Arnaud Desjardins disait :
« Il ne faut pas dire : “Les nuages sont devant le soleil”
mais : “Les nuages sont devant mes yeux.” »
Cette distinction apparemment simple contient une intuition philosophique essentielle : ce qui obscurcit notre conscience n’est pas la réalité elle-même, mais seulement notre manière de la percevoir.
Ainsi nous croyons spontanément que nos peurs, nos conflits intérieurs, nos pensées ou nos émotions altèrent le réel, comme si les nuages pouvaient réellement masquer ou même éteindre le soleil. Pourtant, le soleil demeure intact ; seule notre vision en est momentanément voilée.
L’illusion fondamentale consiste alors à attribuer une réalité absolue à des phénomènes transitoires. Nous donnons une permanence à ce qui n’est qu’un mouvement passager de la conscience : une pensée, une émotion, une inquiétude, une projection. En les prenant pour la réalité elle-même, nous devenons dépendants de leurs fluctuations et vulnérables à leurs apparitions.
La démarche philosophique et spirituelle consiste dès lors à déplacer notre regard : comprendre que l’obscurité appartient à notre perception et non à l’être lui-même. Les nuages ne sont pas devant le soleil, ils ne peuvent pas l’obstruer ; ils sont simplement dans le champ de notre vision.
Celui qui accède à cette compréhension voit alors son rapport à l’existence se transformer en profondeur. Ce qu’il vivait autrefois comme une menace lui apparaît désormais comme un phénomène passager, une illusion qui peut être dissipée. Ce qui semblait l’avoir atteint au plus intime de lui-même, n’était qu’un voile éphémère qui avait traversé sa conscience sans jamais avoir altéré la lumière.
C’est alors que peut émerger une véritable équanimité : non pas due à l’absence de nuages, mais à la certitude intime et transformatrice qu’aucun d’eux n’a jamais eu le pouvoir de masquer le soleil.
« Certains jours, nous voyons seulement quelques légers nuages dans le ciel, d’autres jours le ciel est entièrement couvert ; et pourtant, n’importe quel avion qui décolle et s’enfonce dans la couche de nuages débouche toujours, au bout de quelques minutes, sur ce glorieux ciel bleu et lumineux. Ceci pour rappeler que, quelle que soit notre condition du moment – excité, heureux, déprimé, désespéré, furieux, plein d’amour pour les autres, le cœur fermé -, un peu plus profondément en nous cette perfection absolue, purement lumineuse, règne toujours. »
Lama Denys Teundroup Rinpoche dans un « dialogue à deux voies »
avec Arnaud Desjardins
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- Subjectivité
- Sommes-nous prisonniers de nos perceptions ?
- Voir les choses telles qu’elles sont : la leçon des feuilles
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