Culpabilité et souffrance

S’ouvrir à sa souffrance pour dépasser sa culpabilité

J’ai connu une mère qui punissait systématiquement sa fille de 12 ans lorsqu’elle avait une mauvaise note au collège – en lui interdisant de sortir retrouver ses amies.

Sa fille avait grandi dans un contexte douloureux, son père ayant quitté la maison quelques années plus tôt après une tentative de suicide.

A 12 ans, cette adolescente a commencé à s’habiller tout en noir et à se scarifier les bras – et continué à ne pas travailler au collège.

La mère était tellement persuadée de faire le bien de sa fille en ne cédant pas à ce qu’elle appelait ses caprices et en lui répétant sans arrêt : « tu es vraiment nulle, tu n’arriveras jamais à rien, tu me fais honte », qu’elle ne s’émouvait pas plus que ça des blessures que sa fille s’infligeait.

Au contraire, elle expliquait qu’il ne fallait surtout pas dramatiser puisque ce serait rentrer dans le jeu de l’enfant : l’enfant se faisait mal à lui-même pour se venger de la punition, parce qu’il savait que c’était ce qui allait vous affoler. Il fallait lui expliquer pourquoi il était puni et le prévenir que s’il continuait de mal faire, on ne le louperait pas donc qu’il choisissait d’être puni. Cette mère avouait même que parfois ça la rendait triste de devoir punir mais qu’elle le faisait parce qu’elle voulait que sa fille comprenne ce qui était bien et mal pour devenir plus tard une bonne personne. Et elle ajoutait que ça ne changeait rien au fait qu’elle l’aimait.

Comment cette jeune fille pouvait-elle se sentir aimée dans un tel contexte[1] ?

Et comment la mère pouvait-elle croire que sa fille – qui se sentait maltraitée et pas écoutée (les scarifications sont un appel à l’aide) allait croire ses allégations ?

La relation a continué à dégénérer jusqu’au moment où – un matin – la mère a découvert, sur le bureau de la chambre de sa fille, ces quelques mots griffonnés à la hâte : « Tu vas enfin être débarrassée de moi ! Adieu maman ! » Sa fille avait disparu, emportant quelques affaires.

La mère commence par ne pas comprendre, puis éclate en sanglots – ce qui ne lui était pas arrivé depuis le départ de son mari.

Il fallait ce choc pour que les certitudes de cette mère quant à la croyance qu’elle agissait pour le bien de son enfant se fissurent et qu’elle soit (enfin) la proie du doute[2].

Pêle-mêle, ses souvenirs de mère autoritaire l’assaillent, elle ne sait plus quoi faire et s’en veut : se pourrait-il qu’elle soit la cause directe de la fugue de sa fille ?

Elle arrive même à voir et ressentir le désespoir des sa fille, dû aux souffrances qu’elle lui a infligées. Et elle souffre à son tour, du départ de sa fille et de sa froideur passée. Elle s’en veut : « comment ai-je pu être aveugle à ce point ? »

Elle revoit la naissance de son bébé, les premières années de l’enfant dans un climat d’amour entre son papa (si doux) et sa maman. Elle revoit aussi le début de la dépression de son mari après la perte de son travail, la charge qui pesait sur ses épaules de faire face toute seule au quotidien, la tentative de suicide, le profond désespoir qui a suivi et s’est répercuté sur toute la famille pour se terminer par le départ de cet homme et leur divorce.

Elle se demande pour la première fois comment leur petite fille avait pu vivre ces moments dramatiques. L’avait-elle entourée tendrement pour l’aider à supporter la séparation d’avec ce papa que la petite aimait tant ? Lui avait-elle expliqué les choses simplement sans dramatiser[3] ? Non, en fait, non. Elle avait décidé de prendre en mains seule l’éducation de cette enfant en niant leur peine à toutes les deux.

Et elle était devenue dure, rigide, par peur de souffrir si elle gardait le cœur ouvert.

Elle pleure : « Comment ai-je pu être à ce point insensible ? » Elle pleure sur elle, et s’en veut terriblement.

Jamais elle ne s’est sentie aussi petite et misérable et plus elle lutte contre ce sentiment plus il s’ancre en elle (comme ça se passe chaque fois qu’on lutte contre une émotion[4], on lui donne de la force).

Mais elle est aussi, au même moment, au début d’un processus qui – si elle l’accepte – peut devenir libérateur pour elle.

Le passage de la culpabilité à la responsabilité assumée

La culpabilité ne peut pas transformer le passé, cette femme ne peut pas avoir été une autre mère que celle qu’elle a été, il lui faudra aller plus loin dans ses investigations (sur l’éducation qu’elle a elle-même reçue) pour sortir de son schéma[5] et fonctionner différemment avec elle quand elle retrouvera sa fille.

Cette mère ne pourra en effet réellement changer d’attitude avec sa fille (et elle-même) que si elle sort de la culpabilité pour entrer dans le ressenti douloureux et en comprendre la cause profonde (plus profonde encore que sa souffrance au moment de la dépression de son mari).

Certaines personnes croient que culpabiliser suffit. Elles veulent bien reconnaître qu’elles ont des comportements toxiques mais se disent en même temps : « Je suis comme ça, je n’y peux rien. »

D’autres tournent en rond et oscillent entre des moments d’accablement et des moments de déni et de révolte contre l’objet de leur culpabilité.

C’est ça l’enfermement[6].

Or il y a un moyen de sortir de la prison mais le préalable c’est de reconnaître qu’on y est enfermé.

Tant que notre infantilisme nous condamne à la résignation et au déni, sous le prétexte que c’est douloureux pour nous de reconnaître que nous sommes en prison, nous ne pouvons pas en sortir.

La plupart d’entre nous traînons, depuis l’enfance, un fond général de culpabilité[7]. Elle n’est pas l’expression d’un sens moral, mais juste une émotion égoïste qui refuse ce qui a été fait ou dit à un certain moment, parce que ce n’est pas flatteur pour l’ego qui a tant besoin d’être admiré et confirmé.

Celui qui veut voir les choses en face ne peut pas en rester à la culpabilité. C’est parce qu’un parent ose ressentir personnellement dans sa chair ce qu’il fait à son enfant quand il l’abuse émotionnellement ou physiquement qu’il peut s’en émouvoir.

Voir les choses telles qu’elles sont, sans fard, c’est oser appeler un chat un chat, appeler par exemple une claque par son véritable nom : un coup, et des cris pour ce qu’ils sont : une tentative de manipulation de l’enfant par la peur – afin qu’il cède.

La question n’est donc pas de savoir s’il est culpabilisateur pour cette femme d’avoir puni sa fille jusqu’à ce qu’elle éprouve le besoin de fuguer et de lui écrire qu’elle ne se sent plus aimée par elle, mais de découvrir avec honnêteté si c’est vrai ou non, quitte à se retrouver – le cœur brisé – devant l’horreur de la situation.

Une indispensable précaution

Pour ce faire, nous devons commencer par prendre une indispensable précaution, celle de ne pas confondre « ce que nous sommes » avec la manière dont nous agissons ou avons agi, c’est-à-dire différencier l’être de son comportement.

De même que quelqu’un qui a volé n’est pas irrémédiablement un voleur, quelle qu’ait été la toxicité du comportement d’un parent, ce dernier n’est pas un « être toxique. »

Cette confusion (très répandue) vient du fait que la plupart d’entre nous avons été broyés dans notre enfance par les jugements de nos parents – que nous avons tellement bien intégrés que nous nous sommes jugés à notre tour en nous identifiant à ce qu’ils ont dit de nous. Nous avons ensuite tout naturellement projeté ces mêmes jugements sur les autres. Car c’est bien parce que nous pensons que nous sommes mauvais que nous projetons notre négativité sur les autres en général et en particulier sur nos enfants.

Et nous culpabilisons quand nous nous en rendons compte, car nous n’avons rien appris à faire d’autre[8].

Or – nous ne le dirons jamais assez – la culpabilité seule est une impasse, elle interdit tout renouveau et condamne à sa perte celui qui la vit, elle condamne à la nuit.

Sortir de la culpabilité c’est réussir à trouver la lumière au cœur de la nuit la plus noire. Et pour cela, il nous faut oser avoir une vision lucide de nos propres comportements. Car « nous ne pouvons pas nous libérer d’un mal sans l’avoir nommé et jugé comme un mal », comme le disait Alice Miller.

Reconnaître un comportement comme un mal, c’est avoir préalablement défini le cadre des valeurs auxquelles nous voulons adhérer, le mal étant ici de faire souffrir la personne que nous prétendons aimer[9].

Un comportement de parent est toxique en ce sens qu’il laisse des traces profondes chez l’enfant qui ne peut pas faire autrement que de croire ce que dit son parent de lui (par exemple qu’il fait exprès de mal travailler à l’école) – croyances qui risquent fort de le déterminer pour sa vie entière.

Ce comportement identifie l’enfant à ses actes en lui laissant peu de chance de découvrir qu’il n’a – en vérité – pas « voulu » être mauvais élève, dans notre exemple.

De même que c’est une grave erreur d’identifier un enfant à ses actes (de croire que puisqu’il fait des bêtises, c’est un enfant mauvais), c’est une erreur pour un parent aux comportements toxiques de s’identifier à ses comportements et de penser qu’il « est » toxique.

Cette précaution prise, il lui deviendra possible de se désidentifier puis de déculpabiliser et enfin de changer de comportement.

Ce travail de « déculpabilisation » est le premier travail que nous avons à faire si nous voulons devenir capables de ne plus céder à nos énervements et à nos interprétations négatives et malsaines. Et en même temps, il nous faut prendre l’entière responsabilité de nos actes car c’est la vision de ce gouffre entre « ce que nous voulons » et « ce que nous faisons » qui nous permettra – pour autant que nous y serons attentifs – de ne plus devoir éternellement reproduire nos comportements nuisibles.

Voir que nous avons des comportements nuisibles, parfois même avec les personnes que nous aimons le plus n’est pas « mortel », puisqu’on peut s’en sortir[10].

Le « voir » sans nous en défier, donc nous y exposer, nous permettra d’en souffrir. La souffrance n’est pas la conséquence de l’injustice de la vie, elle est juste le révélateur qui nous dit ce que nous avons à comprendre et à faire pour que quelque chose en nous bouge et change.

Dans son avant-propos à son adaptation théâtrale de la pièce de Faulkner Requiem pour une nonne, Albert Camus écrit : « La souffrance est un trou et la lumière vient de ce trou. »

Cette mère doit laisser entrer la lumière en elle par le trou de sa souffrance. Nous sommes loin de tout masochisme mortifère, il s’agit de s’ouvrir à sa souffrance, parce qu’elle est là et qu’il n’y a pas d’autre moyen de dépasser « ce qui est là ». L’énergie fournie par sa souffrance, si elle est acceptée, lui sera précieuse parce qu’elle lui donnera la force de dépasser sa toxicité. Identifiée qu’elle était à son ego (à ses croyances inculquées par ses propres parents qu’il faut être sévère avec un enfant), elle ne pouvait que se tenir éloignée de la souffrance de sa fille. S’ouvrir à sa propre souffrance lui permettra d’inclure en elle la souffrance de sa fille. Et la souffrance qu’elle ressentira quand elle sera frappée en plein cœur par ce qu’elle a fait endurer à sa fille lui donnera simplement la force de l’aimer comme elle est et non comme elle voudrait qu’elle soit[11].

Nous avons donc tous un point d’appui à notre disposition pour aller dans notre profondeur, au-delà de notre culpabilité : la souffrance que nous ressentons à ne pas agir conformément à ce que notre cœur nous murmure.

Cela dit, ce n’est pas un chemin facile car s’exposer à sa propre souffrance est contraire à la loi de la nature ; instinctivement nous cherchons à nous en protéger. Comme le dit Simone Weil dans La pesanteur et la grâce, « ne pas exercer tout le pouvoir dont on dispose, c’est supporter le vide ».

Ce « vide » est l’amour du parent qui remet en cause ses certitudes éducatives pour être à l’écoute de son enfant et l’aider de manière bienveillante à apprendre de ses erreurs et à les corriger.

Seul l’amour permet de s’abstenir d’intervenir là où on en a le pouvoir. Un parent qui n’est pas capable de mettre une limite à son désir de domination n’est pas encore un parent.

A condition que cette mère soit d’accord pour s’ouvrir à sa propre souffrance, elle le découvrira bientôt.

Notes :

[1] Lire mon article : À propos des parents au comportement toxique

[2] Lire mon article : Pourquoi faut-il reconnaître sa toxicité à l’œuvre dans sa relation à l’enfant ?

[3] Lire mon article : Enfant menteur, parent qui fait peur

[4] Lire mon article : Le mécanisme de l’émotion

[5] Lire mon article : Pourquoi un travail thérapeutique ?

[6] Lire mon article : Comment sortir de sa toxicité de parent ?

[7] Faire le test : Êtes-vous au clair avec votre culpabilité ?

[8] Lire mon article : Culpabilité et amour de soi 

[9] Lire mon article : Le petit enfant et le désir de ses parents

[10] Lire mon article : Comment sortir de sa toxicité de parent ?

[11] Lire ma réflexion : Aimer

© 2016 Renaud & Hélène PERRONNET Tous droits réservés.

VOS COMMENTAIRES SONT EN BAS DE PAGE, JE VOUS RÉPONDRAI LE CAS ÉCHÉANT.

————–

Moyennant une modeste participation aux frais de ce site, vous pouvez télécharger l’intégralité de cet article de 8 pages au format PDF, en cliquant sur ce bouton : 

—————-

Vous avez apprécié cet article, cliquez et glissez-déposez gratuitement ce flyer-mémo sur votre bureau puis envoyez-le à vos amis et sur les réseaux sociaux :

flyer-memo-culpabilite-souffrance


Vous trouverez ci-dessous la liste des écrits sur les relations aux enfants parus à ce jour :

CC BY-NC-SA 4.0 Culpabilité et souffrance par Renaud Perronnet est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d'utilisation Commerciale-Partage à l'identique 4.0 .

9 réflexions au sujet de « Culpabilité et souffrance »

  1. Sumire

    Cet article me parle décidément beaucoup.
    Je peux tout à fait comprendre et ressentir cette souffrance qui est là pour nous dire « bouge toi ! ».
    Le plus dur reste à l’écouter et avoir le courage d’agir….

    Répondre
  2. Delphine

    Magnifique cette citation de Camus !
    La notion de « s’ouvrir à sa souffrance » me parle beaucoup aussi. Je constate que l’on peut parfois déployer des stratégies incroyables pour justement éviter de devoir faire cela… Certaines personnes de ma famille, âgées, restent fidèles à une espèce de « tout va très bien » permanent. Au point de refuser des propositions d’aide ou d’évaluation de leur état psychologique. Je suppose qu’il faut respecter cette volonté…

    Répondre
      1. Delphine

        Oui en effet ! et ce qui est joli dans cette histoire, c’est que je correspond avec « une certaine Catherine » au sujet de nos mères respectives, ainsi votre site aura contribué à des échanges féconds !

        Répondre
  3. Frédérique

    Bonjour,
    Merci pour votre écrit. J’ai eu trop souvent des comportements toxiques avec mes enfatnts. C’est vous qui m’avez donné la clé: tant que je n’aurais pas pour moi-même cette tendresse que je voulais tant donner davantage à mes enfants, en particulier ma fille aînée, je resterais prisonnière de mes mauvais comportements que je voulais tant combattre, bien que j’ai tant lu et essayé d’appliquer l’éducation non violente. J’ai aussi compris que la culpabiité nous emprisonne si l’on y stagne, et que oui, il faut reconnaître ces mauvaises réactions, ces fautes, même si on ressent de la honte, de l’horreur, du remord… et pour autant arriver à se les pardonner: j’ai fait ce que je pouvais à ce moment là. Cela, c’est très difficile oui pour notre égo, notre idéal, j’ai encore du mal mais je me dis juste que ces moments ont bien existé mais que pour autant je décide quand même de m’aimer, et que c’est justement parce que je commence à m’aimer que, depuis quelques moi, je ne dysfonctionne presque plus dans ma vie familiale. Chaque jour je me dis que je m’aime, j’essaie d’agir envers moi-même en ce sens (plus de phrases ironiques sur moi-même par exemple, plus de choses que je ne fais pas alors que j’aurais envie de les faire), j’essaie de voir chacune de mes émotions, d’en prendre conscience, de la laisser me traverser, de différer ma colère et les propos qui l’accompagnent. Ce n’est pas parfait mais je vois la lumière dans le tunnel dont j’avais fini par croire ne jamais sortir. Et au lieu d’être dans la culpabilité, je me sens plutôt maintenant dans la normalité d’une personne que ne cherche plus trop à être parfaite mais plutôt, dans tous les cas, à faire de son mieux et à se donner à elle-même l’amour dont elle avait tant besoin. Tout cela contribue à ouvrir le coeur et à alléger la vie de ceux que l’on aime. Je suis enfin sur le bon chemin, grâce à vous. Merci pour vos contributions qui m’ont plus aidé que des années de thérapie.

    Répondre
  4. Marie

    Cette histoire me touche, cette maman n’est pas restée enfermée sur ses positions, elle a ouvert son cœur si elle arrive à consoler son enfant intérieur, elle saura aimer sa fille.

    Répondre
  5. Samy

    Bonjour

    Je décide de livrer mes ressentiments, ma culpabilité à 46 ans …
    Je suis maman de deux garçons qui ont aujourd’hui 16 et 19 ans.

    Je me suis séparée du père de mes enfants parce qu’il ne s’investissait pas pour nous, ses projets toujours personnels devenaient pesant si bien que j’ai décidé de divorcer il y a 4 ans. Il était chauffeur, souvent absent, j’ai éduqué mes enfants quasiment seule. La première année de séparation il ne venait quasiment pas chercher ses garçons, la seconde il a rencontré sa compagne et ils ont demandé la garde alternée qui a été mise en place sauf que sa compagne a découvert du cannabis chez elle et a demandé à mon ex de quitter son logement après 6 mois. Il a donc emménagé avec les garçons à 300m de chez elle.

    Depuis, tout part en déconfiture. Mes enfants, presque adultes, se retrouvent seuls dans ce logement qui devient un squat, le père les laissant souvent seuls pour rejoindre sa compagne. Les garçons reçoivent de l’argent de leur père pour faire les courses mais préfèrent à présent acheter du cannabis à la place, cigarettes, alcool pour les soirées …

    Lorsqu’ils reviennent chez moi, ils ont clairement le sentiment de rentrer à la caserne. Nous en parlons, parfois avec humour, mais c’est un poids pour eux de passer une semaine chez moi car les règles sont trop contraignantes, coucher tôt (22h pour le plus jeune), révisions, pas de téléphone au lit, pas de cannabis à la maison, ni cigarettes, un minimum de tâches ménagères, des règles de savoir vivre à table comme ne pas manger torse nu, ou ne pas rester au lit jusqu’à 13h les lendemains de soirée., se brosser les dents, …
    En me relisant, j’ai un sentiment de honte face au contraste, quoiqu’il en soit les enfants se sentent mieux chez leur père et me le disent sans tabou.

    Le respect est encore là mais plus l’enthousiasme. Leur visage est fermé lorsqu’ils sont chez moi.
    J’ai suggéré que leur père prennent la garde des enfants, mais il ne veut pas.
    Je suis donc confrontée au regard amer de mes enfants chaque fois qu’ils viennent chez moi.

    Je suis proche de la rupture avec mon fils aîné à présent, Paul. Il a une copine depuis un an avec qui il ne fait que fumer du cannabis, boire, soirée, festival, et le reste du temps …dormir…depuis un an il n’a plus envie de rien alors qu’il y a deux ans encore il était ambitieux et motivé pour ses études supérieures. Il faisait attention à lui avant cette rencontre, ce qui n’est plus le cas, il parait sale, j’éprouve une forme de pitié, une impuissance lorsque je le vois, amaigri, teint terne sans savoir comment m’y prendre pour le faire réagir. Je suis convaincue que le cannabis a une influence sur la morphologie, le stress..
    Aujourd’hui sa copine lui impose de poursuivre des études en alternance pour bénéficier de revenus et emménager ensemble en colocation. Elle a stoppé ses études a 18 ans et travaille ponctuellement dans un bar.
    Paul a cédé, il a refusé tous les DUT où il était reçu sur APB, alors même qu’il n’avait pas encore d’employeur pour son alternance, si bien qu’il se retrouve aujourd’hui sans rien, pas d’école, pas d’employeur..
    Je lui ai trouvé un BTS qui acceptait de le prendre le temps qu’il trouve un employeur mais il a refusé.

    Ensuite j’ai fait ce que je m’étais toujours interdis de faire, j’ai rejeté sa copine. Nous nous sommes toujours parlé avec franchise et j’ai dit à mon fils que je respectais ses choix mais que je ne les approuve pas, je lui ai dit que c’est à lui d’assumer ses choix à 19 ans et de pas m’imposer les siens. Je lui ais dit que je n’interviendrais plus dans sa scolarité. Depuis notre discussion houleuse, il ne vient plus chez moi, il préfère vivre chez son père qui les héberge dans son logement comme il ne l’occupe pas réellement. Il m’a envoyé des SMS mais toujours pour récupérer des affaires et il ne m’adresse pas un mot. La culpabilité est omniprésente…

    J’essaye de me détacher mais je suis en réelle souffrance.
    Dès qu’il a passé la porte je laisse couler toutes mes larmes..
    J’ai suggéré qu’on aille chez le médecin pour parler de sa dépendance au cannabis, je l’ai mis en garde par rapport au danger sur la route comme il a le permis mais il me répond qu’il sait que les traces de cannabis sont décelables pendant 3jours et qu’il assumera s’il se fait prendre positif.

    Je crains d’être allée trop loin dans mes positions,
    j’ai peur de le perdre,
    je l’aime tellement

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Ne vous sentez pas honteuse des règles que vous avez instituées avec vos enfants à un moment où tout semble s’effondrer.
      Je ne crois pas que c’est en essayant de vous détacher de vos enfants que vous améliorerez quoi que ce soit dans votre relation à eux. Rester « vraie » avec vous-même, c’est en effet laisser couler vos larmes. Souvenez-vous aussi que votre relation à eux ne s’arrête pas à ce stade de leur vie, et que vous mesurerez sans doute l’effet de ce que vous leur avez donné dans une dizaine d’années.
      Votre amour bienveillant pour vos enfants ne peut que leur être profitable, alors même que vous désespérez de pouvoir les aider.

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *