Le mécanisme de l’émotion

Qu’est-ce que l’émotion ?

Le mot émotion vient du latin emovere : mettre en mouvement.

Le Petit Robert nous parle d’un « état de conscience complexe, généralement brusque et momentané, accompagné de troubles physiologiques (pâleur ou rougissement, accélération du pouls, palpitations, sensation de malaise, tremblements, incapacité de bouger ou agitation). »

L’émotion est donc ce qui nous « meut », ce qui (venu de l’intérieur de nous) nous fait bouger et nous déstabilise.

Peut-on contrôler l’émotion ?

L’émotion est totalitaire et envahissante, elle se moque de la volonté comme de la raison ; plus on en a peur, plus on lui donne du pouvoir, ce n’est donc pas en la réprimant, en la niant, en la refoulant (masque, carapace) ou en en culpabilisant qu’on peut la contrôler. On risque juste de la remplacer par une autre (par exemple, la colère refoulée peut devenir de l’abattement).

Comment s’y prendre avec elle ?

Il nous faut commencer par apprendre patiemment à y être attentif, à la repérer, à la reconnaître, et – pour ce faire – à la nommer. La simple capacité à la nommer créera peu à peu la distanciation nécessaire qui nous empêchera de nous laisser emporter par elle.

La reconnaître est donc le premier pas qui nous aidera à l’accepter (puisqu’elle est là) pour ensuite pouvoir intervenir sur son mécanisme.

Comprendre le mécanisme de l’émotion :

(Durée 3:35)

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En conséquence :

Nous savons maintenant que – contrairement à ce que nous pensons généralement – la cause de l’émotion n’est pas l’événement mais la manière dont nous le percevons, autrement dit la manière dont nous jugeons cet événement au moyen de notre pensée qui précède toujours l’émotion.

Notre travail principal – si nous ne voulons plus être perturbé par les émotions qui sont les nôtres – est de remettre en cause les pensées qui sont à l’origine de nos émotions. En effet si nous n’avons pas du tout le contrôle des idées des autres, nous en avons un – pour autant que nous nous y exerçons – sur nos pensées (qui donnent naissance à nos émotions).

À la fin de sa vie, Arnaud Desjardins résumait les choses ainsi : « Toute notre existence consiste à marcher le long d’une rue à deux trottoirs : l’un est le ciel, l’autre l’enfer. Nous traversons mécaniquement du premier au second et consciemment du second au premier. »

Cette parole, sibylline pour celui ou celle qui l’entend pour la première fois, résume en peu de mots la manière dont nous pouvons apprendre à nous situer dans notre existence et plus particulièrement dans notre relation à nos émotions.

Allons-nous fonctionner mécaniquement, dupés par les émotions qui nous emportent, ou consciemment, comme un être humain lucide qui sait que la nature de ses pensées détermine ses émotions ? 

Pour illustrer mon propos :

Je partage avec vous le passage d’un trottoir à un autre (de l’enfer au ciel) à travers la manière dont j’ai vécu une expérience simple de la vie de tous les jours. Le passage du trottoir de la victime émotionnelle de la situation qu’elle refuse, à l’autre, celui de l’adhésion à la situation acceptée qui ouvre les portes du ciel.

Content d’un moment de disponibilité dans une période de travail, je me décide à entreprendre un petit bricolage que je croyais facile sur un mur fraîchement repeint.

Je commence par réfléchir à la manière dont je vais procéder puis je grimpe en haut d’une échelle, la perceuse à la main, pour pitonner mon mur. L’outil dérape, la peinture est abimée, il y a un gros trou désormais à l’endroit précis où je voulais installer mon piton.

Je lâche un merde retentissant et me retrouve la proie de mon émotion. Grimaçant, je sens mon corps se contracter et les pensées jaillissent aussitôt : « C’est foutu, je ne vais pas pouvoir suspendre le tableau à cet endroit ». L’accablement m’envahit : « Je n’y arriverai jamais, c’est toujours la même chose quand je me lance dans le bricolage, je ne fais que des conneries, je m’y suis encore pris comme un manche ».

« L’émotion suscite les pensées, les pensées excitent l’émotion, c’est un cercle vicieux. » Je me sens penaud, découragé, une force bloquée en moi a des envies de détruire, de donner un coup de pied dans ma boîte à outils.

A ce moment – parce que je me sens si mal – je me souviens…

Je me souviens que mon émotion est certainement déclenchée par une pensée mais je suis encore dans la confusion entre le fait de refuser la situation telle qu’elle est en pensant que la cause de mon échec est « ce foutu mur » qui ne devrait pas être comme il est, et le fait de « voir » que l’outil avait simplement ripé sur une pierre dure cachée derrière une fine couche de plâtre et qu’il n’avait pas pu ne pas riper, compte tenu de la manière dont je m’y étais pris.

J’observe donc de très près mon mental destructeur qui – comme d’habitude – me propose un refus, autre chose que « la réalité telle qu’elle est ». En même temps, je réalise que c’est bien parce que je n’accepte pas que ma perceuse ait ripé sur la pierre que je m’accable et culpabilise. Le fait de m’y ouvrir, donc de considérer l’évidence que je ne savais pas qu’il y avait une pierre dure qui ne pouvait pas se laisser entamer par mon foret à cet endroit, m’aide à accepter.

En un instant, je retrouve mon équilibre ; ce qui était si confus s’éclaircit. Je retrouve mon sang-froid, souris intérieurement (les choses ne peuvent être que comme elles sont et je l’avais oublié une fois de plus), et m’apaise.

Là – ma sérénité retrouvée – je suis ravi de découvrir qu’il me suffit de déplacer l’attache de quelques centimètres et de faire un autre trou dans le mur à côté. Je m’exécute et mon premier trou malencontreux est définitivement caché par le tableau que j’accroche au mur.

Note :

Si vous cela vous intéresse de connaître la méthodologie qui vous permettra de confronter systématiquement vos émotions à la réalité (donc de comprendre la nécessité du travail sur les pensées), lisez mon article :

© 2016 Renaud & Hélène PERRONNET Tous droits réservés.


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22 Commentaires
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thierry
thierry
14 juin 2017 09:31

Merci beaucoup Renaud. J’ai cherché la réponse à cette question très longtemps. Cela m’apporte un éclairage totalement différent au fonctionnement des émotions. Je vais essayer de creuser sur les mécanismes du refus ou ses différentes formes à présent. Si vous avez d’avantage d’éléments à échanger sur ce point spécifique, je pense que ca devrait intéresser beaucoup de personne, car c’est un peu l’une des clés de voute des émotions. Belle citation!

thierry
thierry
8 juin 2017 11:14

Merci beaucoup pour cet article, vraiment très clair avec un bel exemple pour l’illustrer. Pour ma part, je suis particulièrement intéressé par le mécanisme du refus dans l’exemple que vous donnez. Ce refus génère la colère? Existe t-il une liste de type de pensées qui créent tel ou tel émotion permettant de nous aider à mieux les comprendre. Par exemple si le refus était la seule raison de la colère, je n’aurai qu’à chercher de quel refus il s’agit et le processus serait plus rapide et simple. Quelles sont les autres causes possibles de la colère (injustice, incompréhension, etc. ?)… Lire la suite »

Marie
Marie
27 avril 2017 11:00

Merci.

Marie
Marie
25 avril 2017 13:39

J’ai lu cet article, il y a un an et je vois que j’ai évolué, je viens de comprendre qu’en fait, les émotions sont la conséquence de nos pensées, on ne peut plus les changer une fois qu’elles arrivent vu que c’est la réaction de notre corps, une adaptation de notre corps à nos pensées alors si on ne veut pas se faire un peu plus de mal autant les écouter pour les évacuer. C’est surtout nos pensées que l’on peut travailler pour éviter de se faire trop de mal et comprendre ce dont on a besoin.

Anne
Anne
12 février 2016 19:30

J’ai une approche différente
Il me semble que l’émotion apparait immediatement après l’évènement, sorte de réaction physique ; et ce n’est seulement après,tout de suite après, presque consécutivement à l’émotion, que la pensée se forme
Selon, moi, il y a évenement-émotion – pensée; et effectivement je pense que la pensée va amplifier ou non l’émotion, selon que notre lecture de l’évènement sera ou non aidante
Qu’en pensez vous ?

Christelle
Christelle
Répondre à  Renaud Perronnet
16 mai 2022 17:56

Je suis d’accord avec @anne le cerveau limbique qui gère les émotions est beaucoup plus rapide que le cortex qui gère les pensées et le raisonnement. L’émotion nait avant les pensées, les images du cerveau en neurosciences l’attestent aujourd’hui. Quand l’émotion arrive, si il y a danger, le corps est déjà prêt à agir bien avant que le cortex et nos pensées aient le temps d’analyser la situation. Le cortex est là pour réguler les émotions. Mais ce n’est pas lui qui fait naître l’émotion.

Scellier
Scellier
20 janvier 2016 12:00

Très intéressant diaporama, bien illustré par votre exemple.

Guy
Guy
19 janvier 2016 18:58

Cher Monsieur,

J’ai lu vos articles avec attention…
Un grand bravo sur le diaporama au sujet des émotions.
J’ai bien compris le mécanisme. Le problème c’est que pour déconnecter le fil conducteur c’est complexe. Car il peut être sans fin et “emberlificoté” par une vie.
Merci encore. Je pense que j’ai vais me connecter très souvent sur votre site…
Bien Cordialement

Guy
Guy
Répondre à  Renaud Perronnet
19 janvier 2016 20:38

Je suis intéressé mais il me faut du temps pour intégrer, classifier…
Pour bien comprendre et le digérer il me faut du temps
Cordialement

marianna
marianna
19 janvier 2016 12:13

Bonjour, je vais penser à ces deux trottoirs, l’enfer et le paradis. Sa me parle davantage que le négatif et le positif. J’ai été longtemps sur le trottoir de l’enfer quand il a fallu accepter de travailler jusque 62 ans. Aujourd’hui je travaille à 80% et bientot à 60%, je poursuis sur le trottoir du paradis. Merci à bientôt.

jann
jann
18 janvier 2016 23:35

La tasse de thé Dehors , il fait un froid de canard! bon sang! la chienne veut sortir et j’en ai pas trop envie! Bien! il faut y aller! Surprise, en sortant de chez moi, je vis ma voisine musulmane entrain de discuter sur le parking avec un monsieur et ses trois enfants. J’étais très heureuse de la voir, depuis les attentats, elle sort très peu. “Vous n’avez pas froid, pieds nus dans vos sandales dans la neige! ” Non “me dit-elle. Elle me souhaita la bonne année et fit les présentations. C’est le jeune frère de son mari. qui… Lire la suite »

delphine
delphine
Répondre à  jann
19 janvier 2016 16:15

Jolie histoire, vous avez su aller à la rencontre de l’autre, au-delà des préjugés, et du coup vous avez reçu de l’énergie… magique (ou simplement logique).

Marlène
Marlène
18 janvier 2016 20:01

La Vie, dans ce qu’elle a “d’ordinaire”, telle qu’elle se présente ici et maintenant : un Grand Enseignant, à condition qu’il y ait quelqu’un ouvert à son enseignement et prêt à agir, en conformité avec ce qui “tout à coup” est Vu et Reconnu.
Merci, Renaud, pour ce partage qui nous enseigne nous aussi.

Anne Marie de sallenches
Anne Marie de sallenches
18 janvier 2016 15:39

Bonjour
Certes rien de plus difficile parfois de décoder ses propes émotions. Les comprendre sans les refouler c’est se sentir mieux dans son SOI MÊME, me semble t-il.
Cependant comment gérer, comment comprendre celles de nos chérubins, quand les mots sont insuffisants pour leur permettre d’exprimer leurs pensées ?

Marie
Marie
18 janvier 2016 13:04

Vous voulez dire qu’inconsciemment nos émotions peuvent nous amener à l’enfer et si on prend conscience que nos pensées ne sont pas nécessairement vraies on retourne vers le ciel ?