Je me sens transparente en public, déconnectée, invisible, pourquoi ?

(Qui suis-je ?)

Question (anonyme) :

Je me sens transparente en public, déconnectée, invisible, pourquoi ?

Mes pistes de réponse :

Si – par exemple – un être humain se trouve beau ou laid, c’est parce qu’en contemplant son image, il l’a interprétée à travers les critères esthétiques de la société dans laquelle il vit. Il s’est appliqué ces critères à lui-même et a conclu : « je suis beau ou laid », exprimant par là même ce que l’on nomme communément son goût.
Le goût d’un être humain est, le plus souvent (dans la dépendance ou la contre-dépendance), celui de sa mère, de son père, de sa famille, de sa culture, celui des personnes avec lesquelles il a été mis en contact au début de sa vie.
Nous avons tous commencé notre vie en admettant à propos de nous-mêmes et des autres (sans preuve ni vérification), des critères « extérieurs » à nous-mêmes, nous avons tous été – plus ou moins – (mais plutôt plus que moins), modelés par les critères de notre entourage.

Il vous faut donc commencer par admettre que (comme pour la beauté ou la laideur) ce que vous ressentez de vous-même est ce qu’on vous a appris à ressentir, puisque vous vous êtes (comme chacun de nous), construite sur la base de ce que les autres (vos proches), vous ont dit (ou fait ressentir) que vous étiez.
C’est ainsi que vous parviendrez à convenir qu’en vérité vous n’êtes ni belle, ni laide, ni transparente ni invisible, vous êtes – pour le moment – ce que certains psychologues désignent par le « faux self » (ou faux soi), c’est-à-dire ce que les critères de la société dans laquelle vous vivez, ont réussi à vous faire croire que vous êtes.
Or, par-delà vos jugements sur vous-même, vos qualifications, vos ressentis positifs ou négatifs à propos de vous-même, vous êtes juste « ce que vous êtes », une personne unique et indéfinissable, différente de toutes les autres personnes.
On pourrait même dire que dans cette unicité vous êtes, en vérité, une personne parfaitement « neutre ».

Swami Prajnanpad partageait :

« Souvenez-vous : tout est neutre, chaque objet est neutre, toute action est neutre, tout homme est neutre, parce que la neutralité est la vérité. La valeur n’intervient que lorsqu’il s’agit de comportement et non de la réalité. La réalité est neutre. »

Swami Prajnanpad, Vers la réalisation de soi, p. 147.

Tant que vous confondez « la réalité » avec son interprétation humaine, vous vous empêchez de l’apprécier telle qu’elle est. Tant que vous ne mettez pas en doute, les critères à travers lesquels vous vous évaluez vous-même, vous vous condamnez à leur obéir donc à vous perdre.

C’est Alan Watts qui a écrit :

« Vous ne verrez pas le ciel si vous avez recouvert la vitre de peinture bleue. »

Vous allez pouvoir découvrir que si vous vous sentez transparente, déconnectée et invisible cela parle moins de la « vérité » de qui vous êtes que de la manière dont on vous a appris à vous percevoir.
Ce que vous vous sentez être (transparente, déconnectée et invisible), parle donc plus de ce que vous avez appris à vous sentir être (en conséquence de la manière dont vous avez été regardée), que de qui vous êtes réellement.

« À un tout petit enfant, on peut apprendre à parler n’importe quelle langue du monde, à chanter n’importe quel air, à aimer n’importe quelle nourriture et à croire en n’importe quel dieu.
L’esprit humain est comme un disque de cire sur lequel des sillons seront gravés plus ou moins profondément. (…)
Impossible de surestimer l’importance de ces sillons gravés au cours des premiers mois et années de la vie. Alors qu’« on » n’est pas encore là pour le savoir, ils deviendront le siège de nos émotions les plus fortes, façonnant cette région du cerveau que l’on appellera plus tard « les tripes ». (C’est cela qui sera réactivé lorsque, plus tard, on sanglotera en écoutant un morceau de musique, ou éprouvera le désir de violer un enfant.)
L’ensemble de ces premières empreintes forment notre culture. Pour chacun et chacune, cette culture deviendra le monde même. »

Nancy Huston, L’Espèce fabulatrice, Éditions Actes Sud, p. 81.

Il n’y a donc aucune fatalité à continuer de ressentir de vous-même ce que vous ressentez, mais juste un rapport de cause à effet.

Comme tout le monde, je présume qu’il est difficile pour vous de mettre en doute ce que vous ressentez de vous-même et pourtant tout le travail est là.
La réponse à la question « Qui suis-je ? » commence nécessairement par la mise en doute de qui vous croyez être.

La remise en cause c’est d’admettre que la perception que vous avez aujourd’hui de vous-même est la conséquence du regard des autres sur vous et que (pour le moment), vous n’avez pas encore accès à vous-même.

Il va vous falloir mettre en doute, de façon acharnée, ce que l’on vous a appris de vous-même, ce qui revient à dire mettre en doute la pertinence de ce que vous vous sentez être.
C’est grâce au discernement que vous parviendrez peu à peu à ne pas croire que ce que vous ressentez de vous-même est nécessairement vrai.

Le discernement est une faculté qui est donnée à votre esprit (en relation avec votre expérience), d’apprécier les choses selon leur nature et leur juste valeur, mais aussi de les apprécier à travers votre capacité à en juger par vous-même à la fois avec bon sens et clarté.
C’est le discernement qui vous permettra de faire la différence entre ce que « vous êtes », ce que « vous croyez être », ce que « vous ne voulez pas être » et ce à quoi « vous aspirez à être ».
C’est le discernement qui vous permettra petit à petit de ne plus vous mentir et de vous regarder vous-même sans culpabilité ni mauvaise conscience donc avec lucidité.

Au début, vous ne pourrez pas ne pas commettre d’erreurs à propos de vos appréciations sur vous-même, il ne peut pas en être autrement, il vous faudra donc – pas à pas et avec une confiance en vous-même mise à l’épreuve – vous assurer de votre stabilité pour avancer jusqu’à l’étape suivante.

C’est à ce prix que vous vous retrouverez à l’orée du chemin mystérieux sur lequel il vous faut marcher pour apprendre à découvrir et à sentir qui vous êtes vraiment.

Pour ce faire, interrogez-vous, pourquoi devriez-vous vous demander d’être née avant même votre naissance ?

Tel est le sens profond de cette sentence zen :

« Ta principale tâche sur terre est celle de te donner naissance. »

Illustration :

Gary Peter Slipper, The Invisible Woman.

© 2021 Renaud PERRONNET Tous droits réservés. 

Pour aller plus loin, vous pouvez lire :

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3 réflexions au sujet de « Je me sens transparente en public, déconnectée, invisible, pourquoi ? »

  1. Kriss

    Merci et merci

    Je bois vos mots qui s’impreignent dans mes cellules.

    Je comprends mieux pour quelle raison c’est et c’était plus simple pour ma soeur.
    Le regard posé sur elle n’a pas été le même je dirais beaucoup plus encourageant, venant après moi et la situation familiale ayant à ce temps là, de manière « momentanée » quelque peu évoluée.
    Ce regard différent sur elle aidant, elle a toujours su amuser la galerie, ce qui a donc avec le temps fait effet de boule de neige …
    Nous ne pouvons et pouvions qu’être différente, n’ayant pas même « caractère » ce qui fut l’explication.

    Pour ce qui concerne votre illustration qui accompagne ce partage, il ne pouvait y en avoir de meilleure, de plus parlant 🙂
    Et pour aller plus loin, c’est exactement (pour être precise), ainsi, que je me suis toujours sentie, donc cela prouve, que cette figure existe bel et bien 😀

    Bien à vous

    Répondre
    1. Mélanie

      Pour avoir du discernement ou plutôt ETRE dans le discernement, il convient déjà d’avoir une bonne image « d’une base »: que ce soit une image de nous, une image de nos piliers, une image de nos valeurs… une bonne image d’une base de quelque chose à laquelle on croit sans faille. Car il est difficile de discerner sans avoir cerné déjà un aspect auquel on croit.

      Renaud, comme d’habitude, cet article décortique un schéma de penser qu’on a tous: croire notre ressenti (qu’on est inutile, moche, pas aimable…) pensant que comme ça vient de l’intérieur de nous et bien que c’est vrai alors qu’en fait, ce ressenti vient du filtre « construit depuis l’enfance venant de l’interprétation que nous avons eu par rapport au regard des autres » à l’intérieur de nous.

      Et c’est là que nous avons obligation de tout remettre en question pour choisir ce qui nous fait du bien et qui sera notre réalité joyeuse.

      Aujourd’hui, depuis notre échange en visio conf 🙂 , ces aspects sont tellement plus limpides que dés que je commence à me sentir « mal » je m’interroge sur ce qu’il s’est passé « qu’est ce qui m’a rendu mal » et les 9 fois sur 10, c’est moi qui me suis rendue mal toute seule en croyant aux interprétations que le filtre a émis automatiquement.

      UN GRAND MERCI RENAUD

      MERCI

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  2. Fabienne

    Merci,
    Cela m’éclaire un peu plus encore, et ce qui est encourageant et qui fait du bien, c’est de savoir que ce n’est pas une fatalité… et que l’on peut espérer changer la vision que l’on a.
    Ce qui est peut-être le plus difficile c’est justement d’avoir la lucidité, le discernement… ensuite, démêler le faux du vrai… comme démêler un fil de laine tout emmêlé pour pouvoir continuer à tricoter… on démêle un bout et ça s’emmêle ailleurs, continuer à démêler jusqu’à ce que tous les noeuds (fausses croyances) soient défaits … patience et détermination pour y parvenir.
    merci.

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