Enfant menteur, parent qui fait peur

à propos du mensonge et du goût de la vérité dans l’éducation

« Nous ne pouvons pas aimer vraiment s’il nous est interdit de voir notre vérité, la vérité sur nos parents et nos éducateurs, mais aussi sur nous-mêmes. Nous pouvons seulement faire semblant d’aimer. Mais ce comportement hypocrite est le contraire de l’amour. »

Alice Miller

« Tout être humain qui approche la vérité de ce qu’il vit, en propre, rencontre l’humanité tout entière. »

Fabrice Midal

Qu’est-ce que le mensonge ? Le Petit Robert le définit comme « Affirmer ce qu’on sait être faux, nier ou taire ce qu’on devrait dire. » La vérité étant « Ce à quoi l’esprit peut et doit donner son assentiment, par suite d’un rapport de conformité avec l’objet de pensée, d’une cohérence interne de la pensée. »

La vérité est donc l’accord de la pensée avec la chose telle qu’elle est, dire la vérité c’est donc dire les choses telles qu’elles sont. A l’inverse, mentir, c’est travestir ou cacher les choses telles qu’elles sont.

Une mère m’écrit :

Mon fils de 17 ans ment tout le temps et sur tout ! Je viens de me rendre compte qu’il m’a menti sur la personne chez qui il a dormi ce week-end et que ce n’est pas la première fois.

A chaque fois qu’il me ment, je m’en aperçois et il le sait mais il continue.

Cela a commencé dès le collège et je m’en suis vite aperçu mais il a continué. Il ment sur ses devoirs, sur ses notes, sur les endroits où il est, sur les gens avec qui il est, sur des situations, sur tout en fait. Depuis qu’il est petit je lui apprends que chacun de ses actes a des conséquences mais peu lui importe.

Nous lui laissons des libertés mais nous trouvons normal de savoir ce qu’il fait, avec qui il est et où il est, et nous avons conscience qu’il a le droit à une part d’intimité et de secrets, mais je n’ai plus du tout confiance en lui et n’ai même plus envie de partager avec lui tellement il m’a déçu.

Que faire ? Il a 17 ans et mes possibilités de punitions sont désormais limitées.

Merci de votre réponse.

Ce qui m’apparait à la lecture de ce partage c’est que cette mère ne semble pas pouvoir accepter un seul instant une possible légitimité pour son fils de dissimuler la vérité.

Il lui semble acquis non seulement que son fils ne doit rien lui cacher mais également qu’il ne peut pas exister de bonnes raisons de mentir, que cela ne peut qu’être « mal ».

Elle n’hésite pas à lui faire un procès d’intention : « je m’en aperçois et il le sait mais il continue », comme si (selon elle) le fait qu’elle s’en aperçoive et qu’elle le lui dise devrait suffire à l’obliger à ne plus lui mentir.

Elle constate également que les mensonges de son fils ne datent pas d’hier, et elle les prend comme une offense personnelle qui lui est faite à elle en tant que mère, puisqu’elle considère « normal de savoir ce qu’il fait, avec qui il est et où il est. »

Son système de pensée est figé parce qu’il se décline à partir de la formule qu’elle ne peut pas remettre en cause : « un enfant ne doit pas mentir » ; c’est ainsi qu’à travers sa déception, elle ne peut pas être autre chose que la victime du comportement de son enfant.

Pire, elle est incapable de constater que c’est son système de pensée figé qui est à l’origine de sa souffrance (donc que ce sont ses propres attentes qui sont à l’origine de sa déception) ; elle ne peut alors que se replier sur elle-même, rejeter la responsabilité d’être une mère déçue sur son enfant et lui en vouloir.

Elle semble savoir que son enfant a le droit à son intimité mais elle ne peut pas agir conformément à ce qu’elle sait dans la mesure où, lorsqu’elle constate qu’il ne respecte pas les limites, elle ne voit pas que ces limites n’ont pas été mutuellement contractées. Elles ont été imposées par elle.

Ainsi certains parents pensent être honnêtes avec leurs enfants sous le prétexte qu’ils croient leur proposer des contrats qu’en fait ils leur imposent. « Je suis d’accord pour que tu sortes mais étant donné que je trouve normal de savoir avec qui, je veux que tu me le dises, tu es d’accord ? » Dans un tel contexte autoritaire, l’adolescent ne pourra qu’acquiescer – même s’il n’est pas d’accord, sans même se rendre compte qu’il n’est pas d’accord.

Lucide quant à l’âge proche de la majorité de son fils, cette mère ne peut s’empêcher de déplorer, au fond d’elle-même, de ne plus avoir le pouvoir de l’assujettir par la contrainte. Et par là-même, elle nous fait sentir qu’elle ne sait pas s’y prendre avec lui autrement que par la domination – ce qui rend son comportement toxique pour la relation mère-fils.

Son enfant ment, qu’elle le veuille ou non.

A vouloir lui imposer maladroitement de ne pas mentir, elle ne pourra obtenir de lui que la soumission, l’hypocrisie (le mensonge) ou la révolte.

Pour découvrir pourquoi les enfants mentent, il suffit de nous souvenir de la manière dont nous fonctionnions lorsque nous étions enfants.

En ce qui me concerne, je me souviens par exemple que dans certains contextes je me lamentais de ne pas pouvoir faire ce qui m’était interdit (sans oser transgresser cet interdit), et que parfois je le transgressais allègrement, pensant que ça n’allait jamais se savoir. Si par hasard on m’interrogeait à ce moment là, je mentais effrontément.

J’étais par exemple un petit garçon à qui il était interdit de lire des illustrés et qui – poussé par son désir de faire comme ses copains – les dissimulait à l’intérieur de son grand livre de géographie. Vous imaginez le drame le jour où mon père a découvert la supercherie ! J’étais devenu à ses yeux une personne sournoise qui avait trahi sa confiance.

J’ai pu aussi être un petit garçon dont les parents étaient sortis un soir et qui n’avait pas eu d’autre choix que de leur promettre de s’endormir tôt (comme si un enfant pouvait être maître de son endormissement !) parce qu’ils le lui avaient demandé. Un enfant qui, tard le soir, et bien que s’étant empressé, en entendant la clé dans la serrure, d’éteindre la lumière et de faire semblant de dormir, avait entendu – terrorisé – la voix de son père lui ordonner de se lever pour recevoir une fessée – parce qu’il avait menti.

J’ai mis des années avant de découvrir comment mon père m’avait piégé : il avait touché l’ampoule de ma lampe de chevet, qui était encore chaude.

S’il me mettait à l’épreuve – moi l’enfant – ce n’était que pour confirmer les présuppositions qui étaient les siennes à propos des enfants : ils étaient des êtres roublards et faux qu’il fallait mater.

Il m’a fallu du temps pour découvrir qu’il m’était possible de ne pas m’identifier aux projections négatives de mon père et que j’étais – en réalité – un être honnête et fiable qui n’avait pas trouvé, quand il était enfant, d’autre parade à certaines injonctions que le mensonge par « obligation ».

Car le mensonge entraîne le mensonge. C’est un cercle vicieux très ordinaire, ce rapport vicié entre les parents et leurs enfants, que les premiers mettront – s’ils en ont le désir – très longtemps à inverser.

Mais j’y reviendrai à la fin de cet article.

Récemment sur internet, un père m’a écrit :

« Alors que je m’apprêtais à sortir faire quelques courses, comme d’habitude, avec ma femme et à laisser seuls nos 3 garçons de 12, 10 et 8 ans, j’ai eu l’idée de les filmer pendant les 35 à 40 minutes de notre absence, j’avais laissé chacun à ses devoirs…

Trois jours plus tard j’ai eu le temps de visualiser la vidéo, pour moi c’est horrible, je découvre des enfants étranges, vulgaires, dangereux, alors qu’ils étaient tranquillement à leurs bureaux respectifs à notre retour. »

Nous retrouvons là le système de pensée du parent au comportement toxique : mettre ses enfants qu’il prétend aimer en situation de pouvoir le décevoir dans ses exigences. Exigences que parallèlement il ne pourra jamais songer à remettre en cause puisqu’elles sont vraisemblablement issues de sa propre enfance.

Les comportements de ses enfants inspirent à ce père un malaise étrange, comme s’ils lui faisaient revivre à son insu le malaise lié à ce dont il avait vraisemblablement lui-même été privé dans son enfance : le respect de sa liberté d’enfant.

La tactique de ce père est consternante parce qu’elle est un piège dans lequel les êtres fragiles que sont toujours les enfants ne peuvent que tomber. Cela s’appelle jouer avec l’innocence de façon d’autant plus troublante (pour moi qui vous écris) qu’elle semble inconsciente.

Il a poursuivi son partage en écrivant : « Je suis sévère, c’est vrai mais jamais vulgaire, je crie mais pose rarement la main sur mes enfants… C’est à pleurer, j’ai trop peur pour eux, je ne sais plus quoi faire, ne jamais les laisser seuls, doubler de sévérité, les surveiller en permanence. J’avoue je suis dans un labyrinthe sans sortie. Que faire ? Je ne sais pas. Pour le moment j’observe et ne dis rien. Je n’ose même pas en parler à personne. A l’aide ! J’ai envie de dire ! »

Le narcissisme de cet homme l’oblige à juger ses enfants et à vouloir qu’ils soient exclusivement conformes à ce qui lui convient à lui (pourquoi mes enfants sont-ils vulgaires alors que je m’interdis de l’être ?), à travers ses principes de fausse civilité et politesse. A ne pas voir que de poser sa main rarement sur ses enfants, c’est en vérité la poser (il vaudrait mieux d’ailleurs employer le mot exact qui n’est pas « poser la main » mais « frapper »).

Le père – voyeur qui s’ignore – ronge son frein en silence, mû par sa honte d’avoir de tels enfants, en réalité les enfants qu’il a lui-même forgés à travers son « ombre » refoulée (c’est-à-dire une part inconsciente chez lui qu’il ne veut pas rencontrer). Il prend sur lui d’autant plus dangereusement pour sa progéniture qu’il en arrive à penser devoir les « surveiller en permanence ». Et que ce sont ses enfants qui l’ont forcé à briser sa confiance en eux (!).

Je fais l’hypothèse qu’incapable d’accéder à la vérité de ce qu’il sent parce que ça lui reste inaccessible et surtout trop douloureux, il ne peut que reproduire tragiquement la toxicité dont il a dû être lui-même victime dans son enfance.[1]

On sait aujourd’hui qu’un parent qui est un ancien enfant maltraité préfère, pour ne pas ressentir la douleur de sa propre enfance, oublier les maltraitances qu’il a subies et étouffer ses émotions et sa capacité à être touché.

De récentes découvertes en neurosciences ont montré que la capacité à prendre soin de son enfant pour une mère, était directement liée chez elle à la production d’ocytocine, la molécule du cerveau qui donne du bien-être. Or une femme qui n’a pas reçu l’amour nécessaire pour sécréter de l’ocytocine a bien du mal à ressentir une attraction pour son bébé quand elle le prend dans ses bras.

Mais revenons à ces parents pour le moins maladroits dans leur éducation. On imagine que, grandissant dans un tel environnement malsain, les enfants de ce père contrôleur ne peuvent que faire le souk quand ils ne se sentent enfin plus surveillés. De même que, dans mon cas, puisque je n’étais qu’un enfant menteur, il ne me restait plus qu’à mentir ou à recevoir des fessées quand mon goût de la vérité prévalait sur ma peur. Et que ce fils de 17 ans ne peut que jouir à son tour – sans doute de manière provocatrice – de son pouvoir (de dissimulation) de jeune homme presque majeur.

Sans doute parce que nous avons nous-mêmes bon an mal an obéi à nos parents sans jamais oser remettre en cause leur autorité, en sommes-nous venus à penser que nos enfants se devaient de nous obéir de la même manière et à être choqués quand ils nous mentaient. Nous ne nous sommes jamais posé la question simple : mais au fait, pourquoi mon enfant me ment-il ?

Il est souvent difficile de convenir que quand on menace un être en formation, il sera nécessairement écartelé entre ses besoins (issus des principes de vie qui gisent au fond de lui) et sa peur de la menace. Et qu’en conséquence tantôt il se soumettra dans une répression impitoyable de ses besoins, tantôt il trouvera des subterfuges qui lui permettront d’échapper à ce qui le contraint.

Un enfant ment principalement par peur des conséquences de ses comportements. Cette peur peut l’envahir tout entier, c’est-à-dire le contraindre à devoir tout contrôler de ses moindres gestes ou expressions. Surtout ne jamais les trahir et ne jamais les montrer, avoir l’air le plus « naturel » possible. Cette peur contraint l’enfant à ne plus être vrai avec lui-même et à ne plus pouvoir vivre pleinement ses émotions, donc l’empêche de s’adapter aux situations de son existence. Cette peur est dangereusement inhibitrice car un être en développement qui a peur des conséquences de ses propres actes ne peut que se refermer sur lui-même, il se contraint donc inconsciemment à l’immaturité.

C’est cette même peur des conséquences de ses actes qui l’empêche de les assumer. Si un enfant craint d’être puni sévèrement parce qu’il a cassé le vase que sa mère a posé sur la table du salon, il en imputera la faute au chat. Quand l’enfant pense qu’il ne peut pas faire suffisamment confiance à ses parents pour leur dire la vérité, il lui reste à avoir recours au mensonge pour se protéger d’eux.

Le mensonge est donc pour un enfant l’expression même de la peur du regard de l’adulte. Pourquoi mentirait-il s’il n’avait pas peur des conséquences de ses erreurs ? Reprocher à un enfant de mentir c’est lui reprocher d’avoir peur.

Paradoxalement, à chaque fois qu’un parent, dans un rapport de force, contraint son enfant à lui « dire la vérité », il le pousse au mensonge. Et cela simplement parce qu’oser dire la vérité – même si elle n’est pas à notre avantage – ne peut se faire que lorsqu’existe entre le parent et son enfant un rapport de confiance.

Préserver l’innocence de son enfant pour qu’il se développe d’une façon probe (donc pour qu’il puisse avoir un jour l’amour de la vérité), c’est avoir la sagesse de ne pas le mettre en demeure de devoir faire des choix contraignants dans un rapport de force. Un parent ne peut pas être un policier qui va « faire parler » son enfant. Être parent, c’est créer avec un enfant une relation telle que ses besoins à lui n’auront pas besoin d’exclure ceux des autres. Et cela ne peut s’apprendre qu’avec de la patience et du respect.

Comment s’y prendre avec un enfant pour qu’il n’ait pas besoin de mentir ?

Se soucier de l’éducation de son enfant, c’est se souvenir que son comportement ne doit jamais lui être montré comme un étant un problème pour nous (auquel cas il se sentirait abandonné par nous), mais comme une situation à traiter ensemble. L’enfant se sentira aimé et respecté (et n’aura donc pas besoin de mentir) si nous accueillons tranquillement ses comportements, quels qu’ils soient. Quitte à voir ensuite avec lui comment agir de manière plus adéquate la prochaine fois.

Je conçois que, dans le monde de l’exigence de la productivité, de la rentabilité et de l’impatience, apprendre à établir patiemment avec son enfant une relation de confiance n’est sans doute pas chose aisée.

Je m’explique : si votre enfant a renversé la bouteille de lait dans la cuisine, tant que vous n’avez pas réagi pour vous en offusquer, il n’a aucune conscience du degré de gravité de son acte. Plutôt que de lui apprendre à croire que c’est mal, aidons-le à réparer son erreur.

« Oui, tu ne l’as pas fait exprès et maintenant tu es embêté d’avoir renversé cette bouteille ; tu vois, parfois dans la vie on commet des erreurs, c’est ainsi, mais il est souvent possible de les réparer. » Et d’aller chercher l’éponge pour nettoyer le dégât avec lui.

On peut aussi tenter de comprendre comment il s’y est pris pour commettre l’erreur, ce qui aide à ne pas devoir la répéter : « Alors raconte-moi, comment cela s’est passé. Cherchons ensemble à comprendre. »

Il a peut-être tenu la bouteille de lait par le goulot, elle était trop lourde. Ou ses mains sont trop petites. Le parent peut entraîner son enfant à la saisir de manière plus adéquate.

Et cet exemple simple fonctionne pour tous les types d’erreurs. Les parents y arrivent quand ils savent que l’erreur serait dangereuse pour l’enfant. Ils lui montrent que le four est chaud, le lui font sentir ; ils font attention aux escaliers, le guident pour qu’ils les descendent de manière prudente (sans lui répéter qu’il va tomber, surtout !)

Il est intéressant de noter que les personnes à qui on a reproché leurs erreurs en les obligeant à en culpabiliser (n’est-ce pas étonnant d’ailleurs que l’éducateur soit « content » que l’enfant se désavoue ?) trouveront ridicule cette manière respectueuse de s’adresser à l’enfant. Elles seront enclines à penser que la pression autoritaire est plus efficace, ce qui est peut-être vrai dans le court terme. Dans le rapport de force, on a facilement l’impression fausse que les choses sont réglées une fois pour toutes, alors qu’au contraire c’est la méfiance et l’éloignement qui s’installent chez l’enfant et le début des difficultés relationnelles entre son parent et lui, et conjointement le creuset des futurs problèmes de santé, d’obésité, d’addictions diverses (comme l’a montré la pédiatre Catherine Gueguen[2] qui a remarqué que les enfants qui venaient consulter 2 ou 3 fois plus que les autres étaient des enfants maltraités).

Ces attitudes respectueuses seront conditionnées par la manière dont l’enfant aura vu ses parents s’y prendre avec leurs propres erreurs. S’il les voit intéressés par les leurs (et non pas culpabilisés), il lui sera facile de s’intéresser aux siennes.

Ainsi il était facile pour cet enfant de 10 ans de se laisser reprendre par ses parents quand il faisait une erreur de langage puisqu’eux-mêmes s’intéressaient aux leurs, cherchant la bonne formule dans le dictionnaire. C’était un jeu pour lui puisqu’il n’avait jamais eu droit à une remarque humiliante du type « Quand est-ce que tu sauras parler correctement ?! » – qui est un abus émotionnel ordinaire. Parce qu’il se sentait respecté, il leur demandait donc le plus souvent de répéter ce qu’ils lui disaient afin d’être sûr d’avoir bien compris, non pas par crainte de commettre une nouvelle erreur mais par désir de moins en commettre, par désir d’apprendre – parce qu’il était naturellement curieux et qu’il se sentait aimé.

Ce n’est pas pour autant que l’adulte sera d’accord pour que son enfant accumule les erreurs. Par contre il les acceptera tranquillement (sans hurler !) lorsqu’elles se présenteront.

De même que certains confondent à tort « accepter ce qui est » avec « tolérer que cela dure », accepter son enfant tel qu’il est, ce n’est pas être d’accord avec ce qu’il a fait, c’est être d’accord pour qu’il ait fait ce qu’il a fait. C’est donc convenir implicitement que puisqu’il a fait ce qu’il a fait, au moment où il l’a fait, il n’a pas pu ne pas le faire.

Exactement de la même manière que vous conviendrez que le jour où, sortant d’une journée de travail fatigante et allant faire vos courses au supermarché, vous n’avez pas pu faire autrement que d’emboutir une voiture en vous garant sur le parking. Que vous vous haïssiez ou non de l’avoir fait (et je vous souhaite de ne pas vous haïr pour si peu), vous l’avez fait parce que vous n’avez pas pu ne pas le faire et cela pour une infinité de causes accumulées, dont votre fatigue, votre absence de vigilance et votre impossibilité de toujours agir comme vous le souhaiteriez.

Pourquoi cela reste-t-il si souvent inavouable pour beaucoup d’entre nous ? Simplement parce que nous avons appris – enfant – a avoir honte de nos erreurs plutôt que de nous les pardonner (de les accepter), parce qu’elles sont inhérentes à notre nature humaine.

Avoir le goût de la vérité demande d’être suffisamment adulte et mature pour convenir que l’erreur est humaine. Donc ne plus en avoir peur, ne plus avoir besoin d’être dans le déni de cette vérité. La plupart d’entre nous avons tellement peur de nous tromper que nous en sommes arrivés à nous faire croire que l’erreur pourrait, pire : devrait ne pas exister.

Or c’est par l’erreur (corrigée) qu’on apprend. On ne peut pas devenir pianiste sans faire des quantités de fausses notes, par exemple. Imaginez qu’à sa première fausse note, on hurle sur l’enfant, il n’apprendra jamais le piano !

Si nous reconnaissons que tout apprentissage passe nécessairement par l’erreur, nous ne commettrons pas l’erreur de croire que nous ne devrions pas en commettre. Nous comprendrons aussi que si nous reprochons à un enfant son erreur, nous lui gâchons sa possibilité même d’apprendre – en le faisant culpabiliser.

Combien de potentiels prometteurs ont été ainsi détruits par la culpabilité, puisque la peur de commettre des erreurs est inhibitrice de l’action ? Combien d’adultes continuent d’être frileux en n’osant toujours pas entreprendre parce qu’ils ont appris dans leur jeunesse à craindre de commettre des erreurs ? Combien de promesses rendues impossibles à travers cette façon mortifère de penser ?

Avoir peur pour son enfant est inhibiteur de son action, c’est ainsi qu’il en arrive à « ne pas oser » et à devoir mentir et travestir la « vie » qui s’exprime en lui. N’apprenons pas la honte de soi à nos enfants.

Apprenons au contraire à nos enfants à être en paix avec ce qu’ils sont (des êtres humains) et avec ce qu’ils font (parfois des erreurs).

Si un enfant voit son parent ne pas avoir peur de faire des erreurs donc ne pas se les reprocher, il lui sera plus facile de ne pas se reprocher ses erreurs à son tour. Il est tout à fait possible que votre fils vous voyant commettre une erreur (par exemple avoir perdu vos clefs), vous regarde dans un sourire et vous dise : « Ah oui ça c’est embêtant, j’espère, maman, que tu les vas retrouver, ces clés ! » Et que vous lui répondiez : « Oui mon chéri, je l’espère moi aussi, mais de toutes façons on va trouver une solution. »

C’est grâce à ce « goût de la vérité », c’est-à-dire à ce lent apprentissage pour « voir les choses telles qu’elles sont », que nos enfants n’éprouveront plus le besoin de mentir.

Tout ce qui advient est « normal » simplement parce que cela ne peut pas ne pas advenir. Ce qui n’a rien à voir avec prétendre que tout ce qui advient est avantageux pour nous. Il est simplement parfaitement « normal » que parmi tout ce qui va nous advenir, il y ait des choses avantageuses et des choses désavantageuses[3] pour nous.

Savoir que des choses désagréables et non avantageuses peuvent nous advenir permettra à nos enfants de ne pas devoir en culpabiliser quand elles adviendront, mais aussi de se préparer à l’adversité. Les choses désavantageuses qui se présentent à nous ne sont-elles pas déjà suffisamment difficiles à supporter pour ne pas avoir besoin de rajouter le désavantage de culpabiliser ?

C’est à cette condition que nos enfants apprendront à ne pas devoir dramatiser les choses douloureuses qu’ils seront inéluctablement amenés à vivre. Les grandes personnes qui n’ont pas appris à « dédramatiser la vie » rajoutent du drame aux difficultés de l’existence et apprennent à leurs enfants à avoir peur d’elle. Dédramatiser la vie, c’est considérer que quand la vie ne nous obéit pas, c’est « comme ça », qu’il va nous falloir apprendre à faire avec.

On peut évidemment commencer à apprendre cela à ses enfants en leur montrant que nous ne sommes pas anéantis par la mort d’un proche[4] (même si nous sommes très tristes – sans le leur cacher) et que nous avons des ressources en nous. Ils le remarqueront nécessairement et apprendront à s’adapter à travers nos attitudes non émotionnelles. C’est ainsi qu’un jour, alors qu’ils seront (par exemple) transportés subitement aux urgences pour une vraisemblable crise d’appendicite et qu’ils passeront la nuit à être transbahutés d’un service à un autre, ils seront devenus capables de ne pas dramatiser outre mesure, même s’ils ont mal, même si l’attente leur paraît interminable, même si les soignants se contredisent et que certains leur donnent de faux espoirs. Ils ont appris à s’adapter et à ne pas rajouter un problème (un refus) à la situation (déjà assez éprouvante en elle-même).

Ils l’auront appris non pas parce que nous le leur aurons dit mais parce que nous le leur aurons montré en le leur faisant sentir dans notre relation à eux.

Si, quand il est petit, un enfant à appris à affronter les choses telles qu’elles adviennent, sa petite main dans la main de son parent, sans en avoir peur, il lui deviendra un jour possible de les affronter seul. Mais pour ce faire, il lui faut l’avoir préalablement appris avec son parent.

Le rôle d’un parent dans une éducation digne de ce nom est de faire sentir à son enfant qu’il peut souvent faire l’économie de la peur et que – quand ce n’est pas possible – il peut par contre faire l’économie de la peur de la peur. Et c’est cela le début de la maîtrise de soi.

Ne laissons pas croire à nos enfants que nous pouvons tout maîtriser sous le prétexte que cette illusion est confortable pour nous. Nous leur devons la vérité : nous ne pouvons pas « tout » maitriser mais nous pouvons apprendre à faire au mieux en acceptant nos faux pas.

Ainsi ils découvriront peu à peu que la vie est souvent tragique et cruelle mais que dans cette tragédie, la joie est possible et qu’on peut vivre heureux dans le monde tel qu’il est.

Et maintenant que faire avec un enfant qui a pris l’habitude de mentir ?

Si ce qu’exprime cet article vous semble évident, il vous reste à tenter d’inverser votre rapport à vos enfants.

Et d’abord, commencez par ne plus en faire tout un plat lorsque vous vous rendez compte qu’ils ont menti, puisque vous êtes maintenant convaincu qu’ils l’ont fait par peur de vous.

Et que mentir n’est pas non plus gravissime en soi.

Et maintenant si vous voulez vraiment tenter ce retournement dans votre relation à votre enfant, le passage de la méfiance à la confiance, sachez que ça va prendre du temps et vous demander beaucoup de détermination.

Si vous n’avez pas été un modèle pour votre enfant dans vos comportements face à vos propres erreurs et si vous avez l’habitude depuis de longues années de décider à sa place (donc de le manipuler), ce n’est pas parce que vous tenterez une fois ou deux d’être authentique avec lui que son comportement changera subitement et qu’il arrêtera de vous mentir. Un enfant manipulé a plus ou moins perdu son innocence, il ne vous croira certainement pas sur commande.

Et surtout ne cherchez pas une pratique pour le transformer lui. C’est votre comportement à vous qu’il s’agit de transformer.

Convenez d’abord simplement que vous lui avez fait peur jusqu’à présent, c’est juste la vérité. Puis – dans un second temps – faites grandir en vous le désir (donc l’intention) de ne plus le manipuler en lui faisant peur : maintenant, c’est fini !

Là, il vous faudra prendre le temps de vous asseoir et de parler avec lui de ce « non-problème » qu’est devenu pour vous le mensonge (non-problème parce que vous savez qu’il est la réponse à la peur que vous lui inspirez encore).

Il vous faudra aussi faire attention à l’écueil courant qui consiste à croire que parce qu’on dit à son enfant qu’on a besoin de lui parler en vérité, il va être ouvert tout de suite à nos propos.

Plutôt que de lui proposer de s’asseoir avec lui pour parler (ce qui est une façon de faire bien trop solennelle pour un enfant), il serait plus judicieux de trouver des moments où vous êtes avec lui (en voiture par exemple) pour que la parole se libère « naturellement ».

J’ai remarqué qu’avec mon enfant les fois où nous avons échangé le plus profondément à cœur ouvert n’étaient jamais prévues à l’avance mais arrivaient dans des moments de tranquillité et de disponibilité mutuelles. Nous étions loin des écrans, sans téléphone portable envahissant, je ne lui avais posé aucune question. Mais il m’avait senti présent pour lui, à l’écoute. Et inversement bien sûr.

Admettons donc que vous ayez trouvé ce moment, cette « parenthèse enchantée », vous pourrez alors lui parler en vérité. Lui dire par exemple que vous avez pris conscience d’avoir eu des comportements toxiques avec lui (en lui donnant un ou deux exemples précis). Et que vous avez décidé d’arrêter.

Inutile de lui parler de votre propre peur, liée aux comportements inadéquats de vos propres parents. Ce n’est pas son affaire. Il a besoin de vous sentir solide pour croire en vous. (Mais si vous sentez que c’est important pour vous d’en convenir, n’hésitez pas à en parler à votre thérapeute.)

Mais un enfant qui s’est pendant longtemps senti manipulé par vous ne vous croira pas sur parole. Comment voulez-vous qu’un enfant qui se sent mal à l’aise avec vous depuis des années – subitement – se sente à l’aise ? Il va donc falloir vous attendre à ne pas être cru et à affronter le fait qu’il se demande sans doute quelle nouvelle salade vous lui racontez. Là encore, s’il pense cela, regardez les choses simplement : vous ne pouvez pas l’en empêcher et il n’a pas tout à fait tort n’est-ce pas ?

Il va donc vous falloir être suffisamment solide et déterminé pour construire non pas pour aujourd’hui mais pour demain. Savoir cela, c’est être d’accord pour endurer le fait d’être mis à l’épreuve. Peut-être que votre enfant ne vous comprendra pas, ne vous croira pas (ou du moins qu’il mettra beaucoup de temps pour ce faire, un beaucoup de temps qui vous mettra à l’épreuve), mais peut-être aussi que, puisque vous avez semé de vraies nouvelles graines en lui, elles germeront. Si elles germent, il voudra savoir, il voudra vérifier les choses : savoir si son parent a vraiment changé, savoir si la confiance est possible. Il ne se le dira pas ainsi mais soyez certain que c’est ce qu’il vivra au fond de lui à travers l’amour qu’il vous porte. Vous rendez-vous compte de l’immense espoir que vous suscitez ?

Il vous faudra donc – si vous le désirez – aller « jusqu’au bout », ce qui signifie lui dire non seulement que vous savez qu’il n’a pas (encore) confiance en vous mais en plus que vous ne lui en voulez pas, puisque c’est vous qui êtes à l’origine de sa méfiance et de sa peur.

Il vous faudra aussi lui dire que vous ne lui demandez plus de vous dire « toute la vérité » et que vous n’éprouvez plus le besoin de le mettre à l’épreuve, puisque vous lui faites confiance.

A ce moment, habitués que vous êtes à manipuler pour savoir, vous aurez vraisemblablement l’impression de prendre de gros risques, peut-être même des risques « inconsidérés », et ce sera une nouvelle épreuve à traverser pour vous.

Un enfant a à la fois besoin de liberté et de protection. Vous le laisserez davantage sortir par exemple mais en restant ferme sur certains points : être présent et ponctuel aux repas familiaux par exemple (et le portable rangé, ce qui veut dire que le vôtre aussi est rangé).

Si vous lui faites confiance et qu’il le sent, si vous le laissez plus libre, il sera d’accord pour faire sa part.

Bien sûr je ne parle pas ici des enfants ou adolescents déjà très perturbés et pour lesquels le parent ne peut plus agir sans aide médicale ou psychologique.

C’est dans un tel contexte que petit à petit il pourra peut-être même en arriver à vous faire des confidences en vous parlant de son attirance pour la drogue ou pour la bisexualité, par exemple. Ne craignant pas (plus) d’être jugé par vous, il s’ouvrira, sa parole se libérera, non pas dans des échanges forcés du genre « mais tu n’as toujours pas de petite amie, que se passe-t-il ? » mais de manière impromptue, à des moments où vous ne vous y attendrez pas et dans lesquels vous ferez tout ce qui est en votre pouvoir pour répondre présent.

Et dans ces moments-là, qui ressemblent à des petits miracles, vous sentirez que vos efforts ont porté et que la confiance est rétablie entre vous. Et vous ressentirez tout l’amour qui vous unit et un moment de bonheur partagé.

A vous de continuer sur cette voie de la vérité, dans la vulnérabilité. Le jeu en vaut la chandelle, n’est-ce pas ?

Notes :

[1] Voir mes articles :

[2] Catherine Gueguen présente son livre « Pour une enfance heureuse »

[3] Voir mon article : La vie n’est pas injuste mais elle est cruelle

[4] Voir mon article : L’enfant et la mort, comment leur parler ?

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CC BY-NC-SA 4.0 Enfant menteur, parent qui fait peur par Renaud Perronnet est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d'utilisation Commerciale-Partage à l'identique 4.0 .

18 réflexions au sujet de « Enfant menteur, parent qui fait peur »

  1. Claude

    Bonjour Renaud.
    Merci pour votre article, très intéressant comme toujours.
    Votre article m’a rappelé les « mensonges » de ma fille. A l’âge adulte, elle m’a raconté les nombreux risques qu’elle a pris, enfant, puis jeune ado, en jouant avec ses amis à la campagne. A chaque récit de ses aventures, je devenais « verte » et j’avais les jambes qui tremblaient. J’ai fini par lui dire, très sincèrement : « Bravo d’avoir réussi tout ça, ça a certainement été très formateur pour toi. Mais à la réflexion, heureusement que tu ne me l’as pas dit sur le moment ». Je ne l’aurais évidemment pas empêchée de sortir,
    Et j’ai repensé à ma propre enfance, où à force de vouloir être franche avec mes parents (qui auraient certainement eu encore plus peur), je suis passée à côté de jeux et d’occasion sympas, qui auraient été risqués, mais constructifs. J’aurais sans doute dû faire comme elle…

    Il me semble donc qu’on ment quand quelque chose de très important pour nous ne peut pas être accepté par des gens très importants pour nous (ou encore par des gens qui ont un pouvoir de nuire : dictature, par exemple ; ou les deux à la fois, comme les parents dont vous parlez).

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  2. Rullier

    C’est dommage qu’il ne propose que le versant de la peur. Il y a différents types de mensonges, le mensonge pour les bêtises ou les choses interdites c’est une chose, le mensonge pour se constituer, pour se construire, pour créer et maintenir son petit jardin secret, c’est autre chose. Pour moi le mensonge est sacré chez les tout petits, ça témoigne de leur subjectivité, de leur personnalité, de leur capacité à se défaire de l’autre, de la mère, de ne pas répondre à son désir et de la trompé en plus, dans le mensonge. Ca peut paraitre « mal » pourtant moi je trouve (et je ne suis pas la seule je n’invente rien) que c’est un sacré indice, que le gosse n’ait pas besoin de tout partager avec ses parents et qu’il veuille de manière choisie mettre à distance l’autre pour pouvoir se construire dans son cercle et son intimité psychique émoticône smile voilà, j’avais envie ! C’est très intéressant et important la question du mensonge. Et c’est dommage qu’il réduise le mensonge à la peur,, et qu’ils proposent en plus une « prévention » pour que l’enfant n’ait pas besoin de mentir, comme si on pouvait le prévoir ..

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Je ne vois pas de quel type de mensonge vous parlez avec les tout petits, ni pourquoi ils auraient besoin de « tromper » leur mère (à moins d’en avoir peur).
      Un enfant a besoin d’un jardin secret, nous sommes d’accord, c’est-à-dire de ne pas TOUT dire à ses parents, ce qui n’a rien à voir avec les tromper.
      Vous parlez de prévention, je parle de confiance, nous ne parlons pas de la même chose.

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      1. Martins sofia

        Bonjour… merci pour l’article.
        Moi je tiens à dire que j’ai 2 enfants et mon ex mari… et je suis ine maman qui parle beaucoup avec eux et tout sujet. J’essaie de les préparer au monde d’aujourd’hui et je sais que ce n’est pas facile. Avec eux je leur dis dans nos règles que frapper et mentir c’est le pire à faire…mais j’essaie toujours de savoir dans quel contexte c’est. Et ils savent et viennent me parler car comme ça c’est toujours mieux et on peut en discuter et c’est toujours plus légère la punition ou nul si avoué. ..entre autres ..mais c’est pas ça ma question. Je suis avec quelqu’un qui a une fille d’une ancienne relation…. et pour nous depuis 4 ans on se bat au tribunal pour qu’elle aille de meilleures conditions. ..et moins de pressions…de la part de sa mère et beai père et enfin on a réussi enfin qu’elle puisse consulter un psy. Car chez nous cette fille connait nos règles et on parle tous ensemble et on essaye de laider au mieux. Mais sa mère l’incite à nous mentir cacher des choses parfois impotantes ou pas… ça c’est bcp améliorée. ..mais même cette pauvre fille est dans une situation….et a 2 comportements différents d’être de comme elle est avec nous ou pas…. mais si sa mère l’oblige à mentir comment l’aider ou sommes nous dans le bon chemin. ..car nous alors on essaie de comprendre le pk ….de la rassurer…et on est un livre ouvert avec nos 3 enfants… car je trouve que la comunication est la force d’une famille…et rien cacher…et l’erreur est humaine. ..donc on se consulte… merci je ne sais pas si c’est compréhensible. ..c’est un moment ou j’ai j’ai eu envie de partager et faire au plus cour…merci

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  3. Rullier

    Oui, mon commentaire était un peu hâtif et veuillez m’en excuser.

    Je pense aux petits mensonges, que l’on pourrait plutôt appeler pour le coup des tentatives de reconstruction de certains événements, ou même de reconstruction du « roman familiale ». Ou ces « mensonges » qui en grandissant, devient une manière pour certains enfants ou adolescents de se construire dans son imaginaire, à partir d’un Idéal (dont il apprendra petit à petit qu’il peut s’en approcher plus ou moins, mais que ce n’est là qu’un Idéal…).

    J’utilise exprès le terme « tromper » car on peut observer chez certains enfants, notamment ceux qui ont des parents très préoccupés par leur « sagesse », leur « gentillesse » à l’école par exemple (je pars du principe que la préoccupation convoque plutôt le désir du parent plutôt que son autorité. Un désir qui angoisse parfois l’enfant lorsqu’il qu’il ne parvient pas à y répondre, mais sans que ça ne convoque nécessairement la peur de l’autre. L’angoisse, à mon avis, est à distinguer de la peur). une tendance à mentir sur leur comportement, et presque à narrer une version très personnelle et presque fantasmatique de l’événement, non pas parce qu’ils ont peur mais parce qu’ils veulent affirmer leur acte. Et qu’alors, la position du parent (des profs etc) demande une réelle réflexion, qui doit s’adapter au cas par cas …

    Et enfin, je comprends bien que vous essayez là de poser quelques bases pour une relation de confiance entre parents-enfants, mais disons que ce qui me fait penser à de la « prévention » est la manière dont vous amenez et présentez les choses, qui sont très claires et très compréhensibles, mais qui m’interroge un peu sur l’aspect objectif que l’on peut tirer de cette lecture.
    Néanmoins, si l’article à pour but de rassurer et donner des pistes aux parents un peu démunis face à leur enfant, c’est chose réussie.

    PS :
    Simplement pour préciser encore plus la notion de « tromper », je pense à tous les enfants qui décident au dernier moment de ne pas faire de leur narration un vrai mensonge et qui finissent par dire: » ah je t’ai bien eu! » ou » tu m’as cru mais c’est pour de faux » etc… Où l’on perçoit la malicité dans leur regard, et qu’on peut observer alors que l’enfant, lorsqu’il n’est pas en prise avec la peur de l’autre, peut utiliser le mensonge comme une farce, ou comme une manière de se sentir exister, de maîtriser les choses (puisqu’une partie d’eux n’est pas connu des autres… ). Comme pour vérifier ( la confiance que l’autre lui accorde certes) que l’autre n’est pas tout puissant, que l’autre ne sait pas tout et ne peut pas tout savoir de lui.
    J’ai un peu de mal à m’expliquer sur ce point, j’espère que vous verrez où je veux en venir …

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  4. Cécile

    Article très intéressant, merci ! Enfin, je lis que le mensonge n’est pas à diaboliser. Quand j’entends certains parents férus de « vérité », je me dis qu’on est dans le jugement de ce qui est bien ou mal (plutôt ce qui est mal en l’occurrence) et que ça ne laisse pas beaucoup de place pour comprendre et accepter qu’un enfant puisse mentir…

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  5. Maryse

    Merci pour cet article très intéressant. Et que pensez-vous des adultes qui mentent ? Là je distingue encore ceux qui se mentent à eux -même et ceux qui mentent aux autres. Est-ce la suite « logique » d’un enfant qui ment ? Merci 🙂

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  6. LILI67

    Merci à vous pour cet article….j’ai l’impression que c’est mon histoire que vous relatez car elle correspond à 100% à ce que je vis actuellement avec mon fils de 11 ans !
    Pour moi, depuis mon enfance, l’échec a toujours été quelque chose à éviter et qui me faisait terriblement peur !
    Aujourd’hui, j’impose la même chose à mon fils…depuis le CM1 (suite à une maîtresse très très sévère), mon fils a accumulé punitions et notes oscillantes…il pouvait rentrer avec des 18 pendant 2 semaines puis enchaîner avec des 2 des 3 etc…et moi derrière, soit je le félicite soit je hurle, punis et m’excite comme une tigresse !
    Mon mari me dit souvent que mon fils a peur de moi…et ca me fait mal rien qu’en l’écrivant, ca me rend triste car je suis une maman qui souhaite tout le bien être pour mon enfant, mais je me rends compte que je suis en train de confiner dans son propre corps et je ne lui permets pas d’évoluer librement.
    PAs plus tard que hier soir, d’où mon commentaire ce matin (car je n’ai pas dormi de la nuit), mon fils m’a caché une mauvaise note et un mot dans son cahier de liaison. BIzarrement, je vois de suite quand il me cache qqchose. Je suis passée par la méthode calme, en parlant avec lui de sa journée, j’ai vu qu’il s’enfoncait et à force de lui avoir tendu la perche et qu’il ne l’a pas saisi, j’ai craqué et je me suis mise dans cet état de férocité que je déteste ! Il a mis 1h30 à cracher le morceau, 1h30 de souffrance pour tous les 2…de pleurs et de crie !
    Je ne veux plus continuer comme cela, j’ai été jusqu’à dire à mon mari hier soir qu’il valait peut être mieux qu’on se sépare pour que je puisse « sauver » mon fils de ma terreur ! J’ai peur aussi de ce que je peux apporter comme mauvais exemple à mes enfants, ma fille de 7 ans suit et je ne veux pas qu’elle devienne comme cela.
    Pourtant je suis consciente de mon problème et de ce que je leur impose, mais sur le moment venu, je relâche prise et je redeviens la tigresse que je déteste !
    Votre article m’interpelle et me dit qu’il faut que je travaille sur moi, mais qu’elle méthode me conseillez vous? la consultation d’un thérapeute? (j’ai du mal à faire confiance, donc je ne sais pas si j’arriverai à en contacter)
    Prendre RDV avec un coach familial?
    Merci pour votre retour… je me dit qu’il n’est pas encore trop tard pour faire pencher la balance même si j’ai déjà fait beaucoup de dégâts psychologique chez mon fils.
    J’attends votre retour.
    N’hésitez pas à me contacter personnellement
    Bien cordialement

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Soyez persuadée que votre agressivité correspond à des données inscrites en vous et que vous pouvez mettre à jour pour vous en débarrasser, dans le cadre d’une thérapie c’est-à-dire d’un travail de connaissance de vous-même et de ce qui vous oblige.
      Je ne vous contacterai pas personnellement parce que je suis persuadé que c’est à vous de faire la démarche, pour vous et vos enfants. Par contre vous trouverez facilement mon adresse mail sur mon site si vous désirez entreprendre un travail avec moi.
      Pour aller plus loin, je vous invite à lire :
      Pourquoi un travail thérapeutique ?
      Comment sortir de sa toxicité de parent ?
      Les racines de la violence

      Répondre
  7. tumaini

    Je viens de lire avec intérêt votre article sur le mensonge. Je me rends compte que la situation que vous évoquez est beaucoup plus complexe qu’il n’y parait. D’un coté, la maman n’aime pas que son enfant mente, c’est la vérité. Mais de l’autre son comportement induit son enfant erreur et le pousse à mentir davantage et culpabiliser et à mentir davantage et ainsi de suite et la maman à davantage perdre confiance en lui. Et si la faute était à la société toute entière qui nous pousse à vivre dans l’apparence et à mentir! je me rends compte que je viens d’un pays où tout le monde a appris à mentir parce que la vérité dérangeait les autorités. Et c’est vraiment comme une maladie dont chaque personne souffre sans savoir d’où vient la cause. Parfois on est obligé de mentir pour ne pas blesser et souvent on en souffre beaucoup parce que l’on n’a pas des moyens efficaces pour meta-communiquer

    Répondre
  8. Renaud Perronnet Auteur de l’article

    Oui, bien sûr, si la vérité dérange les autorités, les citoyens apprennent à mentir pour survivre.
    Il est en effet de la responsabilité d’un parent de ne pas pousser son enfant à mentir donc d’avoir précisément conscience de la manière dont il s’il prend avec lui et de ce qu’il lui apprend par ses attitudes.

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  9. sophie

    bonjour,

    je viens de lire avec interêt votre article sur le mensonge car je cherche des réponses concernant mon fils de 8 ans. Voilà plusieurs années ( un peu plus de 2 ans) qu’il nous dit régulièrement qu’il se fait punir à l’école car un de ses camarades (toujours le même) a menti. Aujourd’hui il a été puni car il lui aurait dit de vilains mots dans la cour de récréation; il a expliqué à la maîtresse que cela n’était pas vrai mais a été puni quand même. Hier il a été puni car il lui aurait donné des coups de pieds. Nous ne mettons pas en doute ses dires et lui demandons à chaque fois de bien nous confirmer qu’il nous dit la vérité et que dans ce cas il peut compter sur nous pour le défendre . Nous sentons que cela commence à être pénible pour lui . Nous avons rencontré plusieurs fois des instituteurs successifs différents auxquels nous avons expliqué le problème, le fait que notre fils n’est pas un ange non plus mais que nous prenons en compte sa demande. Mais cela persiste. A force nous ne savons plus qui croire entre notre fils (qui pourrait vraiment commettre ces actes et qui dit ensuite que cela n’est pas vrai) et son camarade (qui pourrait mentir et inventer des choses dans le but de faire punir mon fils). quelle attitude nous conseillez vous? merci beaucoup
    une maman qui commence à s’inquiéter un peu trop…

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Par delà cette anecdote sur laquelle je ne peux pas me prononcer ne connaissant pas votre enfant, il est intéressant pour vous de remarquer que si vous demandez à votre fils de vous confirmer la vérité c’est bien (contrairement à ce que vous dites) parce que vous mettez en doute ses dires. De même si vous ne savez plus qui croire entre votre fils et son camarade c’est bien que vous mettez en doute ses dires.
      Quelle relation à la vérité avez-vous dans votre famille ? Est-ce une relation menaçante du type « il faut toujours dire la vérité) ? Ou une relation d’aise et de simplicité ?
      Tout cela vous montre donc que vous avez besoin de parler avec lui dans un contexte non menaçant pour lui, mais est-ce possible ?
      En tout cas si vous parlez de la vérité avec lui ce peut être une opportunité pour vous de lui faire sentir que vous lui faites confiance donc de lui permettre de vous la dire sans avoir peur en retour.

      Répondre
  10. Nadège

    Bonjour,
    Je souffre énormément des « mensonges » de mon petit garçon. J’ai pourtant essayé d’être une mère différente de celle que j’ai eue, j’ai toujours voulu être compréhensive, à l’écoute et dans le dialogue. J’ai échoué.
    Mon désir de perfection dans l’éducation de mes enfants, la fatigue et le surmenage ont eu raison de moi.
    Mais il n’y pas que ça, il y a mon caractère parfois virulant et autoritaire.
    L’année dernière, mon fils a été maltraité par certains camarades à l’école. Il a commencé à mentir à cette période, il ne voulait pas me dire quand on le frappait ou quand on le bousculait.
    Cela a entrainé de nombreux conflits avec le personnel enseignant, cela a été une année cahotique.
    Je l’ai changé d’école.
    Il y a quelques jours, il est rentré avec une grosse bosse derrière la tête. Il m’a dit qu’on l’avait bousculé par mégarde. Or, sa bosse est l’arrière de la tête. Je n’ai pas insisté.
    Aujourd’hui, son t-shirt était lacéré au niveau de la manche et sur le devant.
    Je lui ai demandé ce qui s’était passé, il m’a dit qu’il ne savait pas. Je lui ai alors rétorqué qu’il était impossible de ne pas savoir étant donné le type de déchirure.
    Je lui ai demandé s’il avait peur. Il m’a répondu qu’il avait peur que je le punisse. Or, je ne l’ai jamais puni parce qu’il avait abîmé ses vêtements, juste grondé.
    j’ai dû mal à supporter de ne pas savoir ce qui s’est passé. Je ne supporte pas qu’on lui fasse du mal.
    J’ai mal réagi. Je lui dit effectivement qu’il était puni tant qu’il ne me disait pas lé vérité. J’ai honte.
    Je ne sais pas quoi faire.
    Merci de votre réponse
    Nadège

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  11. DEGRES

    Ma fille de 10 ans ment; je le sais. Pour de petites choses j’estimais que ca n’était pas grave.
    A 2 reprises, j’ai fait les frais de ses mensonges en allant essayer de m’expliquer avec les adultes qu’elle accusait.
    Je ne sais pas comment agir , je ne comprends pas et surtout je culpabilise tellement ……
    quoi faire ?

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      On dirait que vous n’avez pas lu mon article !
      Ce n’est pas vous qui êtes une adulte mais elle qui fait les frais de ses mensonges parce qu’il y a quelque chose qui ne va pas chez elle. Votre petite fille de 10 ans vit dans la peur.

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