Enfant gâté

Réflexion n° 23 :

Nous avons du mal à tolérer que nos attentes ne soient pas comblées ou – pour le dire autrement – nous avons du mal à accepter d’être frustrés.
Il est très intéressant de constater que, aussi absurde que cela paraisse, nous nous attendons (la plupart du temps) à ce que les choses se passent comme nous voulons qu’elles se passent.

C’est ainsi que quand nous ouvrons le robinet de notre salle de bains, nous nous attendons à ce que l’eau coule, quand nous donnons une pièce à notre enfant pour qu’il aille s’acheter des bonbons, nous nous attendons à ce qu’il nous dise merci, et quand nous nous proposons de faire un pique-nique, nous nous attendons à ce qu’il fasse beau – pour ne donner que des exemples « légers » mais éloquents.
Nous avons un comportement « d’enfant gâté » qui va d’autant plus souffrir et s’indigner le jour où la réalité ne correspondra pas à ses attentes.
En réalité, ce que la vie nous donne et nous permet, nous pouvons être certains qu’à plus ou moins long terme, elle va nous le retirer. Nous connaissons tous le proverbe qui dit : « Les meilleures choses ont une fin », et je crois qu’il faut être vraiment imperméable à la réalité pour penser que ce qui nous est agréable va durer. Daniel Morin illustre cela avec une image très parlante quand il affirme : « Le goût d’une sucette se termine toujours par le goût du bâton. »

Vivre, c’est oser prendre la totalité de la vie, la fin avec le début, la mort avec la naissance, l’ombre avec la lumière car l’un ne va pas sans l’autre.
Pour nous aider à prendre conscience qu’il y a un prix à payer pour tout, Swami Prajnânpad utilisait une puissante métaphore : « La vie vous donne le miel sur la lame de rasoir et le goût de miel se transforme en goût de sang dans la bouche. »

© 2014 Renaud & Hélène PERRONNET Tous droits réservés.

Petit sondage à propos de la réflexion : Enfant gâté

(Après avoir sélectionné le numéro correspondant à votre opinion, cliquez sur "Votez" et vous découvrirez les résultats complets de ce sondage.)
  • Ce champ n’est utilisé qu’à des fins de validation et devrait rester inchangé.

VOS COMMENTAIRES SONT EN BAS DE PAGE, JE VOUS RÉPONDRAI LE CAS ÉCHÉANT.

————–

Moyennant une modeste participation aux frais de ce site, vous pouvez télécharger l’intégralité de cet article au format PDF, en cliquant sur ce bouton : 

—————-

16 réflexions au sujet de « Enfant gâté »

  1. bernadette

    Effectivement, c’est ainsi que les évènements se passent. La meilleure attitude est de ne rien attendre et de vivre et travailler avec ce qu’il se présente. Vivre le moment présent est l’instant le plus réel de la vie, sans penser au passé qui est mort et au futur qui n’existe pas encore. Vivre le moment présent avec tout ce qu’il se présente, c’est goûter et apprécier la vie. Nous vivons toujours avec des peurs et des espoirs, des aversions et des désirs et ne pouvons que constater que tout est impermanente dans la vie. L’impermanence est bien la seule permanente dans la vie. Aussi il est intéressant de saisir l’éclair de l’instant présent. C’est ça la magie de l’univers. Bien à vous

    Répondre
  2. Soly

    Cette métaphore est vraiment puissante, je la ressens très intérieurement. Le miel, la lame, le sang…
    Elle est vivante, vibrante, vraie…
    Nous sommes tous des enfants gâtés si nous pouvions nous observer objectivement, mais voilà, nous ne le faisons pas souvent. Comparativement, je peux me sentir hyper gâtée, et d’autres fois pas du tout… Un jour ma fille, découvrant la réalité de mes ressources financières (demande de bourse pour ses études) m’a dit, et cela m’a figée « Ben dis donc heureusement que tu as rencontré le père, mais on vivrait dans une caravane avec toi !!!… »
    Je ne lui en veux pas du tout, et si effectivement il aurait fallu vivre dans une caravane, j’aurais tout fait pour que mes enfants en soient des plus heureux. Comme on fait mes parents, immigrés, je sais qu’ils ont fait le maximum pour leurs enfants, je sais aussi la richesse que nous possédons et qui n’est pas matérielle.
    Je pense avoir réussi à transmettre cet état d’esprit à mes enfants, ma fille depuis a reconnu qu’elle se sentait privilégiée par rapport à d’autres étudiants, mais cela n’a aucun rapport avec le statut social, les biens… c’est au-delà, une confiance en soi, en l’autre, une faculté d’adaptation, une estime de soi… Je connais tant de personnes qui en manquent, qui en souffrent, et pourtant qui sont tellement « gâtés » par d’autres biais…
    Soyons conscients de ce que nous possédons, la santé par dessus tout ! Je me contente peut-être de peu, mais en jouir me procure un sentiment de plénitude et m’évite de me plaindre pour des « broutilles »… au regard de ce que certains éprouvent, quelque fois nous l’oublions, mais c’est humain, n’est-ce pas ? Tellement humain…

    Répondre
  3. Catherine

    Le plus difficile, est de savoir qu’au bout du chemin il y a la mort, en est-on vraiment conscients ? Beaucoup vivent comme si ils n’allaient jamais mourir, je l’avoue moi aussi et ce n’est pas tous les jours que j’y pense, sinon la vie serait d’une tristesse infinie, l’humain a donc inventé la réincarnation ou le paradis. Par contre dans certaines situations, je peux y penser et cela m’aide à traverser une épreuve, tout s’arrange, sauf la mort me dis-je.
    Enfant gâtée, je ne crois pas en être une, souvent j’entends les gens pester contre la pluie qui dérange leur week-end.
    moi je dis qu’il faut penser aussi à la nature qui a soif. La météo n’a pas vraiment d’influence sur ma vie, les choses que je ne peux pas faire seront faites une autre fois, je ne m’en sens pas frustrée. je pense que cela tient du fait que mes parents m’ont éduqué à trouver toujours une compensation, il pleut très bien, on en profitera pour faire autre chose et ce pas seulement pour la météo, mais dans la vie de tous les jours, malgré notre précarité et on appréciait doublement les petits plus quand ils arrivaient.
    Faut-il ne manquer de tout pour cela, non je ne le crois pas, ma vie est loin à présent d’être précaire et mes enfants ont pourtant suivi cette voie aussi, question d’éducation simplement.

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Oui, en fait c’est comme vous voulez. La pensée de la mort prochaine peut vous détruire… ou vous stimuler en vous permettant de sentir qu’il n’y a vraiment pas de temps à perdre.
      Imaginez ce qui se passerait pour nous si – au moment où par exemple nous nous prenons de bec avec quelqu’un – nous nous posions la vraie question : est-ce ce que j’ai de mieux à faire, compte tenu de l’imminence possible de ma propre mort ?

      Répondre
      1. ninava

        bonjour
        Depuis que j ai treize ans, je crois que je vais mourir bientôt. Je crois avoir accepté l’idée de ma finitude et du coup, je ne me fache quasiment jamais, mais je ne me réjouie jamais non plus. Lorsque j ai des satisfactions je passe vite à la suite et j’ai toujours besoin de me dépêcher . Lorsque j ai des coups durs, je me desespère du temps que j’y perds. Je suis hyper active mentalement et dans chacuns de mes investissements. C’est fatiguant et parfois je voudrais être fénéante , naïve , et beaucoup moins vigilente. Je suis peut être comme un enfant gâté ,préssée,voulant tout savoir , tout comprendre avant la fin. Mes sucettes à moi fondent trés vite ,je me moque du mauvais gout du bâton, il m’ en apprend beaucoup sur la fabrication de la friandise mais je reste perpétuellement à la recherche d’une autre pour en faire son analyse, pour vite la finir tout en sachant que je ne saurais que peu l’apprécier.On dirait que c’est le gout du baton que je recherche.
        voilà,c’était pour un partage.Merci

        Répondre
        1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

          Oui et ce comportement est manifestement très injuste pour vous parce qu’il ne peut être que cause de souffrance.
          Comme si – dans votre histoire – vous aviez été trahie dans votre relation à ce qui se présentait pour vous comme « les meilleures choses. »

          Répondre
        2. soly

          Bonjour Ninava,
          Mais oui , on va tous mourir Ninava !!! et tout ce que vous faites ne changera rien, cela ne vous rendra pas immortelle ! dommage que vous ne profitiez pas des bons moments que vous pouvez vivre, j’espère pour vous qu’il n’en est pas ainsi. Peut-être devriez-vous fréquenter des personnes qui ont cette joie de vivre, çà peut-être contagieux ! je vous souhaite une journée légère comme une plume !

          Répondre
          1. ninava

            Bonjour soly,
            Je pense que vous n’avez pas bien saisi mes propos.
            Il me semble avoir partager qu’au contraire,j’avais bien conscience de la finitude des êtres humains. Je ne pense pas avoir ecrit que mes actions étaient menées dans le but de devenir immortelle mais plutot dans le but de remplir ma vie avant ma mort. Je n’ai pas dis que je ne saisissais pas les bons moments de la vie mais juste que je ne m’y attardais pas; les évènements s’enchainent et il faut suivre, c’est bien ainsi !!
            Lorsque vous dites qu il faudrait que je fréquente des gens qui ont la joie de vivre car ca peut etre contagieux: ête vous sure que ces personnes apprécieraient la compagnie de personnes moins joyeuses? Je ne crois pas, cela entâcherait leur utopie et ces personnes n’aiment pas trop se questionner mais juste profiter de leur état d’esprit. De plus je ne suis guère influencable.
            Merci malgré tout de m’avoir souhaité une journée légère.

            Répondre
            1. Soly

              Oh Nivanâ, je viens seulement de vous lire . J’ai probablement mal compris alors…Je voulais juste vous dire qu’on peut égayer sa vie sans raison apparente…mais je me prends pour qui ?
              je suis ok avec vous, certaines personnes n’aiment pas trop se questionner. Non, je ne suis sûre de rien, pleine de doutes, rien n’est garanti, c’est la vie. Je peux vous dire que la compagnie de personnes joyeuses çà dérange aussi, çà perturbe certains esprits…Il me vient une phrase: « celui qui vient au monde pour ne rien perturber, ne mérite ni égard ni patience » je crois de R.Char
              Au moins, cela nous aura permis d’échanger et je trouve çà pas si mal.
              Merci d’avoir réagi
              Belle soirée

              Répondre
      2. Catherine

        Merci pour votre réponse, je ne pense pas que la pensée de la mort me détruise, le mot est trop fort, elle m’attriste mais la vie reprend vite ses droit dans mon cas-Et vous faites bien de donner cet exemple avec la prise de bec, j’y songerai !
        Cordialement

        Répondre
  4. Caumette

    Bonjour,

    Je trouve la citation miel/sang violente.

    Apprivoiser la mort, la fin, c’est le travail de toute une vie, à mon sens.

    De plus, je trouve que cette réflexion est vraiment trop « raisonnable ». Si on n’ajoute pas que l’illusion que tout ira mieux plus tard est fondamentale, c’est triste. Après tout, on peut penser que l’homme a besoin de croire au « paradis » (quel qu’il soit) pour avancer. Mais peut-être est-ce ma façon particulière de fonctionner?

    Merci pour ces réflexions, toujours enrichissantes.

    Répondre
  5. bernadette

    La mort est un moment très important dans la vie. Elle fait partie de la vie. Pour moi, rien ne meurt, tout se transforme, la mort n’est que la continuité de la vie. Aussi bien se préparer à la mort est très importante pour bien vivre ce moment. On se prépare toute une vie à la mort. Ayant passé plusieurs fois dans ma vie très proche d’elle, chaque fois qu’elle s’approchait, je l’acceptais, je lâchais prise. C’est pour cela que j’apprécie à chaque instant la vie qui m’est offerte. Il n’y a pas un seul jour où je pense qu’un jour cela sera fini et que je devrai me séparer des êtres qui me sont proches. mais cela est ainsi. Il n’y a rien de triste, c’est la réalité. Chaque être humain, riche ou pauvre, doit passer par là. Et la seule chose qu’on emporte avec soi, c’est tout ce qu’on a laissé derrière soi, en positif ou négatif ou neutre. Il n’y a pas que la mort physique, il y a aussi les morts symboliques qui ont traversé nos vies et on a dû tout recommencer à zéro. La vie n’est qu’un éternel changement. Bien à vous

    Répondre
    1. ninava

      bonjour Bernadette,
      J’accompagne régulièrement les personnes dans leur fin de vie et j’atteste qu’il est trés rare qu’elles l’acceptent. Il n’ y a qu’ 1% de ces personnes qui déclarent un syndrôme de glissement, c’est à dire qui acceptent de mourir, de lâcher prise comme vous dîtes. Pour les 99% restant, c’est la panique, le refus,l’angoisse ou la colère, la dépression ou la démentification, c’est comme ca.
      Certes la mort est une réalité, ils en ont bien conscience mais c’est une triste réalité bien sur!!
      Vous avez bien de la chance de ne voir que des bonnes choses, même là ou il y a malheur.

      Répondre
  6. Lorenc Pascale

    Oui, dans notre société (encore de luxe, malgré une relative détérioration de la situation économique), nous sommes tous des « enfants gâtés » qui, la plupart du temps, ne s’en rendent même pas compte. Ce n’est jamais assez, ni assez bien. Malgré une prise de conscience plus aigue depuis quelques années et un travail sur l’élargissement de cette conscience, les vieux schémas fonctionnent et tentent encore d’imposer leur loi. D’autant plus que l’enfant en nous n’est souvent pas guéri de ses blessures et « réagit » pour survivre. Je blesse l’autre quand son comportement ne répond pas à mon attente, pour éviter de vraiment ressentir ma propre douleur profonde. Et puis, il y a tout ce que nous refusons de la vie qui pourtant en fait partie intégrante: la défaite, la maladie, l’handicap physique ou psychique, la mort… Nous avons tant à apprendre de cette vie qui sans cesse nous « montre » concrètement que rien d’extérieur ne peut vraiment répondre à nos attentes. Il nous faut (ré-) apprendre à regarder la réalité toute nue, sans détourner le regard et fermer le coeur. C’est cela le courage.

    Répondre
  7. mc

    Un jour cette pensée m’est venue : « Dire qu’un jour (…façon de parler…!) tout ça sera comme une chose qui n’aurait JAMAIS été…! » Ce n’est pas du tout pareil que ne plus etre. Cette pensée m’a fait regarder la vie tres différemment, la vie est devenue plus spacieuse, plus mouvante, plus libre. c’est fou le pouvoirde la pensée et d’une ennoncée juste.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *