Blessure

Réflexion n° 26 : 

Récemment, j’ai reçu en partage la colère d’une femme à qui un chirurgien avait indûment pratiqué l’ablation d’un lobe pulmonaire. Par la suite, alors qu’elle était en soins intensifs et souffrait atrocement, l’anesthésiste en avait profité pour tester sur elle un nouveau système antalgique par péridurale qui n’avait pas du tout fonctionné. Elle s’était retrouvée, je la cite « agrippée à la barrière du lit en hurlant de douleur. »

Elle qui était sportive, adepte de la marche en montagne, elle a dû renoncer à sa santé comme à ses habitudes de vie, victime de l’incurie successive de plusieurs médecins et elle m’a prévenu, dans sa légitime colère contre eux, qu’elle « trouverait violent de s’entendre dire qu’il faudrait qu’elle fasse elle, un travail sur elle pour mieux vivre avec – comme si c’était de sa faute – alors qu’eux continuaient leur vie insouciants et qu’elle ne pourrait pas interpréter autrement ma réponse que comme un refus de sa part d’aller mieux et d’être en paix », réponse intolérable pour elle.

Elle m’a aussi confié : « Je redeviens sauvage, un peu comme autrefois. Je n’aime plus les gens, je ne les crois pas, je ne veux rien leur dire de moi et ne veux même pas m’intéresser à ce qu’ils disent. »

Comment ne pas être touché par l’émotion d’une femme en colère parce que trahie par ceux-là même qui avaient pour mission de prendre soin d’elle ? Comment ne pas être solidaire de sa révolte, insensée parce que la condamnant à la méfiance, à la solitude et au désarroi ? Comment ne pas comprendre que c’est son désespoir encore trop frais qui la pousse à interpréter comme violente la possibilité de sa guérison psychique en passant par un travail sur elle ?

« Si quelqu’un arrive et nous décoche une flèche en plein cœur, il ne sert à rien de rester là à hurler après cette personne. Il vaudrait beaucoup mieux porter l’attention sur le fait qu’une flèche est fichée dans notre cœur et entrer en relation avec cette blessure. » écrit – avec une logique implacable – la moniale bouddhiste Pema Chödrön.

Pour guérir d’une blessure infligée par un agresseur, il est préférable de tenter de comprendre où et comment cet agresseur nous a atteint plutôt que de vitupérer contre lui. Entrer en relation avec sa blessure c’est oser comprendre de l’intérieur pourquoi et de quelle manière on souffre afin de devenir capable de « prendre soin » de soi.

En fait, si cette femme, à travers sa colère, refuse d’accepter ce que l’on lui a fait subir, c’est parce que – étant encore dans le choc émotionnel de l’injustice – elle croit que l’accepter serait le cautionner.

Si personne n’a le droit de lui reprocher sa colère, il n’empêche qu’en restant sa proie, c’est-à-dire en continuant de refuser ce qui lui est arrivé – alors que cela lui est arrivé – elle se condamne à perpétuer sa souffrance.

Si la colère est une émotion légitime, elle n’en est pas moins destructrice pour celui qui l’entretient puisqu’elle est basée sur le refus de ce qui est arrivé. Or la vie est par nature implacable, elle n’a que faire des notions de bien et de mal, de justice ou d’injustice. Que nous le trouvions juste ou injuste, ce qui nous est arrivé nous est bien arrivé.

Si – bien sûr – il est parfaitement sensé de faire tout ce qui est en son pouvoir pour que ce que nous redoutons ne nous arrive pas, continuer de refuser ce qui nous est arrivé sous le prétexte que c’est injuste, revient à nier l’évidence parce qu’elle est trop douloureuse pour nous, et cela s’appelle le déni. C’est la première étape, avant la colère et la tristesse sur le douloureux chemin de l’acceptation.

Porter son attention sur le fait qu’une flèche est fichée dans son propre cœur demande un infini courage, le courage de regarder les choses en face afin de sortir du déni, ce qui revient à dire « entrer en relation avec sa blessure » dans le but de la soigner – pour qu’enfin elle devienne moins douloureuse.

C’est tout un travail de deuil des illusions que nous devons entreprendre sur nous-même et sur ce qui nous est arrivé avant d’entrer en relation avec notre blessure. Un travail qui nous conduira au cœur de notre tristesse et qui nous demandera de la traverser pour arriver sur le seuil de notre guérison.

Le philosophe stoïcien Sénèque affirmait : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas les faire, mais parce que nous n’osons pas les faire qu’elles sont difficiles. »

© 2014 Renaud & Hélène PERRONNET Tous droits réservés.

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21 réflexions au sujet de « Blessure »

  1. Muriel

    Oui, pour l’avoir vécu, je peux dire que la colère correspond bien à une sortie du déni et à une prise de conscience de la blessure reçue. Pour moi, cette colère est normale et libératrice, elle ouvre le chemin vers un apaisement futur. Le tout est de bien l’identifier en tant que tel afin de ne pas culpabiliser ni de la retourner contre nous-meme ou autrui. D’après mon expérience, cette phase de colère peut durer longtemps (plusieurs années dans mon cas) et rendre la vie vraiment difficile à la longue. D’où la nécessité d’une aide psychologique extérieure pour sortir de ce tunnel de fureur où l’on peut se consumer si on y bataille seul. ça a été mon cas et je ne le souhaite à personne.
    Merci pour ce précieux témoignage.
    Muriel.

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  2. Catherine

    Bonjour, difficile quand c’est une blessure qui vous a détruit(e) physiquement, tous les jours elle est là et si vous la soignez, demain elle sera là encore, il faudra des soins perpétuels et quand la douleur s’éveillera vous verrez les têtes bornées de ceux qui n’ont pas même pas reconnu leurs méfaits ! Il vous faudra des tonnes de pansements antalgiques au propre comme au figuré.
    Pour une blessure morale, là tout dépend de chacun, pour ma part une bonne nuit de sommeil peut en venir à bout, je ne sais pas l’expliquer, une amie psychologue m’avait dit que c’était une habitude que j’avais prise dans l’enfance pour survivre, étrangement une de mes cousines a le même comportement, elle dort, elle oublie, peut être est ce familial ?
    Merci pour cette réflexion

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  3. Muriel

    Dans mon cas, ce sont de profondes et multiples blessures psychologiques. Je crois qu’une blessure, une vraie, qu’elle soit psychologique ou physique laisse toujours des séquelles mais Je ne peux parler que de ce que je connais. Je peux dire que les séquelles que j’ai endurées n’ont pas seulement affecté ma santé mentale mais aussi des souffrances quotidiennes telles que douleurs musculaires intenses, crises de tétanies, évanouissement incessants à une époque, terribles migraines, maladie de peau dont aucun traitement ne vient à bout, sans parler des dépendances qui en ont découlé, comme l’alcoolisme… Cela a duré 30 longues années pendant lesquelles je me regardais chaque jour me dégrader davantage dans une total impuissance, pendant que les responsables vivaient tranquillement leur vie.

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  4. X

    Je suis d’accord avec Catherine. Il ne peut y avoir de déni dans une blessure corporelle. Elle est là, elle fait mal, on sait d’ou elle vient et on ne peut ni oublier ni manipuler les inconforts qu’elle engendre, juste faire avec.
    Je pense à ces accidentés de la route qui par l’insouscience de certains se retrouvent à finir leur vie comme jamais ils n’auraient pu l’ imaginer avant. Aucun ne parviendra à retrouver une joie de vivre et se concentrer sur leurs blessures ne les y aidera pas . Au mieux, ils trouveront une raison de vivre (défendre une cause, protéger leurs enfants…) mais ils ne font que se résoudre à survivre : adieu le bonheur, bonjour la tristesse! Ca c’est cruel!
    Même si la vie n’est pas injuste mais cruelle, il n’empêche que ceux qui font du mal aux autres commettent une injustice : en tant que citoyens, ils ont des contrats moraux à respecter, en tant que professionnels ils ont des devoirs à remplir. Là est l’injustice!
    Merci

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  5. Muriel

    Bonjour X,
    si je peux me permettre: pas de déni peut-etre mais de la colère, certainement et je suis d’accord avec vous, parfaitement justifiée. C’est peut-etre cet état de colère qu’il est bon de dépasser pour pouvoir supporter de continuer à vivre malgré le handicap incurable?
    En toute humilité, je ne suis pas psy…

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  6. Muriel

    J’aimerais rajouter que plus que se concentrer sur ses blessures, il s’agit plutot de les accepter, accepter qu’elles soient là, accepter cette douleur et cette diminution qui sont irréversibles. L’acceptation est un travail difficile mais comment vivre autrement, comment retrouver un peu de paix? Ce qui n’empeche nullement une réparation concrète de la part des responsables.

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  7. Emi

    Je ne suis pas sure de saisir, pour ma part, ma blessure est un viol. Enfin un, à répétition. Je suis restée dans le déni durant 5-6 ans. Je ne sais pas si je l’accepte ou non, je dirais que oui, et je ne suis plus en colère, mais pour le moment j’ai sans cesse l’impression de porter un masque plutôt agressif et sur la défensive en public, si bien que je reste souvent seule, et ça ne me pose pas vraiment de problèmes, mais rester seule durant des semaines, ne sortir que pour faire des courses… Ce n’est pas possible, même si j’aime cette sorte de sécurité, je me suis formée une barrière invisible qui me sépare du monde et des bonnes personnes par la même occasion. Pourtant, les quelques fois où je m’oblige à pointer le nez dehors, je suis en colère de voir le nombre de mauvaises personnes que je peux croiser en quelques heures. Je ne sais de quelle manière réagir pour arriver à refaire confiance. Il y a une phrase dans le texte que je ressens sincèrement : « je redeviens sauvage, un peu comme autrefois. Je n’aime plus les gens, je ne les crois pas, je ne veux rien leur dire de moi et ne veux même pas m’intéresser à ce qu’ils disent ».
    Parfois, je parviens à écouter, mais dés qu’il faut parler de moi, j’ai un genre d’angoisse qui se manifeste par de l’agression, je raconte le moins possible, parfois j’invente pour avoir l’air la plus simple..

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  8. Muriel

    Je me reconnais dans ce que vous dites Emi. Je vis encore des périodes comme celle que vous décrivez. Repli, impossibilité de communiquer, de me montrer, peur des autres, grande peur des autres.. Mon psy appelle ça de la phobie sociale. Moi je crois que c’est la peur d’etre encore blessée si j’ose me montrer, m’ouvrir et faire confiance. Et je ne veux plus qu’on me blesse, surtout plus!
    Je ne sais pas comment on se défait de cette peur, parfois j’y arrive mais elle revient. Comment faire?

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  9. Emi

    Idem, parfois j’y arrive durant plusieurs semaines, et quand je m’en rends compte, il se passe une chose et je me renferme chez moi avec mon amour de chat, mes livres, mes marqueurs et tout me semble parfait. Parfait sans peurs, sans problèmes, la sécurité assurée. J’arrive quand même à parler à certaines personnes, les filles, quand je sens que je peux le faire. Une amie qui a vécu un truc semblable m’a dit qu’il vaux mieux le garder pour moi si je voulais arriver à avoir une relation avec un garçon, car ça les effraye.. Ca fait « fille à problèmes ». D’un côté je suis d’accord, de l’autre je ne le suis pas car ne pas le dire, c’est cacher une partie de soi, car malgré tout, ça fait partie de moi et de la personne que je suis aujourd’hui, et j’apprécie tout de même la personne que je suis maintenant même si elle n’est plus du tout la même. J’ai cherché ce qui avait changé, j’ai écrit beaucoup, et je pense qu’après cette expérience, les victimes perdent leur innocence, l’innocence de faire confiance, l’innocence de rire avec les autres, tout ce qui est naturel en société.. je l’ai remplacé par une méfiance et je porte un masque silencieux et froid.

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  10. Muriel

    Pareil… Sauf que j’ai longtemps caché mes blessures et ma colère sous un masque souriant, une gaité feinte. Mais quand je me regardais sur les photos, seule ma bouche souriait et mon regard triste me désolait. Les yeux ne mentent pas. Oui, la tristesse et la souffrance intérieure font fuir les autres. Difficile de construire un couple quand on a si peur de s’ouvrir… Je le faisais quand meme de temps en temps et je déballais tout en bloc à qui me semblait capable de me recevoir comme ça. Ils ont été bien rares et ne sont jamais restés longtemps, ajoutant de nouvelles blessures aux anciennes. J’ai fini par comprendre que j’étais la seule à pouvoir panser mes plaies. J’ai accepté de me faire aider de temps en temps par des gens formés pour le faire. Aujourd’hui je mets de moins en moins souvent mon masque, je pense que c’est un signe positif et encourageant. En soignant mes stigmates les uns après les autres, ils finissent par ne plus parler à ma place. Le rictus de protection s’estompe un peu et je peux tenter des relations plus vraies, moins anxiogènes. J’avance à petits pas encore peureux mais j’avance. Il faut y croire parce que c’est possible.

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  11. bernadette

    Refuser ce qui nous arrive de « malchanceux » est souffrir encore plus. C’est comme nager à contre courant. Dans la vie, tout peut arriver, le meilleur comme le pire et mentalement, il faut s’y préparer. Ne serait-ce pas un peu hypocrite de notre part que de n’accepter que ce qui est bon, plaisant, heureux, ce qui aura pour conséquences de redouter ce qui est douloureux et vivre dans un éternel espoir/peur.
    Si vous avez du bonheur, cela est bien, si vous avez de la souffrance, cela est bien. Pour ma propre expérience, on apprend plus par la souffrance, par les erreurs que par les facilités de la vie. On est moins distrait. bien à vous.

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  12. Muriel

    Sauf votre respect, personnellement je ne pense pas que c’est avec de telles théories qu’on avance dans la vie car cela me semble une position très passive et fataliste, ce que je ne suis pas. Je pense que la souffrance n’est pas un état naturel et que lorsqu’on la vit, on ne peut que tout essayer pour s’en sortir.

    Comment ne pas redouter la souffrance et les blessures, c’est HUMAIN, ce que vous pronez me semble correspondre à une espèce de détachement boudhique inaccessible pour la plupart des gens et donc générateur d’anxiété puisqu’on y parvient pas.

    « Si vous avez du bonheur, cela est bien, si vous avez de la souffrance, cela est bien » Comment dire cela à ces femmes violées, ces accidentés de la route, ces parents qui perdent un enfant…. Comment oser écrire cela…

    Je constate que vous utilisez le « vous » ou le « on », pas de « je », pas de témoignage, juste des sortes de mantras impersonnels appris par coeur et que je trouve dangereux d’éditer sur un site comme celui-ci… Site que je compte quitter si j’y trouve trop d’inepties de ce genre. Ce n’est pas ce que je viens chercher ici, il y a des sites spécialisés pour les lavages de cerveaux…
    Merci.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Désolé d’avoir laissé passer sur mon blog un commentaire aussi froid, inconscient et exempt de toute compassion.
      Je trouve très pertinente la manière dont vous avez remis les pendules à l’heure et je vous en remercie.
      Je partage complètement tout ce que vous exprimez.

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  13. Muriel

    Merci…
    J’aimerais revenir sur le replis sur soi évoqué précédemment. On le considère souvent comme anormal, voire préjudiciable, un symptôme de mal-etre. J’ai souvent entendu des soignants m’encourager à sortir de cet état, voir du monde, retrouver une vie sociale. Or, chaque fois que je me suis forcée à le faire, cela a été un échec rajoutant du mal-etre à celui existant. Je me sentais prise dans une impasse. Puis, j’ai réalisé que la peur des autres n’était pas le seul motif. Un animal blessé quitte la meute, se met à l’écart pour se donner le temps de soigner ses plaies et ne la rejoint que lorsque celles-ci sont cicatrisées. Je crois que mes replis successifs correspondent à ce besoin. A l’heure d’aujourd’hui, je ne m’inquiète plus lorsque cela me prend car j’y vois un signal que quelque chose de problématique émerge en moi et nécessite que je m’en occupe. Une blessure à soigner dans une solitude active. Il y a, c’est vrai, le risque de s’y complaire, de s’enfoncer dans sa spirale de souffrance et de s’y perdre. Celui aussi de se couper de la réalité. Ce n’est pas sans dangers. Pour ma part, j’essaye toujours de garder à l’esprit que c’est une situation provisoire et que le but est bien de retourner ensuite dans la vie sociale. Ce n’est pas un temps de laisser-aller mais de travail sur soi et là plus que jamais, une aide extérieure spécialisée peut être indispensable.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Oui, je crois que ce type d’encouragement ressemble une fois encore à de la « compassion idiote ». Accompagner ce n’est pas dire à celui qu’on accompagne là où il doit être mais lui faire sentir qu’on est avec lui.
      Vous décrivez vos replis successifs comme des étapes sur un long chemin de guérison, et quand vous les interprétez comme un « signal » qui vous dit que vous avez à vous occuper tout spécialement de vous, je crois que vous êtes à la fois délicate et juste avec vous-même parce que c’est à la fois vrai et LE moyen de se souvenir de prendre soin de soi au moment où ça fait si mal.
      Une fois cela compris vous n’avez plus besoin de les craindre mais juste de garder votre attention lucide car vous savez où ils vous mènent.
      Oui toutes les situations de notre vie sont toujours provisoires car elles se déroulent – par nature – dans l’impermanence. C’est pour cela que nous avons constamment besoin (et non pas exceptionnellement) de cette bienveillance avec nous-mêmes, de cette compréhension pour nous-mêmes, si nécessaires aux personnes qui ont été blessées dans leur être.

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  14. Emi

    Oui c’est tout à fait ça, on « quite la meute ». Au début, quand j’essayais de sortir, je rentrais en pleurant pcq c’était trop dure, j’arrivais pas à m’amuser, ni à faire semblant de passer un bon moment. Aujourd’hui, je n’essaie même plus de faire semblant, et je n’ai plus vraiment mal du comportement des autres, c’est plus une haine violente. Et je la laisse sortir au moment où elle se manifeste. Après ce que j’ai vécu, je vois le comportement des mecs, ils sont devenus si prévisibles pour moi, et mes amies ne se rendent pas compte qu’elles sont des proies faciles. Alors je prends les protège, j’abois pour les éloigner et qu’il n’arrive rien à mon amie. Ce qui est « drôle » c’est que les quelques minutes après j’ai un genre de stress car je sais ce que j’ai ressenti au moment où c’est arrivé et au moment où j’ai arrêté d’être dans le déni. Mais elles ignorent ça, elles ignorent à quoi elles viennent d’échapper..

    Tout ça pour dire, que retrouver une vie sociale normale, refaire confiance et surtout retrouver l’ignorance comme mes amies, c’est impossible. Je ne m’amuserai plus autant qu’elle, mais au moins j’éviterai la catastrophe autant que je le pourrai. Ca m’ennuie parfois de jouer à la maman parce que j’aimerais ne pas avoir à le faire..

    Répondre
  15. Muriel

    Merci pour ce retour que je sens sonner juste vis à vis de mes ressentis et qui les enrichit. Je lis toujours plusieurs fois vos réponses car chaque phrase est importante et fait sens.
    Je retiens tout particulièrement celle-ci: « Accompagner ce n’est pas dire à celui qu’on accompagne là où il doit etre mais lui faire sentir qu’on est avec lui ». Je vais la méditer car bien qu’étant très occupée à gérer mes blessures, je n’en suis pas moins amenée souvent, en tant que mère, à devoir aussi accompagner ….
    Bien à vous.

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    1. X

      Dans ma profession d’accompagnement aux fins de vie, ce sont les personnes accompagnées qui m’ont appris le sens de ce terme : accompagner, c’est marcher à côté et cela implique l’acceptation de tout ce que l’autre traverse, dans le plus grand respect de ses ressentis et avec une promesse implicite de non-abandon.
      Comme vous , j’ai adopté mes replis sur moi. Je les prends comme une mesure d’auto-protection que seuls mes rares intimes comprennent et tolèrent. Tanpis!
      Je déplore cependant leur fréquence surement liée à ma fragilité: des comportements qui semblent être acceptables ou supportables pour la plupart des gens sont pour moi comme des agressions, des coups. Tout mon corps se durcit , mes sourcils se froncent, mon coeur palpite et je veux m’en aller.
      Cela peut être des choses anodines comme un ton de voix trop fort ou trop sec, des mots vulgaires ou des phrases sans sens, un geste ou un comportement indélicat même si je ne suis pas directement concernée. Ca m’énerve, je me retrouve comme une idiote, ridicule, démunie, comme si j’étais naive et qu’à chaque fois je tombais de la derniere pluie. Pourtant, pfff! je les connais les gens, leur maladresses, leur égoisme.
      Puisque la peur est induite par l’inconnu, je n’ai pas peur d’eux, je les accepte, parfois je crois que j’aimerais avoir un peu de leur insoucience. J’ai accepté aussi ce qui m’est arrivé, par contre je fuis, je refuse de risquer d’autes douleurs, comme si j’étais trop fragile. C’est sur, ca vient de moi, eux sont la majorité et se trouvent normaux, adaptés à la société. Et c’est la que Krishnamurti me vient en aide : « Il n’est pas un signe de bonne santé que d’être bien adapté à une société profondément malade ».
      Pour moi, il s’agit plus d’être lucide que d’avoir peur.
      Muriel, je te remercie , j’admire ta capacité et ta vitesse de réaction. J’avais beaucoup de mal et elle m’a fait du bien (ta réaction).

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  16. Muriel

    Encore des échos très forts à ma propre expérience dans ce que vous décrivez Emi.
    Je connais bien aussi cette « haine violente » qui peut exploser à tout moment dès qu’une situation même anodine, me rappelle ce que j’ai subi. J’ai éprouvé aussi ce besoin vital de protéger les autres lorsque je les croyais menacés des mêmes dangers que ceux que j’avais affrontés. J’ai ainsi surprotégé mon fils, toujours aux aguets de ceux qui l’approchaient et que je voyais comme des agresseurs potentiels. Je n’ai pas hésité à éloigner brutalement et définitivement de lui des personnes que je jugeais dangereuses. J’étais prête à tout pour qu’il ne vive jamais ce que j’ai vécu. Mais j’étais dans l’excès et dans la projection de mes propres peurs sur lui et je ne suis pas sure aujourd’hui de ne pas lui avoir fait plus de mal que de bien en le privant de la liberté de faire ses propres expériences.
    De plus je dois admettre que cela ne m’a en rien fait avancer sur mes problèmes, car pendant que je m’obsédais sur la protection de mon enfant, j’oubliais de m’occuper de moi, je continuais à souffrir et je lui transmettais inutilement mes peurs.

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