Racismes

(Nous devons nous interdire les extrêmes affectifs)

En ces temps chaotiques dans lequel les vécus des communautés sont mis en avant pour justifier l’abominable, il est bon de rappeler une vérité essentielle.

Le racisme ne consiste pas seulement à mépriser l’autre ; plus précisément il commence dans la manière de considérer l’autre comme autre. Ce faisant il le sépare de l’humanité commune en l’essentialisant. Cette logique d’essentialisation peut prendre deux formes apparemment opposées : le rejet et l’exaltation.

L’autre peut ainsi être exclu parce qu’il est différent, mais aussi parfois élevé au-dessus des autres en raison même de cette différence. Dans les deux cas, il cesse d’être considéré comme un homme parmi les hommes. Il devient le représentant d’une race, d’une religion ou d’une communauté, et son existence propre s’efface derrière une catégorie.

Le psychiatre et essayiste Frantz Fanon écrit dans Peau Noire masques blancs :

« Pour nous, celui qui adore les nègres est aussi « malade » que celui qui les exècre. »

Cette affirmation ne met pas simplement sur le même plan l’amour et la haine. Elle révèle leur point commun : l’un et l’autre peuvent enfermer la personne dans l’image que l’on se fait de son appartenance. Adorer et exécrer sont des comportements contraires qui procèdent d’un même jugement, celui qui refuse de rencontrer l’autre dans sa liberté et sa singularité.

L’excès d’admiration n’est pas l’opposé du racisme ; il en est le miroir inversé. Défendre le Noir parce qu’il est noir, le Juif parce qu’il est juif ou l’Arabe parce qu’il est arabe, c’est encore faire de l’appartenance le principe premier de la considération. Alors même qu’elle semble se présenter comme bienveillante, cette attitude reconduit la séparation qu’elle prétend combattre.

Respecter l’homme, c’est au contraire le reconnaître comme une fin en soi, et non comme l’incarnation d’une identité collective. Cela ne signifie pas nier les différences, les histoires ou les cultures, mais refuser d’en faire une essentialisation qui déterminerait la valeur des individus. La différence appartient à l’existence humaine ; elle ne doit pas devenir le fondement d’une hiérarchie entre les hommes.

Si les hommes sont différents par leurs appartenances, leurs expériences et leurs apparences, ils ne peuvent être divisés dans leur humanité puisqu’ils participent tous à une même condition.

Et c’est cette condition fondamentale qui nous interdit le mépris aussi bien que l’idolâtrie.

Ainsi quels qu’aient été leurs vécus ou leurs vicissitudes, les blancs, mais aussi les noirs et les asiatiques ; les chrétiens comme les juifs ou les musulmans, n’ont aucun droit supérieur sur d’autres hommes puisqu’ils constituent – à eux tous – une seule et même vérité unique qui procède de l’universelle humanité.

© 2026 Renaud Perronnet. Tous droits réservés

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