Le pardon ou la fidélité à soi-même ?

Merci Kévin de me donner l’occasion de tenter d’éclaircir un point qui me semble être à l’origine de nombreux errements donc de souffrances supplémentaires pour les personnes qui n’ont pas reçu l’amour parental dont elles avaient besoin.

A la suite de l’interview de Tim Guénard, parue dans la revue Terre du Ciel, que j’ai intitulée « La résilience et au-delà » et qui est publiée sur mon site, vous avez écrit :

« Merci beaucoup Tim, pour l’espoir que tu nous donnes, j’espère un jour pouvoir pardonner aussi à mon père… Mon père a pratiqué des attouchements sexuels sur ma soeur, mon frère et moi, il était très violent et me rabaissait par une torture morale qui pour moi faisait plus mal que les coups. Je suis encore dans une phase où le pardon reste bien flou, pour moi cet homme représente le mal absolu, mais je sais maintenant que la clef de la réussite de ma vie se trouve là, si je m’abaisse à la violence en me vengeant alors je deviendrai inévitablement comme lui, c’est un combat très difficile que je commence là, j’espère en sortir vainqueur… »

Ma réponse :

Je suis parfaitement d’accord avec vous, le parcours de Tim Guénard donne de l’espoir à toute personne qui a été maltraitée dans son enfance. L’espoir qu’il est possible de retrouver le goût de vivre et la paix quand on a été torturé par les siens, et cela est infiniment précieux.

Cependant cet espoir donné risque paradoxalement d’occulter le chemin à suivre pour parvenir à l’apaisement. Sur ce chemin, il est une croyance-piège particulièrement présente dans notre culture judéo-chrétienne : celle de croire qu’il faut « pardonner » ou oublier et que tout rentrera « dans l’ordre ».

Comme vous le dites si bien « Je suis encore dans une phase où le pardon reste bien flou », n’est-ce pas la manière pudique qui est la vôtre de dire que vous vous en sentez bien incapable ? Peut-être même que vous vous torturez secrètement en vous disant que vous devriez être capable de ce dont vous vous sentez incapable… c’est là que se trouve le piège de la division contre vous-même : celui de votre culpabilité alors que vous êtes innocent.

Comprenez que si vous deviez penser (même secrètement parce que cela vous donne un certain espoir lié à vos croyances) qu’il vous faudrait pardonner alors que tout en vous est blessé donc incapable de pardon, cela ne ferait que rajouter une souffrance supplémentaire à votre traumatisme donc vous obligerait à « tourner en rond » avec lui.

Je suis pleinement d’accord avec vous, votre père a été pour vous le « mal absolu ». Et les réactions « normales » au mal absolu sont la colère et le ressentiment. Commençons par le commencement : reconnaissez-vous votre droit légitime à la colère et au ressentiment ?

Pourquoi vouloir pardonner ? La paix enfin retrouvée, créé par l’apaisement du ressentiment, ne sera possible que pour celui qui aura osé se confronter au traumatisme qui lui a été infligé et qui – inévitablement – suscitera de la colère en lui, émotion qu’il devra traverser et non pas refouler.

Tim Guénard nous raconte dans « Plus fort que la haine » que l’apaisement lui a été rendu possible par la rencontre de deux personnes qui ont été pour lui les témoins objectifs et lucides de la réalité de son drame.

Tim doit sa « résilience » à la reconnaissance par ces deux témoins (une juge et un prêtre) des atrocités, des injustices qu’il a dû subir. Comme le dit Alice Miller : « Pour qu’un enfant maltraité ne devienne ni criminel, ni malade mental, il faut qu’il rencontre au moins une fois dans sa vie quelqu’un qui sache pertinemment que ce n’est pas lui, mais son entourage qui est malade. »

N’est-ce pas de cette rencontre (et non pas du pardon) dont vous avez besoin ? Pour reprendre la phrase même de Tim, n’avez-vous pas besoin « que des personnes viennent [vous] dire ce que d’autres, ne vous ont pas dit », c’est-à-dire que vous êtes totalement innocent des actes commis par votre propre père ? Et si vous osez découvrir que vous l’êtes, cela ne vous prouve-t-il pas que c’est bien votre père qui a été le criminel ? Vouloir le pardonner c’est courir le risque de dénier la maltraitance qui a été la vôtre et que vous avez dû subir dans l’innocence de votre enfance.

Dans cette interview, Tim dit clairement qu’en reconnaissant ses torts, un parent donne une espérance à l’enfant. Ne peut-on en déduire qu’en ne le faisant pas, le parent condamne son enfant à se culpabiliser, c’est-à-dire à retourner contre lui ce qu’il n’ose pas voir chez le parent dont il est dépendant.

J’estime que personne n’a à pardonner à personne car personne n’est responsable du comportement de l’autre (et encore moins de celui de son parent.) Plutôt que le pardon, je vous propose l’amour de vous-même qui deviendra peu à peu possible parce que vous vous ouvrirez à vous-même avec authenticité et tendresse – (et vous ne parviendrez jamais à la tendresse avec vous-même si vous culpabilisez) – en osant reconnaître, en pleine lumière, ce que vous avez vécu. Quand Tim dit « Pardonner au parent qui vous a fait du mal, c’est balayer tout le cycle de la fatalité génétique », je comprends – pour ma part – qu’il s’agit de rompre un lien de dépendance maltraitante entre soi-même et l’autre. Demandez-vous donc pourquoi vous devriez avoir besoin du pardon ? Est-ce à vous d’avoir un problème avec la vérité de votre vécu ?

C’est la haine refoulée qui rend malade et crée le besoin de vengeance, s’ouvrir à la haine refoulée que l’on ressent vis-à-vis de ses « parents intériorisés » est le seul moyen de s’en débarrasser en l’épuisant, car c’est oser voir ce que l’on a enduré et que l’on vit, c’est aussi oser voir ce que nos parents ont été pour nous-mêmes et c’est cette vision seule qui permet la paix.

Dans un tel contexte, Alice Miller rappelle que « les femmes et les hommes qui, dans leurs jeunes années, ont eu la chance de connaître l’amour et la compréhension n’auront aucun problème avec leur vérité ». Les enfants qui mentent ne sont que des enfants qui ont peur parce qu’ils ne se sentent pas aimés tels qu’ils sont. Les adultes qui se mentent à eux-mêmes en se croyant coupables de ce que leurs parents leur ont infligé ne sont que des enfants perdus qui n’ont pas encore osé regarder leurs parents en face.

Pour poursuivre votre réflexion je vous invite à lire ci-dessous le témoignage personnel d’Alice Miller extrait de son dernier livre, Notre corps ne ment jamais, Editions Flammarion, 2004, p. 100 à 103 :

« Je ne dois aucune reconnaissance à mes parents pour m’avoir donné la vie, car je n’étais pas désirée. Leur union avait été le choix de leurs propres parents. Je fus conçue sans amour par deux enfants sages qui devaient obéissance à leurs parents et souhaitaient engendrer un garçon, afin de donner un petit-fils aux grands-pères. Il leur naquit une fille, qui essaya, pendant des décennies, de mettre en oeuvre toutes ses facultés pour les rendre heureux, entreprise en réalité sans espoir. Mais cette enfant voulait survivre, et je n’eus d’autre choix que de multiplier les efforts. J’avais, dès le départ, reçu implicitement la mission d’apporter à mes parents la considération, les attentions et l’amour que leurs propres parents leur avaient refusés. Mais pour persister dans cette tentative, je dus renoncer à ma vérité, à mes véritables sentiments. J’avais beau m’évertuer à accomplir cette mission impossible,je fus longtemps rongée par de profonds sentiments de culpabilité. Par ailleurs, j’avais aussi une dette envers moi-même : ma propre vérité – en fait, j’ai commencé à m’en rendre compte en écrivant Le Drame de l’enfant doué, où tant de lecteurs se sont reconnus. Néanmoins, même devenue adulte, j’ai continué des décennies durant à essayer de remplir auprès de mes compagnons,mes amis ou mes enfants la tâche que m’avaient fixée mes parents. Le sentiment de culpabilité m’étouffait presque quand je tentais de me dérober à l’exigence de devoir aider les autres et les sauver de leur désarroi. Je n’y ai réussi que très tard dans ma vie.

Rompre avec la gratitude et le sentiment de culpabilité constitua pour moi, un pas très important vers la libération de ma dépendance à l’égard des parents intériorisés. Mais il en restait d’autres à franchir : celui, surtout, de l’abandon des attentes, du renoncement à l’espoir de connaître un jour ces échanges affectifs sincères, l’authentique communication, dont j’avais tellement manqué auprès de mes parents. Je les ai finalement connus auprès d’autres personnes, mais seulement après avoir déchiffré l’entière vérité sur mon enfance, avoir saisi qu’il m’était impossible de communiquer avec mes parents et mesuré combien j’en avais souffert. C’est alors seulement que j’ai trouvé des êtres capables de me comprendre et auprès desquels il m’était permis de m’exprimer librement et à coeur ouvert. Mes parents sont morts depuis longtemps, mais j’imagine aisément que le chemin est sensiblement plus difficile pour des gens dont les parents sont encore de ce monde. Les attentes datant de l’enfance peuvent être si fortes que l’on renonce à tout ce qui nous ferait du bien pour être enfin tel que le souhaitent les parents, car on ne veut surtout pas perdre l’illusion de l’amour.

(…) On ne s’y prendra jamais de la bonne manière si l’on se règle sur les désirs des autres. L’on ne peut être que ce que l’on est, et l’on ne peut obliger nos parents à nous aimer. Il existe des parents qui ne peuvent aimer que le masque de leurs enfants, et sitôt que ce masque tombe, ils disent souvent, comme je l’ai mentionné plus haut : « Je voudrais seulement que tu restes comme avant. »

© 2007 Renaud PERRONNET Tous droits réservés.

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CC BY-NC-SA 4.0 Le pardon ou la fidélité à soi-même ? par Renaud Perronnet est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d'utilisation Commerciale-Partage à l'identique 4.0 .

14 réflexions au sujet de « Le pardon ou la fidélité à soi-même ? »

  1. Carine

    Profession : Sécrétaire
    Ville : Douala
    Pays : Cameroun

    Je me suis sentie tellement émue en lisant cet article car je me suis un tout petit peu reconnue dans ce contexte, car j’ai 26 ans et j’en ai longtemps voulu à ma famille en particulier à ma mère de ne m’avoir pas aidé à poursuivre mes études les ayant interrompues prématurement faute de moyens financiers. Il s’en est suivi un désordre dans ma vie d’adolescente et je suis devenue incontrôlable à partir de ce moment là, je n’en ai fait qu’à ma tête, beaucoup de choses se sont passées depuis, je pense que j’en souffre encore et que je n’ai jamais pardonné à ma mère, je ne suis pas sûre d’y arriver un jour, c’est un traumatisme dont les blessures sont encore vivaces et qui je pense demeureront durant toute mon existence, je voudrais pouvoir surpasser cela, et en toute personne que j’ai rencontré que ce soit dans le cadre d’une rélation amicale ou d’une relation amoureuse j’en ai toujours attendu beaucoup, je voudrais pouvoir être indépendante, ne placer aucune attente en qui que ce soit car on s’en sort invariablement déçue en plus des blesssures qui restent, ayant perdu mon papa durant l’enfance je pense que je suis toujours à la recherche d’un père. Quelqu’un qui me montrerait la marche à suivre, je pense que je ne suis jamais devenue adulte, je reste cet enfant qui égarée dans une pièce sombre recherche une main solide qui la fera accéder à la lumière.

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  2. Renaud Perronnet

    Je trouve l’analyse que vous faites de vous-même très lucide. Comme vous le dites à la fin de votre partage, vous avez besoin qu’une grande main d’adulte prenne votre petite main d’enfant dans la sienne.

    Qu’est-ce qui vous empêche de grandir ? Qu’est-ce qui vous empêche de comprendre que quel qu’ait été votre passé douloureux, vous avez le droit de réaliser la femme de 26 ans que vous êtes ? Car c’est toujours parce que nous fixons notre regard sur un passé révolu, donc mort, que nous nous retrouvons dans l’impossibilité d’avancer. Les blessures passées ne peuvent pas ne pas avoir été, mais elles peuvent ne plus être douloureuses aujourd’hui, elles peuvent enfin cicatriser, donc ne pas être éternelles.

    Entreprendre une démarche thérapeutique de connaissance de soi peut vous aider à faire naître celle qui en vous prend conscience qu’elle a le « droit » d’exister et de s’épanouir par elle-même. La lucidité de votre analyse vous montre que vous n’en êtes pas très éloignée. Passerez-vous à l’action ?

    Voulez-vous commencer par lire :
    Se situer et trouver le bon thérapeute.
    Voir ses schémas à l’oeuvre pour y renoncer.

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  3. Myriam

    Ville : Metz

    Je suis tres en admiration devant cet homme qui a tant souffert et a su pardonne moi atend depuis douzes années qu’une de mes filles âgée aujoiurd’hui de 23 ans revienne vers moi elle est incarcérée pour trafic de stupéfiants et je me sens coupable car j’ai reproduit sur elle la violence que j’ai eue enfant et sur mes deux autres filles aussi mais deux m’ont pardonnées je trouve que je paie cher de mes erreurs de maman je n’ai pa pue donner a mes filles petites l’amour que je n’ai pas eue vous lire est pour moi un grand espoir et reconfort je garde espoir que cet enfant perdue se retrouve comme moi je me retrouve merci a vous et j’apprecie de vous lire et je suis en train de faire ma biographie car ma vie est aussi un livre et j’ai toujours rêver d’être lue sue entendue et j’y crois dur comme fer signé MYRIAM de METZ 51ans.

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  4. Renaud Perronnet

    Parce qu’elle vous inhibe et qu’elle ne vous aide pas à agir, votre culpabilité est un poison négatif. Oseriez-vous devenir responsable de vous et de vos actes passés tels qu’ils ont été ? Si vous l’osez, vous ferez le premier pas vers votre fille de 23 ans.

    Comprenez que pour que votre fille perdue se retrouve, cela passe par votre attitude vis-à-vis d’elle : aujourd’hui, êtes-vous prête à vous remettre en cause pour lui montrer que vous l’aimez ?

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  5. Fiona

    Profession : Étudiante

    Je veux tenter d’aider une amie à moi, elle disait avoir pardonné à sa mère mais aujourd’hui la voilà confronté à sa vérité : elle en souffre toujours, et le mal continue, sa mère la traite de tout les noms et l’empêche de se construire en tant que femme et entant qu’adulte, c’est une humiliation constante, elle sait très bien que ce dont sa mère la traite (pute) ne la définit pas mais la blesse profondément et ce qui est grave c’est que cette humiliation se fait devant sa grande sœur qui a un traitement spécial (elle ne la traite jamais comme elle traite mon amie) et ce qui l’anéantit c’est que sa grande sœur ne prenne pas sa défense comme si c’était normal qu’une mère dise ce genre de chose à sa fille. En ce moment, mon amie ressent une haine profonde et une colère incontrôlable, elle se dit capable de se taillader les veines ou encore de fracasser la figure de sa mère, tels sont ses mots. SVP dites-moi ce que je peux lui conseiller de faire c’est une situation qui dure depuis l’enfance mais avec des trêves de temps à autre sans que le problème soit réellement réglé. Tout ce qu’elle veut c’est pardonner pour se retrouver avec ce qu’elle est vraiment et que la petite fille qui est en elle qui demande que justice soit faite soit apaisée.

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  6. Renaud Perronnet

    Tant que votre amie sera dans le désir de pardonner à sa mère, elle devra renoncer à elle-même et restera incapable de voir ce que sa mère continue de lui faire vivre jusqu’à aujourd’hui. Votre amie ressent une haine profonde et une colère contre elle-même en voulant se taillader les veines parce qu’elle refuse de regarder en face la manière monstrueuse dont sa mère se comporte avec elle.
    La colère de votre amie est en fait son amie qui l’aidera (si elle veut bien l’écouter plutôt que de la refouler) à se protéger de sa mère indigne en osant lui interdire de l’humilier de la sorte.
    La petite fille qui est en elle a besoin de justice (donc de se sentir entendue) pour s’apaiser. Elle a besoin d’entendre que sa colère contre sa mère est légitime : il n’est pas dangereux pour votre amie de ressentir de la haine pour sa mère qui la détruit, ce qui est dangereux pour elle, c’est de croire comme elle le fait, qu’elle devrait être capable de lui pardonner et qu’elle est mauvaise si elle ne le fait pas.
    Si vous êtes son amie, osez le lui dire ! Elle entendra pour la première fois une personne réellement amie de la petite fille douloureusement blessée qui est en elle.

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  7. Veden

    Profession : Enseignante
    Pays : France

    Je suis très sensible à tout ce que je lis car j’ai enfin coupé les ponts avec ma mère il y a six mois, alors que j’avais toujours eu de sérieux problèmes relationnels avec elle. J’ai 48 ans mais je commence seulement à me sentir bien avec les autres et à ne plus avoir peur. J’ai enfin compris que ma mère me mentait depuis des années en me faisant croire que tout le monde me dénigrait dans la famille. Ce qui était complétement faux. Elle a essayé par ce biais de m’isoler et de me dresser contre mon frère, mon père, ma grand-mère…
    Il fallait en fait que je sois convaincue que je n’étais pas quelqu’un de bien. Je me suis sabordée dans tous les domaines pendant des années. Mais j’ai un fils de 16 ans qui est en contact téléphonique avec elle (ma mère vit à 800 km de chez moi). Il sait que je n’aime pas ma mère. Quand il m’en parle, la colère resurgit vis à vis d’elle. Je contrôle difficilement cette émotion et je lui ai donné des détails que je n’aurais peut-être pas dû lui donner. Je ne sais pas comment lui expliquer, ni même si je dois le faire. Je ne veux pas le perturber mais je ne voudrais pour rien au monde reparler à ma mère. Quelle attitude serait la plus appropriée pour mon fils qui est peut-être coincé dans cette histoire ? Ca ne me dérange pas qu’il soit en contact avec sa grand-mère mais je supporte difficilement d’en entendre parler.
    Merci de votre réponse.

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  8. Renaud Perronnet

    Ne pas répéter (avec votre fils) ce que votre mère vous a fait, c’est lui permettre de découvrir et de sentir les choses par lui-même plutôt que de l’obliger à les sentir à travers vous. Et c’est ce que vous faites quand vous exprimez « ça ne me dérange pas qu’il soit en contact avec sa grand-mère », vous ne cédez pas à la confusion entre vous et lui.

    Comme vous le dites si bien, vous avez enfin osé couper les ponts avec votre mère qui ne vous respectait pas, vous avez enfin osé vous protéger de ses mensonges et de ses manipulations. Oui, vous découvrez que vous êtes « quelqu’un de bien ».

    Si vous avez été vous-même, pendant si longtemps perturbée, c’est bien parce que votre propre mère ne vous a pas respectée. Bien sûr, vous craignez de reproduire avec votre enfant, votre douloureuse relation passée avec votre mère, mais aujourd’hui, plus vous osez sortir de la confusion que votre mère a entretenue avec vous, donc plus vous êtes lucide et claire avec vous-même dans votre relation à elle, moins vous risquerez de coincer votre fils avec vous dans cette histoire. Car c’est dans l’exacte mesure où vous devenez peu à peu capable de respecter les émotions qui sont les vôtres que vous trouverez les « mots justes » pour parler à votre fils.

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  9. Malia

    Profession : Éducatrice
    Ville : Lille
    Pays : France

    J’aimerai pouvoir parler du pardon… Je suis confrontée depuis quelques mois à ma vérité d’enfant maltraitée et à la vérité de voir les choses telle qu’elles sont et pas telles que je les voyais… et je dois dire que la difficulté est grande de regarder ma mère comme un monstre mais pas du tout comme une mère… parce que avec ce réveil tardif je me suis aperçue que je m’étais illusionner sur elle et que j’ai grandis et vieillit dans la culpabilité. Pour moi elle n’avait rien à se reprocher alors qu’elle à été un bourreau sans pareil, coups insultes et nous a pris pour des objets… Exemple elle se prostitue et nous faisions les rabatteuses j’avais 8 ans… donc je me demande, le pardon a-t-il une place dans tout ca… Trouvera-t-il sa place je ne crois pas non… même si tous les jours j’entends des personnes dire ou affirmer que tout passe par le pardon… donc si je suis cette logique je dois pardonner pour m’avoir maltraité, pardonner d’avoir été insultée, pardonner d’avoir du arrêter d’être un enfant… et pardonner de n’avoir pas pu accéder à une vie affective épanouie a cause de tout cette maltraitance… Question, qui me réparera moi… Le pire dans tout cela c’est que ma mère qui est vieille maintenant joue les victimes elle à eu soi disant des enfants ingrats a qui elle à tout donner…!!!! Ou est la justice sinon dans l’humanité dans notre humanité enfin ce qu’il nous en reste après avoir vécu en état de siège pendant des années…

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  10. Renaud Perronnet

    Oui Malia, se réveiller enfin, découvrir sa vérité, cesser de se mentir à soi-même pour oser voir les choses « telles qu’elles sont » est à la fois courageux et douloureux. Il est beaucoup plus « confortable » d’entretenir le mensonge et de continuer (en dépit de tout) de vivre dans l’illusion d’avoir été aimé. Seulement l’illusion vous condamne à la souffrance perpétuelle, c’est l’accès à « la vérité de votre vécu » qui peut vous permettre un jour de ne plus en être éternellement la victime.

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  11. Chantal

    Pendant des années j’en ai voulu à mes parents de m’avoir maltraitée, physiquement, moralement. J’en souffrais à en creuver. J’étais dans l’attente de leur pardon ou l’envie de leur faire autant de mal qu’ils m’avaient fait. Aujourd’hui j’ai grandi. Je ne parlerai pas de pardon mais de « lucidité ». J’ai vécu ce que j’ai vécu, je ne peux pas le changer mais je peux l’accepter comme une période passée, teminée. Même s’il arrive que mes parents aient encore des propos désagréables à mon égard, je les leur laisse, ils parlent d’eux, de leur regard sur la vie et les autres, pas de moi. En fait, ils m’utilisent pour me parler de leur vision de la vie, qui n’est pas la mienne. C’est comme s’ils avaient des lunettes déformantes sur les yeux, j’en ai d’autres, sûrement plus belles et moins souffrantes. Cette première étape à été importante pour moi. J’avoue que la rencontre avec le livre de Tim Guénard « Tagueur d’espérance » a été une révélation. Je ressentais, à cette époque, le besoin de rencontrer quelqu’un qui avait vécu la même chose que moi, je me sentais tellement isolée. Le peu que Tim raconte dans ce livre de son passé violenté m’a fait comprendre que j’avais trouvé celui, en quelque sorte, qui « pouvait me comprendre ». Que j’ai pleuré en lisant ce livre, je me reconnaissais. Cela m’a permis « d’accepter », accepter mon passé. Ensuite j’ai fait un travail sur moi qui m’a permis « d’accepter » mes parents tels qu’ils sont, avec leurs bons et leurs mauvais côtés. Les bons je les apprécie, les mauvais je les regarde avec distance. Dans ces moments-là je ne vois pas mon « père » ou ma « mère », j’entends comme les racines de ma vie, je vois une personne différente de moi, très différente et je suis fière de moi. Mais c’est un chemin personnel que l’on fait lorsque l’on est prêt, avant on souffre sans imaginer la lumière au bout du tunnel, ou alors on s’imagine qu’elle est pour les autres, que pour soi c’est impossible mais… c’est possible, aussi terrible soi ce que l’on a vécu. Ensuite… quel soulagement ! Courage à tous ceux qui souffre, l’apaisement est possible, à votre rythme.

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  12. béatrice

    Bonjour,

    Je suis très émue de lire cet article. Ma mère est alcoolique et dépressive depuis ma naissance voir bien avant. Mon père battait ma mère et est très autoritaire. J’ai vécu dans une terreur constante sans compter la manipulation mentale que j’ai subi. (culpabilité, chantage affectif, menace…). A 28 ans j’ai fait une grosse dépression et une tentative de suicide , ce qui a m’a amené à une psychothérapie. Le jour ou mon thérapeute m’a dit « Béatrice il n’est écrit nul part qu’il faut aimer ses parents » un gros poids est tombé. Mais je suis passé pour une folle car je faisais une thérapie. Cependant grâce aux thérapeutes j’ai pu être reconnu comme une femme en souffrance et non folle. J’ai de moins en moins de haine et de colère depuis que je leur ai dit que quand je venais chez eux j’aurais aimer une seule chose c’est qu’ils ouvrent leur coeur. Depuis oui cette haine est tombée. J’ai essayé de pardonner mais cela n’a pas marché. cela m’a juste culpabiliser un peu plus. Maintenant je réduis les relations au strict minimum et je m’occupe de ma famille. « rompre un lien de dépendance maltraitante envers soi même et l’autre » me parle beaucoup.
    Malheureusement mon souci actuellement c’est de gérer les relations entre ma fille de 4 ans et eux. Ils sont des « anges » avec elle!. Veulent-ils peut-être réparer mais c’est avec moi que cela doit se faire pas avec elle. Là aujourd’hui, ils me demandent de la prendre 3 jours chez eux et je sens l’angoisse montée en moi. Il m’est impossible de laisser ma fille dans leur maison plus d’une journée. Dans un lieu public ou autre cela ne me gêne mais pas chez eux.
    je vous remercie pour votre écoute et merci pour votre site.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Je suis heureux d’apprendre ce que votre thérapeute vous a répondu, ce n’est malheureusement pas toujours le cas !
      Comme vous dites très justement (et cela fait plaisir de voir que vous y voyez clair), c’est avec vous que vos parents doivent réparer, pas avec votre petite fille.
      Pour trouver la réponse par vous-même à votre situation, souvenez-vous simplement que l’important sera toujours votre « fidélité à vous-même », c’est ce critère là qui doit guider vos actes pour vous et votre enfant dans votre relation à vos parents.

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  13. Katia

    Bonjour,
    le pardon est une notion complexe et je ne suis pas sûre que la croyance qu’il suffit de pardonner pour oublier et tout arranger, vienne de la partie « judéo » de notre culture occidentale.
    Pour la petite histoire, Alice Miller a été obligée de cacher et renier ses origines juives pour sortir du ghetto de Piotrkow (Pologne) et échapper à l’extermination nazie pendant la guerre. C’est en essayant de trouver une explication à la violence haineuse des nazis et des Polonais contre les Juifs, qu’elle a commencé son long chemin. Elle s’est révoltée contre sa famille juive orthodoxe trop rigide, mais c’est pourtant de cette famille qu’elle tient ses aptitudes à l’étude et à la réflexion… et cette infatigable détective de la violence intrafamiliale à travers les biographies de gens célèbres, a toujours caché sa propre histoire, peut-être parce qu’elle a dû se couper d’une partie d’elle-même pour survivre.

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