Bête

Réflexion n° 22 :

Le cyclone nous terrifie, même si nous avons tous entendu dire que dans son oeil, rien ne bouge. « Etre dans l’œil du cyclone » parle de la possibilité de trouver la paix au cœur de la tourmente quand tout nous pousse à la fuir.

Ainsi il nous faut apprivoiser ce qui nous fait si peur en nous car c’est la reconnaissance de ce que Jung appelle notre « ombre » (les parts de nous refoulées que nous n’aimons pas), qui changera notre relation au monde. Et c’est ce dont parle le poète Rainer Marie Rilke dans sa si belle Lettre à un jeune poète : «  Peut-être tous les dragons de notre vie ne sont-ils que des princesses qui attendent de nous voir agir juste une fois avec beauté et courage. Peut-être tout ce qui est terrible est, dans sa plus profonde essence, quelque chose d’impuissant qui a besoin de notre amour. »

C’est en osant plonger au cœur de la tourmente (en allant avec courage là où ça nous fait si peur d’aller), que les aspects de nous-mêmes depuis si longtemps délaissés se remettront à vivre pour notre plus grande harmonie.

La version du conte « La Belle et la Bête », de Madame de Villeneuve, décrit magnifiquement cette véritable réconciliation par l’amour de l’être avec lui-même et avec toutes ses composantes.
D’abord elle parle du courage qu’il a fallu à la Belle pour affronter la Bête : « Le monstre se fit entendre. Un bruit effroyable, causé par le poids énorme de son corps, par le cliquetis terrible de ses écailles et par des hurlements affreux, annonça son arrivée. En voyant approcher la Bête, qu’elle ne put envisager sans frémir en elle-même, la Belle avança d’un pas ferme, et d’un air modeste salua fort respectueusement la Bête. »
Puis elle nous dit que ce courage plut au monstre qui – parce qu’il se sentit reconnu – se retourna vers la Belle en lui disant : « Bonsoir, la Belle. »
Ce fut le début de leur relation. C’est ainsi que peu à peu la Belle apprivoisa la Bête et découvrit – par delà son aversion – un être généreux qui ne demandait qu’à aimer et se faire aimer en retour.
Elle parvint alors à lui avouer : « Vous m’apprîtes à démêler les apparences qui déguisent toutes choses. Je sus que l’image trompe, et nos sens et nos coeurs. Vous m’apprîtes encore à ne point suivre les mouvements de l’esprit et que le monde ne me serait donné qu’en pensant »
C’est à ce moment, qu’ouvrant totalement son coeur à la Bête, elle lui dit : « Oui, chère Bête, je vais t’épouser. »

A cet instant, « Le château se remplit d’un torrent de lumière et de musique. La Bête disparut et à sa place se trouva un prince charmant, qui révéla à la Belle qu’il avait été ensorcelé par une sorcière. Le sortilège devait durer jusqu’à ce qu’une belle jeune fille aime la Bête uniquement pour sa bonté. »

C’est ce qui se passera certainement pour nous le jour où nous parviendrons à accueillir et aimer (au lieu de les rejeter) les parts de nous-mêmes jusqu’à présent délaissées.

© 2014 Renaud & Hélène PERRONNET Tous droits réservés.

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Barbara L

Plus on essaie d’etouffer la Bete, plus on essaie de la faire taire, plus elle risque de se mettre a hurler n’est-ce pas?. Non, on ne peut pas raisonnablement lui demander de changer (post précédent), cela lui est bien évidemment insupportable, puisqu’elle ne cherche qu’à être entendue pour ce qu’elle est (la Bete, jugée et ostracisée par la société, représentée comme un monstre, mais pourtant, vivante aussi). Si je comprends bien, ce n’est pas aux autres d’accepter notre Bête (rêve impossible), mais bien à nous même (et le dessin animé Vice & Versa montre cette orchestration solidaire de tous les… Lire la suite »

Barbara L

hihi… oui tout à fait, merci. Et dans un monde ou l’injonction est à la bienveillance et à la gentillesse, eh bien je me sens bienveillante très souvent, et on me dit gentille, mais j’assume aussi (et je pèse ce mot) l’expression de ma bête indignée et à fleur de peau, agacée et impatiente… mais l’acceptant comme une part de moi qui a sa place, elle sait mieux s’exprimer, en essayant de ne pas effrayer, avec le sourire de Belle en encouragement (seigneur me voila schizophrène!), et du coup.. la normalité, on s’en balance et ça ne veut pas dire… Lire la suite »

Amy

Je déteste cette histoire qui, selon moi, induit en erreur. Autant le sens profond de l’histoire peut être que l’on finit par voir la beauté intérieure de ce que l’on accepte. Autant le message reçu par la plupart est que ce que l’on accepte enfin soi même deviendra universellement beau (y compris aux yeux des autres). La belle voit son coeur pur récompensé par un beau prince au bras duquel elle pourra parader et que les autres lui jalouseront. Il est bien là le rêve de nombreuses petites filles (et des femmes qu’elles deviennent) : trouver une bête dont personne… Lire la suite »

bernadette

Je suis tout à fait d’accord avec vous,. L’existence est un chaos ordonné. Le chaos et la confusion se produisent parce que les choses surgissent d’elles-mêmes, sans principe externe qui vienne y mettre de l’ordre. Les expériences que nous faisons – bonnes ou mauvaises, heureuses ou tristes, claires ou obscures, s’inscrivent toutes dans une même totalité et la reflètent. Tout ce qui surgit est une expression d’ordre et d’intelligence, d’énergie éveillée et de précision. Les pôles de nos expériences – confusion et éveil, chaos et ordre, douleur et plaisir – ne sont que des éléments inséparables d’une vision totale de… Lire la suite »

Jocelyne

J’ai beaucoup aimé cette réflexion. Ma Bête à moi a été mon handicap physique dès ma naissance. Petite c’était l’insousciance, mais en grandissant je prenais conscience de ma difference, des regards des adultes, des rires des enfants. Pendant longtemps, je détestais ce corps qui ne semblait rien avoir de beau, de bon. Après plusieurs années de souffrance physique et morale, à chercher dans mon physiques les petites beautés, je me suis rendue compte qu’elles étaient au dedans de moi . Voilà où la force de continuer à vivre est venue. Il ne faut pas s’arrêter seulement au physique, mais voir… Lire la suite »

Catherine

quel exemple étrange que celui de l’apparence physique hideuse, enfant je n’ai jamais aimé cette histoire, ni peau d’âne, ni la princesse et le crapaud, bien qu’en dessous toutes ces peaux se cachent “des beautés” au final .Devoir passer par le laid pour accéder au beau, par l’immonde, m’était impossible. Pourtant la curiosité me poussait à poursuivre, mais jamais je n’y retournais, comme je le faisais pour les autres fussent -ils cruels. Aujourd’hui, si j’ai apprivoisé le “laid” chez les autres en séparant le bon grain de l’ivraie que chacun de nous porte, j’en souffre encore. Quand à moi même,… Lire la suite »

Catherine

Merci pour votre commentaire est ce cela que l’on appelle l’équilibre ?

Marie Claude Behna

Il nous faut toute une vie pour nous aimer… Et aimer les autres.