Education

Réflexion n° 28 :

Si dans une société démocratique, les désaccords sont – a priori – régis à travers les valeurs de tolérance, de respect et de confiance, c’est non seulement parce que ses membres sont sensibles aux valeurs humanistes, mais – je crois aussi – parce qu’ils ont tout simplement compris que d’obliger quelqu’un à faire ce que l’on veut qu’il fasse est le meilleur moyen pour qu’il ne le fasse pas, (ce que l’on nomme « l’effet contraire » en pédagogie.) En effet, il nous est à tous arrivé d’être la proie de ce que l’on appelle « l’esprit de contradiction ». Esprit qui nous incite à agir à l’opposé de ce qui nous est demandé, unique exutoire (pensons-nous sur le moment !) à l’expression de notre liberté.

On pourrait donc dire que, de même que c’est le libre consentement qui doit sceller une union ou un pacte démocratique, c’est ce même libre consentement (conséquence d’une relation égalitaire entre les parents et les enfants) qui devrait sceller une relation d’éducation respectueuse. C’est cette idée que G. I. Gurdjieff exprime ici : « L’éducation d’un enfant doit être basée sur ce principe que tout doit venir de son propre vouloir. Rien ne doit lui être donné sous une forme toute faite. On ne peut que lui proposer une idée, que le guider, ou même l’instruire indirectement en partant de loin et en l’amenant au point voulu à partir d’autre chose. »

La simple intention de vouloir changer son enfant, pire de vouloir le « redresser », est aux antipodes du respect et de la confiance qu’on lui doit. Car le véritable apprentissage ne peut venir que du besoin (donc de la demande et de l’envie) de l’enfant.

Je remarque par exemple que n’ayant jamais appris à mon enfant petit à dire « merci » (ne l’ayant donc jamais « dressé » à cela), il est devenu « poli » de lui même par imitation, sur le simple exemple relationnel de ses parents et des gens qui l’entouraient. Le fait de montrer l’exemple, de conseiller, de soutenir, (tout en mettant en œuvre des moyens de prévention si nécessaires), donne – je l’ai personnellement vérifié – des relations plus harmonieuses et propices à l’apprentissage.

Ainsi la capacité pour le parent à prendre son enfant « au sérieux » dans ses demandes, dans ses intérêts pour le monde comme dans ses décisions, à proposer plutôt que d’imposer (c’est-à-dire à vérifier le consentement), n’empêchera pas les erreurs mais permettra la confiance – si précieuse – qui s’installera peu à peu.

Le jour où mon enfant a été puni par le système éducatif pour avoir fait le mur un jour à midi parce qu’il voulait aller chercher des bonbons, n’a pas été l’occasion pour moi de le punir à mon tour (la fameuse double peine), ni de lui servir un discours moralisateur – du haut de mon pouvoir de parent – mais de l’aider à assumer, avec amour, comme avec un ami, la responsabilité de ses actes compte tenu des lois éducatives ambiantes, (ce jour là, ce fut pour moi de l’accompagner en voiture avec bonne volonté jusqu’au lieu de sa retenue.)

Eduquer son enfant c’est donc l’accompagner à travers les épreuves (donc les opportunités) que la vie lui donne, de manière à ce qu’il apprenne à les digérer pour en sortir nourri d’une expérience supplémentaire plutôt que déséquilibré.

Ainsi c’est notre capacité à éduquer nos enfants sur la base de leur propre envie de savoir (ça se voit très bien chez les petits si avides de tout comprendre : pourquoi le ciel est bleu, l’eau mouille, les mouches marchent au plafond…) qui en fera des adultes heureux et toujours curieux plutôt que râleurs et blasés. Notre capacité à les prendre au sérieux, à les respecter et à les accompagner à travers les vicissitudes de la vie leur permettra en outre de se respecter eux-mêmes et de se sentir justes et légitimes – plus tard – dans leurs relations adultes.

© 2014 Renaud & Hélène PERRONNET Tous droits réservés.

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Marie
Marie
27 novembre 2016 19:37

Petite réponse à Muriel avec 2 ans de retard pour le problème des chaussettes. J’ai 4 enfants (grands maintenant) d’âges rapprochés et j’ai donc eu beaucoup d’intendance à faire. J’ai résolu le problème en ne lavant que ce qui était dans le panier à linge. A la fin de leur stock de sous-vêtements propres, les enfants n’ayant plus que du « sale » à se mettre ont donné leur linge à laver. Au bout de 2 ou 3 fois, le pli était pris…. J’aurais aimé être aussi calme, douce et « efficace » (ce n’est pas le bon mot…) dans mes relations avec eux… Lire la suite »

Jeromine
Jeromine
3 septembre 2014 05:13

Renaud ce que vous avez écrit sur l’éducation c’est formidable et c’est exactement comme ça que j’ai fait avec ma fille (qui s’inspirera plus tard j’en suis sûre, de cette façon d’être, non laxiste mais libertaire, qui n’est pas toujours comprise) En tous cas ça lui a réussi, elle est géniale, ouverte au monde et aux gens.
Pour moi j’ai trouvé il y a longtemps un écho à toutes mes convictions les plus profondes dans le bouquin de Krishnamurti « De L’éducation » mais c’est un vieux livre et j’ai l’impression qu’il n’est plus réédité.

vanina
vanina
Répondre à  Jeromine
3 septembre 2014 07:47

jeromine, j’ai trouvé ce livre sur la librairie interactive de decitre. Merci

Muriel
Muriel
1 septembre 2014 20:45

Bonsoir, c’est beau mais est-ce si simple? Exemple: mon enfant ne met jamais ses chaussettes sales dans le panier prévu à cet effet. Si je l’y invite en lui expliquant que c’est mieux parce que etc… Il comprend, dit oui, oui mais ne le fait toujours pas. Si je lui demande pourquoi, il me répond qu’il oublie ou a la flemme. Dois-je prendre en compte son besoin de ne pas se fatiguer? Son besoin de ne pas s’embarrasser l’esprit à penser à cela? Comment l’accompagner dans cette épreuve qui consiste à se forcer un peu pour le minimum requis du… Lire la suite »

jean michel
Répondre à  Renaud Perronnet
2 septembre 2014 07:36

On peut toujours essayer de re-connaître autrui. Découvrir en lui un potentiel qu’on ignorait. Faire avec puis peut être ensuite faire ensemble. Dans le relationnel on se fait souvent absorber par l’utilitaire. Chacun attire l’attention sur ce qui lui semble important sur le moment.