Comment sortir de sa toxicité de parent ?

ou comment se déséduquer pour respecter son enfant tel qu’il est ?

« Si nous voulons éviter le viol inconscient de l’enfant et sa discrimination, la première chose à faire est d’en prendre conscience. Nous sensibiliser aux formes fines et subtiles d’humiliation d’un enfant est le seul moyen de nous aider à acquérir ce respect pour l’enfant dont celui-ci a besoin dès le premier jour de sa vie pour pouvoir se développer psychiquement. »

Alice Miller Le Drame de l’enfant doué

Devenir parent

Le désir d’enfant n’implique pas que les futurs parents seront à l’écoute de leur enfant à naître.

Le désir d’enfant d’une femme dépressive peut par exemple être un moyen pour elle de tenter de réparer – inconsciemment – un besoin d’affection non comblé.

Sans parler des nombreux cas de couples qui se réconcilient sur l’oreiller à travers leur mutuel désir d’enfant – vu comme une réponse à leurs difficultés relationnelles.

Il y a aussi les hommes immatures paniqués par la grossesse de leur femme et qui la quittent parce qu’elle est enceinte.

Et les jeunes mères qui ne savent pas, ne peuvent pas s’occuper de leur bébé.

Pour ne parler que de quelques cas.

Or seul celui qui a été respecté lorsqu’il était enfant sera d’emblée un parent capable de respecter son enfant.

Un ex enfant non respecté (donc ayant reçu une éducation toxique) devenu parent, est le plus souvent condamné à reproduire dans une inconscience la plus totale, sur ses propres enfants, les comportements abusifs qu’il a subis.

Jusqu’au moment où il met tout en œuvre pour sortir de sa toxicité.

Un jour ou l’autre, nos blessures d’enfant se réactiveront

Une personne qui – le plus souvent sans le savoir – s’évertue à refouler son agressivité dans des situations conflictuelles, ne pourra – aussi aimable qu’elle paraisse – que se montrer sous son « vrai jour » quand elle se retrouvera dans une situation incontrôlable pour elle. Immanquablement, un jour ou l’autre, par le simple fait qu’elle soit devenue parent, les monstres cachés en elle ressurgiront dans certaines situations relationnelles qu’elle vivra avec son enfant et qui réveilleront les blessures endormies et non cicatrisées qu’elle porte en elle.

La plupart des parents portent au fond d’eux-mêmes un véritable « talon d’Achille » (le fameux « ma patience a des limites ») auquel – s’ils n’en ont pas préalablement pris soin – se heurteront douloureusement leurs enfants.

Il ne peut pas en être autrement dans l’exacte mesure où ce que nous n’avons pas « mis à jour » continue d’œuvrer inconsciemment et insidieusement à l’intérieur de nous.

J’ai par exemple remarqué que les difficultés des enfants – qui sont pourtant propres à leur âge – amusent certains adultes qui jouent avec et les observent avec condescendance.

Je me souviens du regard amusé de mon père qui – quand j’avais 5 ou 6 ans – me demandait d’aller voir à la cave s’il n’y avait pas quelqu’un, parce qu’il avait entendu du bruit, cela dans le but de soi-disant tester mon courage. Il jouissait manifestement de mon désarroi, s’amusait de ma peur tout en me mettant au défi de l’affronter. Moi, l’enfant, je sentais bien que pour lui plaire je devais faire ce qu’il me demandait et en même temps je me sentais profondément mal à l’aise car je ne comprenais pas ce qui le faisait sourire.

Ce n’est que beaucoup plus tard que j’ai compris que lorsqu’il jouait avec ma peur, il m’apprenait à ne pas me respecter et à avoir honte de moi quand je n’étais pas conforme à ce qu’il voulait que je sois.

Sans doute que pour traverser les tragédies de son existence il n’avait pas pu faire autrement que de s’endurcir pour moins souffrir, et il pensait devoir endurcir son petit garçon qu’il prétendait aimer. En tout cas, c’est ainsi qu’il s’y prenait pour nourrir – à l’intérieur de lui – la délicieuse sensation de pouvoir dont il avait besoin pour ne pas rencontrer ses propres souffrances.

Un parent qui – étant enfant – a été humilié pour ses maladresses aura tendance à regarder les maladresses de ses enfants à travers le prisme de l’humiliation subie donc – par exemple – à travers une ironie plus ou moins mordante. Son « Dis-moi, t’as pas trouvé d’autre jeu que de renverser le café sur le tapis ? » mettra l’enfant dans un sournois malaise.

Un parent ayant reçu des coups (baffes, claques, fessées) à l’occasion d’un mauvais bulletin scolaire lorsqu’il était enfant, sentira monter en lui, de manière plus ou moins irrépressible, un désir de frapper son propre enfant dans une situation semblable, en interprétant le comportement de ce dernier comme un défi. Et pourtant ? A-t-on jamais vu un enfant « faire exprès » d’avoir des mauvaises notes ?

J’ai même, dans mon métier, rencontré une femme qui – parce qu’elle avait été éduquée à croire que dans la vie il fallait s’endurcir pour survivre – pensait éduquer son petit enfant de deux ans en le mettant debout sur la table, en lui tendant les bras pour qu’il se jette dedans et – au dernier moment – en se retirant pour qu’il tombe afin (je la cite) « qu’il apprenne à ne faire confiance à personne. »

De quelles trahisons cette « mère » avait-elle été la victime pour en arriver là ?

Mue par sa névrose d’angoisse d’être trahie, elle en est arrivée à croire devoir dresser[1] son enfant, c’est-à-dire devoir exercer contre lui des violences, ce qui est le contraire de l’éduquer avec respect et amour.

Ceux qui ne se remettent pas en cause

A partir de ce constat, nous distinguerons deux sortes de parents aux comportements toxiques. Ceux qui – imbus d’eux-mêmes mais surtout ignorants – sont incapables de se remettre en cause parce qu’ils sont enfermés à double tour à l’intérieur de leur petit moi. Victimes de leur arrogance et de leurs certitudes, ils se persuadent qu’ils sont libres des décisions qu’ils prennent pour éduquer leur enfant. Ils pensent que l’inconscient n’existe pas, qu’ils ne peuvent donc pas être dépendants de leur propre passé et croient agir délibérément – mus par leur simple volonté.

Victimes de leurs propres croyances, ils s’y soumettent et utilisent les concepts d’autorité, de laxisme et même de bon sens pour justifier leurs névroses et balayer d’un revers de main toute possible remise en cause de leurs comportements. Dépendants de leurs inhibitions, ils justifient maladroitement leurs émotions en s’écriant par exemple : « Quand y’en a marre, y’en a marre ! » En fait ils sont dépendants de leur impatience, de leur agressivité et de leur énervement – ce qui les rend abusifs et dangereux pour leurs enfants.

Ces parents sont toxiques en ce sens qu’ils imposent leur loi personnelle à leurs enfants dans un rapport de force d’autant plus tragique qu’il profite toujours au même côté. Ils sont aveuglés par leurs besoins issus de leurs émotions refoulées, besoins qu’ils imposent à leurs enfants à travers des injonctions comme « Tais-toi, t’as rien à dire ».

L’égocentrisme de l’éducateur s’exprime toujours de manière tentaculaire, prégnante et finalement mortifère pour l’enfant.

Comme l’a dit Janusz Korczak : « Plus le niveau spirituel de l’éducateur est pauvre, plus sa morale est incolore, plus grand sera le nombre des injonctions et interdictions qu’il imposera aux enfants, non pas par souci de leur bien, mais pour sa propre tranquillité et son propre confort. »

Ceux qui osent se remettre en cause

Il y a aussi les parents – plus lucides – qui, après une forte colère contre leur enfant par exemple, osent s’interroger et sentent plus ou moins confusément (mais courageusement parce que ce n’est pas facile pour un être qui croit aimer son enfant de remettre honnêtement en cause sa certitude), qu’ils ont été injustes.

Dans un monde par nature éphémère, nos certitudes ne sont le plus souvent que le reflet de notre besoin de protection dans un environnement qui nous fait peur. Et si nous avons peur c’est bien souvent parce que nous avons dû renoncer à conserver notre innocence d’enfant en n’osant pas nous confronter aux jugements de ceux qui prétendaient agir pour notre bien.

C’est ainsi que beaucoup de parents, manifestement touchés par mes articles « A propos des parents aux comportements toxiques »[2] et « Pourquoi faut-il reconnaître sa toxicité à l’œuvre dans sa relation à l’enfant ? »[3] m’écrivent.

Parmi ces partages, je vous soumets les propos de Carole qui me semblent particulièrement riches et représentatifs de ce que beaucoup de parents qui se remettent en cause se disent :

« J’ai cherché des informations sur le net quant à mon agressivité et ma violence psychologique et parfois physique sur mes enfants, que j’aime pourtant plus que tout.

En fait j’ai découvert grâce à vous que ces réactions venaient de ma propre enfance où j’ai été maltraitée et délaissée, j’avais pourtant l’impression d’avoir pardonné, compris mes parents divorcés et je ne me sentais pas esclave de mon passé, je pensais en être en grande partie responsable. Malheureusement j’avais tout faux car à la naissance de mes enfants je me suis rapprochée de mes parents et beaucoup de rancœur est remontée. J’ai fait une dépression à cause de ça et j’ai consulté, mais jusque-là, côté éducation je croyais encore être dans la bonne direction, je ne faisais pas encore le rapprochement. Grâce à vos articles ou vous parlez des neurones miroirs et des parents toxiques, je me suis aperçu que j’étais effectivement une maman toxique et depuis j’essaie d’y remédier. Mais j’ai toujours des réactions à fleur de peau ; dès qu’ils font une bêtise, la colère monte et dans ces moments ils m’énervent tellement que je ne les aime plus je crois car je leur dis des trucs vraiment méchants. Un instant après, je reviens à moi et je culpabilise énormément mais jusque-là je n’avais jamais avoué mon erreur dans mon mode d’éducation. Alors j’ai décidé de tout avouer à mes enfants pourtant petits (7 ans et 3 ans), je me suis excusée de mes comportements excessifs, j’ai beaucoup pleuré et je leur ai raconté que j’avais été maltraitée et que c’était pour ça que je les traitais mal à mon tour, mais que j’avais tort et que j’allais tout faire pour leur prouver mon amour autrement qu’en les menant à la baguette ! (Je donnais énormément de punitions, j’en étais à ne plus savoir de quoi les punir…) Comme je viens de faire cette découverte, grâce à vous, je suis au début mais j’ai encore du mal à contrôler ma colère même si je la comprends. 

Avez vous des pistes pour y arriver, car je souhaite être une maman aimante et bienveillante tout le temps sans crises de colères qui gâchent tout le beau rapport que j’ai la plupart du temps avec mes enfants. 

Merci d’avance. »

Se déséduquer

Les pistes que je peux proposer aux parents dépendent principalement de leur motivation, il faudrait plutôt dire de leur acharnement à ne plus vouloir utiliser leur enfant comme exutoire pour leur souffrance refoulée. Je sais bien que rationnellement, à « tête reposée », la plupart des parents conviendront qu’ils ne veulent que le bonheur de leur enfant. Eh bien justement, je crois que « nous les parents » devons commencer par ne pas nous laisser trop facilement abuser par nos « bonnes intentions » donc ne pas nous laisser abuser par la formule facile « mes enfants que j’aime pourtant plus que tout ».

Commençons par remarquer que la langue française emploie le même verbe aimer pour désigner par exemple notre relation au chocolat et notre relation à notre enfant. Beaucoup de parents aiment leurs enfants comme ils ont aimé leur jouet préféré du moment quand ils étaient eux-mêmes enfants. Avec cette sensation de possessivité qui fait qu’ils étaient prêts à faire une crise en se roulant par terre quand on le leur retirait, ce qui était « insupportable » pour eux.

Aimer son enfant, ce n’est pas l’aimer « pour soi-même », parce qu’on en est par exemple fier comme un insigne qu’on arbore, mais aimer « un autre que soi » c’est-à-dire apprendre à le respecter « tel qu’il est », ce qui est exactement l’inverse de l’abuser physiquement et émotionnellement.

Je connais un certain nombre de personnes qui – sincèrement – cherchent à apprendre à écouter les vrais besoins de leurs enfants, elles font par exemple pour cela des stages de Communication Non Violente (CNV) dans lesquels elles apprennent méthodiquement le b.a.-ba de ce que Jacques Salomé appelait la « grammaire relationnelle ». Mais tant qu’elles n’auront pas exorcisé leurs propres démons intérieurs, tant qu’elles les auront seulement chassés par la porte, ceux-ci reviendront par la fenêtre. Non pas que ces parents soient « mauvais » en soi, mais tant que les causes émotionnelles qui les poussent à agir de manière abusive avec leurs enfants n’auront pas été mises à jour et intégrées, ils en resteront dépendants et reproduiront leurs comportements toxiques.

Ainsi je constate que beaucoup de « pédagogues » redoutent de laisser l’enfant « être ce qu’il est » en croyant devoir justifier une action sur lui « dans son intérêt ». « L’enfant n’a véritablement pas le droit d’être un sujet, il demeure l’objet de la pédagogie », constatait Alice Miller.

Comme ces éducateurs qui se croient pédagogues et respectueux lorsqu’ils expliquent à des parents que pour être obéis ils n’ont qu’à laisser miroiter une récompense à leur enfant. Ils ne voient pas que c’est une manière de les manipuler comme on fait avancer l’âne avec une carotte.

« L’enfant est une personne » nous rappelait Françoise Dolto, ce qui signifie qu’il est de même nature que nous, les adultes. Transgresser ce principe, c’est abuser émotionnellement les enfants, comme – par exemple – en espionnant les SMS sur leurs portables sous le prétexte d’apaiser nos peurs, en se racontant qu’on agit pour leur bien.

Culpabiliser après coup, lorsqu’on se rend compte qu’on a abusé son enfant, est inutile et néfaste.

Le poison de la culpabilité

Vous avez peut-être remarqué qu’aujourd’hui on rencontre de plus en plus de parents qui donnent des leçons aux autres sous prétexte qu’ils ont fait un stage de trois jours pour apprendre à « bien éduquer ses enfants » et qu’ils ont « tout compris » théoriquement. C’est parce que beaucoup de personnes culpabilisent d’avoir mal traité leurs enfants qu’elles militent pour le soi-disant bien-être des enfants des autres.

Le moteur du dysfonctionnement du parent étant le plus souvent son sentiment de culpabilité, plutôt que de l’affronter, il tente de « sauver » les autres parents, ce qui est une tentative inconsciente pour s’excuser lui-même de sa propre toxicité à l’égard de ses enfants et ainsi tenter de se déculpabiliser. Sauf que vouloir sauver le parent qui n’a rien demandé (ou si peu) est en soi un abus, c’est se servir de l’autre pour se faire du bien à soi.

Cela dit, les parents eux-mêmes sont mal à l’aise – parfois en secret. Ils sentent bien qu’ils ne s’y prennent pas avec leurs enfants de la bonne façon et qu’ils ne les rendent pas heureux. Et ils ne savent rien faire d’autre que de (se) culpabiliser.

Dans un monde judéo-chrétien, on attribue volontiers de la valeur à l’émotion de culpabilité en présupposant qu’elle sera le premier pas d’une amélioration de la personne. En fait il n’en est rien, car celui qui culpabilise a plus le souci de lui-même que de l’autre. La culpabilité n’est pas altruiste, elle n’aide pas à l’édification du sens moral de la personne, elle est la simple émotion égoïste de celui qui refuse les choses telles qu’elles sont : il pense qu’il a commis une erreur et s’en veut de l’avoir commise parce que ça le frustre ! Et si ça le frustre c’est parce qu’il a été de multiples fois désavoué, réprimandé, étant enfant, d’avoir commis des erreurs.

En réalité cela n’a rien de mal « en soi » de commettre une erreur (même si cela peut être grave pour soi ou pour les autres). Commettre des erreurs fait juste partie de l’apprentissage. C’est en remarquant et corrigeant ses erreurs qu’on progresse dans n’importe quel domaine.

L’émotion de culpabilité est donc simplement le signal qui nous montre à quel point nous nous haïssons quand nous avons commis une erreur. Parce que nous croyons (faussement) que nous aurions pu ne pas la commettre. La culpabilité nous enferme à l’intérieur de nous-même et malheureusement cela reste très confus, la plupart d’entre nous ne le voient pas.

Alors, comment s’y prendre ?

Il nous faut commencer par « exorciser nos démons ». C’est parce que nous avons été conditionnés à ne pas nous aimer tels que nous étions que nous en sommes venus à ne pouvoir aimer nos enfants que « tels qu’ils devraient être, selon nous. »

Pour faire grandir l’adulte en nous (pour faire grandir le parent respectueux qui n’a pas besoin d’abuser ses enfants), il faut identifier le plus souvent possible le petit enfant aux commandes, à l’intérieur de nous. Identifier, ce n’est pas culpabiliser de se comporter comme ceci ou comme cela, c’est considérer honnêtement les choses, c’est voir avec lucidité qu’on se comporte de manière non adéquate avec la réalité puisqu’on n’est plus un petit enfant. C’est revenir à ce qu’on est vraiment : un adulte qui – parce qu’il a encore besoin de se sentir aimé – a refusé de s’être comporté comme il s’est comporté.

Si notre responsabilité d’adulte est de nous élever à la hauteur de la sensibilité de nos enfants afin de ne pas courir le risque de les blesser, il nous faut commencer par nous élever à la hauteur de notre propre sensibilité pour ne pas nous blesser nous-même.

Celui qui veut extirper de lui son sentiment de culpabilité devra commencer par distinguer son émotion de culpabilité de la situation objective qu’il vit.

Je vous donne un exemple pris dans mon « fonds » personnel de père.

Un enfant de 4 ans passe de la salle de bains à la cuisine avec une petite cuvette à moitié remplie d’eau dans laquelle flotte un petit bateau. Il joue et renverse un peu d’eau sur le linoléum de la cuisine.

A ce moment – agacé – le père gronde : « Arrête de mettre de l’eau partout dans la cuisine. »

Il soumet donc son enfant à son émotion d’agacement à travers sa remarque inexacte (puisqu’il n’y a pas de l’eau « partout »), mais enfermé à l’intérieur de son émotion c’est-à-dire à l’intérieur de sa croyance qu’on ne « joue pas avec de l’eau », il est incapable de le voir.

A ce moment sa femme – qui a entendu son injonction – intervient en disant : « Mais il n’y a pas de l’eau partout et en plus c’est facile de se servir de la serpillère qui est sous l’évier. »

Le père pourra vivre ici deux émotions différentes, toutes deux également égocentriques :

  • L’émotion de révolte liée au sentiment d’injustice qui lui fera répliquer : « J’en ai marre, je t’ai déjà dit qu’il était maladroit de me désavouer devant mon enfant, comment veux-tu qu’il me respecte après ça ! » (Incapable qu’il est de voir qu’ici maintenant, il est précisément en train de faire à sa femme devant son enfant ce qu’il lui reproche de faire !) L’enfant se sentira alors confusément pris en otage au cœur de la dispute de ses parents. N’ayant pas la maturité pour y voir clair comme pour remettre les responsabilités réciproques de ses parents à leur juste place, il ne pourra que se sentir douloureusement être la cause de la dispute de ses parents.
  • L’émotion de culpabilité : le père se sent littéralement pris par sa femme « la main dans le sac », il pense qu’il a fait une réflexion à son enfant « qu’il n’aurait pas dû faire » non pas par souci d’équité pour ce dernier mais parce qu’il a été désavoué par sa femme (dont il sent bien que ce qu’elle lui dit est juste) ; il est frustré dans son besoin infantile d’être approuvé par elle. Dans sa confusion émotionnelle, il en veut à tout le monde : à son enfant d’avoir mis de l’eau sur le sol de la cuisine, à sa femme de lui avoir fait une réflexion et à lui-même d’avoir parlé trop vite. Il se sent à la fois victime des autres, et bourreau de lui-même (selon l’éloquente expression de Guy Corneau).

Comment voir la situation avec objectivité ?

Pour sortir de cette confusion, il n’y a pas d’autre solution que de « voir les choses telles qu’elles sont », c’est-à-dire de constater (sans culpabiliser) que la mémoire de ce père, encore esclave de son passé traumatique non mis à jour, lui a imposé – au moment même où il a vu son petit enfant arriver dans la cuisine avec de l’eau – l’injonction suivante : « on ne joue pas avec l’eau ! »

Et c’est en suivant patiemment le fil de son anamnèse qu’il pourra par exemple découvrir que sa mère dépressive et maniaque faisait une fixation névrotique sur les taches et que lui-même n’avait jamais pu jouer avec de l’eau par peur des punitions.

Ce travail n’est rendu possible qu’au parent qui accepte à l’avance de s’exposer de telle façon qu’il pourra avoir le « cœur brisé » par ce qu’il découvre. Je me souviens de l’exemple que prenait Arnaud Desjardins pour l’illustrer. Un homme était rentré ivre à son domicile un soir et avait battu son enfant. Le lendemain matin – ne se souvenant plus de rien, il avait regardé le visage tuméfié de sa fille et lui avait demandé « Mais qui est-ce qui t’a fait ça ? ». Après avoir entendu la réponse : « Mais c’est toi papa, hier soir », cet homme avait eu le cœur brisé et n’avait depuis jamais rebu une seule goutte d’alcool (en se faisant aider par les Alcooliques Anonymes).

Dans ce contexte si dramatique, cet homme s’était exposé, sans défense, à ce qu’il avait fait. Il avait eu le courage de ne pas se trouver d’excuses, il n’avait pas « culpabilisé », il avait simplement « vu » ce qu’il avait fait à son enfant.

C’est cette simple vision qui permet à un être d’avoir le cœur brisé et de ne plus recommencer.

Quand un être ouvre son cœur à ce qu’il a fait subir à l’autre, il ne peut pas ne pas ressentir de la douleur. Cette douleur peut fonctionner pour lui de manière « définitive » en lui faisant vivre « l’horreur de son acte. »

C’est parce que les bourreaux sont incapables de ressentir l’horreur de leurs actes qu’ils peuvent continuer de l’être. Si nous voulons devenir capables de constater nos abus avec nos enfants, il nous faut en prendre l’exacte mesure sans nous en protéger.

Je peux témoigner que « l’électrochoc personnel » est radical et qu’il est bien sûr dépendant de la relation intime du parent aux valeurs qui sont les siennes, de ce que l’on pourrait appeler son niveau d’être.

D’autre part nous ne pouvons avoir le cœur brisé que parce que nous acceptons d’être vulnérables et cela parle directement de la relation que nous entretenons avec la « vérité » et avec nous-même, c’est-à-dire de notre propension à oser « voir les choses telles qu’elles sont » aussi douloureux que cela soit pour nous.

Pour répondre à Carole

Quand une personne me dit avoir « pardonné » à ses parents toxiques, je m’interroge. J’ai l’impression que cela signifie « avoir l’impression d’avoir tourné la page ». Là encore, il nous faut regarder les choses de beaucoup plus près. Nous ne pouvons « tourner la page » que délibérément, en sachant ce que nous faisons, c’est-à-dire en ayant vérifié par nous-mêmes que nous ne sommes ni dans le ressentiment, ni dans l’émotion de victimisation de celui ou de celle qui a juste entrevu la toxicité de ses parents, et qui après l’avoir entrevue a vite fermé la porte de peur de ce qu’il allait découvrir. Le soi-disant « pardon » est souvent confondu avec la lâcheté vis-à-vis de soi-même : parce que j’ai peur d’entrer en conflit avec ceux qui m’ont abusé, je préfère dire (et me raconter à moi-même) que je leur ai pardonné.

Et je me dois encore de préciser que si nous estimions que c’est à la victime de devoir pardonner à son abuseur, il s’agirait encore d’un abus : par inversion des rôles… Mis à l’endroit, dans un monde ordonné, c’est bien à l’abuseur de s’excuser et non pas à la victime – qui a déjà du mal à entrer en relation avec elle-même – à pardonner.

Et comme Carole le découvre à ses dépens, elle « avait tout faux » c’est-à-dire qu’elle s’abusait elle-même en croyant avoir « pardonné » alors même que si elle ne ressentait plus la toxicité de ses parents, c’était simplement parce qu’elle s’était éloignée d’eux. Cette toxicité était donc latente, il a suffi qu’elle devienne mère à son tour pour – se rapprochant à ce moment de ses parents – la ressentir à nouveau. Puisqu’aucun travail véritable de sa part n’avait en réalité été fait, il lui a donc « fallu » sombrer dans la dépression pour trouver dans sa souffrance le désir de chercher à comprendre, lire mes articles et découvrir la « vérité » : que non seulement elle était toujours la victime de la toxicité de ses parents mais qu’en plus elle avait elle-même des comportements toxiques avec ses enfants.

Si elle a une réaction « à fleur de peau » quand ils font une bêtise, c’est bien parce que les « bêtises » de ses enfants réactivent en elle des blessures non cicatrisées. Et cela, elle ne peut que le constater avec effroi mais elle n’y peut rien tant qu’elle n’a pas entrepris un véritable travail de connaissance d’elle-même – qui lui permettra de voir précisément à qui et à quoi elle obéit dans ces moments-là et pourquoi.

Son énorme culpabilité ne peut qu’être mortifère pour elle (car elle doit rencontrer sa négativité pour s’en libérer et que tant qu’elle en a peur elle ne peut que s’y soumettre.) Être honnête c’est, comme elle en convient courageusement, reconnaitre que dans certaines circonstances elle n’aime plus ses enfants ou – plus exactement – qu’elle emploie des mots avec eux qui cherchent à leur faire sentir qu’elle ne les aime plus.

La lutte interne que Carole a vécue avec d’un côté la puissance de son exaspération et de son rejet vis-à-vis de ses enfants et de l’autre la prise de conscience – à travers mes articles – qu’elle était en train de les maltraiter, de les abuser, a révélé, réveillé la « mère qui les aime » en elle. Toujours aussi courageusement elle « décide de tout avouer », comme un malfaiteur se rend à la justice parce qu’il ne supporte plus l’idée de son forfait.

Doit-on tout expliquer à ses enfants ?

Accablée par sa propre souffrance, elle oublie à ce moment que si ses enfants de 7 et 3 ans peuvent sentir l’ouverture sincère de leur mère quand elle leur dit qu’elle s’est trompée et qu’elle s’excuse, ils la ressentiront d’autant mieux quand elle transformera ses paroles en actes en ne recommençant plus ses violences.

Ils sont tout à fait incapables (à cet âge) de gérer le comportement émotionnel de leur mère (quand elle leur parle des abus qu’elle a subis.) Carole le pressent même quand elle partage qu’elle veut tout avouer à ses enfants « pourtant » petits. Ont-ils besoin qu’elle lui « avoue » quelque chose ? Ils ne peuvent être ses juges, ils sont ses enfants. Qu’ont-ils pu comprendre de la maltraitance que leur mère leur disait avoir vécue ? Comment ont-ils pu ressentir ses pleurs, eux des enfants par nature vulnérables et sensibles ? Pire, n’ont-ils pas alors pensé être la cause du désarroi de celle par laquelle ils ressentent si fort le besoin d’être aimés ? Les enfants sont des enfants, des éponges imbibées des émotions de leurs parents.

Les enfants pour se constituer ont besoin de parents « solides ». C’est être solide que de convenir de son erreur sans fausse pudeur, c’est toujours être solide de s’en excuser parce que cela montre à l’enfant la probité, l’honnêteté avec laquelle son parent gère ses erreurs sans en avoir peur (et cela est éducatif). Mais ce n’est plus « solide » que de tenter de faire sentir cela à son enfant à travers des débordements émotionnels qui ne peuvent que l’émouvoir et le troubler.

Ce travail héroïque du parent qui rencontre « la vérité » en restant debout doit d’abord être le sien, il doit se faire dans son intimité ou dans l’intimité d’un cabinet psychothérapeutique, pas devant des enfants troublés. Sentons que dans leur innocence les enfants ne peuvent qu’être encombrés parce que troublés de nos excuses.

J’entends qu’apprendre à maitriser, à contrôler sa colère n’est pas chose aisée pour celui ou celle à qui petit(e) on a manqué de respect donc que l’on a abusé(e). Comme je le disais au début de cet article, c’est parce que l’on a été émotionnellement abusé enfant que l’on abuse émotionnellement les autres quand on est devenu adulte. Prendre la mesure de ce que l’on a soi-même vécu pour ne plus devoir inconsciemment l’infliger à ses enfants n’est pas si simple, cela peut se faire pas à pas dans le cabinet d’un psychothérapeute par lequel on se sent respecté. Vouloir trop rapidement être, comme Carole l’exprime : « une maman aimante et bienveillante tout le temps » ou comme beaucoup de parents que je connais, considérer que puisqu’on a intellectuellement compris qu’on ne fait que répéter ce que l’on a soi-même subi, on peut faire l’économie de ce lent travail thérapeutique de rencontre avec soi-même et ses démons (qui nous font si peur), est une forme d’abus contre soi-même (et contre les autres) à regarder en face.

Pour devenir une maman bienveillante, Carole a besoin de commencer par s’entraîner à être bienveillante avec elle-même. Ainsi je ne suis pas certain que – comme elle l’affirme en culpabilisant – ses crises de colère « gâchent » le beau rapport qu’elle dit avoir, la plupart du temps, avec ses enfants. A voir les choses de manière exclusive à travers sa négativité pour elle-même, Carole risque de se rendre la vie encore plus dure.

En fait, Carole a la plupart du temps un beau rapport avec ses enfants. Tant qu’elle considère que ses faux pas « gâchent les choses » elle se met la pression en étant la victime de l’idéal de mère aimante qu’elle s’impose. Carole en est « là où elle en est », il lui faut devenir claire avec cela, l’accepter, c’est à cette condition qu’elle se « détendra » et arrêtera de se prendre pour le monstre qu’elle n’est pas. C’est à l’intérieur de cette détente (donc par amour pour la mère qu’elle est et qu’il lui faut apprendre à aimer et à faire grandir), qu’elle parviendra peu à peu à aimer et à respecter ses enfants.

En guise de conclusion

Quand on parle d’avoir le cœur brisé c’est la plupart du temps de manière très égoïste, on se sent en souffrance parce que l’on prétend que l’autre nous a brisé le cœur. Et cela n’a rien à voir avec le cœur brisé dont je parle ici. Ce cœur brisé est dans ce cas le cœur du parent qui – parce qu’il aime – ose personnellement ressentir dans sa chair ce qu’il fait à son propre enfant quand il l’abuse émotionnellement ou physiquement.

C’est le cœur brisé du parent qui ose balayer devant sa propre porte par amour pour son enfant. Quelle preuve d’amour plus flagrante un parent peut-il montrer à son enfant qu’il prétend aimer que de s’exposer lui-même à ce qu’il lui a fait subir ?

Cela revient à se souvenir que rien, jamais, ne justifie l’abus, la violence ou l’humiliation et que même si nous avons été maltraités et abusés par des parents aux comportements toxiques, cela ne doit jamais être pour nous une justification, un prétexte pour devoir à notre tour reproduire de tels comportements.

Être de plus en plus responsable de soi-même, c’est commencer par retrouver ce qu’il nous a été donné de vivre dans l’enfance – aussi cruel que cela ait été, puis le dédramatiser pour pouvoir l’intégrer. La plupart des gens commencent par dédramatiser ce qu’ils ont vécu (combien de fois n’ai-je pas entendu : « les coups, je les avais bien mérités »), ils se condamnent alors à ne rien pouvoir retrouver et deviennent incapables de revivre les émotions bloquées en eux qui restent enfouies, ce qui est le véritable obstacle à l’éradication définitive de leur violence.

Même si nous tentons d’être des parents bons et aimants, nous ne pouvons pas regarder le monde (et nos enfants) autrement qu’à travers les yeux de ceux qui nous ont appris à le percevoir. Changer sa manière de voir ne devient possible qu’à celui qui a préalablement fait la paix avec ce qui lui a été donné de vivre, c’est-à-dire à celui qui a réussi à se libérer de son passé traumatique.

Crédits : Illustration de Marie Cardouat (pour le jeu Dixit)

Notes :

[1] Voir mon article : Eduquer ou dresser ?

[2] Voir mon article : A propos des parents aux comportements toxiques

[3] Voir mon article : Pourquoi faut-il reconnaître sa toxicité à l’oeuvre dans sa relation à l’enfant ?

© 2016 Renaud & Hélène PERRONNET Tous droits réservés.

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Je vous invite vivement à lire le livre d’Alice Miller « Notre corps ne ment jamais », si vous ne l’avez pas, vous pouvez en écouter gratuitement la lecture en cliquant sur ce lien (Durée 5h05).

69 réflexions au sujet de « Comment sortir de sa toxicité de parent ? »

  1. Stéphanie

    Article très intéressant. Merci Renaud pour ces articles toujours si riches en enseignements et qui font réfléchir et aide à changer.

    Répondre
  2. Geraldine

    Un chemin long et lent effectivement. Il faut trouver un bon psychothérapeute en qui on a confiance. Malgré tout, j’en suis à me dire que cela ne suffit pas pour que le passé soit accepté « avec ses tripes », c est à dire emotionnellement. Dans mon propre parcours d’enfant issue de parents toxiques, et donc toxique envers mes enfants, je comprends intellectuellement. Mais pas emotionnellement. Je suis toujours assez coupée des émotions. C’est un monde qui m’est encore largement inconnu.

    Répondre
  3. Julie

    Ouf… Quel écho… Cet article résonne fort, je sens et j’entend mon cœur de petite fille et de mère battre. Tout était flou et je n’arrivai pas à clarifier ce que je pressentait. Votre article sonne merveilleusement juste pour moi. Je mesure le chemin parcouru et celui qui me reste à faire. Merci. Je reprend courage, espoir et force.

    Répondre
  4. Lucas T.

    Bel article !
    En ce qui me concerne, j’ai eu un père diagnostiqué pervers narcissique.
    Grâce à une thérapie et à une mère très à l’écoute, je suis parvenu à grandir en laissant de côté, progressivement, la rancoeur et la haine qu’il pouvait m’inspirer.
    Je n’ai jamais pardonné mais je suis passé à autre chose.
    Certains parents sont incapables de se remettre en question.
    Mon père en fait partie.
    J’ai choisi de raconter mon histoire (Et Moi alors ?) parce que trop d’enfants souffrent sans être entendus par la justice, de maltraitance psychologique, terriblement destructrice.

    Répondre
    1. Clochette

      Bonjour Lucas,
      je suis intéressée par votre histoire.
      Le père de mon fils a été violent et manipulateur avec moi, il ressemble fort à un PN, nous sommes séparés et je m’inquiète pour mon fils qui vit avec lui une semaine sur deux.
      Comment avez vous réussi à vous en sortir ? Que peut on faire pour l’aider?
      Merci

      Répondre
      1. Lucas T.

        Bonjour Clochette,
        Vous pouvez retrouver toute mon histoire dans mon livre : Et Moi alors ? (Editions du net).
        J’espère qu’il vous aidera.
        J’ai également une page facebook (Et moi alors ? ) (on reconnait la couverture de mon livre).

        Lucas

        Répondre
  5. N.

    J’ai eu des crises de colère avec mon fils, sous alcool, il m’est arrivé de le frapper et de l’insulter. J’étais seule, très seule. Je ne bois plus d’alcool. Il a maintenant 26 ans, il veut comprendre et se construire avec ce passé ; courageux, il prend son bouclier et son épée pour terrasser le dragon…
    Je viens de comprendre qu’il a besoin que je formule le mal que je lui ai fait. Et, comme vous dites dans cet article, mon coeur se brise de regarder en face la douleur que je lui ai causée, la blessure pour la vie que je lui ai infligée, les coups, les insultes en période de crise.
    Arrivera-t-il à se défaire de la toxicité de mon comportement passé ? Et que puis-je faire pour l’y aider ?
    Je suis en train de lui écrire une lettre pour qu’il puisse lire à tête reposée, en dehors de nos discussions « orageuses » sur ce sujet. Dois-je lui décrire ce que je lui ai fait et qu’il me « balance » à la figure avec haine ? Faut-il que je parle de ma propre enfance, de mon vécu ?
    Oui, le coeur brisé de regarder en face ce que j’ai fait et je pleure. Est-il possible de réparer ? De soigner ? De lui permettre de rompre cette chaîne de transmission émotionnelle ? Je sais qu’il ne veut pas avoir d’enfant tant qu’il n’aura pas régler cette haine qu’il a à cause de moi.

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Sans doute n’est-il pas important que votre coeur se brise si cela lui permet de s’ouvrir, c’est-à-dire de parler à votre fils sobrement et en vérité.
      Si vous souhaitez montrer à votre fils que vous prenez toute la responsabilité qui est la vôtre dans la relation, il n’est certainement pas utile que vous lui parliez de votre propre enfance, de votre vécu qui pourrait lui paraître comme une « excuse ».
      Par contre il est important que vous vous expliquiez vos propres comportements à vous-même, que vous y mettiez du sens, et cela se fait dans le cabinet d’un psychothérapeute qui – pour ce faire – vous accompagnera.
      Il ne vous faut donc pas confondre votre rôle de mère avec celui de la femme qui a vécu « ce qu’elle a vécu » et qui a besoin pour s’en délivrer, de le reconnaitre.

      Il est possible de rompre les « malédictions des chaines de transmission émotionnelles ». Et cela peut se faire si nos besoins de protection sont moins forts que notre capacité à l’authenticité et notre goût pour la vérité. (Et ce sera le thème de mon prochain article.)

      Répondre
  6. Marie

    En fait, vous voulez dire qu’on ne perd pas notre innocence parce qu’on subit des coups durs mais parce qu’on n’ose pas se confronter aux gens qui nous font du mal ?

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Oser se confronter aux gens qui nous ont fait du mal pour leur mettre des limites c’est se faire justice en n’attendant (enfin) plus d’eux. Cela n’est rendu possible en effet qu’à celui qui convient du mal qu’on lui a fait et en convenir c’est reconnaitre son innocence.

      Répondre
  7. Carole

    Mr Peronnet, je vous remercie d’avoir pris le temps d’écrire cet article et d’avoir répondu à mes interrogations. ‘ai compris que j’ai eu tord de leur parler de mon passé, vous avez tout à fait raison de dire que j’ai fait ça pour me justifier et me trouver des excuses. Mais je réalise que je suis sur la bonne voie en tout cas intellectuellement. Car si je reviens ici c’est parce que ce soir encore une fois, celle de trop, j’ai mal traité mon fils, rabaissements, hurlements effrayants, quelques claques pour finir en calins je te demande pardon, c’est plus possible, les pauvres les deux sont venus me demander pardon, en disant que c’étaient de leur faute car ils n’écoutaient pas mes consignes! Oui j’ai l’impression d’être un monstre dans ces moments là, car je vois la frayeur dans son regard, avant même que je le touche. Il a eu plusieurs mois de répit, je croyais avoir enfin changé suite à lecture de vos articles, mais je me rends compte que quand son attitude se rapproche de ma propre attitude d’ex enfant je ne me controle plus, je me retiens mais j’ai une hargne qui n’a aucun sens face aux si petits « délis » de ce bonhomme, qui n’en sont pas (il me contredit, ne range pas sa chambre, met de l’eau partout (tiens ce partout) dans la salle de bain etc) Je ne le tabasse pas, je vous rassure, mais pour moi c’est insupportable de leur faire subir ça, surtout que mon fils commence à avoir des difficultés dans ses relations à cause de ça (j’en ai fait un docile qui accepte de se faire maltraiter par ses camarades). Vous m’avez convaincu de reprendre ma démarche d’aller voir un psychothérapeute pour enfin aller au bout de ce qui me ronge sans que je sache le nommer actuellement et devenir une adulte responsable pas la victime bourreau que je suis devenue. Quand vous parlez d’affronter ses parents je ne comprends pas ce que vous entendez par là. Dois je leur parler? Les éviter? Me confronter? Ou continuer comme si de rien n’était? Car cette toxicité continue envers moi encore aujourd’hui, et parallèlement ils m’aident et les enfants les adorent. Mais ils se permettent de juger et rabaisser mon éducation, disent aussi des méchantes choses aux enfants, critiquent leur père, son pays, sa culture car il est étranger etc. Merci encore pour mes enfants et pour moi.

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Des parents qui se permettent de critiquer votre vie en vous rabaissant vous et votre mari ont simplement besoin que vous leur mettiez des limites, c’est cela les « confronter », ne pas tolérer leur attitude négative. Vous allez pouvoir observer vos résistances à le faire accompagnée en cela par votre psychothérapeute. Bon courage !

      Répondre
    2. Sabrina

      Bonjour Carole
      je découvre les articles de mr perronnet et votre témoignage que j’ai l’impression d’avoir écrit..
      je vous souhaite ainsi qu’à moi mais surtout pour EUX de trouver le chemin le plus vite possible car l’enfance est si courte.

      Répondre
  8. Marie

    J’avais juste envie de dire à Carole qu’avouer de faire des erreurs avec ses enfants c’est déjà beaucoup les aimer, il faut beaucoup de courage, tout le monde ne le fait pas et n’essaie pas de se remettre en question.

    Répondre
  9. Marina

    C’est vrai, tout le monde ne le fait pas ; en même temps, c’est tellement évident que l’on fait du mal à son enfant en le terrorisant, lui mettant des baffes et l’insultant « pour son bien » qu’ il n’y a pas tant de mérite à seulement s’en rendre compte…

    Vous vous en rendez compte, c’est très bien, mais surtout continuez de bien vous en rendre compte, ne minimisez surtout pas. C’est être encore dans le déni de le minimiser ou de se trouver des excuses. Oui, ça fait de vous un monstre, une abomination intolérable. Mais peu importe, c’est la première étape essentielle de bien mesurer tout ce mal. Exposez vous à toute la douleur que vous faites subir à votre enfant, ainsi qu’à vous-même dans le même temps. N’en ayez pas peur, regardez la bien en face. Vous avez déjà commencé à le faire. Continuez. C’est quand vous en aurez pris toute la mesure que vous trouverez la force d’y renoncer.

    Ce monstre de douleur qu’il ne faut pas avoir peur de regarder en face, ce n’est que la petite fille meurtrie en vous, qui vous empêche de devenir la maman aimante que vous voulez être.

    Faites donc connaissance avec cette petite fille, et vous pourrez l’accueillir dans vos bras. Vous vous pardonnez alors ce pour quoi en fait vous n’êtes pour rien.

    Je ne fais que répéter les conseils avisés de M Perronnet, à la lumière de ce qu’ils m’ont apporté. Lisez et relisez les échanges sur ce site, mettez y toute votre intelligence émotionnelle, soyez attentive à ce que ça réveille d’émotion en vous, exposez vous à ces émotions. Cf. un peu plus haut « …cela peut se faire si nos besoins de protection sont moins forts que notre capacité à l’authenticité et notre goût pour la vérité. »

    Et, si je puis me permettre, cessez de sur-protéger vos parents ; c’est votre enfant qui a besoin d’être protégé tout court.
    Courage.

    Répondre
  10. Cristina

    Bonjour
    Vous dites que les enfants ont besoin de parents solides. Mais comment être solide quand on a une maladie qui nous rends faible aux yeux de nos enfants ? Je suis bipolaire

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Oui, bien sûr, mais si vous parvenez à stabiliser votre bipolarité, je suis persuadé qu’il vous sera possible de vivre votre maladie de manière authentique et responsable vis-à-vis de vos enfants, sans devoir culpabiliser de ce que vous ne pouvez pas leur donner.

      Répondre
  11. Magali

    Je me questionne… Cela veut dire que nos agissements néfastes envers les autres et notamment nos enfants sont toujours à cause d’un passé traumatique. Qu’en est il de nos « bons » actes? Faut il toujours trouver un coupable pour notre manière d’être?

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Il ne peut pas y avoir d’effet sans cause. Pourquoi tenez-vous à interpréter le principe de causalité en termes de culpabilité ? On culpabilise par exemple son enfant parce qu’on a soi-même été culpabilisé par ses éducateurs et contraint de considérer ce procédé éducatif toxique comme un bien.

      Répondre
  12. Tribazz

    Merci pour votre site que je découvre aujourd’hui avec beaucoup de curiosité et d’intérêt. J’ai rompu avec mes parents suite à une deuxième tentative de suicide qui symbolise une vraie colère que je n’ai jamais su exprimé. Je cherchais leur amour, la compréhension de mon être et j’ai reçu en retour un refus de ma vision du bonheur. Le bonheur est intérieur, unique comme notre être. Mes parents m’ont appris des choses et acheté beaucoup de choses inutiles et après ils voulaient me les reprendre…Je ne comprenais pas leurs réactions. En lisant vos réflexions, tout s’éclaire. J’ai une foi en la vie depuis le début. Je ne joue plus à me faire du mal, je jouis de ce que j’ai ici et maintenant en gardant le sourire. Les démons de ma famille, je les laisse où ils sont. Cela ne m’appartient plus. parfois je suis nostalgique mais très vite des émotions reviennent et là je retourne à la réalité d’aujourd’hui ! La vie que je choisis

    Répondre
    1. Karen

      Je me demande justement ce que veux dire ce donner et reprendre. Je vis cela avec ma mère. Elle me donne et donne. Mais il lui arrive de se fâcher et de tout vouloir reprendre.
      Je suis perdue face à cette instabilité constante. Qu’en avez vous conclu de ce lien matériel que le parent insiste instaurer? Et décide de retirer comme un tapis sous ses pieds.
      Je veux prendre les mesures pour changer et être plus heureuse mais une distance est elle nécessaire ?

      Répondre
  13. Renaud Perronnet Auteur de l’article

    Je crois – en effet – qu’une distance est souhaitable face à un être instable qui ne peut pas donner sans reprendre. C’est cette saine distance qui vous permettra de ne pas devoir en devenir la victime.

    Répondre
  14. Alessandra

    Je suis une mère toxique. Je suis absolument tout ce que vous décrivez dans vote article. Et j’ai une mère toxique, hyper maniaque, qui me fait souvent des remarques désobligeantes sur la tenue de mon interieur, la façon dont j’eduque mes enfants qu’elle juge trop laxiste etc… Je consulte une psy depuis peu car j’ai besoin d’exorciser tout ça. Cependant, j’ai l’impression d’avoir parfaitement conscience de ce que j’ai vécu mais que dois je en faire? Et c’est là que je patauge… est ce parce que je n’ai pas dépassé le stade du ressentiment? J’ai l’impression d’avancer au ralenti avec la psy et ça me frustre car pendant ce temps je n’arrive pas à gérer mes émotions négatives envers mes enfants… mon aînée (5ans) m’exaspère très rapidement, je n’ai aucune patience, ses petites « erreurs » me mettent en colère vitesse grand V. Et je n’arrive pas à canaliser ces émotions qui me submergent…
    J’ai besoin de pistes. Je me sens désemparée. J’ai envie de changer. Je veux changer. Mais comment??

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      La première chose est de veiller à ne pas vous accabler, vous n’êtes pas une mère toxique mais une mère qui a des comportements toxiques. La seconde, si vous êtes déterminée à vous en sortir est d’oser ressentir ce que vous faites vivre à vos enfants qui ne pourra que vous rappeler ce que vous avez vous-même vécu dans votre relation à votre mère.
      N’hésitez pas à faire part à votre psy de vos impressions, y compris à son égard. Elle est là pour ça.
      Pour aller plus loin, lisez mon article : Comment sortir de sa toxicité de parent ? qui vous donnera des pistes.

      Répondre
  15. Alessandra

    Merci pour votre réponse dans le precedent article. Je me retrouve complètement dans le temoignage de Carole. Je vis exactement la même chose. J’ai mis le doigt sur le pourquoi je reagissais ainsi mais je suis incapable de me contrôler. Je suis une mère catastrophique. Mes parents sont des grand parents sans patience avec mon aînée. Il y a d’ailleurs eu clash avec mon mari en mai sur leur attitude qu’il trouvait inadéquate. Depuis je les ai au téléphone mais nous ne les avons pas revu. J’appréhende Noël. J’ai fait non pas des stages de communication non violente (;-)) mais de discipline positive. (J’ai tout bien saisi mais submergée pas les situations et mes émotions négatives j’ai beaucoup de mal à l’appliquer). D’ailleurs quand j’ai parlé à mes parents de ce stage ma mère m’ a ri au nez, me disant que ce n’etaient que des conneries…et que de toute façon on cédait tout à notre fille et qu’on allait avoir de gros problèmes avec elle… Que des paroles encourageantes…
    il est vrai que je les ai beaucoup sollicité l année passée car nos filles etaient souvent malades et ils sont venus régulièrement les garder (ils habitent à 500 km); quand ils sont chez nous ils nous aident beaucoup: courses, ménage etc… La dispute avec mon mari les a beaucoup ébranlé car « avec tout ce que l’on fait pour vous… »
    A rajouter à tout cela le fait que je suis fille unique et donc finalement personne avec qui partager ce vécu, ça commence à peser un peu.
    Je m’égare mais en fait ma question serait: pourquoi les petites erreurs de mon aînée me mettent dans un tel enervement, et puisque finalement j’ai identifié ce pourquoi, du fait de situations vécues dans mon enfance etc…, pourquoi suis je incapable de prendre sur moi, me calmer ?

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Il vous faudrait regarder de beaucoup plus près (donc dans une relation thérapeutique), pourquoi votre dépendance toxique à votre mère est plus forte que l’amour que vous avez pour vos enfants. Ce qui vous oblige (malgré les réticences de votre mari) à confier vos enfant à cette femme alors même que vous connaissez son influence négative sur ceux qu’elle fréquente ?
      Les « petites erreurs de votre aînée » vous touchent parce qu’elles font ressurgir en vous la mémoire douloureuse de la petite fille contrainte de considérer les comportement toxiques de sa mère comme de l’amour.

      Répondre
  16. Alessandra

    Je vous remercie infiniment pour vos réponses. On sent que vous maîtrisez parfaitement le sujet. Ce sur quoi je n’arrive pas à travailler c’est pourquoi je ne peux pas outrepasser tout ça. Au fond de moi je me dis que si ma mère est comme ça c’est à cause de souffrances de sa propre enfance et de son rapport à sa mère dont elle s’est énormément occupée alors même que celle ci la considérait très mal, ce qui m’a toujours révolté par ailleurs. Bien sûr je n’approuve pas le comportement toxique qu’elle a pu ou peut avoir mais je me dis Que contrairement moi elle n’a pas cette lucidité et ce recul nécessaire pour évoluer. Je sens que j’ai toutes les cartes en main ou quasi mais pourquoi n est ce pas plus fluide.
    Des fois je m’interroge sur ma thérapie. Certes je n’en suis qu’aux prémices mais où vais je alors que j’ai cette impression d’avoir mis le doigt sur Mon problème et surtout pourquoi est ce si long. je voudrais pouvoir rapidement corriger mon comportement avant de faire trop de dégâts dans le psychisme de mes enfants. Je veux que mes enfants soient heureux et qu ils ne récupèrent pas les valises des ancêtres….

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Je vous conseille vivement de parler de tout cela avec votre thérapeute, de vous exposer, ce qui vous permettra peut-être de dépasser le niveau intellectuel et de vous ouvrir à vos propres émotions, c’est du moins ce que je vous souhaite.

      Répondre
  17. OumShayan

    Bonjour,

    vous dites que le parent toxique a lui même souffert dans son enfance d’abus.
    Personnellement, ce n’est pas mes parents qui ont été toxiques pour moi, mais ma grande soeur de 3 ans mon aîné.
    Elle me frappait, m’humiliait, se moquait de moi, me donnait des surnoms etc… Elle était comme ça avec moi jusqu’à très tard. La dernière fois qu’elle m’a frappé, j’avais 30 ans et je venais d’accoucher de mon fils. C’est seulement depuis que je ne la vois plus qu’il n’y a plus de problème. J’ai changé de pays mais même par téléphone ou message c’est toujours à un cheveux d’une dispute ou de couper les ponts encore pour des mois.
    Quand je me fache contre mes enfants aujourd’hui, je me surprends à répéter certaines phrases qu’elle me disait, exemple :  » ah ! voilà ! maintenant que je t’ai crié dessus tu écoutes, tu ne comprends pas quand je te parle gentiment  »  » tu aimes ça hein !? c’est ce que tu voulais !  » Et punition ou fessé les pires fois…
    Mais pour en revenir à ma soeur, elle a eu les mêmes parents que moi et personne ne lui a fait subir ce qu’elle m’a fait des années.
    Faut-il forcément avoir subis des abus pour abuser des autres ? N’est-elle pas tout simplement méchante ? Est-ce juste son caractère depuis la naissance ?
    Ma mère nous a souvent raconté que ma soeur était très jalouse petite. Elle voulait me faire tomber dès qu’elle le pouvait quand j’était bébé. Elle tirait les cheveux de ma mère quand elle se maquillait ou se préparait en se faisant belle.
    Je ne pense pas la détester, mais aujourd’hui, ce que je fais avec mes enfants quand je suis en colère me fait peur et je n’ai absolument pas envie de devenir le dixième de ce qu’elle est.
    Pardonner, pour ça il faudrait qu’elle le demande le pardon, comme vous l’avez dit.
    Mais j’en veux beaucoup plus à mère qui a laissé faire et même minimisé la chose quand on en a reparlé plus grand. Jusqu’a aujourd’hui, je passe pour celle qui exagère et qui  » s’invente  » des histoires alors que les coups étaient visibles, je me rappelle d’une infirmière de mon collège qui pensait que mes parents me battaient car j’avais une oreille violette/noir tellement ma soeur m’avait frappé dessus. ( Quand elle a su que c’était ma soeur, c ‘est comme si de rien était, comme si c’était normal qu’ on se fasse ça entre frère et soeur ).
    Bref, j’aimerais m’en sortir et ne pas reproduire ce qu’elle m’a fait, mais j’aimerais savoir pourquoi ELLE est comme ça si personne ne lui a rien fait ?

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Vous m’écrivez que vos parents n’ont pas été toxiques pour vous et pourtant vous partagez que vous leur en voulez légitimement de n’avoir pas su vous protéger de la violence de votre grande soeur. N’y voyez-vous pas une contradiction ?
      Oui, vous répétez sur vos propres enfants les humiliations que vous avez subies en étant contrainte de les trouver « normales ». Vous cherchez à faire croire à vos enfants qu’ils aiment la violence dont ils sont les victimes parce qu’on vous a contraint à croire qu’elle était normale pour vous et que vous l’aimiez. De plus vous n’avez, jusqu’à ce jour, pas fait de travail pour découvrir que vous étiez la victime de la perversion de votre soeur et de l’indifférence de vos parents.
      La jalousie de votre soeur était la manière dont s’exprimait pour elle la blessure d’avoir été détrônée par vous. Cette jalousie n’a manifestement pas été comprise ni apaisée par vos parents. C’est ainsi qu’à force de lui répéter qu’elle était une personne méchante, votre soeur s’est trouvée confortée dans ses comportements manipulateurs et violents.
      Pour aller plus loin, vous pouvez lire :
      Les racines de la violence
      Comment gérer celui qui dit du mal de nous ? Sommes-nous volontairement méchants ?

      Répondre
  18. CHEVALIER

    bonjour
    je vous remercie de vos articles qui m’ont permis de comprendre que mes parents avaient en fait été « toxiques ». Enfant, je ne pouvais « rien faire » sans avoir toujours mes parents sur le dos. Adolescente, je n’avais pas le droit de sortir, car « on ne sait jamais », des fois que je me fasse violer au détour d’une rue… « Avec tout ce qu’il se passe » (et on était dans les années 90)
    L’électrochoc a eu lieu récemment. J’ai 40 ans, j’ai un frère (diagnostiqué schizophrène paranoïaque) et une soeur, je suis mariée et maman de 3 enfants. Je vis depuis 15 ans plus ou moins « loin » de mes parents, au gré de nos mobilités professionnelles. Aujourd’hui nous sommes distants de 2h30 de route (pas si loin donc).
    Mes parents ne viennent plus nous voir depuis de longues années (j’ai compté qu’en 15 ans, ils sont venus chez nous en tout et pour tout 4 ou 5 fois, malgré nos nombreuses invitations).
    Mon père ne supporte pas de ne pas dormir chez lui. Alors, j’ai proposé de venir à mon tour, de passer quelques jours en été, pendant les vacances scolaires des enfants : « non, ton père est fatigué » a été la fin de non recevoir que j’ai reçue il y a 3 ans.
    C’est toujours nous qui nous déplaçons, systématiquement à Noël et parfois l’été. Nous ne dormons jamais chez eux, car ils ne le souhaitent pas. Alors, nous passons une demi journée, puis retournons chez mes beaux parents qui habitent à 1h30 de chez eux. Bien sûr, mes parents trouvent que nous restons jamais suffisamment longtemps.
    Cette année, à Noël (2016), mon père nous a demandé de ne pas venir. Le noël précédent, il s’était montré infect, nous avions bien senti que nous n’étions pas les bienvenus. (c’est toujours moi qui dis à ma mère que nous allons venir, nous ne sommes jamais « officiellement invités »).
    il faut préciser que mon père a déclaré un cancer stade 1 en novembre dernier : est ce pour cela qu’il se croit permis d’être à ce point désagréable ? Il m’a en effet dit qu’il ne voulait plus voir mon mari, qu’il n’a jamais pu « le blairer » de toute façon. J’ai salué et j’ai raccroché. Une semaine plus tard, j’ai rappelé pour prendre de ses nouvelles… Après échanges de 3 minutes sur l’état de santé de mon père, et au lieu de me présenter d’éventuelles excuses, ma mère a vidé son sac de tout un tas de rancoeurs depuis 15 ans, avec des choses complètement invraisemblables et incohérentes (« vous faîtes exprès de ne pas nous donner notre mot de passe Skype pour pas que l’on communique et que l’on voit nos petites filles », alors que c’est moi qui lui ai installé ce logiciel sur son ordinateur, elle n’avait qu’à créer ce mot de passe, je lui avais montré comment faire. « Ton mari ne va jamais vers ton père pour le saluer », « il le fuit », « ton mari n’a rien fait pour s’intégrer dans notre famille », pour en arriver à la révélation : « de toute façon, on a toujours préféré ta soeur, car elle, au moins, elle était affectueuse avec nous »). Lorsque j’ai raccroché le téléphone, je me suis même dit qu’elle avait subi un véritable lavage de personnalité par mon père tant les mots employés n’étaient pas les siens. Il faut préciser aussi que mes parents n’ont aucune vie sociale : aucun ami, mon père est à la retraite et ne voit jamais personne, ma mère travaille encore mais ses contacts avec l’extérieur sont limités. Ils passent leur temps entre eux, à regarder la télévision.
    Bref, aujourd’hui, je ne sais quoi faire. J’ai l’impression que tous les efforts que j’ai fournis pour maintenir le lien chaque année (car sur la fin, cela devait un effort), donc tous ces efforts n’ont faits que leur donner des raisons supplémentaires de me reprocher des choses.
    Aujourd’hui, dois je rappeler ? (c’est toujours moi qui appelle pour prendre des nouvelles, jamais eux). Mes enfants savent à peine qui ils sont et ont peur d’aller chez eux. Mon mari me dit de ne pas insister, si mes parents veulent avoir de mes nouvelles, ils n’ont qu’à appeler. Mais mon père est malade, alors je culpabilise : ai je un devoir de fille de les appeler ? Je n’ai aucune envie de le faire, j’en pleure de ne pas comprendre ce que j’ai pu leur faire pour qu’ils agissent ainsi. Merci de vos éclairages…

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      En vous persuadant que vous avez certainement « fait quelque chose » à vos parents pour qu’ils se comportent comme ils se comportent, vous faites leur jeu. N’inversez pas les choses : c’est bien parce qu’ils sont dysfonctionnels que des parents ne veulent plus voir leur enfant.
      Le propre d’un parent est d’aimer ses enfants « tels qu’ils sont ». C’est vous qui vivant dans la peur de n’être pas assez aimée par eux en arrivez à culpabiliser et à avoir mauvaise conscience d’être qui vous êtes.

      Pourquoi, au nom de quoi devriez-vous rappeler des personnes qui font peur à vos enfants et qui médisent sur votre mari ? Cela dit – si vous ne les rappelez pas – il vous faudra être suffisamment lucide pour ne pas faire porter votre décision par les autres.

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      1. CHEVALIER

        merci beaucoup de votre réponse. J’ai tenu le coup et j’ai choisi et assumé de ne pas prendre des nouvelles de mes parents, malgré la maladie de mon père. Plus de 2 mois plus tard, ma mère m’a rappelée, a pris des nouvelles de ses petites filles et n’ai pas revenue sur les propos qu’elle et mon père avaient tenus vis à vis de mon mari ou de moi. Pas une excuse, rien. Je pense qu’ils n’ont pas conscience du mal qu’ils ont fait.
        Durée de la conversation : 10 minutes. Aucune nouvelle prise de mon mari ou de moi. Je vais me faire une raison : mes parents se désintéressent de leur propre fille et de son mari. Avec le temps et l’éloignement, les choses se tasseront… Merci encore de votre site et de vos réponses.

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  19. Sophie

    Bonjour,
    Un grand merci pour vos nombreux articles tous très utiles.
    J’ai 50 ans, divorcée mais en couple et trois enfants de mon premier mari de de 27,25 et 22 ans.
    Je suis une mère toxique avec des parents toxiques qui non seulement m’ont dénigrée et me dénigrent encore avec des phrases sur ma soit disante incapacité à apprendre. Il y a aussi mon frère qui ne me parle plus depuis maintenant 35 ans. Il a trois ans de plus que moi.
    Mes parents n’ont jamais su comment gérer ce conflit que je subis sans comprendre vraiment depuis 35 ans. l’indifférence de mon frère qui de plus refuse tout contact m’est très difficile à vivre.
    Je suis actuellement arrêtée pour un burn out, victime d’une supérieure hiérarchique perversse narcissique qui n’a cessé de jouer avec moi en soufflant le chaud et le froid.
    Je dois reprendre bientôt mais aujourd’hui suite à une discussion avec ma fille aînée j’ai réalisé combien j’ai été et suis une mère toxique. En réalisant ça mon coeur s’est brisé. Etre la source du malheur de ses enfants, quelle horreur!! Il est 3h du matin et je me demande comment je vais pouvoir reprendre le boulot et gérer cette nouvelle prise de conscience.
    J’ai lu beaucoup de vos articles avec intérêt et je me demande si des relations normales peuvent reprendre leur cours un jour. Mais surtout comment faire pour qu’on puisse les reprendre. Mes deux aines, dont ma fille vivent à l’étranger et le 3eme lui a eu une annee 2015 très difficile mais laquelle, je crois lui a permis de prendre du recul par rapport à moi.
    Je voudrais demander pardon à mes enfants pour tout le mal que je leur ai fait mais je ne sais pas comment m’y prendre en raison de l’éloignement géographique.
    Dois je ecrire aux trois ? Comment ne pas, plus les blesser ? Je n’ai aucune psychologie et par peur de faire ml je n’ose plus rien dire.
    Je suis dans un mal etre effroyable de savoir que je suis la cause de tant de leurs souffrances.
    Je suis suivie mais c’est tellement long la thérapie.
    Maintenant je n’ose plus leur parler de peur de les blesser.
    Une chose que je dis et que j’ai bien comprise c’est par rapport à mes propres parents je ne les changerai pas. En revanche je dois réagir verbalement et sans agressivité quand ils me blessent , ce que je n’ai encore jamais osé faire mais il en va de mon salut.
    Ce que je veux par dessus tout ce serait de pouvoir retrouver des relations normales avec mes enfants. Mais en sont ils capables car ils m’ont probablement fuie en partant vivre à l’étranger ?
    Merci de vos conseils.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Ecoutez vos propres mots : « il en va de mon salut » (donc du salut de ceux dont je suis la mère.) Affronter vos parents revient à affronter votre mauvaise conscience. Pourquoi n’auriez-vous pas le droit à l’agressivité vis-à-vis d’une personne qui vous blesse ?
      Tant que vous resterez persuadée n’avoir pas le droit de vous défendre, vous courrez le risque d’être de la pâtée pour les autres. Comme vous le dites « victime de personnes qui me dénigrent. » Il va donc falloir activement remettre en cause l’idée que vous vous faites de vous-même en tant que personne qui n’a pas le droit d’exister par et pour elle-même.
      C’est sur cette base là que vous deviendrez une femme qui se respecte elle-même et capable de respecter ses enfants. Pas sur la base d’une personne qui une fois de plus demande pardon.
      C’est à vous à qui vous devez écrire : à partir d’aujourd’hui j’ai décidé de te respecter parce que je suis respectable. Ne confiez votre dignité à personne, vous en êtes la seule responsable.
      Si vous souhaitez retrouver des relations normales avec vos enfants, commencez par retrouver des relations normales avec vous-même, c’est cela le chemin.
      Un mot encore : qu’est-ce qui fait que vous vous adressez à un inconnu sur internet plutôt qu’à la personne que vous avez choisie pour être votre thérapeute ? Ce qui revient à vous conseiller de travailler activement cela avec votre psychologue.

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      1. Sophie

        Bonjour,

        Merci pour votre retour. C’est bien ce que je fais, d’en parler avec Mon psy.
        Je voulais constater si les choses se recoupent et elles se recoupent. Merci beaucoup.

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  20. Marysa

    Bonsoir

    je tiens à vous remercier pour vos articles, une grande mine d’informations.
    Je suis l’aînée d’une mère toxique. Je ne l’ai découvert qu’il y quelques mois à la suite d’un travail de longue haleine sur le développement personnel. Je n’ai pas fait de crise d’adolescence et le passage à l’âge adulte a été une épreuve tellement douloureuse que j’ai passé les 10 dernières années à pleurer. Je ne savais prendre aucune décision et me laissait constamment humilier par ceux qui voyaient ce manque de confiance à couper au couteau.

    Enfant ma mère me battait souvent, parfois cela pouvait durer des heures, « la bêtise » pour laquelle elle me « punissait » me paraissait déjà insignifiante malgré mon jeune âge, elle m’humiliait en public, les menaces de mort fusaient pour un oui pour un non. Je ne l’ai jamais appelé « maman » car, enfant précoce, je trouvais son attitude illogique et la détestais pour chaque coup qu’elle m’infligeait alors que j’étais une enfant calme et assez réfléchie. Après la pluie de coups, elle culpabilisait et m’offrait un verre de sirop de menthe ou me cageôlait…
    Lorsque je suis devenue trop grande pour qu’elle me batte je suis devenue la victime de reproches incessantes (sur ma façon de m’habiller, de me coiffer,sur mes petites mimiques aussi etc) qu’elle fait toujours passer pour des conseils, lorsque je ne vais pas dans son sens j’ai toujours droit au fameux « après tout ce que j’ai fait pour toi, c’est comme ça que tu me remercie ». A la suite de notre dernière dispute, j’ai appelé l’une de mes tentes qui a insister pour connaitre le fond du problème et m’a ensuite dit « c’est ce que les parents font pour leurs enfants », à la suite quoi j’ai explosée, une phrase banale qui m’a fait prendre conscience que la relation que j’avais avec ma mère n’était pas saine.

    Je suis d’origine africaine et la psychologie n’a pas vraiment la côte, donc malgré mon ressenti, j’ai considéré durant 32 ans (mon age actuel), que ces agissements reflétaient une éducation stricte. Certains membres de la famille l’acclament encore aujourd’hui de m’avoir « si bien éduquer ».
    J’ai rompu tout lien avec elle depuis quelques mois à cause de la peur qu’elle m’inspirait. Tous mes mauvais souvenirs enfuis se sont révélés et je tremblais comme une feuille. le simple affichage de son nom sur le téléphone faisait battre mon coeur. Elle me répugne, mais en même temps je sais qu’elle a subi des violences étant enfant, elle les mentionnait souvent mais sans trop s’y attarder, elle disait aussi que sa mère ne l’avait jamais aimée…Alors lorsque je reprendrais contact avec elle, j’aimerais pourvoir lui faire comprendre que son cheminement de pensée n’est pas le bon mais j’ai peur de provoquer un électrochoc trop difficile à supporter car elle a 50 ans et a deux autres garçons de 12 et 9 ans qui eux aussi ont eux droit au même traitement que moi. Je me dis qu’il n’est jamais trop tard et que si elle le savait elle agirait autrement car c’est vrai qu’elle a eu tort mais elle me fait de la peine car personne ne lui ait venu en aide. Je sais qu’elle croit vraiment bien faire…

    Je vis en France et elle au Gabon alors j’aimerais savoir si l’idée de lui dire que son comportement n’est pas le bon peut être dangereux? Je suis actuellement une thérapie mais en parcourant vos articles, j’ai voulu raconter un bout de mon histoire et avoir un deuxième avis sur la question.
    Je poserais également la question à ma thérapeute et demanderais s’il est possible de prévoir un suivi par téléphone…

    Encore merci.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Oui, vous avez été abusée pendant tellement longtemps et aujourd’hui vous ouvrez enfin les yeux.
      Remarquez simplement que vous risquez de tomber dans une nouvelle dépendance, celle de vouloir changer votre mère et je doute que vous y parveniez.
      N’est-ce pas la petite fille en vous qui souhaite « changer le comportement de sa maman pour enfin se sentir comprise par elle » ?
      Pour aller plus loin je vous invite à lire mon article : L’identification à son enfant intérieur

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  21. Matie

    Ayant été moi même une mère toxique (5 ans de thérapie m’ayant permis de le comprendre) je ne suis pas certaine de m’en être sortie, car je fuis mes parents j’étouffe et me sens oppressée en leur présence à mon âge, 60 ans. J’avoue que j’ai une peur terrible de l’inévitable confrontation. Mes différentes tentatives se sont soldées par des échecs qui m’ont anéantie. Je les évite donc autant que je peux.
    Et j’ai reproduit ce schéma envers mes enfants, particulièrement mon fils de 30 ans qui a fait une grave dépression à l’âge de 20 ans. Après son accompagnement, ce n’est que maintenant qu’il arrive à mettre des mots sur mon attitude à son égard. M’excusant presque…mais laissant entrevoir une grande colère, car selon lui il n’a jamais eu le sentiment que nous l’aimions. Et c’est vrai je ne le lui ai jamais dit lorsqu’il était petit. Maintenant, Nous essayons de nous apprivoiser l’un l’autre, mais c’est long, douloureux, voire chaotique. Il est en plein désarroi, tout ceci ayant impacté son développement.
    Je me sens perdue, ne sachant comment l’aider et comment me sortir de cette spirale. Merci d’avance pour votre réponse.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Vous partez vraisemblablement d’une mauvaise compréhension, celle de croire qu’aujourd’hui, la femme adulte de 60 ans que vous êtes devenue a besoin de la compréhension de ses parents pour vivre. Rien n’est moins vrai, je vous le dis, mais c’est à vous de le découvrir.
      Vous évitez vos parents parce que vous avez peur d’eux (on ne cherche pas à éviter des personnes par lesquelles on se sent aimé), et tant que vous vous soumettez à votre peur vous resterez leur victime. On ne peut pas en sortir.
      Il vous reste donc la possibilité de vous faire aider pour mettre de l’ordre chez vous et parvenir à être plus lucide quant à ce qui est possible. C’est à ce prix que vous évoluerez et que – ayant évolué – vous parviendrez à assainir (à son tour) la relation qui est la vôtre à votre grand fils dépressif, c’est-à-dire à lui faire sentir (je ne dis pas à lui dire) que vous l’aimez.

      Répondre
  22. Marie

    Je ne sais pas si ça peut aider mais il y a quelques temps j’ai vidé mon sac avec mes parents et j’ai tapé à la même porte et j’ai eu la même réponse, j’ai beaucoup pleuré et je commence à accepter que je ne changerai pas mes parents. Après cette dispute tout a repris son cours comme si je n’avais jamais rien dit sauf que moi intérieurement j’ai progressé car je sais que je ne changerai pas mes parents mais j’ai dit ce que j’avais à dire. Ce dernier mois, je suis passée par la colère, l’abattement et maintenant je me dis prend soin de toi et arrête c’est acharnement qui est sans issue. Mes parents m’ont dit qu’ils n’avaient pas été à la hauteur c’est déjà bien maintenant à moi de prendre soin de moi. Je ne dis pas que je ne retomberai pas mais je sais que je ne veux plus faire semblant, pour moi c’est un chemin long où j’ai besoin d’être patiente avec moi. Je ressens encore de la colère et ça me fait du bien j’ai l’impression de sortir ce qui était coincées car mes parents m’ont dit que maintenant qu’ils s’étaient excusés je pouvais les pardonner sauf que moi pour le moment je souffre encore donc je ne suis pas prête à le faire sinon je me trahirai encore une fois.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Dire à une personne qu’elle doit nous pardonner puisqu’on s’est excusé, c’est – par un habile tour de passe passe – tenter de l’abuser une nouvelle fois en lui disant ce qu’elle a à faire.
      Le véritable amour n’est pas narcissique, il consiste à vouloir le bonheur de l’autre, il attend donc patiemment et avec humilité et là, parfois, le miracle se réalise.

      Répondre
  23. KAZMA

    Bonjour,
    Maman d’une fille de 29 ans et d’un garçon de 26 ans, je suis parfois triste de constater que j’ai des relations difficiles voire conflictuelles avec mon aînée depuis sa plus tendre enfance. Avec le recul, je reconnais avoir commis des erreurs au niveau de leur éducation à tous les deux. Pourtant, c’est ma fille qui montre de l’agressivité à mon égard depuis longtemps et cela ne s’arrange pas avec le temps. Pour preuve, elle vient de mettre au monde un bébé et je lui ai rendu visite durant 4 jours à sa sortie de maternité (j’habite à 900 kms de chez elle). J’y suis allée avec beaucoup de joie à l’idée de découvrir ma petite-fille ; malheureusement, cette joie a quelque peu été réfrénée suite aux propos agressifs et excessifs de ma fille, alors que, la connaissant, j’ai été prudente à ne pas lui manquer de respect, à rester en retrait et discrète quand son compagnon était présent enfin bref … à ne pas trop la ramener quoi ! malgré cela, les réflexions méchantes ont fusé et toute phrase sortie de ma bouche était interprétée de manière négative comme si j’étais en concurrence avec elle, avec ses capacités à s’occuper de son bébé alors que je venais dans l’idée de l’aider et la soulager. Elle m’a carrément dit qu’elle ne voulait pas de fille et surtout pas un scorpion (comme moi), car, elle s’est renseignée : « les scorpions filles, ça se laisse marcher sur les pieds » ! et puis elle ne l’éduquera pas comme je l’ai fait … ça inquiète un peu quand-même !
    J’ai ressenti à ces moments-là un profond malaise et surtout l’idée que ma fille était encore et toujours en souffrance et qu’elle n’avait pas fini de régler ses comptes avec moi. J’ai pensé qu’elle devait peut-être regretter ses dires tout de suite après car elle était plus calme et aimable par la suite. Enfin voilà, évidemment quand je pense à ces 4 jours passés avec elle et son bébé, je pense à ce bonheur d’être mamie et aux sourires de ma petite-fille et j’oublie le reste. Je me dis que j’idéalise beaucoup mes relations familiales et que je rêve …. Ma fille sera toujours agressive comme je l’ai été moi-même avec ma propre mère et que jusqu’à ma mort, je l’énerverai quoique je fasse ou dise !
    Quand j’en parle à mes amies, je constate amèrement qu’elles sont toutes dans la même situation que moi avec leurs filles : elles se plaignent de leur méchanceté et leur agressivité…. Le monde est-il jonché de mamans aux comportements toxiques ayant entraîné forcément ces comportements difficiles à gérer ?
    Comment en sortir ? faut-il parler à sa fille ? est-ce que la discussion est possible et comment l’aborder ?
    J’ai franchement l’impression de patauger dans la semoule ! merci de me donner les outils pour parvenir à des relations saines et sereines.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Eh bien je vous conseille vivement de relire mon article, quitte à vous faire aider après.
      Si vous cherchez à « ne pas trop la ramener » dans votre relation à elle, cela parle de votre désir refoulé de lui dire ses quatre vérités n’est-ce pas ? La relation n’est donc pas équilibrée ni sereine. Se plaindre de la méchanceté des autres est toujours facile car cela permet de se cacher derrière.
      Que dit votre coeur ? A-t-il vraiment envie de lui parler pour lui dire ce que vous ne lui avez jamais dit ?
      Les outils dont vous parlez sont liés à l’intensité de votre désir de rencontre avec votre fille. Ils ne sont donc pas à chercher à l’extérieur de vous mais à l’intérieur.

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    2. Christiane

      Les relations mère-fille sont naturellement compliquées. Avez-vous lu  » filles d’ Eve » de Christiane Olivier ? Il est un peu dépassé sur certains points, mais le fond reste d’actualité.
      Je n’ai pas encore lu les relations mère-fille de Patricia Delahaie, je viens de le commander, mais il a l’air très complet aussi.
      Bon courage, amicalement,

      Répondre
      1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

        Je cite Christiane Olivier dans le livre que vous évoquez : « Il faut que l’enfant apprenne de vous la confiance en lui, et non pas votre propre peur des choses. »

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  24. Sonia

    Bonsoir,
    Je découvre vos articles en ayant tapé enfant tyran sur Google. Bien que ayant une pratique intellectuel de ce que vous décrivrez dans votre site, je m’apperçois et comprends mieux en lisant les commentaires et vos réponses, l’importance d’arrêter de se flageler avec notre culpabilité maladive mais surtout d’acceuillir pleinement nos souffrances éducatives sans les camoufler afin d’être enfin/et d’accueillir notre parentalité bienveillante. Difficile mais pas impossible…, du moins j’en ai l’intime conviction nécessaire.
    Merci pour votre site !

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Oui, ne pas oublier que la culpabilité est une émotion narcissique qui est un obstacle à la lucidité.
      Pour aller plus loin lisez : Culpabilité et amour de soi
      Il est indéniable que pour ne pas avoir besoin de reproduire ses propres souffrances éducatives il ne faut pas les laisser agir, refoulées à l’intérieur de soi. C’est pour cela que pour ce faire, un accompagnement à la connaissance de soi-même est le plus souvent nécessaire.

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  25. Scellier

    Merci beaucoup pour votre article sur la culpabilité. Je ne l’avais jamais vue sous l’angle de l’égocentrisme !

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  26. patricia

    Comment puis-je réparer la maltraitance faite sur mon enfant qui a maintenant 34 ans , qui est père de 2 enfants et est en pleine période de séparation avec sa femme ? Bien sûr il y a plusieurs facteurs qui ont amené à la séparation mais sa femme lui reproche sa violence … Il ne lève pas la main, ni sur elle, ni sur les enfants mais il tape dans les murs. Petit, mon mari le « corrigeait » régulièrement (!) et de moi-même il a surtout subi des violences verbales. Nous en avons discuté, lui et moi et avec ses frères et soeurs aussi. J’ai bien conscience des dégats… Aujourd’hui je veux réparer … Pour moi? certainement oui ; mais aussi je pense qu’il est important de poser des actes… Casser les vieux shémas et prendre un nouveau départ dans notre relation pour qu’il puisse LUI repartir sur des bases plus saines…

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Une réponse générale à une situation unique et particulière ne pourra qu’être insatisfaisante. Pour répondre à votre question il me faudrait savoir qui vous êtes et quelle est la nature de la relation que vous entretenez aujourd’hui avec votre grand fils et cela demanderait un accompagnement.
      A travers votre question et votre désir de réparation, vous montrez que vous l’aimez. En effet, réparer c’est « poser des actes » mais votre fils a aujourd’hui 34 ans et il ne faudrait pas que sous prétexte de réparer vous lui imposiez son bien.
      Ce que vous pouvez faire dépend donc de votre désir mais également précisément de là où il en est et de ce qu’il peut (pour le moment) entendre.
      Oui l’important pour une mère c’est de sentir que son fils repart sur des bases plus saines. Pour ce faire il vous faudra partir de là où il en est. Vous pouvez donc parler avec lui en reconnaissant vos erreurs, en lui exprimant que dorénavant vous les avez comprises et que vous ne les répéterez donc plus parce que vous l’aimez, mais en même temps souhaite-t-il – lui – changer ? Etes-vous prête à commencer par l’accepter et l’aimer comme il est, colérique, tapant sur les murs et en instance de séparation d’avec sa femme alors qu’il est père ?
      Peut-être pourrez-vous (si du moins il y est réceptif) partager avec lui ce court article : Les racines de la violence qui lui permettra peut-être de commencer à comprendre que la violence qu’il exprime n’est que sa propre violence vis-à-vis de son père, pendant si longtemps refoulée.

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  27. Fabienne

    bonjour,
    j’ai lu tous les commentaires et l’article qui m’ont fort intéressée car je suis encore à 50 ans empétrée dans des émotions de colère vis-à-vis de ma famille proche, mère , père et frères et soeur. je suis pour eux la personne qui les dérange, je suis donc exclue de leurs relations et en même temps je me dis que c’est tant mieux vu les relations toxiques. mon père a passé son temps à me rabaisser m’humilier quand j’étais enfant, il m’a même dit un jour, alors que j’étais adulte, qu’il n’y arrivait pas avec moi car je lui rappelais ma mère dans mes réactions d’enfant ! bref, à ce jour, il est impossible de lui parler, il continue à vouloir nous faire sa morale, il ne s’intéresse pas à ma vie, ne cherche que rarement le contact et j’ai l’impression que quand il le fait c’est juste pour lui, pour se donner bonne conscience. quand j’étais enfant, ma soeur cadette me rejetait. elle s’accaparait mon frère plus jeune qu’elle dans nos jeux et m’excluait. plus tard, elle a juste profité de moi pour faire ce qu’elle voulait, mon père me l’avait « confiée » durant ses études , donc je n’ai pas eu le choix que de vivre avec elle dans mon appartement ! pendant longtemps j’avais peur de mon père, de ses réactions, sa violence verbale et physique. encore aujourd’hui je le crains. j’ai réussi seulement l’an dernier à le remettre en place, par sms, quand il m’a reproché d’avoir « exprimé mon mal etre à la face du monde, sur facebook » un message que ma soeur a pu lire via le compte de ma nièce, sa fille ! il faut dire que ma soeur est la seule fille qu’il apprécie…
    enfin, je suis toujours triste et je trouve que le comportement de ma famille envers moi est dur et injustifié dans le sens ou moi je ne leur ai rien fait de mal. je veux juste etre aimée et acceptée et je m’efforce de ne pas les contacter, vu que cela n’est pas réciproque et je souffre de voir leur indifférence envers moi. j’ai eu une fille née handicapée dés sa naissance, j’ai été une mère affreuse avec elle, un jour qu’elle avait à peine 2 ans je me suis pris en pleine face ma violence que je lui faisais subir. je ne comprenais pas pourquoi je reproduisais cela moi qui voulait surtout ne pas etre comme mon père.
    j’ai trouvé un temps une manière de la protéger de moi en l’éloignant physiquement, son handicap nécéssitait une prise en charge importante et l’établissement qui pouvait l’accueillir était éloigné donc elle était en internat.
    ma relation avec elle a été difficile pour elle et pour moi, je me sentais en difficulté, avec le temps j’ai réusssi à me contenir, aujourd’hui elle est décédée, depuis 6 ans. ma famille n’a pas été présente pour me soutenir dans cette difficile épreuve. j’ai quitté son père quand elle était petite, à 1 an.. bref, ma vie affective est un désastre, je n’arrive pas à établir une relation saine avec un homme. ils deviennent violents avec moi lorsque je ne réponds plus à leurs désirs et moi je deviens bien sur agressive avec eux. aujourd’hui je vis seule depuis 5 ans. j’ai compris que je ne peux rien attendre de ma famille. ma mère tente de se rapprocher mais on ne peut pas se parler elle se braque et se replie sur sa propre vie, son enfance… elle ne comprends pas ce que je lui reproche.
    je commence seulement à comprendre que je dois me faire respecter d’eux et des autres en général mais c’est difficile pour moi car on m’a toujours fait comprendre que j’étais « chiante » à vouloir dire ce que je pense et donc j’ai toujours du mal à mettre des limites. A ce jour je ne vois jamais mes frères et soeur, et cela fait des années qu’ils ne cherchent pas non plus à me voir ni à prendre de mes nouvelles. c’était toujours moi qui allait vers eux. j’ai fini pas arreter et je constate que rien ne se passe. personne ne semble se soucier de ce que je deviens. j’ai laissé tomber de voir mon père. je n’ai pas répondu à son SMS à nouvel an. J’en arrive à me dire que c’est sans doute la meilleure chose pour moi. j’ai encore du mal à accepter qu’il ne peut en être autrement.
    pour finir, je me replie sur moi pour ne plus « tomber » dans des relations toxiques, je sors peu, j’ai mes activités qui me procurent un réel plaisir, et quelques amies avec qui tout se passe bien. merci pour vos articles qui m’éclairent et me réconfortent un peu.

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  28. Mathilde

    Bonjour,
    Je reviens sur votre site, 4 ans après ma première prise de conscience, 4 ans après mes premières recherches pour tenter de comprendre comment ne pas me laisser envahir par l’agressivité vis-à-vis de ma fille. Il y a 4 ans donc, juste après la naissance de mon fils.
    Avant la naissance de mon fils, il m’arrivait d’être agressive verbalement vis-à-vis de mon conjoint, rarement, et je n’en ressentais aucune honte, je trouvais cela normal. En revanche, cela n’était jamais arrivé avec ma fille, qui avait alors 3 ans. Lorsque cela m’est arrivé vis-à-vis d’elle, la première fois, j’ai culpabilisé pendant des jours et des jours. Je me suis promis que cela ne m’arriverai plus jamais, et puis quelques mois plus tard, je n’ai pas pu m’en empêcher, et puis encore, et encore…
    J’ai craqué, j’ai mis cela sur le compte du boulot, j’ai voulu démissionner, le médecin m’a arrêtée pour burn-out. Je me suis reposée, j’ai vu un psychiatre. Et puis j’ai repris le boulot. Mais je sentais bien que le problème n’était pas là. Ne l’ayant formulé ni auprès de mon conjoint, ni de mon médecin, personne ne pouvait m’aider bien entendu.
    J’ai consulté une hypnothérapeute. Elle m’a aidé, un peu, mais c’était loin d’être suffisant, car je ne parvenait pas à être honnête avec elle non plus.

    Petit à petit, j’ai commencé à comprendre que ce qui me rongeait était bien plus compliqué. Je sentais que je reproduisais des attitudes de mes parents, que j’avais pourtant détestées, que je savais être nuisibles et que je m’étaient promise de ne jamais reproduire.
    Je me disais que mes parents avaient agi ainsi car c’était une autre époque, qu’ils m’aiment malgré tout, voulaient juste mon bien. Que moi, dans cette époque, aujourd’hui, avec ce que je sais de la psychologie de l’enfant, je ne pouvais pas reproduire ces schémas éducatifs.
    J’ai souffert d’autant plus que je travaille avec des enfants handicapés, auprès de qui je n’ai jamais la moindre agressivité. Comment ne pouvais-je me contrôler avec ma fille?

    Et puis j’ai compris. J’en suis au tout début, je le sais, la route va être longue et encore difficile. Mais j’ai compris. J’ai compris qu’il ne s’agit pas d’une histoire d’époque. J’ai compris qu’inconsciemment je continuais d’agir ainsi parce que mon père continuait d’avoir une influence sur mon propre comportement avec ma fille, alors même que nous n’habitons pas dans la même ville. J’ai compris que si je n’aime pas les fêtes de famille, les vacances avec eux, c’est parce que je me sens encore sous leur contrôle. Je ne me sens pas libre d’agir.

    Il y a peu, chez eux, mon père s’est emporté verbalement contre mon fils. Cela a été un déclic. J’ai dit aux enfants de mettre leurs chaussures, qu’on reviendrait quand on pourrait se parler calmement, que je refusais qu’on crie sur un de mes enfants avec agressivité. Son visage était le même que celui qu’il avait quand j’étais enfant. Ce que je lui ai dit. Mon père s’est mis à hurler comme un hystérique, puis il m’a attrapé et jeté dehors de chez eux. Je n’en reviens toujours pas. Il avait une telle rage, je me suis revue enfant et j’ai compris que j’avais toujours peur de lui. A 40 ans, j’ai toujours peur des réactions de mon père. Il ne se contentait pas de mots autrefois et il avait la même expression sur le visage. Il s’est ensuite mis à pleurer comme un petit car il avait peur de ne jamais revoir mes enfants. Encore sous le choc, je l’ai pourtant rassuré en lui disant que ce n’est pas parce qu’on se dispute qu’on ne va jamais se revoir. Ma mère est restée muette, spectatrice, comme toujours…

    Me revoici donc sur votre site, et je suis sûre que ce n’est pas par hasard. Il m’a ouvert une petite porte il y 4 ans dans un coin de ma tête, une petite porte qui m’a laissé entrevoir un autre chemin.
    Je sais que c’est très récent, mais les relations avec mes deux enfants et mon conjoint sont très différentes déjà. Je ressens de nouveau cet amour profond envers eux, qui s’estompait depuis 4 ans, qui était tellement lointain que plusieurs fois j’ai pensé partir pour ne plus les blesser. Je ressens de l’amour pour moi. Je sais que je suis une bonne personne, que je peux faire bien avec mes enfants et les protéger. Je sais aussi que je les aime.

    L’inconnu reste les relations futures avec mes parents. Pour le moment, ils continuent d’avoir des relations téléphoniques avec mes enfants, mais je n’arrive pas à leur parler moi-même. Je pense quelque chose est cassé…
    J’aimerais que cela aille mieux, mais je ne pense pas qu’ils se remettent un jour en question.
    Tant pis, je suis déjà très heureuse de savoir que moi je peux m’opposer à l’agressivité. Je ne suis plus soumise. Je suis libre!

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Non en effet, il ne s’agit pas de l’histoire d’une époque comme vous percevez si bien. Il s’agit de violence refoulée qui n’a pas encore été mise à jour, vous vivez encore dans la peur.
      Bravo pour vos prises de conscience, continuez sur cette voie, vous avancez sur le chemin du respect de vous-même.
      Agir dans le respect de sa dignité d’être humain, c’est peu à peu trouver en soi le courage de confronter ses parents.

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  29. Christiane

    Bonjour,
    Merci pour cette article qui m’éclaire encore et que je trouve si justement dit.
    J’ai eu cette idée de le partager avec ma mère (mon enfant intérieur toujours et je comprends cela aujourd’hui, ce besoin de lui justifier mon mal être, certes, mais pas seulement, aussi l’aider à voir les réalités telles qu’elles sont afin qu’elle puisse aller mieux elle-même, l' »aider » à prendre conscience, ainsi que je suis en train de le faire).

    Serait-ce-une erreur ? Je pense que oui (?) car le chemin ne pourrait venir que d’elle (?) N’est-ce pas ? et qu’il s’agirait dans ce cas de mon propre égo que je satisferait ?

    peut-être pas correctement ?

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Oui, vraisemblablement satisfaire votre besoin inextinguible de vous sentir comprise par votre mère. Il y a donc là une opportunité pour vous de comprendre votre relation à votre mère dans son objectivité d’aujourd’hui (plutôt que de vous juger négativement d’avoir eu ce besoin.)

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  30. Eléonore

    Bonjour,
    Merci pour vos articles très inspirants et qui me donnent régulièrement des frissons de conscience et l’espoir que la situation peut changer pour moi et donc pour mes enfants.
    Hier et aujourd’hui ont été des journées très nocives pour moi et mes proches. De peur d’avoir été trop « laxiste » avec mon fils de 3 ans, j’ai décidé d’insister pour qu’il mange ses fruits. Je lui ai dit que je « l’obligeais à les manger ». Il me répondait « c’est obligééé? » sans comprendre ce que cela signifiait… Lorsque je l’ai installé devant ses fruits à la table de la cuisine, je me suis revue petite. Seule. Dans la cuisine. Face à ma tartine de confiture et à la porte qui venait de claquer devant mon nez : « tu sortiras quand tu l’auras mangée! ». J’ai été secouée par cette vérité. Je suis revenue vers mon fils et lui ai exprimé que je m’étais trompée. Que j’avais tenté de lui faire manger des fruits parce que je pensais que c’était important et qu’en fait, c’était une peur de ma part de ne pas lui avoir « bien appris à manger » quand il était plus petit. En vous lisant, je m’aperçois qu’il n’était pas question de justifier mais simplement de prendre la responsabilité de mon acte.
    Ce matin pourtant, la situation s’est répétée… Je lui ai posé 2 morceaux de nectarine dans son assiette. Il disait : « non, veux paaaaas! » et voulait les jeter sur la table. J’ai réagi en disant : « maintenant ça suffit, même si tu ne les aimes pas, laisse-les dans ton assiette ! Et maintenant tu ne manges plus de tartines non plus, etc etc ? ». Silence… Mon fils a regardé son père et a dit : « mais moi… je ne sais PAS QUOI FAIRE ! ». Wow ! En effet, ça n’avait rien à voir avec lui. On a réagi du mieux qu’on le pouvait.
    Il y a 15 jours, mon père est venu à la maison. Lorsque je lis vos articles, je retrouve tous ses comportements toxiques : humiliation, déni de qui je suis et de ce que je vis, … Je suis consciente de son passé, du fait qu’il n’a pas travaillé sur lui et qu’il est très certainement inconscient de ses comportements qu’il pense être légitimes et justes. Je vois aussi mon demi-frère et ma demi-soeur qui sont encore jeunes conditionnés et manipulés. Mon frère m’a dit : on se reverra peut-être bientôt si papa et toi arrivez à vous nier correctement.
    Je n’en peux plus de ces comportements. Je pense sérieusement à ne plus le voir du tout mais je doute que ce soit la meilleure solution. C’est ma belle-mère (la femme de mon père) qui entretient la relation en me disant depuis 25 ans : « mais enfin, c’est ton père, tu sais comment il est… » Quel choc d’entendre mon demi-frère me répéter la même chose ! Quand il est venu il y a 15 jours, les larmes sont montées lorsqu’il a (une nouvelle fois) fait preuve de mauvaise foi. Il m’a alors dit : « je ne peux pas t’aider, je ne suis pas psychiatre ». Ma mère est maniaco-dépressive. Il l’a quittée quand j’avais 6 ans. Il nie totalement son existence. Non, plus que ça, il nie que j’aie ma mère, cette mère dans ma vie. Il y a 10 ans, il est arrivé que quand j’évoquais ma mère hors phase psychotique, ma soeur pouffe et le regarde en coin sans plus d’explication. Je sens encore la même chose aujourd’hui mais ce n’est plus aussi expressif.
    Sa vie est un déni. Son père a abusé de sa soeur aînée. Gros secret de famille éclaté au moment de la disparition de Julie et Mélissa et dont on n’a jamais pu parler car il veut garder l’image de son père qui faisait de la moto avec lui.
    Autant dire que je ne m’attends à aucun changement. Mais depuis des années ma belle-mère continue de m’inviter aux fêtes de famille, de SA famille car la famille de mon père est éclatée. Je me retrouve donc depuis des années aux fêtes d’une famille qui n’est pas la mienne, dans la maison où j’ai vécu une partie de ma vie mais qui est celle qu’a fait construire le père de ma belle-mère et dont ma chambre a été rebaptisée « chambre jaune » parce que mon père n’était pas heureux de mon départ de la maison et avec un père qui « me nie » et dont tout le corps exprime un mal aise en ma présence et qui est persuadé que « j’ai un problème avec lui »…
    Que faire ? Est-ce mieux pour mes enfants d’avoir un grand-père et une maman qui montre qu’elle continue à subir ses comportements déplacés et à être triste en et en dehors de sa présence ? De les emmener dans la famille de ma belle-mère en faisant comme si c’était la leur ou en leur disant que ce n’est pas la leur mais alors qu’est-ce qu’on fait là ? Je ne sais plus…
    N’hésitez pas bien entendu à abréger mon commentaire… J’aurais encore tant de choses à écrire que je pourrais en faire un livre…Peut-être un jour.
    Belle journée.

    Et merci beaucoup de m’avoir lue !

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Il vous faut comprendre que c’est votre émotion qui déclenche chez vous une action répressive contre votre enfant. Vous n’acceptez pas qu’il se conduise en enfant parce que vous-même, étant enfant, avez été contrainte (par vos parents) à considérer vos propres actions d’enfant comme mauvaises.
      Tant que vous n’avez pas mis cela au grand jour vous resterez contrainte par vos émotions contre votre enfant.
      Il vous faut donc vous connaître afin de vous comprendre et devenir ainsi peu à peu libre de votre passé répressif contre vous-même (votre refoulement).
      Vous êtes parfaitement lucide quand vous exprimez « en effet ça n’a rien à voir avec lui ». Ça a donc à voir avec quoi ? Avec votre propre histoire passée.

      Vous devenez lasse des comportements toxiques et dysfonctionnels de votre famille, lasse de vos propres comportements toxiques et dysfonctionnels, c’est donc une très bonne nouvelle pour vous comme pour votre enfant.
      La question est donc de savoir aujourd’hui si vous voulez vous en libérer ? Voulez-vous sortir de cette prison ?
      En sortir c’est entreprendre un travail qui vous permettra de la connaître, qui vous montrera que vous ne faites, ici et maintenant, que surimposer votre passé sur la réalité de votre enfant. C’est parce que vous l’aurez compris et vu que vous deviendrez capable de ne plus le faire aujourd’hui.
      Vos « frissons de conscience et d’espoir » doivent devenir le moteur de ce que vous voulez pour vous-même et votre enfant !

      Pour aller plus loin, je vous invite à lire :
      Comment parvenir à guérir de son enfance ?
      Pourquoi un travail thérapeutique ?
      Esquiver ou digérer : le chemin pour s’en sortir

      Répondre
  31. Sophia

    Bonjour, Rejoignant tous les commentaires précédents, je suis une maman qui a des comportements toxiques également, et pourtant en thérapie gestalt depuis une dizaine d’année. Je « travaille » sur les origines de mes comportements (mais plus tellement actuellement). Quand vous dites qu’il est nécessaire d’affronter ceux qui nous ont abusé, est ce absolument nécessaire? Mon père a fait régner le silence et la terreur pendant toute mon enfance et pourtant jamais frappé et en surface toujours blagueur ou jamais avec de mauvaises intentions mais pourtant beaucoup de dévalorisation. J’ai beau avoir conscience d’où ça vient je ne change pas. Je lui ai lâché mon sac en criant sur lui toutes mes souffrances l’année dernière et suite à ça aucun changement dans notre contact. Il garde parfois mon enfant (avec ma mère en qui j’ai confiance) mais ça me rend malade qu’il soit en contact trop avec lui. Mais par nécessité je ne le refuse pas car ça nous aide beaucoup, mon aîné étant un enfant aux besoins intenses. Je ne le supporte pas mais je n’arrive pas à lui dire quand son comportement me dérange car il ne m’attaque jamais moi. Il a développé une peur de moi car il sait que je vais répliquer. Mais il continue ses remarques désobligeantes avec tous le monde et même mon enfant quand j’ai le dos tourné. Il contrôle tout et personne ne lui dit rien car il est au final très fragile. Il a découvert récemment qu’il a été abusé enfant et je sais que ce n’est pas le moment et je n’ai pas l’envie de l’affronter. J’ai juste envie d’être loin de lui. Je me demande seulement votre avis, pensez vous que je peux continuer à avancer sans le confronter?
    Merci pour votre réponse

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Je ne sais pas si vous avez travaillé sur « l’origine de vos comportements » mais ce que je comprends à travers votre partage c’est que vous ne vous êtes pas libérée de votre relation de dépendance à votre père que vous dites dysfonctionnel.
      Vous partagez que votre père a fait régner la terreur et le silence pendant toute votre enfance qu’après lui avoir dit ce que vous aviez à lui dire ça n’a rien changé dans « notre contact ». Cela vous montre que vous êtes encore dépendante de la petite fille en vous qui aimerait tant que « son papa change et comprenne enfin ».
      Devenir adulte c’est admettre qu’il n’y a aucune raison que votre père change ses comportements (donc ne plus être encore dans l’espoir d’un changement »… et quand on n’est plus dans un espoir non raisonnable, on parvient à être adulte, c’est-à-dire à « prendre la mesure » du comportement toxique de son parent en ne lui confiant évidemment plus ses propres enfants.
      Regardez les choses en face : comment pouvez-vous dire de manière cohérente que votre père a fait régner la terreur et – en même temps – expliquer que « par nécessité » vous lui confiez votre aîné et que cela vous ennuie ? Vous voulez dire que par nécessité, parce que vous ne pouvez pas faire autrement vous confiez votre ainé à la terreur de votre père ?
      La manière dont vous vous accommodez en fait assez facilement des choses (dont vous les concédez), vous montre que vous n’avez toujours pas pris la mesure de la toxicité de votre père alors même que vous prétendez la connaitre.
      Qu’est-ce que vous voulez dire par « ça me rend malade qu’il soit trop en contact avec lui » ? Si votre père était un pédophile (ce qu’il n’est pas j’ai bien compris), diriez-vous de même « ça me rend malade que mon enfant soit en contact avec lui » ? Où vous y prendriez-vous de telle façon que votre enfant ne puisse plus être en contact avec lui ?
      Je vous en prie ouvrez les yeux à partir de vos propos. Vous ne mesurez manifestement pas ce que vous partagez, aveuglée que vous êtes encore par votre relation à votre père. Vous ne vous en êtes en effet pas encore détachée, il vous reste donc du travail. Ce travail c’est de ne plus obéir à la part de vous-même dépendante de son papa (la petite fille), incapable de reconnaitre ce que son père lui a fait subir et qui – encore aujourd’hui – fait la loi et est aux commandes de vous-même.
      Pour conclure j’ai l’impression que le travail effectué est resté intellectuel, (le simple travail intellectuel est incapable de changer nos comportements). Il faut vous y prendre de telle manière que vous serez touchée émotionnellement par vos découvertes, c’est à ce prix que vous parviendrez à « changer » donc à ne plus exposer vos propres enfants à la « terreur » de votre père. Cela sous entend bien sûr que vous vous rendiez vulnérable, que vous vous laissiez toucher intimement par ce qu’il vous a fait subir, que vous rencontriez l’intensité de ce qu’il vous a fait subir, c’est à ce prix que vous en mesurerez vous-même l’horreur et que vous parviendrez à trouver en vous-même le courage de vous mettre définitivement à l’abri de lui et de ne plus lui confier votre enfant.

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      1. Sophia

        Merci. C’est totalement vrai mais je ne peux exclure du champ la relation que j’ai avec ma mère et également pour garder mon enfant qui elle fait preuve d’une vraie et juste bienveillance envers mon enfant et incroyablement avancée et aussi lucide. Je ne confie en réalité jamais mon enfant à mon père, je le confie à ma mère mais il est présent.
        Ses analyses (à ma mère) m’aident souvent à aller plus vite dans bien des domaines.
        Mais j’imagine que ce sont des excuses. Mais dans l’immédiat je ne vois pas la porte de sortie pour que cette dépendance se termine entièrement et radicalement.

        En fait j’espérais je crois que vous me diriez que mon enfant ne subirait pas les mêmes blessures que moi car je ne l’éduque pas de cette façon. Mais vous êtes allé plus loin car en effet si je ne m’en détache pas c’est moi qui transmet toute cette souffrance indirectement à mon fils et il subit cette incohérence.
        Le travail que je fais a pour objectif de ressentir dans son corps les émotions pour changer de l’intérieur donc je sais de quoi vous parlez, je l’ai fait pour une partie de mes avancées mais effectivement sur ce point c’est resté apparemment intellectuel. Toute ma toxicité est ressortie très récemment davantage car ma relation à mon aîné est devenue vraiment compliquée du fait de l’arrivée de mon second enfant. Je n’avais pas été autant confrontée à ma toxicité jusque là.
        Et être adulte consisterait donc à constater que ma mère a fait le choix elle de ne pas quitter cette relation toxique et que si je lui confie à elle, j’admets indirectement que mon père continue à être toxique pour mon enfant. Quelle tristesse de devoir la laisser elle sur le navire pour m’en sortir. Mais merci

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        1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

          La porte de sortie c’est toujours la lucidité et la mesure des choses « telles qu’elles sont » plutôt que la dramatisation. Oui, cela s’appelle « mettre à jour votre incohérence » plutôt que de culpabiliser de l’être : vous êtes ce que vous êtes, à la fois blessée et incohérente il vous faut donc partir de là où vous êtes et non pas de là où vous voulez vous rendre…

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