Opinion

Réflexion n° 43 :

La semaine dernière sur mon blog, une lectrice m’expliquait que mon article intitulé « Indignation » ne l’avait « vraiment pas convaincue » et que mon analogie avec l’ingénieur en aéronautique était « vraiment mal choisie ».

Par-delà le fait que je puisse – comme tout être humain – être maladroit et peu pertinent dans mes propos, sa réaction (légitime) m’a fait réfléchir à la manière dont beaucoup d’entre nous envisageons les choses de manière exclusive.

Enfermés, murés que nous sommes dans notre petit moi, nous adoptons le plus souvent une pensée binaire du type ou c’est moi ou c’est lui : si j’ai raison, l’autre a tort et si j’ai tort, l’autre a nécessairement raison.

Si notre éducation nous a appris à devoir choisir (par exemple) entre les pommes et les poires, nous continuerons indéfiniment de tomber dans le piège de celui qui voudra nous faire choisir entre les pommes et les poires.

Moi je suis comme ceci, dit l’un, moi je suis comme cela, dit l’autre – en regardant soupçonneusement le premier – et tous les deux ne pourront ainsi qu’entrer en conflit, habitués qu’ils sont de la pensée binaire qui coupe, sépare et divise.

La pensée qui divise nous enlise dans un rapport de pouvoir qui nous intime l’ordre de choisir entre deux camps. Suis-je pro-Russes ou pro-Américains ?

Et si nous prenions conscience qu’il n’est pas toujours nécessaire de devoir choisir et qu’il est possible d’aimer les pommes ET les poires, de ne pas préférer les Russes aux Américains ou le contraire, et de comprendre les raisons de la politique étrangère des uns et des autres.

La vie n’intime pas à une mère le devoir de choisir celui de ses enfants qu’elle aime le plus.

« Oh ! L’amour d’une mère, amour que nul n’oublie !

Pain merveilleux qu’un dieu partage et multiplie,

Table toujours servie au paternel foyer !

Chacun en a sa part et tous l’ont tout entier. »

V. Hugo

Ainsi je souhaite ici prendre le parti du droit à ne pas devoir toujours choisir. Être humain, n’est-ce pas porter l’humanité à l’intérieur de soi ? Alors pourquoi ne pas substituer le ET au OU ? Pourquoi ne pas passer de la pensée binaire à une pensée « complémentaire » ? De ceci OU cela à ceci ET cela ? De toi OU moi à toi ET moi, c’est-à-dire nous.

S’entraîner à découvrir que les « opinions » que nous avons sur les choses parlent davantage de nous-mêmes que des choses que nous nommons. Car, comme le disait le sémanticien Alfred Korzybski : « Une carte n’est pas le territoire », le mot n’est pas la chose, ce qui revient à dire que notre pensée sur la réalité n’est pas la réalité mais un point de vue sur la réalité, une simple interprétation.

Chacun de nous voyons le monde à travers nos filtres émotionnels, les filtres du j’aime / je n’aime pas. Ces filtres relatifs et subjectifs qui ne nous permettent pas d’accéder à la réalité des êtres et des choses et dont la vie – régulièrement – nous montre qu’elle se moque.

Car si vivre c’est se confronter à « ce qui est », que nous aimions ou non une chose, que nous l’acceptions ou pas, elle est toujours « ce qu’elle est ».

Ainsi si nous voulons nous enrichir par nos réflexions mutuelles, il s’agit moins d’exclure que d’inclure, il s’agit moins de chercher à convaincre que de chercher à élargir. Comme l’exprime la psychanalyste Lily Jattiot dans Sagesse du féminin : « Le vrai progrès ne remplace pas une chose par une autre, il ajoute des possibilités supplémentaires, qui ouvrent un champ nouveau, un espace de jeu plus vaste. »

© 2015 Renaud & Hélène PERRONNET Tous droits réservés. 

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4 réflexions au sujet de « Opinion »

  1. Marie Papot-Libéral

    Ca fait du bien de lire « Opinion » particulièrement en période d’élection!
    Choix binaire, triangulaire et on attend toujours le « non choix » possible (bulletin blanc) ou la répartition par points attribués à chacun, c’est un autre débat j’en conviens.
    Les anglo saxons appellent les Français : les Oui mais……
    Et se définissent eux par le : Oui et…….
    Dans un autre registre on retrouve l’invitation plutôt que l’opposition négative un peu trop systématique.

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  2. pintenat

    Juste un petit mot pour vous dire que c’est toujours un plaisir de lire vos réflexions qui encouragent à la non-dualité

    En chine, ils sont à la fois bouddhiste, taoiste et confucianiste et cela ne leurs posent aucun problème..

    Il y a un livre intitulé « Le paradoxe du poisson rouge  » qui explique parfaitement cette différence culturelle !

    Bien cordialement

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  3. Freyja

    aaaaah, c’est moi la personne qui n’a « pas été vraiment convaincue » par l’article sur l’indignation ….
    En me relisant et en relisant aussi les commentaires, je me rends compte que le choix du verbe « convaincue » est maladroit. C’était , j’imagine, pour aller droit au but et je suis d’accord avec votre explication que l’intention de ces textes n’est pas de convaincre les lecteurs. Heureusement! J’aurais pu prendre le vocabulaire de votre petit sondage « je ne partage pas complètement cette réflexion ».
    Il est fréquemment stimulant pour moi de goûter les arguments, les exemples, les comparaisons, puis de les mettre en relation avec d’autres arguments, exemples et comparaisons. – En mettant tout en oeuvre pour ne pas écrabouiller l’autre en voulant avoir raison. Je n’y arrive pas toujours…
    Et je suis particulièrement stimulée aujourd’hui par cette réflexion.
    Elargissons 🙂

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  4. françou

    Bonjour,
    Nous sommes appelés à donner notre opinion très souvent si l’on y réfléchit.
    Lorsque je me déplace dans certains quartiers de Paris, je vois systématiquement des personnes à la recherche d’autres personnes pour un sondage = demande opinion.
    Lorsque je vote, je donne mon opinion.
    Lorsque j’effectue un achat, notamment sur internet, je reçois systématiquement un courriel me demandant d’effectuer un « commentaire » = mon opinion.
    Et ainsi de suite cela peut être dans notre vie professionnelle, sociale, sportive….
    Ce mot et votre écrit sur le sujet me ramènent à ce que j’appelle de l’écologie personnelle, émotionnelle en ce qui me concerne.
    chacun y met le terme qu’il a envie et qui lui parle à lui et non aux autres.
    Qu’est ce que je souhaite exprimer à travers ce mot d’écologie, ce sont des éléments qui peuvent paraître tout simples et complexes à la fois:
    avant de donner son opinion, peut être faut il
    -écouter l’autre, l’entendre
    -ne pas prendre pour soi tout ce qui est dit ou entendu
    -savoir faire la part des choses
    -accepter le fait qu’il n’y a pas qu’une vérité mais des vérités.
    Cela enrichit grandement à mon sens les opinions et le partage des savoirs et les différences, cela permet non seulement d’enrichir ses connaissances tout en faisant connaissance avec l’autre et ce qu’il pense. On peut apprendre énormément
    -faire appel à soi et se poser pour réfléchir à ce que cette « opinion » différente peut éveiller comme sentiment, comme émotion en moi et pourquoi je réagis de la sorte, quelquefois trop brusquement ou trop vivement. Pourquoi l’opinion que j’entends me dérange et en quoi elle me dérange.

    Bien souvent lors de réunions professionnelles ou autres, lors de débats télévisés ou autres, je remarque que bien souvent les personnes parlent et soumettent leur vérité sans écouter ce que l’autre souhaite dire et partager.
    J’ai toutefois une difficulté je l’avoue avec les personnes trop sures d’elles, qui d’une voix aussi sure, vous assène leurs propos comme s’ils étaient bien supérieurs aux autres, et qui bien entendu ont une attitude corporelle très droite et comme imposante.
    En écrivant ces dernières phrases, je vais vous dire que j’y « travaille » à trouver ce qui me dérange, manque de confiance en soi, non pas tout à fait…. plutôt comme agressée.
    Cela me fait sourire car bien entendu chaque « réflexion » amène naturellement à une autre réflexion…. c’est le but, c’est le « jeu » et encore une fois chacun vit cette réflexion en fonction de ce qu’il est et de qui il est.

    Donner son opinion est un échange, cela peut être vécu comme une prise de risque également, puisque l’individu se dévoile et doit dans certains cas, argumenter et expliquer son point de vue; c’est un engagement devant soi et devant les autres, cela peut demander d’avoir du courage car ce n’est pas toujours si facile; surtout dans le cas où l’opinion est différente de l’ensemble des « autres », de la majorité.
    A l’exception de celui ou celle, qui seul, devant son poste de télévision ou de radio, se met à monologuer, tout en râlant face à ce qu’il entend…. il donne son opinion quand même.
    Chacun interprète ( attention, ce n’est pas une critique, j’utilise ce mot dans le noble sens) ce qu’il entend et en fonction du moment, du ressenti présent peut donner une opinion qui peut se nuancer, être différente à un autre moment, même des années plus tard si l’on veut bien considérer que l’être humain est en perpétuel mouvement.
    vendredi 27 mars 2015

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