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Etes vous adulte ou fusionnel dans la relation à vos parents ?

Auteur : © Renaud PERRONNET

« Par rapport aux lois de la vie, les parents pervers tentent d’inverser l’ordre des générations. Au lieu d’être au service de la vie des générations suivantes, ils veulent supprimer leur fils, pour l’empêcher de nuire : l’enfant sert aux parents et non l’inverse. Ainsi les familles pathologiques font tout à l’envers, et prétendent que les enfants nuisent à leurs parents, ou alors, leur demandent de résoudre leurs blessures psychiques. C’est comme demander à la rivière de remonter son cours. A coup sûr, l’inversion engendre des monstres. »

Lily Jattiot, psychanalyste jungienne, Dynamique du Soi, p.165, Editions Accarias.

On définit habituellement l’autonomie comme la capacité pour un être humain de savoir quelles sont les lois et les règles qu’il respecte et pourquoi. Elle est donc la capacité à se diriger avec cohérence, selon ses propres choix.

L’adulte responsable est une personne qui reconnaît ses droits et ceux des autres. Il est clair, authentique, cohérent et ouvert (aussi bien avec lui-même qu’avec les autres). Il discute, négocie et coopère ; pour ce faire, il discrimine ce qui n’est pas acceptable de ce qui l’est, compte tenu des circonstances.

Sa croyance de base – avec laquelle il entre en relation avec les autres – est quelque chose comme : « La vie est une négociation entre égaux. »

« La toute première tâche de chaque homme est l’actualisation de ses possibilités uniques, sans précédent et jamais renouvelées », disait Martin Buber(1). Pour cette réalisation, chaque enfant a besoin d’être naturellement soutenu par ses parents dont la tâche est de l’aider à devenir lui-même.

Si la relation que nos parents avaient avec nous enfants était saine (donc que des liens affectifs solides s’étaient créés entre eux et nous), nos réactions émotionnelles ne leur posaient pas de problèmes : ils savaient gérer nos comportements de manière équilibrée.

Par contre si nos parents ne parvenaient pas à les gérer parce qu’ils les vivaient mal, ils ont pu nous les reprocher, nous en culpabiliser, créant ainsi en nous toutes sortes de troubles et d’attitudes pathologiques qui se retourneront contre nous pendant toute notre vie, du moins si nous ne les remettons jamais en cause.

Bien qu’il soit parfaitement normal pour un enfant d’éprouver de très fortes réactions émotionnelles à l’égard de ses parents, si vous avez été puni parce que vous avez osé révéler vos émotions et votre sensibilité, vous avez pu en déduire qu’il était dangereux et inopportun d’avoir des émotions et de la sensibilité. Si vos émotions étaient fortes et douloureuses, peut-être avez-vous préféré les refouler au fond de votre inconscient pour survivre. Peut-être même en êtes-vous arrivés à vous convaincre que les choses qui en fait vous touchaient, ne vous touchaient pas. Peut-être – à contrario – n’avez-vous jamais cessé (et même encore aujourd’hui) d’essayer de prouver à vos parents (par votre agressivité et votre attitude défensive) que leurs comportements réprobateurs ne pouvaient pas vous atteindre.

Aujourd’hui, vous êtes adulte et, si vous éprouvez des difficultés à gérer vos émotions en restant fidèle à qui vous êtes, c’est le signe que vos émotions sont profondément enfouies au fond de vous-même et que vous auriez tout intérêt à tenter d’y voir plus clair, c’est-à-dire à commencer par mettre en lumière la nature des pensées qui sont les vôtres – notamment à propos de vos parents – et qui sont à l’origine de vos comportements autodestructeurs.

Pour vous y aider, voici quelques « convictions familiales fusionnelles », telles que Susan Forward(2), les énonce.

Pour savoir si vous êtes adulte ou fusionnel dans la relation à vos parents, je vous invite à faire ce test :

 

A l’intention des parents :

Le poème de Khalil Gibran(3) peut nous aider à réfléchir aux fondements d’une saine relation parents / enfants, donc à nous situer, en tant que parents, afin de ne pas risquer d’inverser l’ordre des générations.

Vos enfants ne sont pas vos enfants.

Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même.

Ils viennent à travers vous mais non de vous.

Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

Vous pouvez leur donner votre amour, mais non point vos pensées,

Car ils ont leurs propres pensées.

Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,

Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,

pas même dans vos rêves.

Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux, mais ne tentez pas de les faire comme vous.

Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier.

Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.

L’Archer voit le but sur le chemin de l’infini, et Il vous tend de Sa puissance pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.

Que votre tension par la main de l’Archer soit pour la joie;

Car de même qu’il aime la flèche qui vole, il aime l’arc qui est stable.

 

La soumission aux lois de la vie, donc à l’ordre des générations, est à la fois la condition de notre santé psychique à nous adultes et de celle de nos propres enfants.

A l’intention des enfants :

Nos parents ne sont donc (surtout pas) nos enfants, résoudre leurs blessures psychiques ou leurs problèmes de couple n’est pas notre rôle, même si les mères malheureuses en ménage essaient bien souvent de résoudre leurs problèmes par le biais de leurs enfants (« on ne demande pas à la rivière de remonter son cours »), nos parents ont été responsables de nous, ils ont eu pour mission de nous aider à grandir et se sont accommodés de cette tâche avec plus ou moins de bonheur mais, quoi qu’il en ait été, nous ne sommes pas – aujourd’hui – responsables d’eux.

On n’a jamais rien à craindre de la part de ceux qui nous aiment, car si on aime les gens seulement quand ils se comportent conformément à nos idéaux, ce n’est pas de l’amour.

Chacun a le droit de vivre sa vie, nous sommes uniques et il est impossible de toujours tenir compte de la façon dont les autres vont apprécier nos actions… car nous ne sommes responsables que de nous-mêmes, jamais des opinions des autres sur nous.

Plus rapidement nous comprendrons les causes de nos comportements douloureux et erronés, plus rapidement nous serons en mesure de les dépasser. Pour mettre de l’ordre, il faut commencer par regarder le désordre, c’est donc la connaissance que nous avons de nous-mêmes qui nous permettra de prendre de nouvelles orientations dans notre vie afin de vivre plus en harmonie avec nous-mêmes et les autres, car il est indispensable qu’un être humain apprenne à prendre de la distance (je ne dis pas devenir hostile) par rapport à ses parents, pour devenir un adulte équilibré, c’est-à-dire sortir de la fusion.

Notes :

(1) Martin Buber, philosophe israélien, figure du mouvement hassidique, pour lui « toute vie réelle est rencontre. »

(2) Susan Forward, psychothérapeute américaine, in Parents toxiques, p.213, Editions Marabout.

(3) Khalil Gibran, poète libanais, in Le Prophète, p. 19, Editions Gallimard.

© 2011 Renaud PERRONNET Tous droits réservés.

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Moyennant une modeste participation aux frais de ce site, vous pouvez télécharger l’intégralité de ce test avec ses réponses (8 pages) au format PDF, en cliquant sur ce bouton : 

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Pour aller plus loin, vous pouvez lire sur ce site :

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    CC BY-NC-SA 4.0 Etes vous adulte ou fusionnel dans la relation à vos parents ? par Renaud Perronnet est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d'utilisation Commerciale-Partage à l'identique 4.0 .

    34 réflexions au sujet de « Etes vous adulte ou fusionnel dans la relation à vos parents ? »

    1. malika

      Merci monsieur pour ce texte sur la relation fusinnelle… j’ai eu beaucoup de difficulté a devenir moi même j’ai grandis avec une mère qui toute sa vie nous a fait payer le faite qu’elle soit malheureuse c’estait a cause de nous elle s’etait sacrifier… durant des année même adulte j’ai repondu a pratiquement tout ces besoins elle donait l’impression que notre vies lui appartenait et qu’on lui etait redevable a vie parce qu’elle nous avait mis au monde… rien que ça! Aujourd’hui je m’en suis éloignée apres beaucoup de souffrance et des sequelles je me reconstruis peu a peu et j’ai l’impression que oui je suis devenu adulte en quelques mois… j’ai compris que je n’avais pas besoin d’elle et de son amour destructeur pour moi… j’ai trois enfants je suis malheureuse a l’idée de leurs avoir peut etre transmis des shemas mauvais… parce qu’il sont grands aujourd’hui et j’ai compris un peu trop tard que devenir adulte s’etait aussi renoncer a être aimer par cette mère qui ne savait pas aimer autrement que dans l’abus de pouvoir…

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    2. NADINE

      Ma mére était dure avec ses enfants , elle a eu une enfance difficile.
      Vivre dans la culpabilité. Je suis la troisieme de ses filles, je lui tenais tête, mes soeurs disaient tu fais pleurer maman. Obeir à la baguette surtout ne pas la frustrer.
      Elle est morte maman. Je me sens vivre, mes soeurs sont dans la peine le shéma de maman est dans la peau, elle veulent me culpabilisé aussi et obeir.
      J’ai dis a une de mes soeurs au téléphone cela suffit, j en ai assez de la culpabilité et merde.
      Et j’ai raccroché.
      Mon genre n’est pas insolent, le reste de ma vie est important pour moi.

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    3. Sandra

      Bonjour,

      J’ai trouvé votre article très intéressant mais je suis très perplexe par rapport à la citation de Lily Jattiot. « A coup sûr, l’inversion engendre des monstres ». En caricaturant, cette dame nous signifie-t-elle que les fous engendre des fous ? Je suis issue d’une famille pathologique. Très longtemps, j’ai eu peur d’être moi-même nuisible, de cacher en mon sein un monstre hideux. Peur, au point de fuir psychologues et livres de psychologie. D’autant qu’on me répétait tout le temps « La pomme ne tombe pas loin du pommier ». Mais devenue mère, je ne pouvais vivre sans trouver une réponse à cette question. Car devenue mère la réponse concernait aussi les deux petits êtres que la vie m’avait confiée. Je ne vais pas entrer dans les détails mais juste dire qu’après plusieurs années de travail sur moi-même je peux, d’une part, affirmer que malgré l’inversion subie je ne suis pas devenue un monstre et que d’autre part, nos parents ne sont pas tout puissants et nous ne sommes pas uniquement leur prolongement. Il y a une part en nous qu’ils ne peuvent pas atteindre, en cherchant cette part je découvre peu à peu que je suis unique, aimable, capable de ne pas reproduire les schémas destructeurs de ma famille d’origine.
      Il n’y a pas de fatalité. Balayons les idées reçues et les croyances emprisonnantes et nocives.
      L’inversion dont parle Madame Lily Jattiot, engendre selon moi des PERSONNES en souffrance, en grande insécurité interne mais qui demeurent capables, avec un peu d’aide et surtout un peu d’amour de guérir.

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      1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

        L’inversion n’engendre-t-elle pas tout d’abord quelque chose de « monstrueux » en son premier sens, c’est-à-dire quelque chose de singulier et d’unique en son genre, une spécificité qui fait différer ceux que Lily Jattiot appelle « monstres » des autres êtres de leur espèce. Pascal employait ce mot dans ce sens quand il disait : l’homme est un « monstre incompréhensible ».

        Mais l’inversion peut également engendrer un « monstre » dans une acception plus moderne : quelqu’un qui fait peur. Ainsi un parent peut-il être effrayant quand il considère comme normal que ses enfants lui/le servent. Les être élevés par lui risquent en conséquence de considérer comme normal, non seulement d’être utilisés par leurs parents, mais également de se servir de leurs propres enfants.

        La constance de la monstruosité est donc de considérer comme juste et normal ce qui est contraire aux lois même de la vie.

        N’ayons donc plus peur du mot ! Ni du concept, car – heureusement – même les monstres peuvent se transformer, comme l’exprime si bien Rilke (voir plus bas).
        Si les parents pathologiques engendrent des monstres, ces monstres le resteront aussi longtemps qu’ils n’auront pas remis en cause les croyances et les comportements de ceux qui les ont éduqués. Si l’inversion engendre des monstres à coup sûr, c’est parce qu’il n’est pas possible de ne pas commencer par croire et obéir à ceux qui nous ont éduqués et que, comme le disait Alice Miller « pour se libérer d’un mal, il faut commencer par le reconnaître comme un mal. »

        Il est vrai que ces monstres n’en sont pas moins des êtres humains qui auront besoin (à mon avis) de « beaucoup » d’aide et de « beaucoup » d’amour pour rompre définitivement le pacte de fidélité mortifère qu’ils ont contracté dans leur passé avec leurs « parents toxiques ».

        Certains d’entre eux, issus de familles pathologiques, mettront vraisemblablement de nombreuses années à découvrir et à accepter d’être – par exemple – bienveillants avec eux-mêmes parce qu’ils ne l’auront jamais appris, leur croyance pathologique en leur « monstruosité programmée » leur collera peut-être tellement à la peau qu’ils resteront sans doute longtemps encore mal à l’aise avec ce mot.

        J’espère toutefois qu’ils se sentiront rassurés et compris quand ils s’apercevront que le travail thérapeutique n’a pas d’autre but que de réexaminer, patiemment, à la lumière de l’amour, comme vous dites si bien, des croyances qui ont été inculquées d’une manière d’autant plus dangereuse qu’elles n’ont jamais été remises en cause…

        Comme le disait R.M. Rilke in Lettres à un jeune poète, (Editions Grasset, p. 96.)

        « Nous n’avons aucune raison de nous méfier du monde, car il ne nous est pas contraire. S’il y est des frayeurs, ce sont les nôtres : s’il y est des abîmes, ce sont nos abîmes ; s’il y est des dangers, nous devons nous efforcer de les aimer. Si nous construisons notre vie sur ce principe qu’il nous faut toujours aller au plus difficile, alors tout ce qui nous paraît encore aujourd’hui étranger nous deviendra familier et fidèle. Comment oublier ces mythes antiques que l’on trouve au début de l’histoire de tous les peuples ; les mythes de ces dragons qui, à la minute suprême, se changent en princesses ? Tous les dragons de notre vie sont peut-être des princesses qui attendent de nous voir beaux et courageux. Toutes les choses terrifiantes ne sont peut être que des choses sans secours, qui attendent que nous les secourions.

        Aussi, cher Monsieur Kappus, ne devez-vous pas vous effrayer quand une tristesse se lève en vous, fût-elle une tristesse plus grande que toutes celles que vous avez vécues. Quand une inquiétude passe, comme ombre ou lumière de nuage, sur vos mains et sur votre faire, vous devez penser que quelque chose se fait en vous, que la vie ne vous a pas oublié, qu’elle vous tient dans sa main à elle et ne vous abandonnera pas. Pourquoi voulez-vous exclure de vos vies souffrances, inquiétudes, pesantes mélancolies, dont vous ignorez l’œuvre en vous ? Pourquoi vous persécuter vous-même avec cette question : D’où vient tout cela, où va tout cela ? – Vous savez bien que vous êtes évolution et que vous ne désirez rien tant vous-même que de vous transformer. »

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        1. siam

          Besoin d’aide. Je n’ai pas eu une belle enfance et en suis consciente. Je n’en veux à personne d’ailleurs car je n’en vois pas l’utilité. A mon tour je suis maman de deux jeunes garçons. Je fonctionne sur la base de la culpabilité et malgré une compréhension mécanique de ce schéma et du pourquoi il est ce schéma chez moi, je le reproduit et fait culpabiliser mes enfants sans aucune maîtrise du moi. Je crois vraiment aimer fort mes enfants, je voudrais ôter cette carapace horrible pour les faire évoluer et les rendre à eux de façon à ce qu’il se déploient avec bonheur et joie dans la vie. Je pense avoir essayé beaucoup de choses (psy, méditations, discussions…) rien n’a jamais marché et pourtant j’ai de la volonté et de l’amour. Comment faire ?

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          1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

            Vous vous interdisez de ressentir votre colère sous le prétexte qu’il est interdit d’en vouloir à quiconque. Ainsi vous avez peur d’entrer en contact avec la réalité de vos besoins d’enfant et par là même vous vous condamnez à la répétition d’émotions de culpabilité jamais mises au jour. Vos émotions sont donc tapies en vous, elles agissent donc à votre insu, malgré vous, à moins que l’amour que vous avez pour vos enfants devienne pour vous le moteur de votre développement. Quelque chose comme « Il est temps que je comprenne autrement que mécaniquement mes schémas (donc que je m’implique émotionnellement dans cette compréhension), avant qu’ils ne me détruisent complètement et me forcent à faire du mal à ceux que j’aime. »
            Vous aimer et oser entreprendre ce travail thérapeutique c’est aussi les aimer puisque vous êtes leur mère.

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      2. Passiflore

        Bonjour,

        Il faut savoir qu’avant d’arriver où vous en êtes aujourd’hui je suppose qu’ il vous a fallu faire grand un travail d’introspection, qui vous a permis d’ouvrir les yeux en grand, sur votre vécu dans la relation à vos parents .
        Sachez qu’il existe des parents très perturbés et qui ont malheureusement une emprise insidieusement destructible sur leurs enfants et peuvent faire de gros dégâts.
        En perdant l’estime de soi l’individu à ce moment là n’a pas cette faculté de ce défaire de cette relation empirique, dans premier temps ou, aussi dans certain cas pour de toute une vie.
        Ce qui vous a sauvez c’est cette estime de soi.

        Pour d’autre elle n’existe plus.

        Et bien à mon avis la monstruosité est bien là, quand la personne à perdu cet amour de soi qu’il lui permet d’avoir cette bienveillance envers lui et son entourage .

        Amicalement

        Répondre
    4. Bernard

      De la part d’un monstre :
      J’ai décidé de rendre la monnaie de leur pièce à mes parents en leur retournant ce que j’ai subi : l’abandon.
      Pourquoi : lavements abusifs (tout petit), père qui cherche à m’embrasser de force « à la russe » (si vous voyez ce que je veux dire) ou qui me reluque quand je prends mon bain, humiliations publiques sans que personne ne dise quoi que ce soit, aucun soutien scolaire, obligation d’excellence dans tous les domaines et blâmes si échec dans des matières comme le travail manuel ou le dessin, mère qui se pose en victime et qui me prend pour son coursier, son cuisinier, sa femme de ménage, son soigneur et son confident… Je ne dis pas tout car ce serait beaucoup trop long. En résumé, un grand sentiment de solitude et d’abandon, avec la haine en prime.
      C’est pourquoi, ce faisant, j’ai l’impression de réparer une injustice, de retrouver une certaine dignité et de ne plus être une victime. La colère s’apaise petit à petit, je n’éprouve pas de remords pour cette action (j’espace de plus en plus mes visites et lorsque je le fais, je ne reste que 2 heures maximum), je fais ce qui est nécessaire, et je me consacre à me reconstruire petit à petit.
      Ce qui m’a permis d’émerger, c’est l’écriture.
      Maintenant , qu’on ne me demande pas d’éprouver de l’affection pour ces gens là, c’est impossible, je ne me sens aucun lien avec, et j’aspire à une certaine forme d’indifférence. Pour moi, ayant été le bâton de vieillesse et le souffre-douleur de vieillards de 40 ans lorsque j’en avais 8, j’estime que le « capital » a été épuisé et qu’ils n’y ont plus droit. Je ne sais pas si je me sentirais soulagé de leur décès, mais je suis certain de ne pas en être attristé, j’envisage la chose froidement, sans plus.
      Voilà pourquoi cela peut paraître monstrueux.

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      1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

        J’ai frémi en lisant le début de votre partage : « De la part d’un monstre », je suis un peu rassuré par vos derniers mots… « Voilà pourquoi cela peut paraître monstrueux. » Car il est vrai que nous vivons dans une société qui ne sait pas encore que rien ne peut justifier la maltraitance ou la violence. Ne le sachant pas, elle s’accroche à des tabous du genre « Tu honoreras ton père et ta mère », présupposant par là-même que nous serions monstrueux de ne pas les aimer quand ils nous font du mal… qu’il serait donc monstrueux d’être en colère contre ceux qui nous font du mal !
        Oui Bernard, vous avez parfaitement le droit à votre colère, parce que derrière elle se cache un insupportable sentiment de solitude et d’abandon. La reconnaissance de votre « droit à la colère » est donc – pour vous – le début de la reconnaissance objective de ce que vos parents vous ont fait subir, et c’est cette reconnaissance là qui vous permettra de sortir du statut de la victime.
        On ne répétera jamais assez que nous avons le droit et même le devoir de juger un acte violent, (car si nous ne le reconnaissons pas comme violent nous ne pourrons jamais nous en sortir), donc a fortiori de juger les actes de nos parents. De comprendre que pour ne pas devoir les haïr il nous faut juger leurs actes, parce qu’il est toujours légitime de mesurer l’impact d’un comportement… et c’est ce que vous faites dans votre partage qui vous permet (comme vous le dites si bien) « de réparer une injustice, de retrouver une certaine dignité et de ne plus être une victime » donc d’apaiser votre haine.
        Oui, aucun remords, c’est juste la fidélité à vous-même et à ce que vous avez vécu qui vous permettra de vous reconstruire. Je comprends parfaitement que vous aspiriez à « une forme d’indifférence », seulement je ne crois pas qu’elle soit possible : on ne peut être « indifférent » à ses parents. La « froideur » que vous évoquez et qui est la vôtre est exactement à la mesure de l’intensité de votre blessure. C’est en osant la ressentir pleinement (et non en risquant de la diluer dans une indifférence supposée), que vous pourrez – peu à peu – vous apaiser.
        Pour aller plus loin, vous pouvez lire :
        Les racines de la violence
        Le pardon ou la fidélité à soi-même ?

        Répondre
        1. Bernard

          Merci pour ces liens. Lorsque je parle d’indifférence et de froideur, je ne parle pas de celle du sphinx, de celle que j’ai vue, mais sans oublier ce qui s’est passé, ne plus en être affecté outre mesure. J’ajoute que cet « abandon » n’est pas de mon seul fait, mais que petit à petit, plus personne n’a fréquenté ma famille: amis, oncles et tantes, mon propre frère… faire le vide autour de soi par son propre comportement… C’est ce constat là qui m’amène à cette « indifférence » que vous semblez déplorer. J’ajoute que ce droit à la colère, je l’ai exprimé par l’écriture, et par des actes symboliques (comme de m’offrir moi-même par exemple 3 cadeaux auxquels je tenais et que personne ne m’a donnés, par l’intermédiaire de « parrain » et « marraine »-leurs petits mots étant bien sûr de ma main-, ce qui m’a du même coup libéré d’un énorme poids). Par l’écriture, j’ai pris conscience que les multiples affronts faits à la chiffe molle que j’étais avaient leur origine dans mon propre comportement donc, dans la façon dont j’ai été « élevé » (et non éduqué). On vous traite comme vous vous traitez vous-même. J’en ai même fait un scénario d’une centaine de pages. Je ne dis pas que la colère a complètement disparu, mais elle s’est atténuée petit à petit, comme des répliques d’un séisme. J’ai surtout appris à ne plus camoufler mes émotions et à ne plus jouer au « maître de soi ». J’ai surtout eu de la chance: être obligé de partir loin avec seulement un peu de linge et un peu de vaisselle à cause de mon travail, et avoir bâti moi-même ma propre vie petit à petit (le dernier tournant date d’il y a 3 ans) et surtout rencontrer des gens formidables et que j’aime bien. Vous voyez bien que je ne suis pas « ‘indifférent » pour tout le monde. Constituent-ils pour autant une famille de substitution? Qu’en pensez-vous?
          Quand je dis « indifférence », je ne dis pas haine, ni colère, mais constat de ce qui s’est passé pour pouvoir continuer et passer à autre chose.
          Pensez-vous que la violence physique aurait été meilleure? Je veux dire par là qu’ayant été corrigé une seule fois par mon père parce que j’avais offert un de mes jouets à un ami à l’âge de 8 ans, je ne me souviens plus des coups, mais seulement du plaisir qu’il y a pris en s’acharnant. Par la suite, seules les violences verbales (comme les menaces de pendaison ou de mort) suffisaient pour me faire tenir tranquille. S’il avait continué à porter des coups et qu’il ait fallu pour cela m’arracher de ce milieu, est-ce que cela aurait été plus net, donc avec de meilleures chances de repartir d’un bon pied? Je ne sais plus où je l’ai lu, mais la violence physique est-elle vraiment préférable à la violence verbale? Est-elle plus nette, et faut-il vraiment moins de temps pour s’en sortir? En tout cas, encore merci pour les liens et pour les articles publiés. J’en ferai le meilleur profit.

          Répondre
          1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

            Je ne crois pas que ce soit : « On vous traite comme vous vous traitez vous-même », mais l’inverse : « Vous vous traitez comme on vous a traité. » Autrement dit vous vous traitez comme vous ont appris à vous regarder des personnes qui ne vous respectaient pas… Pour moi, vous n’étiez pas une « chiffe molle », ces mots par lesquels vous parlez de vous au passé, montrent qu’un aspect de vous même est encore assujetti aux personnes qui vous ont maltraité. Vous n’étiez qu’un enfant mal traité en quête de protection et d’amour.
            Il s’agit donc d’être attentif à l’objet de votre colère, si vous n’y prenez pas garde, vous risquez de la retourner contre vous-même en vous en voulant (la chiffe molle).
            Se réconcilier avec soi-même c’est apprendre à considérer son innocence… pour peu à peu laisser émerger ses besoins légitimes.
            Votre désir « d’indifférence » aujourd’hui me semble lié à votre désir de nier le besoin d’amour qui était le vôtre quand vous étiez enfant et qui vous a mené à devenir la victime de personnes qui ne vous respectaient pas. Donc à vous accuser de ce dont vous n’êtes en rien coupable.
            En fait il est possible de reconnaître vos légitimes besoins d’être aimé sans que cela ne vous mêne à l’asservissement de la victime. Un enfant a besoin d’être aimé, donc votre enfant – en vous – a eu besoin de l’être et ce n’est pas parce qu’il a été trahi qu’il vous faut lui en vouloir en ne reconnaissant pas son besoin.

            Il ne s’agit donc pas de risquer de vous faire croire que vous devriez vous endurcir pour ne plus devoir souffrir. Il s’agit d’abord de respecter et d’écouter les besoins de cet enfant que vous avez été, afin de l’apaiser, afin qu’il découvre ce qui est si douloureux de découvrir : que les personnes à qui il demandait cet amour ne peuvaient pas le lui donner parce qu’elles n’en étaient pas capables… Cette découverte vous aidera à rechercher la réponse à vos besoins ailleurs.
            Pour ce faire, il ne s’agit pas de renoncer à votre colère (vous convenez volontiers qu’elle n’a pas disparu et c’est en effet évident), mais de parvenir à l’épuiser, à la liquider pour qu’elle ne se retourne pas contre vous et que vous puissiez – enfin – vivre en paix…
            Si, ce que je vous décris là, est ce qui se passe pour vous qui avez enfin rencontré des gens formidables que vous pouvez aimer, hé bien bravo !

            En fait plus vous vous respecterez moins vous aurez besoin de votre colère, et les choses ne peuvent se faire que dans le respect et l’authenticité vis-à-vis de vous-même… (on ne peut pas tricher avec la colère que l’on porte en soi).
            Je sens en effet, qu’aujourd’hui vous prenez soin de vous-même, notamment en ayant clairement découvert et en assimilant peu à peu que « les menaces de pendaison et de morts » de vos parents étaient l’illustration de leurs comportements pervers (ce qu’à l’époque, vous ne pouviez pas savoir.)

            Vous pouvez aussi lire cela : Comment parvenir à guérir de son enfance ?

            Répondre
        2. LILOU

          Selon certains historiens, le 4ème commandement : « Tu honoreras ton père et ta mère » est une erreur de traduction du Sumérien. Sa signification est plus près de : « tu pèseras le poids de ton père et de ta mère »… ce qui signifie tout autre chose, n’est-ce pas ?

          Répondre
          1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

            En effet, cela sous-entendrait qu’il faudrait les honorer « selon leur poids », dans le contexte d’une telle traduction, il n’y a plus d’a priori.
            Il est aussi possible de faire remarquer que ce commandement n’est pas au présent mais au futur, ce qui sous-entendrait également que ce serait quelque chose de possible, pour autant que…

            Répondre
            1. xxxx

              « Honorer » ses parents c’est honorer la vie reçue d’eux. Père et Mère m’ont donné la vie, quoique qu’il en soit, puisque que je suis là, aujourd’hui, pour en parler. A moi aussi de donner la vie, non selon le modèle qu’ils m’ont transmis, puisque ce sont des humains sujets à l’erreur, mais selon un idéal de moi-même, la vie telle que je peux la concevoir … A chacun son « fil rouge ».
              « Honorer », c’est reconnaître … sans méconnaître ni le mal ni le bien.
              Pour un croyant c’est aussi « confier » (se décharger) : je ne suis pas responsable de ce qui m’est arrivé, mais je ne veux pas pour autant la mort du coupable, qui a ses qualités en certains domaines et peut-être des regrets inconnus de moi. A chacun ses secrets …
              Comme Archimède et son levier, je me positionne hors de moi, hors de mon passé, pour voir de loin, percevoir l’essence. Le « hors de moi » à ma portée constitués de la parole et de la mémoire, outils les plus puissants et les plus personnels.

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              1. Bernard

                Ca m’a l’air trop littéraire et je ne vibre pas à cela. Ce n’est pas parce que quelqu’un nous a « donné la vie » (autrement dit se reproduire) qu’il faille en être éternellement reconnaissant et prêter allégeance perpétuelle à ses géniteurs. A plus forte raison, « donner la vie » est une chose, mais accompagner en est une autre. Et qu’on le veuille ou non, le « modèle » (ou son absence) est là. Qui est capable de s’en affranchir et de se créer un « modèle » plus conforme à ses aspirations? « A moi aussi de donner la vie » mais sur quels critères? La perpétuation de l’espèce? Du nom? Parce que c’est la coutume? Et si ce n’est pas mon « bon plaisir », qu’est ce que je risque? (là, je provoque). Des humains sujets à l’erreur, les qualités du coupable, les regrets inconnus, les secrets…. C’est bien beau tout ça, mais qu’est ce que ça résous? Est-ce que ça effacera tout, et on recommence? L’erreur, il faut la reconnaître, les qualités, il faut les démontrer, les regrets et les secrets, il faut savoir les mettre à jour et pour tout ça, il ne faut pas se donner bonne conscience. Qui osera faire une brèche dans cette fameuse « bonne conscience » ? (et cela vaut aussi pour nous). Une personne qui ne se remet jamais en question peut-elle parvenir à effectuer ce travail de remise à niveau et est-ce à nous de provoquer ce travail là? Surtout quand on doit faire la même chose de notre côté. Alors?
                Un croyant peut certes confier comme vous dites, mais doit-il absoudre? Y est-il absolument obligé, et au nom de quoi? Sa colère et sa révolte vont-elles disparaître ou simplement être étouffées? Les souvenirs seront-ils effacés? Les émotions qui s’y rattachent seront elles aussi abolies? On peut disserter sur le divin, reste l’humain.
                Archimède et son levier, le positionnement hors de soi, l’essence… Rien compris du tout. Je sais simplement que lorsque quelque chose nous travaille et cherche à sortir, il ne faut pas chercher à s’évader mais essayer de comprendre le pourquoi.

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                1. xxxx

                  Je ne dis pas qu’il faut être reconnaissant, là où il n’y a rien à reconnaître, ce serait un non-sens. Je dis seulement que le fait est, que la vie est venue (e,t de fait, de « quelqu’un »), que je ne l’ai pas décidé, et que maintenant je dois faire quelque chose de cette vie-là … « honorer ses parents », c’est honorer « la vie ».

                  Vous dites : « Qui est capable de s’en affranchir et de se créer un « modèle »  » : on ne se crée pas de modèle, on porte en soi l’énergie pour vivre bien : ce fil-là, que chacun possède, il faut le trouver, certains y parviennent, pas forcément ceux pour à qui tout a sourit, et pas nécessairement à 20 ans, il y faut une existence entière. Bon courage !

                  « Des humains sujets à l’erreur, les qualités du coupable, les regrets inconnus, les secrets. » : je voulais seulement dire qu’il est parfois inutile de regarder dans la vie des autres (même de celle de ses parents que nous croyons connaître mais qui bégayent avec une histoire inconnue de nous).

                  Il faut tenter « l’indifférence », préserver la liberté (le secret) de chacun : Certaines personnes ne se remettent, apparemment, jamais en cause. Pour autant, si elles n’ont pas décidé de s’interroger, personne ne pourrai les y contraindre. C’est bien la limite que rencontrent les traitement psycho-thérapeutiques.

                  Un croyant « n’absout » pas, il donne un sens à sa vie avec son histoire à lui, c’est tout …

                  Vous cherchez à « comprendre le pourquoi » : Il faut surtout faire mémoire de ses émotions, de son ressenti, pour mieux avancer avec soi-même. Comprendre pourquoi vous êtes devenus ce que vous êtes. C’est une éclosion.

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                  1. Bernard

                    On en revient à la simple reproduction, or, la « vie », ce n’est pas la vie « animale », il y a aussi les nourritures affectives et morales. et ces nourritures là, si elles ne nous sont pas données par ceux qui ont charge de nous dans nos premières années, il faut bien aller les chercher ailleurs. « Honorer » la vie? Je dirais plutôt avancer « malgré » ou « en dépit de », l’essentiel est de ne pas rester paralysé. Qu’on le veuille ou non, on regarde toujours vers la vie des autres, car elle est toujours notre première référence. Même si l’histoire des parents n’est pas la notre, elle nous influence. On ne peut pas faire « comme si ». Un exemple: tu seras pharmacien parce que je n’ai pas pu l’être (Jacques Brel), parce que ton grand-père n’avait pas de sous. Réponse: c’est toi qui voulait être pharmacien, pas moi. Autrement dit, on n’a pas à assumer automatiquement les choix ou les espoirs déçus de notre famille. Or, cela ça fait aussi partie de l’histoire de nos parents. Et puis il y a aussi les non-dits, lourds et pesants, qui eux aussi nous influencent. Eux aussi chargent la mule, donc nous concernent aussi d’une certaine façon.Il faut donc avoir le courage de « demander des comptes » et de faire mettre les choses à plat, ne serait-ce que pour en avoir le coeur net.
                    Ensuite, on peut décider d’aller voir ailleurs ou alors de prendre la vie des parents comme modèle, mais peut-on raisonnablement choisir en toute conscience un comportement qui nous serait dommageable?
                    Je comprends l’indifférence comme le fait de ne plus être affecté négativement par nos expériences malheureuses et, comme vous le dites, faire mémoire de ses émotions, une fois le ménage fait dans notre propre histoire. Quant à l’histoire de la famille, c’est aux membres de la gérer comme ils l’entendent, (ou de ne pas le faire), donc, respecter, vous le soulignez encore, la liberté de chacun.

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    5. Bernard

      Je me suis peut-être mal exprimé en disant qu’on vous traite comme vous vous traitez. J’aurais dû préciser que cela concernait mes réactions avec l’extérieur, avec les autres. J’en étais arrivé à la conclusion que mon manque de réaction face aux agressions et humiliations des autres trouvait son origine dans le milieu familial et que mieux « armé », mieux préparé, les « dégâts »auraient -logiquement- été moindres. Au lieu de faire la guerre à l’un et à l’autre puis l’autre encore, parce que ne sachant pas qui et pourquoi, je suis parvenu à isoler la « cause première ». Me voyez-vous allez trouver l’un puis l’autre et exiger qu’on me rende justice? Je veux dire par là que tant qu’on ne sait pas ce qui vous pousse à agir (ou au contraire à ne pas agir), on répète les mêmes erreurs. Si je sais faire face (et comment) à quelque chose que j’ai déjà vécu, je n’ai pas à en vouloir de malemort à mon adversaire. Si je cesse d’avoir peur de tout et n’importe quoi, l’autre n’est plus un danger potentiel, mais un simple passant. Cela dit, c’est vrai que je suis aussi encore en colère contre mon manque de réactions face à l’adversité passée.
      Vous parlez de l »enfant ». Franchement, celui-là m’énerve parfois. Certes, je lui ai offert ses jouets (et il ne les a plus réclamés ensuite), j’ai écrit pour justement lui permettre de parler, mais il réclame encore parfois.
      Bien sûr que je suis encore en colère, mais j’ai eu l’occasion de la surmonter à quelques reprises: à mon travail (une prise de tête avec un pompier) et après avoir été déçu par un ami qui jouait au « grand-frère ». Dans le premier cas, il a suffit d’une explication pour cesser de ruminer et dans le second, prendre conscience que quelqu’un qui a besoin de jouer un rôle et de se faire passer pour ce qu’il n’est pas ne regarde que lui, et non nous-même. Dans les 2 cas, un immense soulagement. Pour le principal, je l’ai dit, ce sont comme des répliques, de moins en moins fortes, mais toujours quand même là. Ennuyeux, mais je sens que je dois les laisser passer et ne pas les ignorer. M’endurcir, pas question, cela voudrait dire être effectivement insensible, mais plutôt s’affermir, et parvenir à reconnaître ce qui s’est passé sans ruminer perpétuellement.
      Maintenant, n’imaginez pas que cette colère est perpétuelle. J’ai toujours grand plaisir à fréquenter mon groupe d’amis avec qui je partage mes idées et de bons moments. Je continue l’écriture et je rédige parfois quelques petites saynètes -on me dit doué et franchement, c’est vrai. Et puis j’ai tout lieu d’être content d’avoir réussi à changer d’emploi et d’avoir non seulement été major de promotion de ma formation, mais aussi d’avoir réussi au concours que j’ai passé (je travaille dans la fonction publique hospitalière), joie que j’ai volontiers partagée avec eux. Je sens que je suis sur le bon chemin, que je tiens quelque chose, mais que ça prendra encore du temps. En tout cas merci pour vos recommandations et vos observations, ça m’aide bien. Voilà, j’arrête de vous embêter pour le moment.

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      1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

        Bonne chance Bernard et souvenez-vous de la sagesse de ce proverbe Turc : « Le monde entier, fût-il ligué contre toi, ne peut te faire le quart du mal que tu te fais à toi-même. »

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    6. Bernard

      Bonjour, c’est encore moi. Je reviens sur un élément déclencheur qui m’a permis de prendre conscience de mon « obéissance imbécile ». Il se trouve que même lorsque je suis parti de chez mes parents pour vivre ma propre vie, j’obéissais aux demandes de ma mère lorsque je venais en visite chez mes parents: ma mère avait le chic pour me faire faire son ménage. Il lui suffisait de courber un peu le dos, pencher la tête sur le côté et demander d’un air et d’un ton suppliant, presque geignard: « tu ne pourrais pas… (au choix: faire les poussières, laver les carreaux, laver la maison, enlever les draps des lits…)tandis que mon père continuait à se la couler douce. C’était la principale raison de ses demandes: parce que mon père n’en fichait pas une chez nous. Bref, j’obéissais par habitude, prisonnier d’un comportement, en renâclant quand même. La dernière fois que ma mère a fait sa demande,c’était environ 7 années après que j’ai pris mon indépendance. Elle n’a pas supplié comme d’habitude. Elle m’a simplement tendu le chiffon et la bombe, l’air arrogant, sans rien dire et je me suis exécuté comme d’habitude. Alors que je passais le chiffon sur les pieds de table, j’ai vu mon père me regarder comme à son habitude, le regard vide, la panse en avant, la main dans la poche et sa canette de bière dans l’autre. Ca a été le choc, et j’ai pensé « quel con je fais! » Bien sûr, j’ai tout arrêté, et quelques instants plus tard, je suis reparti chez moi, en colère contre tout le monde et contre moi-même pour ma faiblesse de caractère. 6 mois de colère, 6 mois et plus sans aucune visite de ma part. Lorsque j’ai pris la décision de revenir en visite, j’escomptais bien une nouvelle demande pour avoir l’occasion de couper définitivement les ponts. Et bien rien du tout, aucune demande. J’en ai été déçu, et à la fois soulagé de ne plus être le larbin (rassurez-vous, elle a trouvé une autre façon d’utiliser son attitude habituelle, mais cette fois ci pour me faire acheter des CD ou des livres qu’elle voulait, sans payer des frais de port, ce qui était stupide de sa part car je me suis fait facturer ses colis à un tarif supérieur à celui d’une commande normale, à titre de compensation. Et puis ça lui est passé).
      Mais ce n’est qu’il y a 5 ou 6 ans que j’ai décidé de tout mettre à plat et de sortir du marécage et j’ai pu mettre un nom sur un comportement pervers: j’avais bel et bien des parents toxiques. Je me suis donné le droit de les détester, ce qui, paradoxalement, a calmé ma colère. Depuis, je vis enfin pour moi, et je laisse mes parents se débrouiller entre eux, comme je l’ai déjà) dit plus haut.
      Tout ceci pour dire qu’il arrive toujours quelque chose qui vous fait prendre conscience de votre conditionnement, et que, partant de là, vous pouvez utiliser l’énergie de votre colère pour vous sortir du « piège » où vous êtes plongés. Les « toxiques » finissent toujours par se trahir un jour ou l’autre par un geste ou un comportement inhabituel, ce qui induit une rupture dans vos habitudes. Il ne reste plus qu’à s’engouffrer dans la brèche pour commencer à sortir de notre prison intérieure. Il faut toujours un choc, une rupture, bref, quelque chose qui vous secoue suffisamment pour commencer à mieux respirer enfin. Cela dit, je reconnais aussi que sans le soutien de mes amis, sans l' »éducation » que j’ai dû aller chercher ailleurs (notamment par mes lectures), sans tout cela, j’aurais peut-être encore du mal à émerger. C’est pour cela qu’avec le choc nécessaire et salutaire, il faut trouver une main fraternelle pour émerger.
      Voilà, c’est tout pour aujourd’hui.

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      1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

        Quelques points pour vous aider à y voir plus clair :
        – Votre obéissance n’a jamais été « imbécile », c’est-à-dire que vous aviez (à l’époque) une « bonne raison » d’avoir agi comme vous avez agi. C’est cela que vous avez à découvrir et à accepter pour sortir du piège dans lequel vous avez été. Vous juger là-dessus ne fait que rajouter une erreur à une erreur : l’erreur d’être en colère contre vous-même. Il est évident que vous étiez dans la soumission parce qu’il était impossible pour vous – à cette époque – de vous y prendre autrement. Pourquoi vous en vouloir ? Le risque (comme je vous l’ai déjà écrit) est de vous tromper d’objet de colère.
        – Oui, vous donner le droit d’être en colère contre quelqu’un (ce qui est différent d’exprimer sa colère contre quelqu’un), c’est vous permettre d’apaiser votre colère.
        – Compter sur les erreurs des autres c’est se donner la permission de n’être pas lucide avec soi-même, ce qui n’est pas souhaitable.
        – Le « choc » dont vous parlez s’appelle la « prise de conscience » qui – si elle est réelle – suffit à ne plus vous faire commettre l’erreur que vous commettiez quand vous étiez dupe de ce qui se passait réellement. (Si vous voyez réellement qu’il y a un trou en face de vous, vous ne tombez pas dedans.)
        – L’éducation dont vous parlez (pour être efficace) ne se fait pas par des lectures (même si elles peuvent jouer leur rôle), donc pas par l’intellect, mais par la remise en cause émotionnelle de soi-même, c’est cela le travail thérapeutique.

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        1. Bernard

          C’est à dessein que j’ai mis « obéissance imbécile » entre guillemets, car c’est ce que j’ai ressenti à l’époque. Je me suis bien rendu compte que c’était un conditionnement, mais c’est le changement d’habitude qui a provoqué comme je le disais un choc. Je ne sais pas si pour d’autres personnes, la prise de conscience a été faite à la suite d’un « choc » ou à la suite d’une introspection. Enfin, le résultat est là. (Je crois avoir lu d’ailleurs sur votre site l’histoire de l’homme qui tombait sans cesse dans le même trou jusqu’à ce qu’il prenne conscience et qu’il n’y tombe plus). En ce qui concerne le fait de compter sur les erreurs des autres, c’est vrai que je m »étais préparé à une confrontation qui n’est jamais venue. Maintenant, je me dis que ce n’était pas plus mal.
          En ce qui concerne l’éducation par la lecture, je trouve qu’elle a quand même son rôle à jouer, bien que certaines paroles prononcées au bon moment soient aussi capitales que ce que vous découvrez, et à quoi vous adhérez: je ne remercierai jamais assez mon professeur de français qui, après une dissertation, a mis ce commentaire dont je me souviendrai toujours: »vous êtes bien pessimiste! C’est le devoir de chacun de rendre le monde meilleur. Tâche ingrate, certes, et sans cesse à recommencer, mais ô combien noble pour qui rêve d’un monde meilleur. » Je ne l’ai jamais oublié, pas plus que son amical soutien. Ce sont quand même quelques lectures qui m’ont apporté une certaine éducation.. Comme si des inconnus trouvaient les mots qu’il faut pour vous inviter à continuer d’avancer. Et bien sûr l’écriture,pour s’apaiser. Quand on a la « mâchoire bloquée », il reste quand même les mains. Merci.

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    7. Cynthia

      100% de reussite mais ça c’est la théorie. De la a passer a la pratique pour certains points, il va encore falloir travailler dessus.

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    8. Joce

      Et la vieillesse de nos parents ne nous conduit elle pas a transformer nos relations voire à inverser nos rôles
      J ai l impression que mes parents parfois en ont besoin
      Suis je dans l erreur?

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      1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

        Il n’y a bien sûr aucun mal à aider et à soutenir nos vieux parents aimés dans leur vieillesse.
        Il y a juste du mal (pour nous-mêmes) à croire que nous n’avons pas d’autre liberté que celle de nous soumettre à des parents toxiques, qu’ils soient jeunes ou vieux…

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        1. Bernard

          Entre la soumission aux parents toxiques et l’abandon pur et simple, peut-être existe-t-il une 3ème voie? Il faut savoir reconnaître qu’on n’aura pas la force de prendre en charge ces personnes avec qui on a un contentieux et passer le relais à des personnes plus neutres ou plus compétentes, que ce soit dans notre famille ou chez les professionnels. Je suis justement en train de me poser des questions en ce qui concerne mes parents. Pour l’instant, ma soeur, qui est la plus proche, s’occupe d’eux (ou plutôt, elle les prend en charge depuis quelques années (dépression, hospitalisation, chassée de chez elle par mon ex beau frère, divorce, hébergée chez mes parents pendant 1 ou 2 ans, ce qui a causé des frictions et des menaces de la jeter dehors, puis enfin un appartement, puis un autre). Je n’ai pas de honte à dire que cela me soulage de n’être qu’un visiteur, mais en ce qui concerne la suite, je reconnais ne pas avoir le courage ni la force de prendre en charge le futur survivant et je donne blanc seing à qui trouvera les personnes adéquates et qualifiées. Me connaissant, je perdrais vite patience donc, je préfère garder mes distances et rester neutre.

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        2. Joce

          Ai-je bien compris? Vous dites qu on a du mal à croire qu on est contraint de se soumettre à nos parents toxiques.
          On y est contraint par ce qu ils St. Toxiques ou parce qu ils sont nos parents?

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          1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

            Je ne vois pas à quoi vous faites précisément référence…
            Il peut être héroïque de parvenir à reconnaître que des personnes par lesquelles nous nous imaginons avoir besoin d’être aimé, puissent être toxiques pour nous.
            Le plus souvent, n’osant pas remettre en cause les croyances que nous avons à leurs propos, contraints par la culpabilité, nous nous soumettrons à elles notre vie entière.

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    9. Freyja

      Je suis bouleversée par les commentaire et les réponses de Renaud Perronnet.
      Ma mère narcissique, menteuse et perverse vient de mourir, et je suis parvenue à lui dire sur son lit de mort « Merci de m’avoir donné la vie. »
      Le plus compliqué pour moi est la prise de conscience et découverte honnête que cette femme pouvait être bonne pour d’autres, aimante, généreuse, pétillante.
      Une part de moi voudrait désespérément avoir RAISON, rallier le monde entier dans cette colère, ne plus me retrouver seule avec toute cette méchanceté domestique et ces manipulations. Ce quotidien a fait que je doute trop souvent de mes sentiments et de mon honnêteté.
      J’ai été nourrie ainsi des paroles de ma mère:
      Je suis sur le chemin de la libération de toute cette O rage et O désespoir. Car j’arrive à l’écrire et à le regarder en face. Le chemin est long.
      Merci pour ce site.

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    10. Freyja

      ah voila, les mots de ma mère ont disparu comme par sorcellerie.
      D’ailleurs, elle m’a souvent fait l’impression d’une sorcière terrifiante.

      « Je souffre véritablement, toi, c’est rien. Tu es un monstre d’indifférence. En public, ne m’appelle pas maman, dis que je suis ta grande soeur (pour draguer). Quand ta petite soeur est morte, j’ai voulu me tuer. C’est grâce à toi que je suis en vie. C’est toi qui me donnes le cancer. Tu es comme moi, ton mari te quittera, ton deuxième enfant mourra. Je te pardonne, le pardon élève le coeur. Je sais que dans une vie antérieure, tu m’as fait du mal. Ton karma est de régler le problème que tu as avec moi. Dépèche-toi de le régler, quand je serai morte, ce sera trop tard…. »
      Quelle mauvaise potion magique

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    11. Anonyme

      Bonjour Renaud, je vous écris en espérant avoir votre avis. C’est au sujet de mon ami avec qui je suis en couple depuis 7 ans, et de ses parents. Il a toujours habité chez eux. Lui-même a des problèmes d’argent, il a 30 ans et ne travaille pas, il se dirige dans plein de voies professionnelles différentes sans trouver la bonne, il n’arrive pas à épargner… et ses parents sont au RSA depuis toujours quasiment… Le problème c’est que j’ai l’impression qu’ils forment un couple à 3 avec ses parents, comme ces-derniers ne sont pas très débrouillards (ils n’ont pas de voiture, ils ne savent pas faire leurs papiers…) il est toujours en train de s’occuper d’eux. Comme s’il leur était indispensable. Ils vont faire leurs courses ensembles. Il fait leurs papiers… Ils gèrent leur argent ensemble (par exemple les parents lui rachètent sa télé, ou ils lui payent sa nourriture quand il n’a pas d’argent du tout…). Il avait même pour projet de déménager dans une autre région et d’amener ses parents avec! Voilà, c’est une situation compliquée et pour ma part ça me pèse, j’ai l’impression qu’il n’est pas très équilibré. Il me dit que s’il les laisse tomber, il sera dans la misère lui aussi, mais bon… j’ai l’impression que c’est une excuse.
      Qu’en pensez vous? Je compte beaucoup sur votre avis car je n’ai personne avec qui en parler car j’ai honte…

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      1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

        La personne que vous décrivez semble en effet dépendante de ses parents et ne pas s’accorder le droit de vivre par elle-même.
        Il est donc légitime qu’une telle relation vous pèse, que vous dire de plus ?
        Regardez en vous ce qui vous contraint à endurer une telle relation aliénante.

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    12. Chantal

      Monsieur,

      Merci beaucoup pour votre test, cela m’a m’aidé à me poser les bonnes questions et surtout à éviter de me culpabiliser !!!

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