Peut-on se libérer des pensées ?

(Déterminisme ou liberté ?)

« Celui qui est maître de ses pensées, est plus grand que celui qui est maître du monde. »

Le Bouddha

« Tant que vous vous inquiétez, vous ne voyez pas clair. Votre perception est inévitablement déformée. Vous ne souffrez jamais que d’une émotion cruelle et de pensées douloureuses provoquées par une situation que vous ne voyez pas telle qu’elle est, justement parce qu’elle est déformée par votre condamnation, par le jugement ou la peur, en un mot la qualification. »

Arnaud Desjardins, La Paix toujours présente, p. 105.

Il apparaît comme une évidence, à la plupart d’entre nous, que nous sommes libres, c’est-à-dire que nous sommes les maîtres de nos pensées comme de nos actions.

Nous pouvons même affirmer que lorsque nous nous proposons de poser une action, nous pourrions tout aussi bien ne pas la poser, ce qui reviendrait à affirmer que notre liberté n’a pas besoin d’être prouvée et cela serait parfaitement arbitraire.

Il s’agit là d’une croyance, non démontrée par les faits qui – comme nous allons le voir – est à l’origine de nombreuses confusions et difficultés.

Il nous est arrivé à tous de constater, par exemple, que lassés du comportement d’un(e) autre, nous ne pouvions pas nous y prendre autrement avec cet autre, qu’en lui adressant une critique acerbe, alors même que nous sommes par ailleurs intimement convaincus que de commencer par le blesser ne peut que desservir notre désir qu’il change son comportement.

Toujours dans notre relation à l’autre, il nous est également arrivé à tous de commencer par prendre soin de bien réfléchir à ce que nous nous proposons de lui dire et à la manière dont nous allons le lui dire, pour découvrir a posteriori, que nous nous sommes laissés emportés – à notre insu – par une force extérieure à nous, une force qui se nomme l’émotion.

En fait (et tout en continuant à nous penser libres), nous sommes tous constamment animés par des émotions sur lesquelles nous n’avons aucune prise.

Ces émotions nous contraignent généralement à l’indignation[1] (contre nous-même et/ou les autres) et nous obligent à avoir des avis et des opinions[2] sur des sujets que, le plus souvent, nous ne connaissons pas vraiment.

Nous nous prétendons « surs et certains » de nos partis pris auxquels ni notre intelligence ni notre discernement n’ont le plus souvent consentis, emmenés que nous sommes par le flot de nos émotions qui décident pour nous-même à notre place.

Paradoxalement c’est en nous pensant libres que nous nous exposons à être le moins libres. Et c’est précisément au moment où nous croyons agir librement, que nous sommes le plus aliénés par nous-mêmes et nos pulsions, puisqu’en vérité nous ne sommes pas à nous-mêmes la cause première de nos idées ni de nos actes.

Dans l’appendice de la première partie de l’Éthique, Spinoza pose un principe qu’il estime que nous devrions tous reconnaître :

« Les hommes se figurent être libres, parce qu’ils ont conscience de leurs volitions[3] et de leur appétit et ne pensent pas, même en rêve, aux causes par lesquelles ils sont disposés à appéter et à vouloir, n’en ayant aucune connaissance.[4] »

Il nous faut convenir qu’au moment où – croyant y avoir réfléchi tout à fait librement – nous nous adressons à un(e) autre pour, par exemple, lui signifier qu’il n’aurait pas dû agir comme il a agi, nous sommes incapables de voir les causes profondes qui nous poussent à lui asséner une telle contre-vérité.

Obéissant au besoin égotique que l’autre nous obéisse, nous nous sentons parfaitement légitimes à lui dire ce que nous ressentons le besoin de lui dire, le plus souvent sans aucune considération pour ce qu’il peut entendre ou pas, compte tenu de qui il est, en même temps que nous restons dans la complète ignorance des causes pulsionnelles qui nous poussent à lui adresser notre remarque négative.

Tout au plus pouvons-nous convenir du bout des lèvres que, par exemple, nous étions énervé(e)s, alors même que nous ignorons la cause qui préside à notre mauvaise humeur.

Parce que j’ai conscience du désir qui est le mien de regarder un certain film à la télévision plutôt qu’un autre, je me figure être libre de mon désir de le regarder, alors même que j’ignore tout des causes qui font que j’ai envie de le regarder.

Si l’on me pousse dans mes retranchements, je me justifierai d’une manière ou d’une autre en disant par exemple : « J’aime les comédies », sous entendant par-là que je regarde les comédies librement, alors même que j’ignore tout des causes qui font que je les aime.

Nous sommes ainsi constamment soumis au déterminisme de nos émotions, au déterminisme de nos justifications (qui sont elles-mêmes des émotions), sans même en avoir conscience.

Spinoza en conclut de manière lapidaire : « Les hommes jugent les choses selon la disposition de leur cerveau et les imaginent plutôt qu’ils ne les connaissent.[5] »

Juger des choses selon la disposition de son cerveau, c’est être déterminé par l’organisation de celui-ci et non par sa propre propension à être libre. Nous nous pensons libres alors que nous sommes les esclaves de nos humeurs et ce sont ces humeurs qui nous poussent à agir dans une direction que le plus souvent nous n’avons pas voulu prendre délibérément.

Tout bien considéré, nous pouvons en arriver à nous demander qui se cache derrière notre volonté, autrement dit si nous sommes vraiment les auteurs de nos actes[6] ?

Si nous ne sommes pas libres au moment où nous croyons l’être, peut-être pourrions-nous le devenir si nous nous mettions en quête de la connaissance des causes par lesquelles nous avons tel ou tel désir ?

A l’origine de nos actes, il y a notre conception des choses : nos actes sont la conséquence mécanique de nos idées, donc de la manière dont nous pensons les choses. C’est notre conception des choses qui détermine la manière dont nous allons nous y prendre pour agir dessus.

Le théorème fondamental du spinozisme est que « l’ordre et la connexion des idées n’est rien d’autre que l’ordre et la connexion des choses.[7] » Cela signifie que les idées ne sont pas soumises à un ordre différent de celui qui vaut pour les choses, autrement dit qu’il y a un seul et même enchainement des causes (pour les choses comme pour les idées), selon la même nécessité.

L’homme n’a pas conscience de ce qui est à l’origine de ses pensées et désirs. Il a conscience de pouvoir décider mais ne connaît pas l’enchainement des causes par lesquelles il décide, à un moment donné, dans une situation donnée.

Cela signifie que si nous avons le pouvoir de choisir, nous n’avons pas le pouvoir de choisir les raisons qui nous poussent à choisir, que nous obéissons généralement à des idées, à des conceptions que nous n’avons pas délibérément choisies par nous-mêmes.

Nous nous sentons par exemple d’une sensibilité « de gauche » parce que nos parents étaient « de gauche », ou – au contraire – précisément, parce qu’ils étaient « de droite ».

Nous avons les idées qui sont les nôtres par imitation, par réaction, par dépendance ou par contre-dépendance[8].

Si vous demandez à une personne pourquoi, à la nuit tombée, elle allume toutes les lumières de son appartement, elle vous répondra « parce que je n’aime pas vivre dans la pénombre », sans savoir précisément pourquoi elle n’aime pas ça. À en chercher la cause, on pourra émettre l’hypothèse que la pénombre a pu être une cause de désagrément pour elle dans son passé, par exemple parce qu’elle lui aurait été imposée par ses parents et qu’elle lui faisait peur ?

A contrario, cette autre personne n’allumera, dans son appartement que la lumière dont elle a besoin en justifiant qu’elle n’a pas besoin de plus de lumière. Là encore, on peut s’interroger sur les causes qui font que cela lui suffit.

C’est donc en réaction émotionnelle, inconsciemment agacés, que nous appuyons sur l’interrupteur pour tenter d’éclairer plus ou moins notre appartement à la nuit tombée.

Parfaitement inconséquents, ayant été constamment réprimandés – enfants – par nos parents parce que nous nous tenions « avachis », nous nous avachissons pour nous asseoir, en même temps que nous admonestons nos enfants pour qu’ils se tiennent droits.

Au cours d’un entretien thérapeutique douloureux, une personne fond en larmes en prenant conscience de la manière dont elle a été maltraitée par ses parents lorsqu’elle était enfant ; quelques heures après, elle réprimande cruellement son enfant sous le prétexte qu’il n’a pas agi selon sa recommandation.

On comprendra à quel point les personnes qui crient haut et fort leur liberté par un : « Moi, je fais ce que je veux ! », se conduisent de manière pathétique. Comme le hamster qui croit courir librement dans sa roue.

On comprendra que notre capacité à choisir est purement apparente puisque les raisons qui nous poussent à choisir sont liées à nos désirs inconscients qui s’expriment à travers nos émotions et nos affects – que nous ne choisissons pas mais que nous subissons. En ce sens nous sommes constamment déterminés par nos émotions[9], nous sommes soumis à leurs causalité. C’est donc en nous interrogeant sur les causes de nos déterminismes que nous parviendrons petit à petit à plus de liberté.

Nous subissons nos désirs et nous sommes soumis à la dictature de nos émotions. Toute cause produit un effet qui est à son tour la cause d’un autre effet et ainsi de suite à l’infini… (Souvenez-vous, il y a un seul et même enchainement des causes, pour les choses comme pour les idées.)

Notre existence est ainsi constamment ballotée par des suggestions inconscientes auxquelles nous allons, ou non, répondre, selon notre degré de conscience de nous-mêmes.

En faisant la queue aux caisses d’un supermarché, je suis attiré par un paquet de caramels, que j’achète. Peut-être est-ce parce que ma grand-mère que j’aimais tant m’en donnait toujours quand j’étais enfant ? Subjectivement je pense aimer les caramels mais, si j’en achète aujourd’hui, c’est à cause d’un simple enchainement inconscient de causes et d’effets.

La loi de la causalité[10] est partout à l’œuvre, elle détermine, par association, nos pensées comme nos émotions et personne ne peut y échapper.

Notre liberté s’inscrit toujours à l’intérieur d’un ensemble de contraintes liées à la causalité. Ainsi, comme l’a écrit Francis Bacon[11], « On ne commande à la nature qu’en lui obéissant. » Ce qui signifie que si je veux voler il faut que je me soumette aux lois de la pesanteur et que si je veux faire une mousse au chocolat, il faut que je me soumette à la recette de la mousse au chocolat ; on ne peut pas en sortir, c’est ainsi, nous sommes tous assujettis aux lois causales qui régissent le domaine dans lequel nous nous proposons d’intervenir.

Dans la plupart de nos agissements nous oublions que nous sommes au cœur d’une causalité, nous ne faisons pas consciemment le lien entre notre action et la cause qui en est l’origine ; focalisés que nous sommes sur ce que nous voulons obtenir à partir de nos agissements, nous restons aveugles à l’infinité des causes qui président à nos actes[12].

Nous restons inconscients de la causalité en nous pensant libres.

Si vous versez l’huile contenue dans une bouteille, goutte à goutte, dans un verre, la trajectoire de chacune de ces gouttes sera définie par la manière dont vous allez incliner la bouteille qui contient l’huile, mais aussi par la température de la pièce dans laquelle se fait cette expérience (qui déterminera la fluidité de l’huile), puisqu’à son point de congélation, elle s’arrêtera de couler (en relation avec l’inclinaison de la bouteille.)

Si la goutte, en instance de couler dans le verre, avait conscience d’elle-même, elle pourrait se prendre pour une entité isolée qui décide par elle-même de la manière dont elle va tomber dans le verre. Se croyant libre, elle ne saurait pas qu’elle est déterminée dans sa chute, par l’inclinaison de la bouteille et la température de la pièce. Elle ne saurait pas non plus que dans sa fluidité, elle serait aussi déterminée à tomber dans le verre par la goutte d’huile qui la précède, et ainsi de suite.

Nous sommes, à chaque seconde, déterminés par le flux dans lequel nous nous trouvons et cela ne nous empêche pas de nous croire légitimes à dire « moi, je » en croyant décider par nous-mêmes.

S’il ne reste pas comme hypnotisé par sa prétendue liberté et parce qu’il possède une conscience réflexive, l’être humain peut devenir capable de prendre conscience de ce qui le détermine mais cela va lui demander un effort de lucidité[13] consciente : l’effort de découvrir à quelle cause il obéit, instant après instant.

Le flux qui nous détermine est le flux de nos pensées qui déterminent nos émotions.

Il suffit, pour s’en rendre compte, de prendre conscience que nous obéissons à toutes sortes de manipulations inconscientes édictées par nous-mêmes à travers notre prétendu consentement et cela, tout au long de notre existence.

Un père inconséquent, alcoolique et dépensier, demande une somme d’argent importante à son fils, qui la lui prête. Quelques jours plus tard, le fils confie à son thérapeute qu’il a été bien imprudent de la lui prêter et qu’il le regrette, car il sait qu’il ne reverra plus jamais son argent dont il a pourtant besoin.

Que s’est-il passé ?

Sur le moment le fils a obéi inconsciemment à la fausse loi que lui dicte sa mauvaise conscience : « Tu dois accéder aux demandes de ton père (prêter de l’argent à ton père) s’il te le demande. »

Y voyant plus clair en lui-même, il se dit qu’on ne l’y reprendra plus.

Quelques temps plus tard, il est sollicité par son meilleur ami – qui lui demande à son tour de le dépanner d’une petite somme d’argent pour lui permettre d’attendre jusqu’à la fin du mois.

Encore victime de l’émotion de s’être « fait avoir » par son père, déterminé par son émotion d’injustice et de peur de se « faire avoir » de nouveau, il blesse son ami en l’envoyant promener.

Chacun, est enfermé dans sa logique personnelle égotique, personne ne comprend l’autre, les deux culpabilisent et s’endorment le soir même sans rien comprendre de ce qui s’est passé et en trouvant la vie injuste.

Dans la certitude que « la vie est injuste », nos deux larrons vont pouvoir continuer de faire l’expérience répétitive qu’elle l’est pour eux.

Le fils pourra, par exemple, déterminé par son inconscient qui lui dicte d’être une « bonne poire », continuer d’être « gentil » plutôt que « vrai » avec les autres. N’osant pas se confronter à la réalité qui lui demande de faire comme il le sent, se jugeant a priori méchant s’il ose être vrai, il persiste à vérifier de manière répétitive l’ingratitude des autres et de la vie, à son égard.

Il est incapable de voir qu’il récolte ce qu’il sème, c’est-à-dire que les causes des pensées qui sont les siennes à propos de ses relations et du monde déterminent ce qu’il va vivre.

Les pensées auxquelles nous obéissons inconsciemment surgissent au hasard dans notre esprit, occasionnées par les événements de notre vie : « Je ne vais quand même pas faire de la peine à papa. » « Untel peut me prêter de l’argent puisqu’il en a. » « Il ne faut pas dire non à son meilleur ami. » etc.

En fait, devant une même situation il y a autant de pensées possibles que de personnes pour la penser, (étant entendu que les pensées de chacun sont influencées par le vécu et l’histoire de chacun.)

Par exemple, les personnes qui vous ont éduqué pendant votre enfance, se sont, chacune d’entre elles, comportées en fonction des émotions qui étaient les leurs, compte tenu des idées et des conceptions qui leur avaient été inculquées. L’une d’entre elles, maltraitante, vous mettait des claques à chaque fois que vous disiez un gros mot parce qu’elle pensait que vous ne deviez pas dire de gros mots en même temps qu’elle était persuadée que les coups allaient l’aider à se faire obéir. Une autre, partisane de la récompense, vous glissait une petite pièce de monnaie dans la poche à chacune de vos « bonnes » notes, persuadée que c’était le meilleur moyen de vous inciter à bien travailler à l’école.

J’attire votre attention sur le fait que ces personnes – déterminées par leurs croyances – ne pouvaient pas agir autrement. C’est bien elles qui ont pensé comme elles ont pensé, mais elles n’ont en aucune façon choisi de penser comme elles ont pensé, ni non plus et en conséquence d’agir comme elles ont agi.

Quelles que soient les manières dont certaines personnes ont pu vous nuire dans le passé, elles n’ont pas pu vous nuire autrement que de la manière qui était la leur, puisqu’elles vous ont nui à travers les émotions et les idées qui étaient les leurs à cette époque.

Mon intention n’est nullement de vous inviter à leur pardonner, mais seulement de vous aider à convenir que de toutes les façons, elles n’auraient pas pu se comporter autrement que comme elles se sont comportées.

C’est en convenant de cela que vous parviendrez peu à peu à digérer ce qu’elles vous ont fait puisque « ce qui est fait est fait » et qu’on ne peut pas revenir en arrière. Peut-être même parviendrez-vous à commencer par les « détester tranquillement », ce qui vous permettra petit à petit d’apaiser votre passé.

Le psychologue Lucien Auger[14] affirmait :

« Les humains ne décident de rien librement ; ce qu’ils appellent prendre une décision ne constitue qu’une expression maladroite pour désigner le mécanisme rigide qui amène leurs actes sous la détermination de leurs émotions créées par les idées qui leur viennent. »

Pour y voir plus clair, en prendre conscience, il suffit d’observer de beaucoup plus près le mécanisme qui est à l’origine de nos émotions.

En apparence et en apparence seulement, il semblerait que la cause de nos émotions d’aujourd’hui se trouve dans notre passé et plus particulièrement dans notre enfance.

Ainsi, si Pierre n’aime pas le poisson, il semblerait que ce soit parce qu’on l’a forcé à en manger étant enfant en lui mettant du poisson de force dans la bouche et en lui disant : « Mange ! ». Si Malika n’arrive pas à avoir un orgasme avec ses partenaires amoureux, il semblerait que ce soit parce que son grand-père a abusé d’elle quand elle était enfant. Et si François n’a pas confiance en lui aujourd’hui, ses amis pensent que c’est à cause de son père qu’ils ont connu et qu’ils ont entendu lui répéter tout au long de son enfance qu’il était un « bon à rien ».

C’est ainsi que beaucoup de personnes attribuent la cause d’une émotion ou d’un comportement présent à un événement traumatique ou/et répétitif vécu à l’occasion de l’enfance.

Remarquons d’abord que si cette théorie de la cause traumatique dans le passé était vraie, on pourrait s’interroger sur le fait que François, quand il ressent un fort désir pour une chose, est capable de réussir ce qu’il entreprend en donnant le meilleur de lui-même : l’autre jour, il a construit tout seul de ses propres mains une petite cabane pour son jardin après en avoir fait les plans. On pourrait aussi se demander pourquoi Malika a réussi à avoir du plaisir à plusieurs reprises dans sa relation amoureuse à un jeune homme doux et patient dont elle était tombée amoureuse. Il est aussi à remarquer que l’autre jour Pierre, invité à un mariage, a mangé de la terrine de poisson avec de la mayonnaise et qu’il l’a trouvée délicieuse.

On ne peut donc pas décréter définitivement que les traumatismes passés sont les seules causes (définitives) de nos comportements d’aujourd’hui. Il nous faut donc aussi chercher ailleurs et plus près de nous aujourd’hui.

Le principal inconvénient de la théorie de la cause traumatique dans le passé est que si c’était la seule vérité – étant donné que personne ne peut revenir dans le passé pour le modifier – il serait absolument impossible à quiconque de changer dans le présent.

« S’il n’y a aucun remède à la souffrance, affirme le Dalaï-Lama, pensez-y le moins possible, allez à la plage et buvez une bonne bière.[15] »

Heureusement il y a un remède à la souffrance et ce remède réside, comme nous allons le voir, dans la découverte que nous pensons de travers.

La cause des émotions des personnes ne se situe pas dans les événements passés de leur vie, mais dans la manière dont elles interprètent les événements de leur vie présente avec leur mental. C’est toujours à partir de nos pensées issues de notre mental que nous créons nos émotions.

« D’un événement spécifique, le mental a abusivement édicté une loi qu’il projette ensuite sur l’existence. Retrouver l’événement particulier qui est à l’origine de votre fausse conception du monde vous aidera à reconnaître l’aberration de cette loi quand le mental va vous la proposer. Autrement dit, cela vous aidera à faire un travail, ici et maintenant, sur les pensées. » écrit Arnaud Desjardins[16].

Mais qu’est-ce que le mental[17] ?

Le mental (mind en anglais, manas en sanscrit), est l’ensemble des idées et des pensées que nous nous faisons à propos des choses. Il est une machine à produire des pensées fausses car il s’impose à nous dans le présent en interprétant constamment ce que nous vivons, en fonction des expériences du passé (donc de la causalité), plutôt que de voir les choses telles qu’elles sont.

Il s’impose d’autant plus à nous que nous n’avons pas conscience des moments où il intervient et que nous nous croyons a priori libres.

En fait le mental crée son propre monde d’irréalité qui s’interpose entre nous et la réalité.  C’est à travers le mental que nous nous y prenons pour juger et comparer, pour par exemple, nous sentir coupables ou victimes des autres, être dans l’attente, vouloir être parfait, avoir peur du noir, etc.

Swami Prajnanpad[18] parle du « jeu du mental » et explique les choses ainsi :

« Le mental construit un rideau ou une barrière entre « vous » et tout le reste ; il vous empêche de venir en contact avec quoi que ce soit d’autre. C’est pourquoi vous ne pouvez avoir aucune connaissance des choses telles qu’elles sont en réalité.[19] »

Il explique que c’est donc là qu’est la cause véritable de nos insatisfactions, de nos stress et de nos agitations.

Il explique également que le mental a des « idées fixes » et qu’en conséquence il ne peut accepter le changement. Il nous contraint à voir les choses toujours de la même façon, puisqu’il attend constamment l’occasion de nous imposer sa manière de voir à travers nos désirs et nos peurs.

L’image traditionnelle utilisée pour nous permettre de sentir et de percevoir la force du mental est celle de la corde et du serpent :

À la tombée de la nuit, un homme marche sur un chemin, il aperçoit au loin une corde. Son mental lui fait croire que c’est un serpent, il prend donc peur et s’enfuit.

La réalité c’est la corde, le serpent est une illusion de sa pensée, de son mental. C’est donc à partir de son mental que l’émotion de peur a été générée.

C’est bien parce que cet homme a pensé de travers qu’il se retrouve la proie d’une émotion, à partir de laquelle il va agir d’une manière nécessairement inappropriée.

Une personne particulièrement timide projette son mental de timide sur les autres et voit des personnes gênées et timorées partout, à moins que, les interprétant à partir de sa timidité comme différentes de lui, il ne les voie que comme particulièrement audacieuses et même arrogantes.

Pour reprendre les exemples donnés plus haut, Pierre, ne peut pas s’empêcher de dire qu’il ne mangera pas de poisson parce qu’il n’aime pas. Malika, qui s’est fait abuser par son grand-père, se méfie tout particulièrement des hommes âgés. Quant à François, il continue de se répéter en s’en persuadant, à chaque proposition de son existence, qu’il ne parviendra pas à réaliser ce qu’il tente d’entreprendre.

« Celui qui a été mordu par un serpent se méfie d’une chenille », dit avec perspicacité un proverbe algérien.

On comprend donc que ce n’est pas le traumatisme[20] passé de la personne qui est à l’origine de sa fausse conception du monde mais bien son mental qui – ici maintenant – lui propose une interprétation abusive donc fausse de la réalité présente qui trouve son origine dans son traumatisme passé.

Mais il n’y a aucune fatalité à ce qu’une personne continue à interpréter le monde à travers ses expériences passées, il lui faut s’employer ici et maintenant à remettre en cause son mental.

Dans une analyse à propos de la cause de la peur et du manque de confiance en soi, Swami Prajnanpad explique :

« La peur est le plus grand ennemi de l’homme. Quelle est la cause de la peur ? Le manque de confiance en soi. Pourquoi ce manque de confiance ? À cause d’une action qui a été désapprouvée par quelqu’un d’autre et pour laquelle on a été rejeté, battu ou blâmé. On fait des erreurs seulement parce que l’on ignore ce qui est juste et qu’on accepte comme correct ce que disent les autres, spécialement les aînés. On en vient à considérer ses propres actions comme des erreurs. Plus tard, face à une situation semblable ou potentiellement semblable, apparaît dans le mental l’impression : « Non, ce n’est pas bien. » Et immédiatement apparaissent en conséquence les émotions de peur et de honte.[21] »

Les émotions de peur et de honte apparaissent bel et bien, ici maintenant, chez une personne en manque de confiance en soi, parce que – ici maintenant – le mental de cette personne l’hypnotise en lui faisant croire que ce qu’elle se propose de faire n’est pas bien.

Un ex enfant devenu adulte et père mais ayant été, dans sa jeunesse, durement maltraité à travers la mauvaise foi d’un de ses professeurs de lycée, expliquera sincèrement à son fils de 17 ans, désireux de faire des études d’histoire pour se consacrer à l’enseignement, qu’il fait fausse route et qu’il lui faut mettre tout en œuvre pour trouver une autre voie.

Ce père ne voit pas la corde mais le serpent (autrement dit il est la proie de la peur qui est à l’origine de l’injonction qu’il fait à son enfant), illusionné par son mental qui l’hypnotise, il se sert de son autorité et impose son mental à son enfant en cherchant à lui faire croire qu’il ne devrait surtout pas se destiner à l’enseignement.

Pierre est certainement sincère quand il prétend (soi-disant librement), ne pas aimer le poisson, incapable de voir qu’ici et maintenant il obéit à son mental qui lui impose de croire qu’il n’aime pas le poisson. Malika ne sait pas que c’est son mental à l’œuvre qui lui impose de ne pas se détendre dans ses relations amoureuses. De même que François ne voit pas que c’est son mental qui lui souffle constamment à l’oreille qu’il est un bon à rien. Ce sont ses idées sur lui-même, encore aujourd’hui, qui créent chez lui cette émotion permanente de ne pas être à la hauteur et non pas ce que lui a répété son père dans sa jeunesse.

Alors même qu’il est en thérapie, François explique à son thérapeute que son père est à l’origine de ses croyances sur lui-même, et continue – pour le moment – de ne pas voir qu’il perpétue activement avec lui-même les croyances que son père lui a mises dans la tête quand il était enfant, entretenant avec lui-même un comportement de victime qui le condamne à souffrir en ne pouvant pas sortir de son enfer.

Remettre en cause son mental, c’est douter de soi-même et de ce que l’on pense de soi en faisant un travail de discrimination de ses propres pensées. Et ce n’est certainement pas ce que nous avons appris à faire dans notre culture occidentale qui met la pensée au pinacle en la magnifiant.

Personnellement, j’avais appris très jeune, selon la formule de Pascal[22], que l’homme « n’était qu’un roseau, le plus faible de la nature mais que c’était un roseau pensant » et que « toute notre dignité consiste donc en la pensée » ; d’autant plus que – pendant mon enfance – mon père répétait constamment à l’enfant plutôt rêveur que j’étais, la formule : « Use your brain », sers-toi de ton cerveau.

J’ai donc baigné dans un monde qui valorisait la pensée, « n’importe quelle pensée » et cela a été pour moi un important obstacle à sa remise en cause.

J’ai dû prendre conscience que si mon père m’avait recommandé de me servir de mon cerveau, ce qui peut sembler en soi tout à fait légitime, il ne m’avait pas précisé « comment » s’en servir. Il ne m’avait pas appris à devoir faire la différence entre mes pensées, entre un serpent et une corde…

C’est la rencontre avec Arnaud Desjardins, qui enjoignait avec constance et bienveillance à ses élèves de faire la différence entre « voir » et « penser », entre « penser droit » et « divaguer », qui me permet aujourd’hui de pouvoir mettre en pratique ce fameux « travail sur les pensées », donc cette discrimination du mental, qui consiste précisément alors même que l’on vient de « constater ce qui est », à continuer de se poser la question de savoir si, suite à cette constatation, on ne serait pas de nouveau en train d’interpréter les choses donc de penser avec le mental.

« Le mental crée son propre monde d’irréalité. Chacun crée son propre monde et donc le monde de chaque homme est différent. Et ce monde change pour le même homme d’un jour à l’autre, même si l’homme ne change pas d’endroit.[23] » disait Swami Prajnanpad.

Se servir de son cerveau ce n’est donc pas gamberger, croire ou se laisser aller à son imagination, se servir de son cerveau c’est apprendre à distinguer le vrai du faux, découvrir que ce qui est hypothétique ne peut pas être certain.

Nous avons grandi dans un monde qui ne nous a pas appris à faire la distinction entre le « mental » qui échafaude, interprète, transforme les choses en créant « son » monde, et la pensée noble, scientifique, la pensée discriminante qui permet à l’homme de voir les choses telles qu’elles sont.

Le travail sur les pensées permet à une personne qui pratique de voir précisément à quel moment et à quel endroit elle reste enfermée dans « son » monde plutôt que de vivre dans « le » monde tel qu’il est.

Nous avons donc vu que ce n’est pas notre soi-disant liberté mais nos émotions qui déterminent notre manière d’agir et de nous comporter. Il en va de même pour toutes nos émotions, qu’il s’agisse de l’anxiété, de la dépression, de la colère, de la tristesse, de la culpabilité ou d’un sentiment d’infériorité. A chaque fois qu’elles se manifestent, ces émotions sont causées par notre mental, jamais par les événements eux-mêmes.

Ce sont les émotions de François qui déterminent les inhibitions de François, qui découlent de l’anxiété qu’a François à entreprendre et à agir. Cette anxiété provient de son mental qui lui fait croire en le lui répétant sans cesse, que ce que son père disait de lui quand il était enfant était vrai.

Si François pouvait remettre en cause son mental, ses émotions comme ses comportements s’en trouveraient changés.

Pour ce faire, il a besoin d’identifier chez lui les pensées qui sont à l’origine de ses émotions, puis de les confronter, de les comparer à la réalité du monde tel qu’il est : est-ce que je vois les choses telles qu’elles sont ou est-ce que je me laisse abuser par mon mental ?

A ce stade de la lecture de cet article, vous conviendrez avec moi qu’il n’est donc pas nécessaire de « croire » à toutes les pensées qui nous viennent sans cesse à l’esprit, qu’il est parfaitement légitime, avec un peu d’entrainement, de les discriminer.

Comme le dit ce dicton chinois particulièrement éclairant :

« Si on ne peut pas empêcher les oiseaux noirs de voler au-dessus de nos têtes on peut les empêcher d’y faire leur nid. »

Dans la symbolique chinoise, les oiseaux noirs, les corbeaux, s’apparentent traditionnellement aux pensées. Nous sommes en effet constamment sollicités par nos pensées, que nous croyons et auxquelles nous obéissons le plus souvent sans même en avoir conscience si nous n’avons pas acquis le réflexe de les remettre en cause.

Le premier travail est donc de se trouver légitime à ne plus pactiser avec des pensées dont nous savons pertinemment qu’elles sont fausses.

Si on ne peut pas empêcher les pensées de s’imposer à nous, on peut par contre apprendre – les ayant regardées en face – à ne pas permettre à certaines d’entre elles de s’incruster dans notre cerveau en les ressassant (ce qui est le meilleur moyen de leur donner du pouvoir).

Avec un peu d’entrainement vous allez pouvoir aussi découvrir si vos prétendues idées sur les choses et le monde sont les vôtres ou celles que vous avez apprises de vos éducateurs. Ce faisant vous allez pouvoir les remettre en cause afin de découvrir si elles sont vraies « pour vous ».

Peut-être, en pratiquant cela, (ou en vous exerçant à cela), allez-vous pouvoir découvrir qu’il n’est pas si facile de renoncer à un goût ou à une habitude auquel vous étiez attaché(e) et que cela demande une profonde détermination, soutenue par la conviction que c’est votre mental qui décide pour vous, à votre place ?

Peut-être pourrez-vous découvrir que, par exemple, si vous vous êtes mis à fumer il y a bien longtemps, c’est notamment pour fuir un certain malaise dans votre relation à vous-même, à vos émotions et aux autres. Découvrir qu’il vous est possible de ne plus éternellement obéir aux fausses lois mentales qui vous obligent à croire que vous ne pouvez pas vivre sans cette béquille, et voir clairement en outre que si vous pensez ne pas être capable de vous arrêter de fumer, alors que vous en avez l’intention, c’est parce que vous obéissez à la fausse loi de votre mental qui vous fait croire que vous n’en aurez jamais la force.

De même découvrir, d’une manière générale, que si vous ne parvenez pas à réaliser ce que – dans un contexte réaliste – vous aimeriez parvenir à réaliser, (si vous ne vous en donnez pas les moyens), c’est que votre mental s’en est vraisemblablement mêlé. Ce mental malin qui parvient à vous convaincre que vos éventuels traumatismes vous détermineront toujours.

Il ne s’agit pas ici de se convaincre que « quand on veut, on peut », mais de voir avec finesse la manière dont nous nous convainquons nous-mêmes de nos propres limites et aliénations en adhérant à nos inclinaisons.

Il est possible par exemple de découvrir qu’il n’est pas obligatoire de prêter de l’argent à son père alcoolique et dépensier et que la culpabilité qui peut être la nôtre à ne pas vouloir lui en prêter n’est que l’écho d’un jugement moral issu de la part immature de nous-même. Un jugement issu de l’allégeance à sa propre peur d’agir conformément à ce que l’on sent.

C’est de le voir à l’œuvre qui vous permettra de désobéir à la fausse loi qui vous contraint de lui prêter de l’argent et peut-être de devenir libre de votre père alcoolique.

C’est aussi de « voir les choses telles qu’elles sont » qui vous permettra de découvrir que votre père n’est pas un « beau salaud » qui a abusé de vous en vous demandant de lui prêter de l’argent qu’il ne vous remboursera jamais, mais un homme qui tente de fuir sa propre souffrance avec de l’alcool, quitte à arnaquer son propre enfant.

C’est aussi voir les choses telles qu’elles sont que de constater que votre père n’a pas cherché « librement et consciemment » à vous abuser mais qu’il était lui-même déterminé par sa façon de voir les choses, qui était la conséquence de la manière dont il avait appris à voir le monde.

Votre père a bien pensé à abuser de votre argent mais il n’est pas lui-même libre de cette manière de penser et de sa propension à vous arnaquer. Ce n’est pas pour autant que vous devez lui obéir à moins que vous ne soyez la victime de votre mental qui voudrait vous faire croire qu’on doit toujours obéir à son père.

Hors de l’émotion, « les choses telles qu’elles sont » disent aussi que vous êtes un être humain « à part », que vous avez à respecter votre unicité et que personne n’a à être la « chose » de personne.

C’est de « voir les choses telles qu’elles sont » qui vous permettra de découvrir qu’en vous mettant au monde, vos parents ne faisaient que poursuivre leur propre intérêt, et que même s’ils ont cru bien faire avec les conceptions qui étaient les leurs, vous êtes parfaitement légitime, aujourd’hui, à mettre la limite à leurs possibles exigences, plutôt que de croire devoir leur obéir comme le ferait un enfant soumis.

Enfin, le mécanisme est toujours le même : une émotion surgit, déterminée par une pensée, qui détermine à son tour une action ou une inhibition de l’action, et ainsi de suite.

Le potentiel devenir de Pierre, de Malika ou de François est de pouvoir accéder à « qui ils sont » vraiment sans devoir être déterminés par leur mental qui leur ferait croire qu’ils sont nécessairement et pour toujours assujettis à leur passé.

C’est cet effort de lucidité consciente qui permet à une personne d’affronter sa mauvaise conscience pour agir par rapport à elle-même et conformément à ses besoins.

Ce travail thérapeutique de connaissance de soi-même est particulièrement précieux, parce qu’il permet à un être de commencer à découvrir les raisons pour lesquelles il agit comme il agit, plutôt que de s’accabler en croyant devoir agir autrement. D’autre part et pour son plus grand bénéfice, il lui permettra de découvrir qu’il est ici et maintenant « comme il est », et que c’est la manière dont il pense sa vie qui va déterminer son vécu propre.

S’étant réconciliée avec elle-même, cette personne deviendra en mesure d’accepter « qui elle est. »

On ne peut pas évoluer en se combattant soi-même mais en se comprenant avec douceur et bienveillance, en comprenant de plus en plus finement les raisons (causes) par lesquelles on est amené à agir comme on agit, et ce travail commence par la compréhension des causes qui font qu’on est amené à agir contre soi-même.

C’est donc en éliminant petit à petit les pensées qui sont à l’origine des émotions qui nous empêchent de voir le monde tel qu’il est, que nous parviendrons à vivre en paix avec nous-mêmes et le monde.

Celui qui a vu la manière dont il s’y était pris pour se blesser la main en ouvrant une boîte de conserve – parce qu’il ne veut plus dorénavant se blesser – ne court plus le risque de s’y prendre de la mauvaise manière, et s’il court encore ce risque, c’est qu’il n’a pas encore perçu l’influence mortifère de son mental contre lui-même. Quand – sur la base de ce que je vois clairement – la tension entre ce que je veux être et ce que je suis n’existe plus, le lâcher prise[24]survient et la détente apparaît.

Le lâcher prise advient au moment précis où n’étant plus ni en conflit ni en opposition avec « ce qui est », nous ne pouvons qu’abdiquer vis-à-vis de nous-mêmes et du monde, et c’est cette abdication, cette non résistance qui permet la détente.

Nous nous croyions libres et nous ne savions pas que c’est en nous croyant libres que nous nous aliénions. Alors que si – nous sachant aliénés – nous trouvons en nous la force de remettre en cause les fausses certitudes de notre mental, nous pouvons enfin accéder à la liberté.

Nos difficultés à vivre viennent donc de nos cogitations, de nos gamberges auxquelles nous croyons. Pour y remédier, Arnaud Desjardins nous invite à « une totale rééducation (…) une lutte et une modification de nos habitudes, et avant tout de nos habitudes de pensée.[25] »

Cette rééducation nous permettra de nous libérer des pensées associées aux émotions, à condition que nous soyons vraiment déterminés et persévérants à les débusquer : « Dans chaque situation que la vie vous présente, vous pouvez soit fonctionner selon vos vieux schémas, soit faire cet effort pour voir la situation telle qu’elle est. Si vous voulez évoluer, un réel travail de discrimination vous est demandé pour distinguer ce qui relève de la réalité et ce qui est pure projection de votre monde intérieur sur cette réalité. Il faut accabler le mental par la vision de la vérité pour qu’il ne puisse plus continuer à dire n’importe quoi et qu’il soit obligé de se taire ; il faut confronter les pensées à la réalité.[26] »

© 2021 Renaud PERRONNET Tous droits réservés.

Notes :

[1] Lire à ce sujet : Indignation

[2] Lire à ce sujet : Opinion

[3] « Volitions et de leur appétit » : Volontés et inclinations.

[4] Spinoza, Œuvres III Éthique, Appendice de la Première Partie, p. 61. Éditions Garnier Flammarion. 1965.

[5] Spinoza, Œuvres III Éthique, Appendice de la Première Partie, p. 67. Éditions Garnier Flammarion. 1965.

[6] Lire à ce sujet : Inconscient

[7] Spinoza, Œuvres III Éthique, Deuxième partie, Proposition VII, p. 75. Éditions Garnier Flammarion. 1965.

[8] Lire à ce sujet : Je me sens transparente en public, déconnectée, invisible, pourquoi ?

[9] Sur ce sujet, regarder le diaporama : Le mécanisme de l’émotion

[10] Pour illustration, lire : J’ai l’impression que le travail thérapeutique ne fait que remuer le couteau dans la plaie, que se passe-t-il ?

[11] Francis Bacon est un philosophe anglais (1561 – 1626), il a théorisé la méthode expérimentale et est en conséquence à l’origine de la pensée scientifique moderne.

[12] Lire à ce sujet : Être conscient

[13] Lire à ce sujet : Lucidité

[14] Lucien Auger, S’aider soi-même, une psychothérapie par la raison, Éditions de l’Homme, 1974.

[15] Cité par Matthieu Ricard, Plaidoyer pour l’altruisme, Éditions Nil, 2013.

[16] Arnaud Desjardins, La Voie et ses pièges, p. 181, Éditions La Table Ronde, 1992.

[17] Lire à ce sujet : Le Mental (histoire racontée par Lee Lozowick)

[18] Pour découvrir qui est Swami Prajnanpad, cliquez sur ce lien.

[19] Swami Prajnanpad, La Vérité du bonheur, p.139, Éditions Accarias L’Originel, 2006.

[20] Lire à ce sujet : Traumatisme et présence

[21] Swami Prajnanpad, La Vérité du bonheur, p.53, Éditions Accarias L’Originel, 2006.

[22] Pascal, Pensées, p.1156, Éditions Gallimard Pléiade, 1976.

[23] R. Srinivasan, Entretiens avec Swami Prajnanpad, p. 39, Éditions Accarias L’Originel, 1986.

[24] Lire à ce sujet : Lâcher prise

[25] Arnaud Desjardins, La Voie et ses pièges, p. 183 et p. 188, Éditions La Table Ronde, 1992.

[26] Arnaud Desjardins, La Voie et ses pièges, p. 199, Éditions La Table Ronde, 1992.

Pour aller plus loin, je vous invite à lire :

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31/07/2021

Déjà, il y a environ 2500 ans :

Arrête de penser, et finis-en avec tes problèmes.

Quelle différence y a-t-il entre oui et non ?

Quelle différence y a-t-il entre le succès et l’échec ?

Dois-tu estimer ce qu’estiment les autres, éviter ce que les autres évitent ?

Ridicule !

Lao-Tseu, Tao Te King, Éditions Synchronique,  Chapitre 20, 2020.


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3 réflexions au sujet de « Peut-on se libérer des pensées ? »

  1. Marlène

    Bonjour Renaud,

    Je vous remercie pour cet article de grande qualité qui est une ressource inépuisable pour moi. Je reviens souvent y puiser de l’inspiration pour ma pratique au quotidien, et la bibliographie m’ouvre également de très belles perspectives. Je l’ai imprimé et rangé dans un classeur où je rafraichis et renouvelle mon intention au contact de lectures et d’auteurs inspirants.

    Merci encore de nous livrer cette synthèse approfondie de votre expérience et de votre travail

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