Comment puis-je aider ma fille qui refuse d’être aidée ?

Question de : Lucette

Profession : Mère

Ma fille de 20 ans a vécu un événement très traumatisant au mois de juillet. Elle a rencontré son ex avec lequel elle était séparée depuis 4 mois, il avait une relation disons amicale mais cette journée là, il a piqué une crise extrême de jalousie et il l’a attaquée, il l’a frappée un peu partout et il y a eu de l’agression verbale aussi, elle a réussi a s’enfuir. Depuis elle n’est plus la même, elle a commencé a s’enfuir de la maison par la fenêtre, à boire, à être boulimique, elle n’est pas capable de fonctionner, elle ne paie plus ses facture etc. Elle ne peut plus travailler, ni aller à l’école. Elle est constamment en conflit avec nous et dernièrement elle a décidé que la solution est de déménager. Ne pouvant pas l’empêcher puisqu’elle est « adulte », nous allons l’aider comme on peut mais elle refuse d’aller consulter.

Que pouvons nous faire ?

Ma réponse :

Vous dites clairement que votre fille a été traumatisée par son ex ami. Son traumatisme a été d’autant plus important pour elle qu’elle investissait fortement en lui. La maltraitance qu’elle a vécu de sa part a été pour elle une véritable trahison, à la fois physique et psychique. Son instinct de vie, expliquez-vous, lui a permis de s’en sortir, de survivre en fuyant.

Depuis que se passe-t-il en elle ? Les comportements qui sont les siens et que vous décrivez montrent que le stress intense qu’elle a subi a laissé des traces profondes en elle. Votre fille est ni plus ni moins en état de choc.

Sans doute la confiance en elle qui est la sienne n’est pas suffisante pour lui permettre de reprendre le cours « normal » de sa vie, c’est-à-dire « intégrer » cet événement traumatisant. Votre fille, pour le moment, est comme brisée en mille morceaux. Comment voulez-vous qu’une personne morcelée puisse vivre, « fonctionner » dites-vous, d’une façon cohérente et « normale » ?

Sans doute cet événement a-t-il été pour elle comme le détonateur de sa part autodestructrice.

Il peut être des moments dans la vie où, quand l’autre nous met en face de notre part d’ombre, il la révèle et nous y plongeons.

C’est le cas de votre fille puisque vous – sa propre mère – dites qu’elle n’est plus la même, vous ne la reconnaissez plus.

Votre fille n’en peut plus, et – comme elle a fui devant son ex, agresseur – elle décide, parce qu’elle ne se sent plus comprise (non plus) par ses propres parents, parce qu’elle est constamment en conflit (aussi) avec eux, de déménager.

Soyez sûre qu’elle l’a moins « décidé » de son plein gré, qu’elle n’y a été contrainte parce que vivant l’insupportable sensation de n’être pas non plus en relation de compréhension pacifiée avec ses propres parents.

Là, vous sa mère, vous sentez impuissante. Elle est majeure et vous ne pouvez pas vous opposer à ses décisions. Vous vous dites avec lucidité que vous voulez l’aider « comme vous pouvez » et partagez avec moi que ce que vous pensez qu’il y a à faire, c’est de la conseiller, la conseiller de se faire aider en allant voir un thérapeute.

Sans doute est-ce un sage et juste conseil mais peut-elle l’entendre ? Et vous me dites que non… alors vous vous sentez bien sûr encore davantage impuissante.

Que pouvez-vous faire ? Que pourriez-vous lui faire sentir qu’elle pourrait entendre ? (Car c’est juste ce que vous pourriez lui révéler et qu’elle pourrait entendre qui serait thérapeutique pour elle.) Qu’est-ce qu’une mère pourrait tenter de faire percevoir à sa fille en plein désarroi ?

Pour vous aider vous-même à trouver la réponse qui est en vous, je vous invite à lire, à relire et à méditer la petite histoire qui suit, racontée par le philosophe et analyste Max Dorra :

C’est un patient, en analyse depuis quatre ans qui vient voir son analyste et lui dit :

« Maintenant c’est terminé, vous pourrez me dire tout ce que vous voudrez, ma décision est prise. En sortant de chez vous je me suicide. »

L’analyste ne répond pas, il ne répond pas à cela.

Le patient fait sa séance d’analyse et – à la fin – l’analyste lui dit une seule phrase, une seule phrase qui retournera la situation et qui fera que le patient ne se suicidera pas.

Il lui dit : « Même dans cette extrémité, je vous garderai mon estime. »

Que s’est-il passé entre ces deux hommes pour que la détermination du premier cède à la parole de l’autre ? Pourquoi cela a-t-il retourné la situation ?

Parce que cette réponse contient un certain nombre de révélations implicites qui bouleverseront le monde intérieur de l’analysé.

Ces révélations implicites sont :

1) Je ne vous culpabilise pas, je ne tente pas de vous diviser contre vous-même.

2) Vous êtes libre et jamais je n’attenterai à votre liberté, je vous respecte.

3) Il faut aussi que vous sachiez que ce qui motive votre désir de suicide c’est que vous n’avez jamais eu la preuve réelle d’une reconnaissance par autrui de ce que vous êtes, et là – devant vous – cette preuve de reconnaissance dont vous êtes en quête, de tout mon être, je vous la donne.

C’est donc parce que l’analysé a pu interpréter la parole de l’analyste de cette façon que la situation a été retournée et que le suicide n’a pas eu lieu.

Comment allez-vous vous y prendre pour permettre à votre propre fille d’interpréter vos paroles et vos comportement de manière à ce qu’elle se sente reconnue dans son désarroi, respectée dans sa liberté et surtout non culpabilisée par vos conseils ?

Les conseils, même s’ils ne se veulent pas en soi culpabilisateurs, sont souvent interprétés par les autres d’une manière culpabilisatrice. N’avez-vous jamais eu l’occasion de le remarquer dans votre propre expérience ? Si au moment où vous recevez un conseil de l’autre, vous l’interprétez en vous disant que l’autre vous dit ce que vous auriez dû faire, vous culpabilisez et êtes la proie du malaise.

Je ne suis pas entrain de vous dire que vous avez culpabilisé votre fille qui se sentant acculée par vous, fuit. Mais que votre fille a vraisemblablement interprété vos propres paroles, vos propres comportements de manière négative et que dans un tel contexte, il ne lui reste plus, compte tenu de ce qu’elle en a fait, qu’à fuir de nouveau.

Que pouvez-vous faire que de la laisser fuir puisqu’à ce stade elle ne peut que fuir ?

En la laissant fuir (déménager), sans reproche ni sous entendu culpabilisateur, en l’aidant même à faire cela parce que c’est ce qu’elle désire faire, vous lui montrerez que vous la respectez et peut-être même l’étonnerez-vous, ce peut être votre premier pas.

Ensuite – et ce peut être votre second pas – il vous faudra trouver la juste manière de vous y prendre, la toute petite marge de manœuvre qui est la vôtre, pour lui prouver (non pas maladroitement, le risque pour nous tous est la maladresse dans un contexte d’intervention aussi délicat) que vous l’aimez, pour le lui montrer et le lui faire ressentir, subtilement, en vous y prenant de telle manière qu’elle se sente touchée, au niveau d’elle-même qui est encore ouvert, c’est-à-dire au niveau du cœur.

Et la seule manière que nous avons, de toucher l’autre, au niveau le plus profond, c’est de lui donner (donc de tenter de réussir à lui faire sentir) notre propre assentiment total et complet à ce qu’il est et à ce qu’il vit, ici et maintenant, comme l’a si bien tenté et réussi l’analyste de cette histoire.

© 2007 Renaud PERRONNET Tous droits réservés.

VOS COMMENTAIRES SONT EN BAS DE PAGE, JE VOUS RÉPONDRAI LE CAS ÉCHÉANT.

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9 réflexions au sujet de « Comment puis-je aider ma fille qui refuse d’être aidée ? »

  1. Maflor

    Je ressens profondément l’impuissance de la mère face à une pareille souffrance aiguë – mais qui dure – de sa fille. Cette impuissance, ne lui rappelle-t-elle pas sa propre impuissance dans une histoire analogue quant à l’intensité des agressions (physiques, verbales, visuelles, auditives ou autres ?) Si Lucette peut revivre en elle une telle situation qui surgirait de son passé, elle se reconnectera à ses intuitions profondes qui lui dicteront les justes mots ou les justes attitudes face à sa fille.

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  2. Brigitte

    J’ai senti en moi la profonde justesse de vos conseils, Renaud et je voudrais témoigner, en tant que mère qui a beaucoup souffert pour l’une de ses filles.
    Dans ma propre expérience envers mes filles je constate les dégâts que fait ma « bonne » volonté le plus souvent moralisatrice et qui ne tient pas compte de leur ressenti à elles. Mais lorsque, aidée en cela par vous et par de sages enseignements, j’ouvre mon coeur pour juste accueillir, alors j’entre en relation avec elles et le résultat est la compréhension et le partage même si la situation est délicate et finalement de l’apaisement. J’ai vérifié que mes enfants ne reçoivent mes conseils que si elles les demandent expressément, le reste du temps elles veulent « juste » être écoutées, se sentir accueillies et aimées. Pour cela, je dois mettre en avant l’amour que j’ai pour elles à la place de la peur que j’ai pour elles.
    Courage Lucette, l’intention d’amour pour votre fille vous aidera à trouver les mots et attitudes adéquates.

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  3. Rachida

    Je ressens aussi cette même impuissance face à sa fille mais l’amour d’une mère est important sans être trop envahissant. C’est accepter le choix de sa fille à emménager, c’est aussi l’accompagner avec son accord dans ses moments difficile et dialoguer pour atténuer les souffrances de sa fille. C’est aussi accepter son éloignement pour laisser sa fille essayer de reprendre confiance en soi et lui dire qu’elle n’est pas seule que sa mère sera toujours avec elle pour l’accompagner dans ces moments difficiles.

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  4. Francine

    « Et la seule manière que nous avons, de toucher l’autre, au niveau le plus profond, c’est de lui donner (donc de tenter de réussir à lui faire sentir) notre propre assentiment total et complet à ce qu’il est et à ce qu’il vit, ici et maintenant », dis-tu dans ta réponse et c’est bien vrai, je suis en train de vivre cela avec mes filles. Mais j’ajouterais que cela n’a été possible et ne continue à être possible qu’à partir du moment où je me donne mon propre assentiment total à ce que je suis et à ce que je vis ici et maintenant. Non ?

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  5. Barbara

    En effet, quand tout fuit, il faut fuir, c’est la seule solution. Ou peut-être même pas une solution, mais la possibilité de faire, de vivre. C’est ça ou… rien. Car rien d’autre n’est possible. Laissez votre fille le faire, c’est la meilleure, et la seule, chose à faire, pour l’instant. Puis, petit à petit, avec votre amour, avec son instinct de survie, elle va commencer à se reconstruire pour, finalement, renaître. Soyez tout simplement avec elle, pas forcément physiquement, dans ce processus. Montrez-lui que vous êtes là, pour elle et avec elle, quoi qu’il advienne. Elle le sentira et cette sensation va la renforcer à chaque fois davantage, pour finalement la guérir et lui permettre de vivre à nouveau « normalement », pleinement.

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  6. point

    ma fille est une femme battue !prend des coups des insultes je sais quel n ai pas heureuse il ne lui reste plus rien que la peau sur les os elle a deux enfants qui assiste aux violences qui l on deja amener a plusieurs reprise aux urgence et moi sa mere je souffre j ai peur car je ne peu rien faire puisqu elle est majeur .que faire quand la police ne veux pas reagir sachant que son concubin est connu de la police il save qu il la tappe mais comme ma fille ne veux pas porter pleinte il ne bouge pas et en plus pour ma fille tout est de sa faute si il la tappe elle ne se rend pas contre qu il la manipule .alors si quelqu un conait un moyen d arreter tout sa en passant par la justice qui me le fasse savoir car je craind pour la vie de ma fille .AIDER MOI CECI EST UN APPEL AUX SECOURS QUE JE LANCE SAUVER MA FILLE

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Votre fille est en détresse et ne veut pas porter plainte parce qu’elle vit dans la peur. Sa non estime d’elle-même ne date certainement pas d’hier. On accepte plus facilement les conseils d’une personne en qui on a confiance, alors demandez-vous comment vous pourriez vous y prendre avec elle pour qu’elle ait davantage confiance en vous. Avez-vous déjà tenté de lui parler « vrai » avec votre coeur (donc de lui faire sentir que vous l’aimez) plutôt que de lui parler avec votre peur : « tu devrais faire ceci ou cela »… ?

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  7. adrien

    Mes parents (et moi même) ne savons plus quoi faire pour aider ma soeur. 34 ans mère monoparentale d’une fille de 9 ans. Elle ne travaille plus depuis 2 ans aprés avoir déposé le bilan de son commerce de fleuriste et suite à sa maladie. Elle c’est fait opérer 8 fois et enlever la parotide pour essayer de venir à bout d’adénome pléomorphe (tumeur bénine qui repousse sans cesse et qui l’a font souffrir). Aujourd’hui encore elle espère trouver une solution pour se faire soigner mais il n’y a plus beaucoup d’espoir. Mais elle ne fait plus rien depuis ce temps là. Elle reste enfermé chez elle le plus souvent, elle fait de l’insomnie et passe sont temps sur facebook à se faire croire qu’elle a pleins d’amis (mais elle ne vois personne). Elle touche le RSA, 500euros par mois et survit avec ça. Mes parents se demandent comment cela estce possible: payer la maison, le chauffage, le telephone, l’internet, la bouffe etc mais dès qu’il aborde le sujet c’est la crise. Moi je pense que si elle est capable de survivre c’est grace à mes parents qui s’occupent beaucoup de leur petit fille, lui paye des activités, la nourrisse bien souvent (ma soeur aussi), l’amene à ces sports etc. De plus, lorsque ma soeur ne joint plus les 2 bouts, ils vont lui payer son épicerie et son essence. Je me demande si ce comportement ne fait pas en sorte de la maintenir dans une zone de confort vu qu’elle arrive à s’en sortir. Je discutais de cela avec mes parents et je me demande si il ne devrait pas arréter de lasupporter (financierement) afin de la mettre au pied du mur et qu’elle se reveille pour entreprendre des démarches. Ma mère dit que c’est impossible pour elle car c’est sa fille et aussi parce qu’elle ne veut pas que sa petite fille (ils sont trés attachés à elle) paye les pots cassés. Tout le monde voudrait qu’elle décide de reprendre sa vie en main mais la discussion est impossible. En effet, elle refuse de se remettre em question pour elle tout est sous controle. quand on lui parle de travail, trouve toujours un argument pour ne rien faire (je souffre trop, il n’y a pas de boulot en ce moment en France, personne ne voudra m’embaucher à cause d’éventuel rendez-vous médicaux) et elle dit que quand elle sera prete elle va en trouver du boulot sans problème. Dîtes lui qu’elle passse trop de temps sur facebook et elle va nier (alors qu’elle y passe ces journées et ces nuits et qu’elle est toujours accroché à son telephone lorsqu’elle est chez mes parents pour repondre vite vite au message).
    On ne sait plus quoi faire pour lui faire reprendre une vie normale, la faire sortir de chez elle qu,elle cotoie du vrai monde.
    JE sais que les conseils sont mal perçus, moralisateurs, culpabilisateurs etc mais comment faire quand la personne ne fait rien pour changer et qu’elle refuse toute aide extérieure psychologue, assistante sociale.
    Existe t’il des endroits, des organismes pour aider les parents
    Merci pour votre aide

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Vous semblez vous-même être pris dans les mailles du filet familial puisque vous voulez, à votre tour, aider vos parents… Et pourtant vous écrivez « Je sais que les conseils sont mal perçus, moralisateurs, culpabilisateurs, etc. » Il vous reste donc à mettre en pratique ce que vous savez. Et si c’est trop difficile pour vous, à vous interroger sur les raisons pour lesquelles vous n’y arrivez pas..
      Pour y voir plus clair, je vous invite à faire ce test : « Etes-vous adulte ou fusionnel dans la relation à vos parents ? »

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