Détachement ou non-attachement ?

Selon moi, il existe en français une différence subtile, mais fondamentale, entre ces deux notions. Le détachement sous-entend l’indifférence, l’impassibilité, et même une certaine froideur affective, une non-implication émotionnelle, ou carrément un je-m’en-foutisme général – tout cela dans un relativisme très New Age où tout devient identique, le mal comme le bien. Ici, la mort des sentiments fabrique ce que j’appelle un « zombie du cœur ». En revanche, dans le non-attachement, les émotions ne sont pas mortes. Elles perdent seulement leur valeur absolue et cessent de faire l’objet d’une identification. En effet, c’est dans ce cas l’ego qui meurt, pas les sentiments. Cela permet une prise de distance psychologique, une neutralité émotionnelle, un recul nécessaire à l’appréhension du réel tel qu’il est. C’est donc le non-attachement, et non le détachement, qui constitue la valeur cardinale essentielle pour avancer dans son chemin d’auto-réalisation spirituelle. Car le but est de devenir les co-acteurs de Dieu ici-bas, pas des zombies apathiques.

Gabriel Hagaï, Itinéraire d’une initiation