre un peu car j’avais un peu de sous en poche mais ma mère était très exigeante envers moi, très contrôlante. Elle l’a toujours été. Culpabilisante aussi du genre : j’ai fait ça pour toi tu peux bien faire ça pour moi (le pire c’est que je m’entends dire la mm chose ou penser comme ça).
Un soir que j’étais sortie avec des amies et que j’avais prévenu mon père -qui avait oublié de transmettre le pauvre- je me revois encore quitter précipitamment mes amies (il devait être 22h) pour rentrer et hurler dans le RER que j’avais 23 ans justement (elle me demandait quel âge j’avais pour me conduire de la sorte)… Elle demandait à mon père de me ‘gronder’ au téléphone histoire sans doute de ne pas supporter seule son autorité. J’ai compris qu’elle reportait ses angoisses sur moi :j’ai déjà bien assez de soucis comme ça avec ton père ;
Quand on se retrouve en famille, je me mets sur pilote automatique pour prévenir tout reproche, je l’aide à préparer le repas (alors que j’ai déjà fait + d’1h30 de route) pendant que mon frère et mon compagnon (qui ressemble à ma mère dans certaines de ses attitudes) discutent tranquillement à côté.
Systématiquement il faut l’aider pour ceci ou cela. Et si on regimbe un peu elle nous culpabilise en disant : je ne peux pas le faire seule, ce n’est pas grand chose etc. Et comme quand on était petits, quand elle commande quelque chose, on doit tout laisser séance tenante pour la suivre. On est différents d’elle, toujours en mouvements, elle ne le comprend pas.
Elle ne soutient aucun de mes projets, pour certaines choses me sort des arguments stupides, des préjugés. Du coup je me sens cassée, comme si elle détenait la vérité. Jusqu’à il y a peu elle était une référence pour certaines choses mais grâce à mon compagnon j’ai compris que son attitude envers nous n’avait pas lieu d’être. Mais qu’il est difficile de sortir de ses schémas ! Parfois j’aimerais lui dire ses 4 vérités mais mon frère est contre le fait de lui faire prendre conscience de son attitude.
Enfin je voulais aussi et surtout un conseil. Pendant le cancer de mon père et pour ne pas créer de soucis à ma mère, j’ai un peu été empêchée de vivre (elle me soulait mais à l’époque je trouvais normal d’être obéissante). Or ma mère a découvert dernièrement une boule au sein et doit faire des analyses complémentaires. Je suis mise à contribution pour l’emmener etc. Cela ne me gêne pas, au contraire la famille doit être un soutien. Mais si c’est un cancer je n’ai pas envie d’être culpabilisée de vivre ! Jusqu’où dois-je aller dans l’aide, l’assistance ? Elle prendrait très mal que je prenne mes distances ou que je ne sois pas à ses pieds probablement. J’ai besoin de conseils car je n’ai personne de qui en obtenir.
C’était très long, merci si vous m’avez lue.
Quelle attitude comptez-vous avoir face à une mère tyrannique qui ne vous comprend pas ? Tant que vous vous soumettrez docilement aux diktats et aux manipulations de votre mère, vous aurez envie de lui crier que vous n’êtes plus une enfant. Tant que vous aurez besoin de vous sentir comprise par une mère qui ne vous comprend pas, vous resterez dépendante d’elle. C’est cette dépendance qui vous obligera à culpabiliser de son éventuel cancer.
Pour éclaircir davantage votre schéma, je vous invite à commencer par faire ce test :
Etes-vous adulte ou fusionnel dans la relation à vos parents ?
Pour sortir de votre schéma, il vous faudra découvrir que vous n’avez pas « qu’un peu » été empêchée de vivre, car c’est cette découverte qui vous donnera la force – un jour – de lui résister en arrêtant de penser que vous êtes une mauvaise fille si vous ne lui obéissez pas…
En fait pourquoi devriez-vous vous sentir personnellement responsable de la manière dont votre mère interprète vos propos ? Votre réponse à cette difficile question déterminera la qualité du travail que vous ferez sur vous-même.
Bonjour M. Perronnet et merci de votre réponse.
Je ne culpabilise pas du cancer de ma mère car je suis bien placée pour savoir que chacun doit affronter ses maux quels qu’ils soient. Cela fait quelques mois que j’ai compris que ma mère n’était pas ‘parfaite’ si je puis m’exprimer ainsi. Mais c’est quelqu’un que j’estime et elle va avoir les résultats de son examen. Je pensais sincèrement pouvoir l’accompagner (c’était mon souhait) pour ce jour pas évident mais voilà que mon conjoint souhaite partir une semaine en vacances dans la maison de sa famille et ne fait aucun effort (on aurait pu partir demain et revenir mercredi soir) pour concilier les 2. J’ai dû le dire à ma mère et si j’ai senti son désappointement, elle ne m’a pas verbalement culpabilisée ni fait de réflexions (peut-être plus tard lors d’une prochaine occasion).
Peut-être direz-vous : celle-la a encore beaucoup de chemin à faire (cela ne me fait même pas plaisir de partir et je pensais y échapper cette année ; il ne peut repousser ce voyage).
L’autre jour on était toutes les deux et je lui ai expliqué que je n’avais pas du tout apprécié qu’elle m’ait forcée à manger, un midi où il faisait très chaud et que je n’avais pas faim du tout (avec sa soeur ! elle aussi hyper compliquée). Qu’elle n’avait pas à m’obliger comme un enfant, que je sais quand j’ai faim… Là j’avais cédé car elles étaient 2 et qu’une amie à elle était avec nous. Je n’allais pas exploser ou perdurer dans mon attitude alors j’ai mangé son foutu gâteau. Quand on s’est expliqué j’ai tenu bon, j’ai parlé plus fort qu’elle et elle a fini à cours d’arguments.
Ce même jour de sortie, je prenais des notes sur un bouquin que je voulais rendre à sa propriétaire le soir même et elle a décidé d’un coup de cueillir des prunes en le faisant savoir à tout le monde. J’avais déjà passé le samedi PM à son jardin, ce dimanche jusque 16h à leur m.. de brocante-exposition et là encore une fois… ? Non je suis restée sur mon ouvrage. Elle a continué : ceux qui ne m’aideront pas n’auront pas de prunes en dessert. (Lui ai-je dit : je finis ça et je viens ?)
J’ai fini mon livre et suis allée l’aider. Elle m’a proprement jetée : trop tard ! Elle était furieuse. Mais !!! le lendemain, quand elle m’a demandé quelque chose, elle a précisé : quand tu auras terminé ce que tu es en train de faire…
Vous avez raison pour l’obéissance. Pour moi il est très dur de faire la différence entre ça et la normalité. J’ai lu quelque part qu’il faut se poser la question avant de donner une réponse : est-ce que cela me dérange de rendre ce service ? Face à elle je n’ai pas dit souvent ‘non’. Un parent a de l’autorité et quand pendant 26 ans vous avez été habitué comme ça, il est difficile de faire autrement. Mais est-ce une excuse ?
Cela sera difficile mais j’essaie de prendre du recul et d’analyser mes réactions par rapport à sa façon d’être. Je me sens parfois détachée et presque plus adulte quand je lui ‘réponds’, quand j’ose m’imposer. Ma mère est quelqu’un d’instruit et je croyais qu’elle était aussi intelligente. Mais quand elle m’oppose des arguments et qu’elle reste dessus sans aller voir, sans se renseigner, cela me sidère ! Elle veut nous éviter de commettre des erreurs et cela a toujours été. Mais à renoncer par crainte de se tromper on reste immobile ! Et on apprend de ses erreurs.
Peut-on faire sa crise d’ado à 33 ans ou comprendre si tardivement que les parents (on le sait pourtant de façon empirique) ne sont pas parfaits ?
Merci encore pour votre site et le partage de vos connaissances.
Je vous remercie de votre réponse.
J’ai écrit hier une réponse mais depuis je réfléchis beaucoup sur les raisons qui me poussent à obtenir l’approbation de ma mère et, je m’en rends compte de jour en jour, de mon conjoint.
Je n’ai pas confiance en moi car petite on me félicitait pour mes notes correctes ; or j’estimais toujours que c’était trop, que je ne méritais pas tant. J’accepte et je préfère la critique constructive et juste plutôt que des félicitations qui selon moi cachent la nécessité de faire encore mieux la prochaine fois. Je ne suis pas perfectionniste, j’essaie juste de faire de mon mieux.
Par exemple récemment j’ai eu un CDD de 2 mois. J’ai bossé comme une folle, ne prenant que la moitié de mes jours de congés (les autres étaient perdus). J’ai terminé en me disant que j’avais fait mon possible et même plus, mes responsables étaient contents et m’ont gentiment remerciée. Mais par la suite ils ont été vindicatifs envers moi, très peu sympathiques pour des broutilles alors que j’ai mis tout dans mon travail et après. Cela m’a fait beaucoup de mal comme s’ils m’accusaient de je ne sais quoi à tort.
Pour en revenir à mon besoin d’approbation. Ma mère dit de moi que je suis bohème, insouciante, légère (contrairement à elle qui se crée trop de soucis !). J’ai toujours considéré que les aînés avaient plus de maturité, d’expériences et que leur parole et leurs conseils valent plus que ce que moi je peux penser. J’ai besoin (!) d’être rassurée quant à la légitimité de mes pensées, de savoir si je fais bien… d’avoir l’assentiment de quelqu’un qui a toute ma confiance. Bien sûr je sais prendre de grandes décisions, ce n’est pas à ce point.
Envers certains de mes actes, je dois souvent justifier à moi-même qu’ils étaient bel et bien réfléchis (j’agis rarement sans réfléchir à 2 fois), que j’avais épuisé tous les recours possibles, qu’il n’y avait à ce moment aucune autre issue etc. Je dois souvent me souvenir et me rappeler du pourquoi de mes actes.
J’ai besoin je pense d’être légitimée par l’extérieur, sachant que mon avis sur moi-même et mes actes ne semblent pas me suffire sur le long terme.
Mon compagnon actuel devient comme ma mère envers moi et moi comme avec ma mère envers lui. Sans vouloir lui être soumise, pour fuir ses remarques nulles et lourdes, je me vois lui céder. Par ex, il est radin sur l’eau qu’il paie : dès que j’ouvre un robinet, si je tire trop la chasse d’eau (2 à 3 x par jour), j’ai droit à une réflexion. J’ai proposé de lui payer l’eau, il a toujours refusé. Je ne peux pas laver ou faire une lessive quand je le veux. J’en suis arrivée à tirer la chasse d’eau à l’eau de pluie -mais là encore c’est trop pour lui- et à me laver une fois tous les 2 jours. Je commence à croire que c’est de ma faute qu’il est comme ça. C’est dû à mon comportement sans doute. Pourtant j’ai tout fait pour ne pas me laisser marcher dessus. Et aujourd’hui encore je lui dis quand sa façon d’être n’est pas légitime ou ne me plait pas. Il se tait mais c’est dit !
J’ai pris la décision de le quitter. Je ne l’aime plus car je n’ai plus confiance en lui pour d’autres raisons et j’ai fait le chemin nécessaire pour partir sereine.
Mais si son attitude est devenue telle à cause de moi, de ce que j’ai pu être… alors que je n’ai pas fermé ma gueule, que j’ai tenté de ne rien laisser passer, je ne sais plus quelle attitude adopter pour me faire respecter à l’avenir.
Merci de vos remarques éventuelles à ce sujet.
Oui, votre schéma « moteur » vous oblige à douter de vous-même : ainsi vous pouvez vous arranger pour en faire trop (en tout cas ce qui n’est pas demandé), ce qui vous permet d’être perdante, frustrée et déçue.
Evidemment votre besoin d’être ainsi légitimée par les autres fait que vous attirez des personnes qui ne vous respectent pas, car à chaque fois que vous êtes dans la dépendance, vous renoncez à vous-même.
Il n’y a rien à « faire » pour se faire respecter des autres sinon apprendre à se respecter (s’aimer) soi-même.
Merci encore de vos réponses qui m’aident à avancer.
En effet, c’est exactement cela sauf que je n’ai jamais eu ‘peur’ de perdre mon conjoint. Par contre, dans notre relation -qui est ma première expérience de couple installé- je sais que je me suis perdue en route. Paradoxalement je trouvais ma vie de solitaire plus riche que ma vie de couple et dans mon couple je me sens très seule depuis quelque temps. On est une présence l’un pour l’autre mais sa télé occupe toute son attention par exemple.
Pour parvenir à me respecter il va falloir au départ de façon consciente pour créer une ‘habitude’ sans doute que je m’interroge, que j’écoute ce que je pense ou souhaite, que je fasse un effort pour m’écouter avant d’aller où l’autre veut que j’aille, que je donne une juste mesure et non ce que je crois devoir/devoir faire. En effet, par rapport à mon conjoint, j’ai perçu que plus j’allais aller dans son sens et me restreindre, plus il serait exigeant et moins ça allait me convenir.
Pensez-vous que se respecter soi-même donne la sensation personnelle d’entrer en résistance ou est-ce une illusion ? Par rapport à quelqu’un qui oppose des arguments sans fondements dans le but inavoué de nous faire reculer (du moins c’est ainsi que j’analyse les choses), faut-il raisonner la personne ou lui dire je ne te demande pas ton avis je t’informe de la situation ou encore laisser dire et faire ? Laisser dire et agir comme si l’autre n’avait rien demandé est-ce une bonne solution ou est-ce d’une autre façon se fuir en n’assumant pas ouvertement une opinion ?
J’ai encore beaucoup de pages à lire (d’ailleurs j’ai mis quelques pages de votre site en lien pour tenter de trouver des réponses à mes questions). Bonne semaine à vous.
Cherchez pourquoi vous dites devoir faire un « effort » pour vous écouter et vous prendre en compte.
Vous n’avez personne d’autre à qui obéir qu’à vous-même…
Se respecter soi-même crée l’harmonie, avec soi-même et les autres.
Merci encore de vos réponses, questionnements, guides.
Je ne sais pas combien de temps il me faudra pour me respecter totalement et ne plus laisser les arguments des autres me culpabiliser. Cela ne se fera pas en un jour et je suis certaine que c’est aussi un entrainement. J’essaie déjà de briser l’habitude de dire oui quand c’est non, d’accepter les émotions négatives suivant ce non, étrange mélange entre la culpabilité, la ‘violence’ de ma décision et la satisfaction de ne pas avoir cédé à ce qui pourrait être la facilité du oui. Faire comprendre à ces autres qu’on est libre, qu’ils ne peuvent nous manipuler.
Je pense aussi que j’ai pas mal de frustrations et de colère en moi ou que j’accorde peut-être trop d’importance sans les résoudre à des situations passées. Je dis souvent par rapport à mon éducation que l’on m’a appris à respecter les autres mais pas à me respecter moi, d’où des situations subies. Sur certaines, je sais pourquoi cela a pu se produire, que j’ai fait mon ‘possible’ pour ‘traverser’ ces situations mais quand j’ai l’impression de les revivre aujourd’hui je suis révoltée de mon manque d’assurance et de capacités à me défendre. Je crois savoir que ce n’est pas seulement le geste qui me fait ‘mal’ mais de me voir à nouveau incapable d’y faire face.
J’aime souvent tourner en dérision ma vie et les ‘absurdités’ qui m’arrivent mais je m’aperçois qu’elle n’est pas si marrante que ça. Sur certains aspects je suis adulte et responsable mais sur d’autres je reste une enfant effrayée et incapable de se défendre. Je ne le savais pas ! je voulais uniquement vous remercier de m’avoir répondu. J’ai encore beaucoup à faire !
Heureusement ce n’est pas aux autres à qui il faut faire comprendre que vous êtes libre (car ils peuvent toujours ne pas le comprendre) mais à vous-même, essentiellement à vous-même : le jour où vous aurez compris que vous avez le droit d’agir sans devoir craindre les opinions ou les observations des autres, vous serez devenue libre d’eux ! Donc en paix.
Bon chemin !
Ah l’enfance … tout un sujet.
Je dis souvent que si on me laissait aujourd’hui le choix entre revivre mon enfance telle que je l’ai vécu et mourir : et bien je prendrai la deuxième solution.
Ca me semble moi-même très extrémiste mais dans la réalité c’est la seule façon que j’ai trouvé d’exprimer à quel point cela a été dur pour moi.
J’ai commencé à vivre (vraiment vivre) lorsque j’ai quitté mes parents, ma famille ! Que je suis partie loin d’eux (j’ai tout de suite mis 80km entre eux et moi), de leur poids, de leur influence, de leur regard oppressant, de leur jugement etc !!!
J’ai eu le sentiment toute mon enfance de ne pas être assez bien et donc de devoir (par moi-même mais aussi par les autres) rentrer dans un moule qui n’était pas le mien.
J’étais trop grosse, je ne jouais pas d’un instrument de musique, je n’étais « que » moyenne à l’école, j’étais bavarde et indisciplinée à l’école, je n’étais pas assez docile et patati et patata …
Bref, j’étais toujours l’objet de comparaisons avec ma cousine qui elle était parfaitement parfaite et dont les parents pouvaient vanter les mérites hauts et forts (ce que bien sûr ne pouvaient pas faire mes parents).
Comment peut-on se construire sur de telles bases ? Comment faire pour être soi quand on a l’impression qu’être juste soi ce n’était jamais assez bien ? Comment trouver sa voie quand on a tout fait pour correspondre à ce que nos parents voulaient que l’on soit pour pouvoir être fiers de nous ?
Ce qui est injuste, c’est que lorsque l’on est enfant on a pas les armes pour dire NON, pour enrayer le système. Parce qu’on a besoin d’être aimé de nos parents !
Quoi que moi je ne me suis pas vraiment laissée faire : je répondais à mes parents et à tout le monde d’ailleurs, je criai plus fort qu’eux et lorsqu’ils me « châtiaient physiquement je faisais en sorte qu’ils ne voient pas que cela me faisait mal (vous savez les « même pas mal », mets en moi une aussi à gauche ça te fera du bien » etc …). Mon précédent thérapeute m’a dit : vous avez trouvé la force (je ne sais où) de refuser l’humiliation et la violence ». Oui c’est vrai, mais c’est tout ce que j’ai réussi à faire ! Le reste, je n’ai pas réussi à lutter autant que je l’aurai voulu et me rends donc compte qu’aujourd’hui des séquelles il y en a plein : je ne sais pas qui je suis, ce que j’aime, ce que je veux être ou faire et pire je me rends compte que malgré tous mes efforts pour ne pas reproduire (alors que je n’ai même pas d’enfant) que malgré moi certaines « croyances » que l’on m’a inculquées sont inscrites en moi : « il faut réussir dans la vie », « il faut avoir de l’argent dans la vie », « il ne faut jamais abandonner », « être mal c’est pas bien », « c’est pas bien de perdre », « il faut toujours être le meilleur » … On ne m’a bien sûr pas dit tout cela mot pour mot (quoi que : certaines phrases peut être) : c’est plutôt ce que j’ai ressenti de certaines situations durant toute mon enfance. Dur à porter tout ça ..
Du coup aujourd’hui : j’ai bcp de mal à pleurer, j’ai beaucoup de mal à admettre que je vais mal et à le dire à mes proches, je m’inflige d’être toujours la meilleure et de surtout faire toujours mieux dans tout …
… Et le pire c’est que très souvent je suis aussi comme cela avec les autres !
bref, j’ai conscience de bcp de choses et c’est pour ça que je me dis que je suis sur la bonne voie concernant la guérison de mon enfance, même si le chemin est encore long.
Merci de m’avoir permis de sortir tout ça …
Oui, quelle belle prise de conscience que ce partage. Je suis pleinement d’accord avec votre thérapeute, vous avez trouvé la force de refuser l’humiliation et la violence. Je rajouterai que si vous avez trouvé cette force c’est qu’il y a eu au moins une personne dans votre vie qui vous l’a communiquée, donc à travers qui vous vous êtes sentie exister, et qui vous a permis par là-même de n’être pas seulement celle qui subit. Savez-vous laquelle ?
Vous ne serez plus « comme ça » avec les autres (vous n’en aurez plus besoin), le jour où vous ne serez plus « comme ça » avec vous-même…
Oui, il est évident – à vous lire – que « vous êtes sur la bonne voie ».
Bonjour et merci à l’avance pour l’éclairage que vous pourrez m’apporter.58ans,fille unique, une enfance désastreuse avec deux parents qui ne m’ont jamais désirée et donc pas aimée.Dépression sentiment profond d’abandon même adulte, une mère ayant le contrôle permanent sur ma vie.A 46ans, crise d’adolescence, prise de conscience du mal que me font mes parents et détachement brutal avec une rupture de 9ans sans aucun contact.A ce moment-là, je revis, je reprends ma vie en main avec bonheur , sans culpabilité.Malheureusement en 2008, mon père décède et ma mère me »raccroche », me faisant croire qu’elle ne peut vivre sans moi, elle me culpabilise.Je suis , aujourd’hui, retombée dans le même enfer alors que je croyais avoir tout réglé.Je souffre le martyre, je voudrais me détacher d’elle mais je n’y arrive pas.Elle a de plus, l’emprise sur un de mes fils (31ans) qui est dans la même dépendance que moi et qui s’accorde avec elle pour me rejeter, me critiquer.Quoi faire?Je retombe doucement dans la déprime, je suis fatiguée de ne pouvoir vivre comme je le voudrais.Comment faire pour la repousser, reprendre ma liberté, sans ressentir de culpabilité, ni ce manque atroce d’amour que je recherche inconsciemment auprès d’elle.J’ai besoin d’un conseil, merci à tous!
Votre mère vous « raccroche » dites-vous, qu’est ce qui lui a permis de reprendre ainsi du pouvoir sur vous alors que vous aviez réussi à vous en éloigner ? C’est cela qu’il va vous falloir examiner à la loupe.
Vous êtes devenue la victime de votre mère, croyant à tort pouvoir la sauver. Votre culpabilité vous lie follement à son destin à elle en vous empêchant de vivre votre vie à vous. Réveillez-vous ! Les parents ne sont toxiques que parce qu’on s’y soumet, c’est donc en examinant de très près ce qui vous oblige à vous soumettre que vous vous en sortirez peu à peu. Ce travail se fait dans le cadre d’une psychothérapie bien menée, y avez-vous songé ?
Merci pour votre réponse mais j’ai déjà fait une psychothérapie qui m’a permis de prendre le large en 1999 et de vivre en paix pendant 9ans. Je ne vois aujourd’hui que dans ma névrose de rejet, dans ce manque d’affection qui me dévore, que je n’arrive pas à contrôler, les causes réelles de cette nouvelle soumission à ma mère toxique. Fuir à nouveau me semble la seule solution.
Ce manque d’affection vous dévore et vous oblige à vous soumettre à votre mère toxique. La fuite ne peut jamais être une solution pour celui qui aspire à la paix, car la seule personne que vous ne puissiez pas tromper c’est vous-même.
Ne dites pas « j’ai déjà fait une psychothérapie » mais « j’ai commencé une psychothérapie », qu’il s’agit aujourd’hui de poursuivre avec une personne de confiance. Si – aujourd’hui – vous êtes rattrapée par votre névrose, c’est parce que vous ne l’avez pas démontée et qu’il reste encore des pans de votre psychée à explorer parce qu’ils vous obligent en vous conditionnant.
J’ai retenu cette citation car elle me fait vibrer: « Plus le niveau spirituel de l’éducateur est pauvre, plus sa morale est incolore, plus grand sera le nombre des injonctions et interdictions qu’il imposera aux enfants, non pas par souci de leur bien, mais pour sa propre tranquillité et son propre confort. »
Lorsqu’on a fait un tel constat, pensez-vous qu’il faille aller chercher ailleurs qu’au sein de sa propre famille ce qui vous donnera une « colonne vertébrale », autrement dit une éthique et des valeurs positives? Est-ce que d’une certaine façon, ce n’est pas prendre le contrepied du modèle familial et, partant de là, continuer à en subir l’influence? Et puis ce n’est pas tout. Peut-on privilégier des émotions positives ou restera-t-il toujours quelque chose de tapi dans l’ombre? Parce que nous éprouvons tous des émotions, faut-il les contrôler jusqu’à s’interdire de les exprimer ou lâcher la bride? De par ce que j’ai vécu, je ne suis pas partisan de la première solution, loin de là. Ayant eu affaire à des sphinx, impassibles et immobiles, j’ai longtemps cru que pour faire face à l’adversité, il ne fallait rien monter de soi, et être un roc. Or, avec ce genre de comportement, on devient un zombie, un mort-vivant, et on ne règle rien du tout. Nous devons savoir que nous pouvons éprouver des émotions, reconnaître leur existence, sans que cela ne diminue quoi que ce soit en nous. Le problème, c’est qu’on passe au moins la moitié de sa vie à se bâtir une armure et le reste du temps à essayer d’en sortir, parce qu’en vérité, nous n’avons pas de « colonne vertébrale ». Vous soulignez à juste titre le fait que nous nous conformons à ce qu’on attend de nous lorsque nous sommes jeunes, mais si nous prenons le contrepied, si, pour retrouver notre propre estime, nous prenons le courage de déplaire, est-ce que ce n’est pas justement par réaction? Et si c’est le cas, est-ce que c’est forcément négatif? Peut-on vraiment faire comme si rien ne s’était passé alors que c’est justement ce qui s’est passé qui nous force à agir? Donc, je le répète, doit-on refaire entièrement son éducation et privilégier des émotions positives pour se « guérir de son enfance »?
Si « ceux qui sont chargés par la vie » de vous donner à manger, vous laissent mourir de faim, ce n’est pas être dépendant d’eux que d’aller chercher ailleurs pour survivre. C’est obéir à ses besoins, ce qui est parfaitement juste et légitime.
Le travail n’est pas de « privilégier des émotions positives » comme vous dites mais juste de regarder en soi-même les choses « telles qu’elles sont » avec authenticité. C’est cela qui vous fera progresser.
A ce propos vous pouvez lire : Pensée positive ou travail sur les pensées ?
Comme vous le pressentez, « contrôler » ses émotions est nécessaire puisque nous vivons avec les autres, contrôler signifie apprendre à discerner à quel moment il est juste de les exprimer, comme par exemple seul dans la forêt ou dans sa voiture.
Il n’y a pas de différence – en apparence – entre une personne qui contrôle et une personne qui refoule, bien que l’une sache gérer ses émotions alors que l’autre est névrosée.
Oui, la « colonne vertébrale » dont vous parlez est d’autant plus importante que nécessaire pour vivre en paix avec soi-même et les autres. Pour une personne « jeune » c’est-à-dire une personne qui « explore », il est juste et « normal » d’expérimenter différents états : la dépendance, la contre-dépendance, l’indépendance… pour un jour parvenir à l’autonomie. Une personne autonome est une personne qui a une « colonne vertébrale », elle n’est donc plus influençable comme un enfant. Ce n’est pas une personne amère, c’est une personne qui respecte ses propres besoins et qui est naturellement empathique avec les autres.
Une personne autonome obéit à elle même et à sa juste perception des choses, elle est adulte parce qu’elle développe une individualité authentique qui se définit par le fait qu’elle n’est plus la victime de ses tendances conditionnées du passé (besoins niés, autopunition, peurs d’aimer et d’être aimé, dysfonctionnements interpersonnels etc).
Bonjour, je souhaiterais aider une amie a « accepter » son passé pour avancer.
Elle a 52 ans et ses blessures d’enfant non désirée et de père très autoritaire non jamais guéris.
Moi même ayant vécu des choses très difficiles, j’ai réussi à accepter et pardonner.
J’aimerai lui offrir un livre, auriez vous un ouvrage à me conseiller ?
Difficile de lui demander de pardonner à ses parents (sa mère est décédée), elle risque de penser que je ne la soutiens pas. Je souhaiterais juste lui insuffler la possibilité de pardonner : comment m’y prendre ?
J’espère avoir une réponse de votre part.
En vous remerciant de m’avoir lu, je vous souhaite à tous une belle journée !
Je comprends très bien votre désir d’aider votre amie, d’autant plus que vous avez l’impression d’avoir un vécu similaire au sien. Tant mieux si vous avez pardonné et que vous êtes aujourd’hui définitivement en paix avec votre passé, mais votre amie n’est pas vous, et (vous le sentez d’ailleurs) lui conseiller de pardonner risque fort d’être interprétée par elle comme une maladresse. L’acceptation est le fruit d’une maturation, l’acceptation forcée (qui n’est pas de l’acceptation mais une violence contre soi-même qui créé de la culpabilité) est une blessure supplémentaire…
Je vous conseille donc de lire mon article « Le pardon ou la fidélité à soi-même ? » et peut-être de le partager avec votre amie…
Avant d’aider votre amie, vous pouvez aussi lire ceci :
- Comment aider une personne qui se déteste ?
- Comment puis-je aider ma fille qui refuse d’être aidée ?
Bonjour à tous
j’ai 53 ans et je constate que nous sommes nombreux ici sur la même ligne d’arrivée. Est-ce que c’est l’âge.
j’ai fais ma grande dépression il y a 7 mois, en pensant que jenme relèverais rapidement après ce « coup de fatigue »
Au fil du temps, après avoir accepté quelques semaines plus tard de prendre rdv et consulter au CMP, j’ai pris conscience que j’arrivais à mes limites et que pour me sortir de là, je n’avais plus aucun choix de me faire aider. Même si je ne suis pas complètement convaincu du succès. Ne sachant pas comment je vais réagir au bout de ce chemin d’apprendre ma vie.
Depuis quelques années je m’accepte de moins en moins, car les gens de mon âge me paraissent de plus en plus inabordables et je me sens vulnérable auprès d’eux, à tel point que j’ai fini par quitter ma femme au bout de 23 ans de vie commune. N’ayant pu me faire comprendre j’ai préféré abandonner pour ne plus l’empoisonner, même si j’étais discret, mais on arrive difficilement à travestir une situation aussi complexe ou à chaque instant notre mémoire nous rappelle à l’ordre.
l’origine de mon mal être et justement l’absence de mes origines et l’emprise de ma mère sur moi.
Je ne connais pas mon père géniteur, et ma mère et son mari qui m’a reconnu m’ont toujours caché la vérité. Ainsi je ne sais pas pourquoi j’ai été porté dans le ventre de ma mère à Marseille, né à Versailles et baptisé à paris 17°
Je ne sais pas non plus ce qui s’est passé durant les 4 années suivantes je n’ai aucune information aucun souvenir et on a volaitairement caché cette vérité qui pourtant m’appartient aussi.
Bien entendu la famille s’est solidarisé à l’époque pour entretenir le tabou.
J’ai appris cette vérité alors que j’avais 14 ans, tout simplment en fouillant dans une armoire pour tomber sur la correspondance de la famille de ce père, c’est à ce moment que j’ai appris la signification du mot « batard »
Sur le coup j’ai gardé ça pour moi et n’ai surtout pas révélé que j’avais découvert la vérité.
En fait s’il n’y avait que ça, ma foi je ne suis pas le seul et n’en suis pas mort, d’ailleurs nombreux sont ceux qui ignorent la vraie identité de leur père. A ce qui parait.
Sauf qu’une fois la brèche ouverte ; j’ai fait plus ou moins un rejet en voulant m’éloigner et j’ai quitté le foyer à 16ans pour faire une formation professionnelle alors que j’étais promu à une belle réussite scolaire.
Je suis parti de chez moi car ma personnalité ne correspondait pas et qui plus est, mais je m’en suis aperçu bien plus tard d’autant plus que certaines personnes de mon entourage m’on confirmé, sans que je leur demande, qu’il y avait eu d’énormes différences de traitement entre moi et ma soeur, fille des deux. Ce qu’ils ne savait pas et que je ne leur ai pas dis, c’est que je faisais sans l’objet de remontrance humiliatoires et aussi je prenais régulièrement des roustes par ma mère à terre recrocquivillé sur moi par terre pour mieux supporter les coups. Quand ça allait à peu près je n’entendais que des choses négatives sur moi même, que j’étais un solitaire, spécial, que je ne jouais pas avec les enfants de mo^n âge, que ma voix qui n’avait pas encore mué était une voix de fille, que le pénis d’un garçon était une chose moche, j’en passe sans oublier les recommandations idiotes mais sans cesse répétées qui ont fini par me faire prendre le large pour ne plus les supporter.
Je n’ai pas pris conscience de ça à ce moment, ce n’est donc que bien plus tard et surtout ces dernières années ou je ne cesse de faire des comparaisons d’analyser voir de faire les rapprochements avec des humiliations qui me paraissaient normales à cette époque. Sans oublier que ma soeur était bien plus parfaite que moi. Pour ça que dans toute ma vie je suis dans un enfer. Je suis incapable de demander quoique ce soit à quiconque car je me méfie, je fais tout ce que je peux pour aider les autres sans exiger un retour, mais cela me fait encore plus de peine car je sais que je ne suis pas à la hauteur. Cela va jusqu’à préter de l’argent sans oser le réclamer. Je suis donc victime de ma personnalité car en voulant chercher l’amour que je n’ai jamais eu je suis pret à me mettre en péril.
Ma sexualité est peut être boulvesée, bien que je l’accepte n’étant pas le seul,car pour trouver l’amour dont j’ai besoin je tombe aussi bien amoureux d’une femme que d’un homme. Oui je suis prêt à tous pour trouver le bonheur et pouvoir dire à quelqu’un qui je suis et être aussi ce que je suis sans faire d’artifice comme c’est mon cas avec tout le monde.
Ayant été pris en charge par un infirmier du CMP j’ai été tout de suite mis en confiance lors des deux premiers entretien, la médecin psy aussi m’a bien reçu. Ce n’est que lorsque j’ai été confié à un psychotérapeute que ça s’est dégradé. Les entretiens ne durait que 10 à 15 mn et je n’entendais qu’un homme surpuissant qui me rabachait que je devais me bouger le cul et je n’avais pas de raison de continuer comme ça qu’il n’en tenait qu’à moi. Après 3 rencontres je n’ai pas renouvelé les séances je ne l’ai même pas prévenu car j’avais honte.
J’ai suivi les conseils d’une amie qui m’en parlait depuis quelques mois et je me suis décidé à consulter un psychothérapeute indépendant qui me coute un peu plus d’argent mais cela fait 3 fois que je le vois et le courant passe, il n’est pas directif il m’écoute et me renvoie ses impressions. Il arrive à des conclusions qui me ressemble et c’est d’ailleurs pour cela que je tombe sur cette page après une brève recherche sur google.
Aujourd’hui nous avons éléboré un plan pour crever cet absès et je vais rencontrer une tante la semaine prochaine pour lui demander de me raconter ma vie. L’épreuve sera difficile à commencer par le fait que je n’ai pas avoué l’objet réel de ma visite. Je pense donc que l’instant sera pénible pour elle d’apprendre après tant d’années ce que je suis devenu.
Mais je réalise aujourd’hui que je n’ai plus le choix car ma vie n’avance plus, du fait de mon décallage de génération, et que sans rien faire cette histoire le mal n’ira pas en s’arrangeant. Je n’ai plus d’autre alternative.
Mon thérapeute m’a fait, pour moi, une grande révélation, que j’avais 8 ans d’âge !!!!
J’ai été surpris mais pas tant que ça, car lors des précédentes consultations avec les autres, je n’osais pas le dire si profond. Je disais 20 ans en pensant 15 ans.
Je ne sais pas ce que je vais apprendre la semaine prochaine, ce que je vais en faire, et surtout encaisser le fait de voir les choses autrement, ce que me dis mon psy. Cela me fait bien peur car au fond de moi je n’ai pas envie de changer, je n’ai pas envie d’affronter ceux de mon âge car je suis trop innocent et j’ai peur d’une vision plus sévère encore du monde qui m’entoure.
Quelle sera mon avenir sentimental avec les autres car aujourd’hui je ne vaut plus grand chose je me sens vulnérable et même inopérant tellement j’ai perdu confiance en moi que j’ai peur de décevoir sans pour autant imposer mes désirs. Pour ça je suis dans un stade de dégradation bien avancé bien que physiquement je suis l’inverse parce que je fais tout ce que je peux pour rester quelqu’un de sain et attirant au point qu’on me dit que j’ai encore le corps d’un homme de 30 ans. Mais à quoi bon je ne m’en sers plus.
Mais tous ces compliments qu’on m’envoie me font encore plus rester sur ma réserve car je sais très bien qu’il n’y aura pas de suite et que c’est à chaque fois la même chose, car je sers plus de pansement et de soutien qu’on ne m’en apporte.
Je prends aujourd’hui consicence dans la douleur du masacre de ma vie et sans doute celle de personnes qui m’on aimé mais qui n’ont pas compris, comme mon ex femme à qui je ne reproche rien d’ailleurs mais que j’ai quitté pour finalement vivre seul.
Q
Oui il est possible de faire un travail sur sa mémoire pour qu’elle ne nous « rappelle plus à l’ordre », comme vous dites si bien. Par définition, tout change tout le temps donc tout peut évoluer, il est possible pour un être humain de trouver la paix à laquelle légitimement, il aspire. Pour ce faire il lui faudra faire un travail d’élucidation entre ce qui ne dépend pas de lui et qu’il ne pourra donc pas changer et ce qui dépend de lui, qu’il pourra donc changer. Ayant vu clairement ces différences, il s’agira pour lui d’accepter donc de s’adapter à ce qu’il ne peut pas changer et d’agir pour tenter de changer ce qui est en son pouvoir de changer.
Vous dites « Je suis donc victime de ma personnalité car en voulant chercher l’amour que je n’ai jamais eu je suis prêt à me mettre en péril » et je crois que vous êtes sur la bonne piste…
Pour aller plus loin, lisez le livre d’Alice Miller « Ta vie sauvée, enfin ! » au titre révélateur.
Parfois nos cœurs sont si meurtris (comme je sens qu’est le vôtre), que nous ne croyons plus cela possible. Là il nous faut oser nous faire aider par un thérapeute qui nous respectera et en qui on aura confiance.
Il me semble que vous êtes sur cette voie, vous l’avez manifestement trouvé, vous ne vous êtes pas laissé découragé malgré une mauvaise rencontre.
Alors bon vent et bon courage à vous dans cette quête de vous-même.
Bonjour,
Merci de votre lucidité et de votre approche simple du sujet traité.
Cela me conforte dans mon état actuel d’adulte « guérissant » de ses émotions tronquées intégrées pendant l’adolescence. Depuis deux ans, je me suis déprogrammée pour enfin devenir moi-même, vivre en pleine conscience de mes valeurs, mes besoins, mes envies. Je prends beaucoup de recul sur mes sentiments, mes sensations, les laissent venir, vivre puis s’estomper. Mes relations aux autres sont beaucoup plus saines et sereines. Je ne suis plus dans la demande, mais dans le partage. J’ai intégré l’humour comme communication et ai beaucoup plus d’empathie pour les autres personnes. J’ai cassé les schémas négatifs appris précédemment d’une mère aimante mais dépressive et manipulatrice, ce qui me permet à présent de « redistribuer » les cartes et d’avoir avec elle une relation plus pacifiée et adulte. Elle ne m’accepte pas ainsi, ne comprend pas mon attitude, continue à user de chantage affectif pour me « récupérer », mais je ne lâche pas prise et suis mes émotions, mon chemin de vie. J’accède au bonheur, je donne du bonheur, je m’autorise à être heureuse et je me regarde avec tendresse et bienveillance. Merci de votre humanité et bonne continuation !