Schéma

Réflexion n° 40 :

Dans le travail de connaissance de soi, on est amené à appeler l’entrelacs de pensées et d’émotions négatives qui trouvent leur sens dans notre passé un « schéma ».

C’est au moment où nous nous apercevons que nos schémas structurent l’ensemble de nos comportements que nous pouvons nous sentir mobilisés pour nous en débarrasser et commencer ce qu’il est convenu d’appeler un « travail sur soi ».

C’est ainsi que la chanteuse et poétesse, Portia Nelson, a été amenée – dans Autobiographie en cinq actes – à décrire les différentes étapes qui mènent de l’inconscience totale à la conscience, ce qui peut nous aider si nous aspirons à nous dégager de nos schémas :

  1. Je marche dans la rue. Sur le trottoir, il y a un grand trou. Je tombe dans le trou. Je suis perdu, désespéré. Ce n’est pas ma faute. Je mets une éternité à trouver la sortie.
  2. Je marche dans la même rue. Sur le trottoir, il y a un grand trou. Je fais comme si je ne le voyais pas. Je retombe dans le trou. Non ! Ce n’est pas vrai ! M’y voilà encore ! Ce n’est pas possible ! Mais ça n’est pas ma faute. Je mets encore longtemps à trouver la sortie.
  3. Je marche dans la même rue. Sur le trottoir, il y a un grand trou. Je vois le trou. Je tombe encore dedans. C’est devenu une habitude. Mes yeux sont grands ouverts. Je sais fort bien où je suis. C’est ma faute. Je trouve immédiatement la sortie.
  4. Je marche dans la même rue. Sur le trottoir, il y a un grand trou. Je le vois. Je le contourne.
  5. Je marche dans une autre rue…

Les 5 stades de la libération de l’un de nos schémas peuvent donc être synthétisés ainsi :

1) Le stade de l’inconscience complète :

Totalement ignorant du concept même de schéma, je marche mécaniquement et sans la moindre vigilance dans la rue, c’est alors que je tombe mécaniquement dans le trou qui est pourtant devant moi, sur le trottoir. « L’homme est comme une marionnette dont les stimulations extérieures tirent les fils », disait G.I. Gurdjieff.

Je souffre et – incapable de comprendre ce qui m’arrive – je me vis comme la victime impuissante du monde extérieur, je ne peux donc que me débattre vainement dans mon malheur en étant totalement inconscient de toute possibilité d’évolution.

2) Le stade de la reconnaissance du problème :

Je marche toujours mécaniquement et retombe donc dans le même trou puisque les mêmes causes produisent les mêmes effets. Je m’indigne alors de la répétition de mon comportement, je suis même dans un déni de réalité (« ce n’est pas possible ! ») Je suis toujours malheureux et aveugle, mais en en ayant assez de l’être, je me pose des questions primordiales (qui suis-je ? pourquoi cela m’arrive-t-il ?) donc j’en suis au moment où je m’apprête à prendre conscience qu’il y a une relation entre moi et ce qui m’arrive.

3) Le stade de la prise de conscience du schéma :

Je prends conscience de la réalité de mon schéma et de ma croyance, avec lucidité, je vois les choses telles qu’elles sont sans illusion ni désespérance, donc je commence à prendre la responsabilité de ma propre existence. Je ne suis plus dupe de moi-même puisque, grâce à ma vigilance, je vois le lien flagrant qui existe entre la manière dont j’agis et ce qui m’arrive. Quand je retombe dans mes vieilles habitudes de non vigilance, je ne culpabilise plus, au contraire je trouve cela « intéressant ». C’est ainsi que je parviens à moins souffrir.

4) Le stade de la pratique consciente :

Devenu vigilant et conscient de l’existence active de mon schéma dans ce qu’il m’oblige à faire ou à être, je m’applique à ne pas lui obéir et m’y appliquant (pratiquant), j’obtiens des résultats. C’est alors que je m’en dégage peu à peu.

5) Le stade de l’autonomie :

Grâce à ma vigilance, je suis devenu libre de mon schéma qui n’agit plus sur moi. De plus en plus conscient de moi et de la manière dont je fonctionne, je n’agis plus « en réaction » mais d’une manière autonome et créatrice en étant clairement conscient de mes besoins.

A moins que je ne rencontre un autre de mes schémas…

« À force de vous exercer, des changements se produisent dans vos circuits cérébraux et les mêmes types de situations ne produisent plus les mêmes types de réactions. » écrit Arnaud Desjardins.

© 2015 Renaud & Hélène PERRONNET Tous droits réservés. 

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15 réflexions au sujet de « Schéma »

  1. Marie

    Je comprend Farouz même si j’ai appris qu’on n’était pas là pour faire le bonheur de nos parents il faut une force énorme pour penser à soi et ne pas se focaliser sur le fait de rendre heureux nos parents à nos dépens en même temps quand on a entendu et compris ça toute sa vie, il faut du temps. En fait, je pense qu’on devrait faire une thérapie avant d’avoir des enfants.

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  2. Muriel

    Bonjour,
    merci de m’avoir invitée sur cette réflexion qui, je dois le dire, résume à elle seule, l’ensemble de mes problématiques. C’est très intéressant et important de lire et relire ces étapes autant de fois que nécessaire, peut-etre toute sa vie parfois…
    Se libérer d’un schéma est compliqué et rarement linéaire, quand je crois y etre enfin parvenue, paf, une situation inédite me ramène en arrière comme un élastique à la patte ! Et comme en matière de schémas, mon petit cerveau en possède à revendre, je fais sans cesse des « sauts de puce » de l’un à l’autre, c’est d’un fatigant de ne jamais pouvoir baisser sa garde …
    Que ce serait plus simple de se laisser exister sans se demander sans cesse si ce n’est pas encore un de ces imposteurs qui parle à ma place.
    Mais je ne peux ni ne veux renoncer à ces efforts, meme si je m’autorise parfois à ne pas en faire car trop épuisée par cet exercice mental et émotionnel. Je sais bien que le travail sur soi porte ses fruits à la longue, meme si je doute d’arriver un jour à la perfection que serait la liberté complète.
    L’inconscience de toute façon m’assène des retours de batons bien trop forts pour que je renonce durablement à mon état de vigilance.
    Merci, monsieur Perronnet pour cette piqure de rappel. Des trous, il y en a tellement sur mon chemin que j’accueille avec reconnaissance les balises que des personnes comme vous veulent bien poser pour m’aider à en éviter quelques uns. Et si vous « me voyez un peu » c’est encourageant, « on progresse »! LOL.

    Je vous adresse tous mes encouragements fraternels Farouz, quand le processus de prise de conscience est engagé, on se sent tout de meme mieux car on commence à voir un peu de lumière dans le brouillard des émotions floutées par un pesant passé. Bien à vous.

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  3. Freyja

    Merci pour ce rappel. Je me suis abonnée à vos réflexions et chacune d’entre elle me fait un bien fou.

    Je connaissais cette histoire de la rue et du trou, et dans mes souvenirs, tout s’arrêtait au stade 4.
    J’évite de tomber.
    Et puis ce matin, je lis que je peux changer de rue. Ah m…., mais c’est bien sûr !!!!
    J’ai ri toute seule. Les écailles me sont tombées des yeux. Une fois de plus, le nez dans le guidon, je n’ai pas vu plus loin.
    Le feu passe au vert, merci.

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  4. Djam

    Je vais avoir 40 ans et je stagne au 3ème stade du schéma: je vois le trou, je pense à chaque fois que je vais pouvoir l’éviter, et je tombe dedans…
    Je sais depuis toujours que le problème majeur est mon manque de confiance en moi installé depuis mon enfance. J’ai dû m’éloigner de mon milieu familial pour pouvoir me réaliser ( m’aimer, me marier, reprendre mes études, faire un bébé…), toutes ces choses que l’on me disait impossible pour moi trop moche, trop conne, trop grosse… J’ai tellement fini par y croire que, même en ayant réalisé mes rêves, je reste bloquée. Ces bloquages semblent se voir sur mon front car je me retrouve constamment face à des gens mal à l’aise avec moi, je me retrouve seule, avec peu d’amis et des collègues qui ne me parlent que peu, mais passent leur temps à échanger leurs ressentis entre eux, et avec le directeur de l’école où je travaille. Résultat : le directeur, harceleur notoire, m’a poussée à bout, a tenté de m’intimider physiquement et je suis en arrêt maladie. Voulant me défendre pour lui signifier que je ne supporte plus ses agissements ( j’ai donc mis des limites, mais trop tard???), j’ai alerté le plus d’instances possibles et ce sont les collègues qui soutiennent le directeur… Donc je me retrouve encore plus seule…
    Je suis devenue institutrice à 31 ans, certaine de mon choix et j’en suis heureuse. Mais alors où est-ce que je me suis trompée? Où est l’erreur? Je pense sincèrement qu’une autre ecole ne sera pas la solution. Alors quoi’???

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Pour vous répondre, j’aurais besoin de vous écouter beaucoup plus longuement et de vous questionner. Désolé mais comme il m’arrive régulièrement de le préciser, on ne peut pas faire un travail thérapeutique sérieux en répondant à des commentaires sur internet…
      Je vous invite donc à vous impliquer auprès d’un thérapeute de confiance.

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  5. Léa

    Bonjour,

    Je pense comme Marie.
    Pour ma part, hormis une petite enfance heureuse, j’ai dû faire face à l’immaturité de « mes parents », qui me hurlaient, buglaient dessus quand ce n’était pas en plus des empoignades, des baffes.
    Tout en me disant et me répétant à d’autres moments de ma vie qu’ils m’aimaient plus que tout.
    Et un grand frère qui a eu le même comportement qu’eux à mon égard.
    J’ai été abusée émotionnellement très (trop) jeune et cela a fait un maximum de dégât. Femme, j’ai été par la suite abusée sexuellement, à plusieurs reprises et ai fait x tentatives de suicide.
    J’ai vu une psy pendant 10 ans puis j’en ai vu d’autres.
    J’ai été internée. 20 ans après, je me demande encore comment ces psy qui me voyaient aller très mal pouvaient aussi me dire que je m’en sortirais…tout en me sortant pas de cet environnement complètement toxique.
    Beaucoup de personnes m’ont laissée pour morte et m’ont abandonnée.
    J’aimerais reprendre un travail psy, un jour. Mais, j’ai tellement de mal à tolérer mon histoire et j’ai tellement dû me taire car sinon j’étais punie et je suis tellement encore tourmentée par le comportement des psy qui pour moi n’ont fait que se protéger, me laissant à mon désespoir, que je ne me sens pas prête du tout.
    J’en veux beaucoup trop aux psys de n’avoir pas alerté les autres membres de la famille ou les services sociaux et aucun(e) d’elles.eux ne m’a mis à l’abri, ne m’a protégée. C’est horrible rien que de l’écrire.
    Merci de m’avoir lue. (J’en suis au stade 3 notamment par mon travail psy d’avant et mes très très nombreuses lectures).

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  6. Marina

    Très instructif mais difficile à contrôler. Je connais bien mes souffrances, je sais que je ne suis pas responsable de l’attitude de mon frère – notre mère était toxique – paranoïaque, bipolaire elle n’aimait pas ses enfants et me l’a dit et redit quand je me suis obstinée pendant 60 ans à venir la soutenir dans ses souffrances en supportant mal ses méchancetés verbales- et mon frère est toujours dans la colère contre moi (jalousie ?il est encore dans le déni) ce qui me provoque des contractures avec migraines insupportables. C’est un fait difficile a accepter quand j’ai tout fait pour que nos enfants aient une grand mère présentable, j’ai cherché à rompre le cycle de la méchanceté (tante haineuse aussi au-delà de la mort) ou alors je cherchais l’amour impossible d’une mère.
    Elle est morte, grâce à vous je m’avoue qu’elle était toxique, je ne le voulais pas le savoir, bien que mon enfance ait été massacrée. Mon corps a du mal à dépasser l’étape 2 alors que j’ai toujours eu conscience de mon innocence.
    Y a-t-il d’autres schémas qui emprisonnent ?

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  7. Marina

    Merci, c’est passionnant ! Une question se pose : Peut-on partager la découverte d’un schéma avec son enfant devenu adulte, parler des difficultés qu’on a eu ? Ou bien est-ce inapproprié de se justifier à vis des personnes qu’on aime ? On les a forcément blessé quelque part. C’est à eux de trouver tout seul par rapport à ce qu’ils ont vécu ?

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