Subjectivité

Réflexion n° 32 :

Les personnes qui se penchent sur leur passé essayent souvent maladroitement de se comprendre en tentant de s’imaginer la manière dont leur histoire a pu être déterminante pour elles. Ce faisant, la personne ne voit pas toujours qu’elle s’écarte d’elle-même et de son ressenti. Elle se dit sincèrement qu’il faut qu’elle se mette à la place de celui ou celle qu’elle a été, avec le secret espoir de découvrir quelque chose d’inconnu et de déterminant pour sa propre guérison. Elle ne se doute pas que l’important pour elle est moins son histoire vécue que le vécu de son histoire, autrement dit la manière dont elle a été subjectivement déterminée par cette histoire.

En effet ce n’est pas parce qu’un être humain à vécu une épreuve qu’il a obligatoirement le ressenti subjectif d’avoir vécu une épreuve.
A contrario, il pourra avoir vécu quelque chose de très ordinaire pour quelqu’un d’autre, comme une véritable épreuve.

Ce qui nous intéresse dans la connaissance que nous cherchons à avoir de nous-mêmes est donc moins « ce que nous avons vécu » que « la manière dont nous l’avons vécu » car si « ce que nous avons vécu » se trouve toujours dans le passé, « la manière dont nous l’avons vécu » – elle – se trouve encore aujourd’hui dans le présent et continue à notre insu de nous déterminer.

Ainsi quand nous semblons parler objectivement des choses, nous ne parlons – en réalité – que de nous-mêmes ; quand nous nous souvenons des choses, nous ne nous souvenons que de nous-mêmes. Proust disait : « (…) nous existons seuls. L’homme est l’être qui ne peut sortir de soi, qui ne connaît les autres qu’en soi, et, en disant le contraire, ment. »

Ainsi, le travail psychothérapeutique nous demande-t-il moins de nous intéresser au déroulement objectif de ce qui nous est arrivé (notre histoire) qu’à ce que nous avons ressenti quand ça nous est arrivé.
Ne sommes-nous pas – ici et maintenant – constitués de tous ceux que nous avons été ?

© 2014 Renaud & Hélène PERRONNET Tous droits réservés.

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5 réflexions au sujet de « Subjectivité »

  1. Anne

    J’ai coché « Tiens je n’y avais jamais pensé », car il n’y a que 4 options et c’est celle qui approche le mieux ce que je ressens. En fait c’est plutôt que quand j’ai commencé à prendre conscience de ce mode de fonctionnement, et c’était il n’y a pas si longtemps que cela, justement je n’ai fait qu’y penser. Mais aujourd’hui votre explication me fait sentir de l’intérieur cette vérité. Elle me remet face à mon vécu dans le présent et pas à celui du passé (ce qui me faisais jusqu’ici dire « je comprends », en fait je ne comprenais pas, mais je pensais, et je ne sentais pas). Merci Renaud pour cette indication aussi précieuse que subtile, sur laquelle il me va falloir me pencher plus attentivement.

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  2. lou

    Un jour une amie m’a dit  » Il est inutile de vouloir rechercher ses géniteurs, çà ne sert à rien  » et elle était catégorique.
    à cela je lui ai répondu  » certains en ont besoin, d’autres pas, moi, je crois qu’on a droit à son histoire. toi, tu ressens les choses ainsi, tu n’as pas envie de savoir ,mais il faut comprendre que pour certains c’est capital, ils font cette recherche, c’est la recherche d’eux même… »
    Je ne suis pas sûre qu’elle ait compris…

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  3. Anne-Marie

    OUI je partage tout à fait cette réflexion. J’ai cru pendant longtemps (une vie,!) avoir compris mon histoire . N’étais je pas dans la subjectivité? La subjectivité d’un vécu peut amener un regard envers les autres empathiques ou soignants?
    Etre objectif c’est être détaché de tout impact émotionnel, me semble t-il.
    Il me fallut une autre douloureuse épreuve pour passer à une psychothérapie par l’écriture avec l’aide d’une biographe /psychothérapeute. J’ ai donc écrit mon histoire de vie.Ce livre abouti sera transmis à ma descendance.
    Merci Renaud pour ces réflexions qui nous amènent vers le bien- être.

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  4. Monchablon

    Autrement dit :
    “La vie n’est pas ce que l’on a vécu, mais ce dont on se souvient et comment on s’en souvient.”
    Gabriel Garcia Marquez

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