Conseil

Réflexion n° 27 :

Je suis frappé de constater à quel point – sur internet comme dans l’existence – dès qu’une personne partage une difficulté, un problème, celle qui l’écoute se sent généralement obligée de lui donner un conseil en réponse, alors que l’autre ne lui en a pas demandé.
Dans un monde dans lequel le conseil (coaching) est devenu à la mode, chacun y va de sa petite leçon.

Un ami nous explique par exemple combien c’est compliqué pour lui avec son patron, qu’il ressent comme incompétent et autoritaire. Et de développer pour nous prouver qu’il a raison de penser ça parce que ceci et cela…

Si nous prodiguons un conseil, ce sera en ayant entendu un seul son de cloche et en fonction de notre propre manière de réagir aux situations d’autorité et d’incompétence. A ce moment-là, nous nous sentons poussés à « trouver des solutions » pour l’autre (qui n’en sont évidemment pas) en croyant nous valoriser à ses yeux et à nos propres yeux.

Nous pourrions commencer par nous interroger honnêtement sur ce que ça nous a fait à nous de recevoir des conseils que nous n’avions pas demandés. Et nous souvenir comme nous avons été agacés de constater que la réponse soi-disant éclairée que nous donnait l’autre parlait de lui et de lui seul (certainement pas de nous) ?
Comment aujourd’hui allons-nous nous y prendre pour – sur la base de ces saines constatations – tourner sept fois la langue dans notre bouche avant de prodiguer des conseils aux autres ?

Swâmi Prajnânpad affirmait : « Il ne faut pas gaspiller des conseils avec des gens dont le besoin ne s’est pas éveillé. Il faut d’abord s’assurer que l’autre est prêt à recevoir et à suivre le conseil. L’enseignant doit attendre que la question soit posée, c’est-à-dire qu’un doute soit apparu dans l’esprit de l’élève. Le doute, le doute, le doute doit d’abord apparaître. C’est cela le critère du besoin d’aide. Quand le doute viendra-t-il ? Seulement après que l’élève aura fait lui-même l’expérience.
Si on ne vous demande rien, ne dites pas un mot. De même si on vous le demande mais d’une manière qui ne soit pas vraiment sincère ou dans une humeur non réceptive. C’est la clé d’un comportement juste et vrai. Pourquoi ? Simplement parce que chaque homme étant différent et unique, considère qu’il a raison et qu’il est parfait. C’est pourquoi s’il ne désire pas recevoir quelque chose de vous, vous n’avez pas le droit de lui donner. Si vous essayez de donner, vous vous déshonorez vous-même, car vous n’êtes pas fidèle à la vérité, ce qui a pour résultat de déshonorer, de blesser et de rendre l’autre hostile.
Vous empiétez en effet sur sa vie privée, qu’il considère comme son domaine sacré. »

En fait, quand l’autre nous raconte ses ennuis, ses malheurs, c’est d’une écoute qu’il a besoin, d’une écoute bienveillante et souvent – surtout si nous n’avons pas interféré – il va mieux après avoir parlé.

© 2014 Renaud & Hélène PERRONNET Tous droits réservés.

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3 réflexions au sujet de « Conseil »

  1. boulier

    Une médecin, en formation aux soins palliatifs, nous a proposé cette image que je trouve très parlante : « Deux grandes oreilles et une toute petite bouche ».

    Répondre
  2. Anaïs

    Merci pour cet article qui va à l’essentiel.

    Oui être entendu sans être jugé et sans recevoir de solution est un vrai besoin, souvent méconnu… Le silence d’une vraie écoute permet à l’autre d’entendre enfin ce qu’il dit et de se relier à ses propres ressources.

    Merci pour les articles de votre blog, que j’ai plaisir à lire 🙂

    Répondre
  3. vanina

    bonjour,
    En effet, il est fréquent de recevoir des conseils de personnes à qui l’on a rien demandé et de constater que ces dits conseils ne sont destinés qu’à nous faire adopter les espérances, le paradigme du conseilleur, au prix de ne plus être nous même. Ce ne sont pas des conseils mais des manipulations tentées pour que celui qui les prodigue se sente conforté dans son désarroi.
    Par exemple au travail, ma vision du prendre soin dépareille de celle de la plupart de mes collègues et les dérange. Elles n’ ont de cesse de me faire convoquer au bureau de ma hiérarchie ou l’on me conseille :
    « Vous avez l’unanimité des patients mais il faut améliorer votre communication avec vos collègues »
    « Il faudrait leur demandé leur aide , elles ont l’impression d’être inferieures à vous, que vous ne considerez pas »
    « Il faut prendre vos pauses avec elles, leur parler comme elles le font entre elles » etc…
    Sur ça, dans le service, les filles :
    « tu es trop gentille avec les patients , tu passes trop de temps avec eux, tu les préfère à nous et c’est pour ca que ça ne va pas »
     » il ne faut pas que tu fasses d’heure sups , il faut que tu prennes tes pauses entières sinon tu fais un cadeau à la direction »
    « il faudrait que tu nous soutiennes dans nos revendications pour qu’on soit vraiment une équipe » etc…
    Moi, je n’ai rien demandé, je ne me suis pas plainte et je suis en mesure de justifier chacuns de mes actes mais ça, personne ne s’en souci.
    Cela dit, lorsque je parle à un ami d’une de mes difficulté de la vie, que je lui fait part de mes questionnements éclairés, j’apprécie qu’il me comprenne et qu’il me croit sans avoir besoin d’entendre l’autre son de cloche , qui d’ailleurs est en général présent dans mon analyse de la situation. Avec un ami, j’espère une relation de confiance.
    Sans que nous soyons dans une relation enseignant/élève, je veux bien qu’il me dise ce qu’il en pense, voire qu’il me suggère telle ou telle solution. Si je la trouve inapropriée, nous en discutons et à partir de ses conseils, en tenant compte de mes propres doutes et certitudes, je peux essayer d’entrevoir une solution en adéquation avec moi-même.
    J’ai peut-être tort mais j’attends d’un vrai ami qu’il ne doute pas de mes ressentis, qu’il me connaisse bien et dans ces conditions, j’aime à entendre son point de vue, ses conseils même si je ne lui ai pas directement demandé. Si rien ne venait, je pense que je serais déçue , cela pourrait même me troubler.
    Merci

    Répondre

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