Lucidité

Réflexion n° 47 :

Nous ne sommes pas tous égaux face au travail de connaissance de nous-mêmes que nous entreprenons. Il faut dire que le premier obstacle à ce travail c’est qu’il nous demande de partir de « là où nous sommes », quelles que soient les insuffisances, les manques ou les faiblesses que nous pouvons constater en nous. Or une personne convaincue de ses insuffisances en culpabilise le plus souvent et, inhibée par sa mauvaise conscience, ne peut pas se voir objectivement à l’œuvre et continuera indéfiniment de se raconter des histoires sur elle-même.

Or il n’y a pas à tergiverser, le travail de connaissance de soi exige la lucidité. Notre mauvaise foi comme notre propre lâcheté – tant qu’elles ne sont pas mises à jour – ne peuvent que nous égarer. La lucidité ne s’accommode pas de l’hypocrisie.

Les personnes, conditionnées à vivre dans le déni de leurs propres responsabilités, sont incapables de réussir à « voir les choses telles qu’elles sont. »

Vous avez sûrement remarqué que la plupart d’entre nous, quand nous rencontrons un obstacle ou une difficulté dans nos existences, convenons avec beaucoup de facilité que c’est le plus souvent (pour ne pas dire toujours) de la faute « des autres ».

  • d’accord, j’ai brûlé un stop, n’empêche que si cet imbécile n’était pas arrivé à cette vitesse, je n’aurais pas eu d’accident !
  • il est vrai que je ne fais jamais de sauvegarde de mes données informatiques mais que je puisse perdre mon travail d’une semaine vous ne réussirez pas à me faire croire que c’est normal !
  • si je ne retrouve pas mon pull-over là où je crois l’avoir laissé, c’est certainement parce que ma femme est intervenue.

Il est tellement plus confortable et facile de s’enfermer dans sa mauvaise foi, de ne pas se remettre en question, en pensant trouver la cause de ce qui nous fait souffrir à l’extérieur de nous plutôt qu’en nous.

Or les effets du travail thérapeutique ne sont révélés qu’à ceux qui ont vérifié par eux-mêmes que c’est leur manière de voir le monde et les choses qui détermine l’expérience qu’ils en ont.

C’est par exemple parce que je m’attends à être trahi que je cours le risque de l’être ; parce que je veux à tout prix être aimé que mes relations amoureuses seront maladroites.

C’est bien notre être qui détermine notre existence et non l’inverse.

Pour pouvoir infléchir certains de ses comportements, il faut donc commencer par apprendre à s’accueillir tel que l’on est et cela demande de la lucidité.

Swâmi Prajnânpad avait une manière très explicite de donner sens à la lucidité : « Il ne s’agit pas seulement de voir les choses comme elles sont, mais de vous voir en même temps, avec les réactions qui ont lieu en vous. »

C’est donc bien l’étude des réactions que nous avons aux choses telles qu’elles sont qui nous permettra de voir comment nous nous y prenons pour ne pas les accueillir telles qu’elles sont – parce que nous les interprétons et les mettons « à notre sauce ».

Il interrogeait certains de ses élèves qui souhaitaient s’entraîner à la lucidité, de cette façon : « Tous les soirs avant de vous coucher pratiquez-vous un auto-examen pour voir les idées qui vous ont traversé l’esprit pendant la journée ? Quel a été votre comportement dans certaines situations ? [Vous demandez-vous] si vous avez agi délibérément et consciemment ou si vous n’avez rien fait d’autre qu’être emporté par vos impulsions et vos réactions émotionnelles ? »

© 2015 Renaud & Hélène PERRONNET Tous droits réservés. 

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CC BY-NC-SA 4.0 Lucidité par Renaud Perronnet est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d'utilisation Commerciale-Partage à l'identique 4.0 .

15 réflexions au sujet de « Lucidité »

  1. Marie

    Oui c’est l’étape qui me manquait on est comme on est, on a le vécu qu’on ne peut changer et notre corps qui réagit par rapport à cela et on ne peut rien y changer qu’il faut tout prendre les bons comme les mauvais côtés mais je n’arrivais pas à comprendre ce qu’on pouvait faire de ça une fois qu’on voit, j’avais l’impression de tourner en rond.

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  2. mat

    Bonjour
    La lucidité n’est pas toujours une amie.
    Il s’agit plus je dirai d’un idéal faisant l impasse sur l’instinct.
    La lucidité fruit de la réflexion serait différente de l’action (dans le sens de instinct ou impulsivité )
    Je considère en souffrir car je me reproche toujours mes paroles ou comportements de la journée, de la semaine passée.
    Aussi c est un exercice qui, je pense, me dessert car douloureux.
    C est plus le doute qui né de cet exercice qui est douloureux.
    « J aurai pas du, c est fatiguée et en colère que j ai répondu aussi méchamment  »
    Il y a sûrement des personnes qui sont exigeantes et dure avec elle- même mais qui n en souffre pas.
    cdl

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  3. Juliette

    Bonjour,
    Je suis de plus en plus lucide sur la vie de nos jours, même si une partie de ma vie, j’ai cru que tout était la faute des autres. La vie ne m’a pas gâtée et elle ne me gâte pas encore suffisamment pour me faire oublier une enfance sans amour et rejetée de ma famille, même de ma mère. J’ai fait un grand pas, j’ai fait la paix avec ma mère (elle est décédée, je lui parle, je sens qu’elle m’entend, me comprend et m’aide.) Je n’ai pas oublié toutes les bavures, je suis capable de vivre en acceptant ce que je suis, en changeant ce qui est possible de faire. (Je suis croyante parce qu’il y a une autre vie après la mort.

    Je fais des efforts à tous les jours, je me dis, il y a 1 440 minutes dans la journée, qu’à partir de minuit ces minutes n’existeront plus, si dans ma journée, j’ai vu du positif, j’ai aidé quelqu’un, j’ai dit un bon mot, j’ai pensé aux autres (aujourd’hui aux gens du Népal) au lieu de me plaindre, de m’apitoyer sur mon sort, de voir dans les gens qui m’entourent pas seulement leurs défauts, de voir dans leurs yeux, le petit point positif qu’il ne sont pas capable d’exprimer.

    Si nous faisons l’effort d’écouter les gens, de les comprendre, d’essayer de connaître nos voisins, nous vivions que pour nous, notre moi, nous sommes surpris que le couple voisin avec ses trois enfants se sont enlevée la vie?

    Comme disait la chanson, ¯Quand les hommes vivront d’amour, il n’y aura plus de misère¯ pourquoi attendre demain, avec nos 1 440 minutes dans la journée, nous pouvons faire un pas de plus, le changement ne sera pas pour demain, mais disons-nous, ¯UN JOUR À LA FOIS¯, L’ESPOIR EST AU BOUT DU TUNEL.

    Bonne journée remplie de soleil dans votre cœur, beaucoup d’espoir que l’on peut changer le monde, un jour à la fois.

    Merci Monsieur Perronet.

    Juliette

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  4. Marie

    En se jugeant durement, on invente des excuses pour ne pas se voir, je me suis vue à l’œuvre et du coup ça brouille tout. Si c’était simple ça se saurait, on veut tellement être bien qu’on a du mal à se voir mais grâce à une personne lucide en face de soi on peut y arriver, il faut surtout trouver une personne lucide et douce avec soi.

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  5. mat

    Il est vrai que la lucidité entraîne toujours chez moi des reproches.
    Je pense même que c’est le sentiment de culpabilité qui me tracasse et m’amène à la lucidité et revoir constamment ma copie (comportement et paroles)
    A un fait ou une parole ma réaction est très différente selon que j’ai réfléchi ou pas.
    Avec la réflexion j’excèle de bon sens.
    Sans réflexion, c est pas mal mais un peu maladroit et cette maladresse me déplaît. Je ne l’accepte pas trop, j ai souvent blessé quelques un et dit les choses que je pense vraies mais durement
    C’est le manque de temps, les circonstances, x ou y qui m ont poussé a réagir aussi vite.
    J’aurai pu mieux faire si le temps de la réflexion m’était imparti.
    Bridée, parfois je me demande comme docteur JEKlL et Miser HYDE lequel de moi est le vrai.
    Les deux bien évidemment, c est une cohabitation très tumultueuse et douloureuse.

    Car je suis à fortiori toujours frustrée

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  6. Anne

    Bonjour,
    J’adhère complétement à cette réflexion.
    Cette lucidité, si elle est nécessaire, utile, (voir même vitale), n’est malheureusement pas innée et demande pour certains un temps d’analyse plus ou moins long sur les situations…
    Ce temps de recul ne permet pas une réaction honnête d’emblée…. c’est cela qui, me semble-t-il peut générer de la culpabilité…. Malheureusement je n’ai pas trouvé la recette pour faire de cette qualité un reflexe…
    Merci pour vos articles si intéressants!

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  7. Marie

    Je suis bien d’accord car ce qu’on a appris on l’a appris et c’est difficile pour nous d’avoir un œil extérieur lucide, c’est pour ça que c’est plus facile d’avoir une personne auprès de nous lucide, on essaie d’être lucide mais parfois nos travers reprennent et si on a une personne bienveillante à côté de nous elle peut nous aider à y voir plus clair, c’est une expérience vécue c’est pour ça que je me permets de l’écrire car ça peut aider mais je sais aussi que si on ne s’en aperçoit pas soi même on peut nous le dire on a du mal à le concevoir.

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  8. Annemarie

    Bonjour,
    C’est toujours très instructif de lire vos « réflexions ». Parfois je me dis qu’il est bien dommage de ne pas s’y attarder dans la période de notre vie entre 20 et 50 ans!… Eh ! oui le tourbillon de ces périodes de vie ne nous amène pas à vous rejoindre et, bien sur, à être lucide. Je serais bien curieuse de connaître le public que vous « touchez » à travers vos articles si intéressants? A la 60 aine, je prends le temps de vous apprécier! Subtilement j’envoie votre lien vers mes jeunes …..
    cordialement

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  9. Marie

    J’ai pensé à un truc, moi j’analyse trop, je suis lucide et du coup pour vivre sans trop réfléchir c’est difficile et pourtant c’est ça la liberté mais quand je me force à ne pas le faire c’est pire.
    Et je me dis, en fait c’est comme un enfant quand on le dispute la fois d’après il nous ment pour ne pas se faire disputer alors que si on lui explique en douceur il peut refaire mais il a compris donc on lui redit et au fur et à mesure il finit par ne plus le faire, il retente de temps en temps pour voir la limite mais on lui redit et il s’arrête car il sait pourquoi.
    Voilà je suis tellement méchante avec mon enfant intérieur qu’il se cache pour ne pas avoir à faire à moi, en même temps si je suis dur avec lui il n’a pas envie de me voir. Du coup, je pense que ma prochaine étape c’est d’apprendre à être douce avec moi en sachant que parfois je serais dur vu que j’ai appris ainsi mais avec douceur j’avancerais mieux.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Je crois que l’effort d’analyse est lié à une sensation de séparation, à un manque que nous essayons tant bien que mal de contrer. La lucidité – elle – est le contact direct et immédiat avec « ce qui est », elle résulte de la détente et non de la tension. Ce sont nos émotions incessantes comme nos cogitations qui nous empêchent d’accéder à la lucidité.
      Comme le dit une sentence zen : « Une surface d’eau troublée ne reflète pas la vraie forme de la lune. »

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      1. Anne

        Je n’avais pas compris cet effort d’analyse comme réponse au manque. Cela me parait désormais évident, merci.
        Etre lucide serait donc ne plus manquer… (et ne plus manquer une forme de liberté ?)
        Nous aurions donc besoin de travailler sur nos manques, qui prennent leurs origines dans l’enfance…
        Mais une fois repérés voir même acceptés qu’en faisons-nous pour ne plus avoir à réfléchir et ainsi arriver à objectiver instantanément une situation ? Pas simple…
        Finalement, être lucide c’est faire une croix sur nos émotions pour constater la juste réalité des faits ?…

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  10. Marie

    Oui je vois ce que vous voulez dire la séparation, la fusion…
    La vision déformée que nous renvoie les autres apprendre à être une personne à part entière avec nos sentiments et pas retransmettre les sentiments des autres sur nous, c’est une chose difficile pour moi. La preuve en vous lisant il m’a fallu un temps de réflexion. Merci.

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  11. mat

    Quelle juste et jolie sentence zen.
    Quel niveau de sagesse que j’envie.
    Oui c’est plus l effort et tentative d analyses qui sont douloureux.
    La lucidité est-elle à rapprocher de la conscience?
    Qu est ce qui distingue la lucidité de la morale?
    Merci

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