Limites

Réflexion n° 39 :

La violence, l’exploitation et le harcèlement existent objectivement. Et il est frappant de remarquer à quel point ceux qui les subissent – à leur travail ou dans leur couple – sont désorientés quand on leur parle de « mettre des limites » à leurs prédateurs.

Ceux qui ont appris à vivre dans la peur et la soumission ne savent pas faire autrement que d’obéir à ceux ou celles qui les harcèlent et vont même jusqu’à croire que laisser les autres les humilier sans « tracer la ligne à ne pas dépasser », est la preuve qu’ils sont « gentils ». Or il s’agit bien de faiblesse et de lâcheté dues à la peur.

Tout être humain a le droit d’utiliser ses forces pour se défendre et donc doit commencer par apprendre à reconnaître ce qu’est un rapport de forces.

Michel Vaujour, braqueur connu pour ses évasions spectaculaires, affirme dans son ouvrage, Ma plus belle évasion : « Quand le regard de l’adversaire détermine notre attitude, alors on a perdu. »

En effet, tant que nous sommes sur la défensive, nous laissons l’initiative à l’autre. Dans certains contextes relationnels, pour ne pas nous laisser dévorer, il nous faut trouver notre système de défense, donc « prendre l’initiative » de poser clairement des limites à l’autre « avant » qu’il ne soit trop tard.

Il s’agit de sentir en étant à l’écoute de soi-même à quel moment dire STOP. Le mieux, c’est d’agir dès la première manifestation du comportement malveillant de l’autre, dès les premières insultes par exemple.

Avant les premiers coups. Ne jamais le (la) croire quand il (elle) promet que ça ne se reproduira pas.

L’analyste jungienne Lily Jattiot affirme : « Les deux dimensions de la vie sont à la fois l’espace pour être (le féminin) et les limites (le masculin) pour que les choses se transforment. »

Le féminin et le masculin en chacun de nous !

Ces deux dimensions que sont le féminin et le masculin sont absolument nécessaires à la perpétuation de la vie. La loi (affirmée par la dimension masculine) est le garant de la vie. S’il n’y a pas de convention sociale, c’est-à-dire pas de loi, nous en sommes réduits à la loi de la jungle qui est la loi la plus archaïque : la loi du plus fort.

Dans une relation juste et équilibrée, « mettre des limites » quand c’est nécessaire, c’est faire en sorte d’arrêter le prédateur en se situant fermement face à lui et, si c’est au-dessus des forces de celui qui a toujours réagi en victime, cela peut être en mettant de la distance avec lui (en fuyant), juste pour que la maltraitance cesse.

Il est totalement légitime pour un être humain de trouver la force et le courage – héroïques parfois – de mettre fin au comportement d’un prédateur ou de s’y soustraire et c’est avec sa dimension masculine qu’il y parviendra.

Ce qui permettra à la victime potentielle de garder sa dignité en évitant d’avoir recours à des actes destructeurs tels que la toxicomanie, l’alcoolisme ou le suicide.

© 2015 Renaud & Hélène PERRONNET Tous droits réservés.

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24 réflexions au sujet de « Limites »

  1. Brigitte

    Merci Renaud. Je me reconnais tellement dans l attitude de peur. Je viens d’imprimer que fuir n’est pas bouder… Autrement dit : Me protéger peut passer par la fuite, la mise à distance… Ouf !

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  2. Alexandra

    Bonjour,
    Merci pour cet article très intéressant.
    En le lisant, j’ai eu la réflexion un peu inverse en pensant à ma relation avec mon mari, relation qui se détériore peu à peu, pas de violence mais un éloignement insidieux dont ni l’un ni l’autre ne sait quoi faire.
    La lecture du 2ème paragraphe de votre article m’a fait réagir. Mon mari (tout comme son père) est un « gentil » qui ne sait pas poser de limites. Et parfois je sens dans mon comportement que je vais trop loin (quand je suis angoissée, fatiguée etc..) mais le fait de l’avoir en face de moi sans réaction fait qu’il y a comme quelque chose en moi qui me dit, « mais va voir jusqu’où il faut aller pour qu’il se mette à se respecter et qu’il ose dire STOP! » C’est déroutant d’être face à quelqu’un qui ne réagit pas!
    J’imagine que c’est aussi le cas pour nos enfants. Je suis moi aussi en plein chemin d’arriver à poser mes limites dès que leur comportement commence à ne plus me convenir et non pas quand ils les ont joyeusement dépassées et que j’explose parce que je me suis respectée beaucoup trop tard…
    Oui, la gentillesse et l’amour, ce n’est pas tout accepter. Montrer que l’on s’aime soi-même suffisamment pour prendre soin de soi en posant des limites à toute personne qui nous empêche de vivre sereinement, voilà qui doit être rassurant pour un enfant…
    Très bonne journée à tous!

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  3. Marie

    Donc on n’a une partie masculine pour poser des limites et une partie féminine pour écouter et si on écoute trop notre partie féminine on ne sait plus mettre de limites, c’est ça ?
    La peur c’est faiblesse et lâcheté d’accord mais si on nous explique que la personne en face a raison d’être méchante, c’est notre cerveau qui prend le dessus et nos émotions qui s’écrasent du coup on n’est plus rationnel, vu qu’on écrase notre colère. Au fond, il faut apprendre à gérer notre colère pour ne plus avoir peur. Quand on ne sait pas gérer notre colère certaines personnes sont violentes avec les autres d’autres s’écrasent et sont donc violentes avec elles et ne se respectent pas. Au final, il faut apprendre à gérer notre colère et il faut la réapprivoiser quand on l’a écrasée pour pourvoir mettre des limites et apprendre à vivre mais ce n’est pas chose facile quand on a appris que la colère pouvait être violence.
    Donc, si on écrase notre côté masculin par peur on ne peut pas mettre des limites, tout est dans le juste milieu, pas facile, il faut réapprivoiser le côté masculin.

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  4. delphine

    Bonjour,
    Votre réflexion me parle étant donné que pour moi, c’était le terme « se protéger » que je ne comprenais tout simplement pas… je ne pouvais pas concevoir que l’on puisse me vouloir réellement, gratuitement, du mal.
    Puis suite à la rencontre avec une femme manipulatrice narcissique, qui a tenté de me détruire, dans mes valeurs, ma joie de vivre, etc, j’ai réussi à « intégrer » ces notions de se protéger, poser des limites, avoir le droit de dire non. Parce que ce n’est pas qqch qui est donné à tout le monde naturellement.
    Mais on apprend…. du coup je suis bien plus sensible et attentive au respect d’autrui. Merci pour vos articles !
    Delphine

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  5. marie

    Pas simple…Mais je viens d’essayer.. Maintenant, j’inverse les rôles et je me pose la question: Est-ce que moi, je ferais cela à l’autre? Si la réponse est NON, je n’accepte pas.

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  6. Eva

    Bonsoir,
    Je ne sais jamais comment me situer face à ce genre de propos. Je me sens coupable, comme si c’était à cause de moi que j’ai pu être exposée à la violence. La violence et la brutalité me paralysent, me sidèrent et je n’ai jamais su me protéger. Aujourd’hui, j’y arrive en limitant le plus possible les relations. C’est déjà un progrès car, effectivement, je ne suis plus exposée à la violence. La peur est paralysante et, depuis que je parviens à ne plus la ressentir, ma vie est beaucoup plus agréable.
    Eva

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    1. delphine

      Bonjour Eva, je me souviens très bien comme je m’en voulais de m’être laissée manipuler et rabaisser par cette personne.
      On s’en veut de n’avoir su se défendre. Si on avait été autre, on aurait su, on aurait pu. etc 😉
      Mais une fois qu’on a compris pourquoi on n’avait pas été « équipés » pour se défendre, on peut aussi avoir un regard plus bienveillant sur soi… .
      Je me souviens aussi de cette « sidération » qui nous rend tellement incapables de nous défendre… stupéfaits, paralysés… mais une fois qu’on parvient à prévoir ces irruptions de violence ou de méchanceté chez l’autre, on peut éviter cette espèce de paralysie, prendre une distance et se dire « ah tiens il/elle recommence, cette fois je vais lui dire ce que je pense.. ».
      Voilà…. bonne continuation à vous !

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  7. delphine

    Petite remarque en passant, après avoir lu l’entretien mentionné par Marie, très intéressant en effet : j’avais remarqué, en lisant au sujet des manipulateurs narcissiques, que la très grande partie des articles font références à un manipulateur « homme » – la très grande majorité des témoignages aussi. Alors que (je suis bien placée pour le savoir !!) une femme peut aussi être terriblement dangereuse quand elle a ce profil psychologique là.
    C’est là où je rejoins ces histoires de masculin/féminin : le féminin est toujours vu comme plus doux, moins agressif, plus maternel, et du coup, on se méfie moins – on a moins tendance à voir une femme comme agresseur potentiel. Voilà….

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  8. Marie

    Pour moi mais c’est dû à mon vécu les femmes se défendent par l’intelligence et les hommes par les coups.
    Mais en lisant l’entretien, j’ai compris qu’un homme pouvait avoir une partie féminine plus grande que masculine.
    J’ai l’impression que notre partie masculine serait celle qui arriverait à mettre des limites quand on ressent que nos émotions nous disent stop et la partie féminine serait notre intellect.
    C’est pour ça qu’un homme et une femme détiennent tous les deux une partie féminine et masculine, l’intellect et les émotions qui nous disent stop et si on écrase une partie des deux il y a un déséquilibre. C’est pour ça qu’un homme ou une femme peuvent être manipulateur. Après, peut être que j’ai compris cet entretien par rapport à mon vécu.

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  9. Chris

    J’aimerais trouver une technique pour dire stop, non pas à la violence, mais au mépris hautain, au refus du dialogue. A part couper les ponts, je n’ai rien trouvé d’autre; et cela ne permet pas de se faire entendre.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Ce n’est pas une « technique » qui vous permettra de changer ou de faire évoluer « ce que vous êtes ». Pourquoi voulez-vous vous faire entendre de qui ne vous entend pas ? Ou plutôt regardez en vous quelle est la part de vous-même qui est tellement sensible au refus du dialogue et au mépris. Donnez-lui la parole, que dit-elle ?

      Répondre
      1. chris

        En l’occurrence , il s’agit de mon petit frère. Je me sens totalement niée dans mes valeurs et mes convictions, j’ai le sentiment d’être envoyée dans le néant. Je limite nos rapports au maximum; mais je suis incapable de me comporter avec lui comme il se comporte avec moi; j’essaie toujours d’être malgré tout gentille et de trouver un terrain d’entente, mais cela ne fonctionne vraiment pas.

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        1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

          Oui, c’est bien ce que je constate aussi, vous essayez toujours d’être « gentille » alors même que l’autre vous maltraite. C’est ce paradoxe là que je vous invite à chercher à comprendre chez vous.
          Qu’est-ce qui – en vous – vous empêche de lui mettre les limites alors que ce serait parfaitement légitime ?

          Répondre
        1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

          « Aller plus loin », c’est oser mettre en acte ce que l’on a compris et qui nous semble légitime.
          Là encore, vous pouvez regarder en vous-même pour découvrir ce qui vous empêche (quelles inhibitions ?) de vous protéger comme de vous défendre.

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  10. BIB

    j’avais mis de la distance avec mon père, mais ses invitations à nous revoir me poussaient à lui répondre, et hier j’ai craqué,je l’ai appelé. il a une façon de voir les choses particulières… je sens au fond de moi qu’il me maltraite qu’il ne me respecte pas, mais il m’affirme qu’il n’agit que parce qu’il m’aime. Il utilise les événements, et manie ce qu’on lui dit avec agilité pour me montrer par A+B que c’est moi qui interprète les choses pas comme il le faut.il dit que je le fais culpabiliser : ce que je fais , ce que je dis, ce que je ressens… :de toute évidence je ne suis pas ce qu’il aimerait que je sois! Et comme je suis fragile en ce moment (pas très optimiste sur mon sort…), et bien je préfère encore laisser mon père me détruire que de culpabiliser parce que selon lui je ne fais rien pour être capable de vivre avec les autres. Je suis complètement cassée et en souffrance psychologique mais que faire , par où commencer? (je n’ai pas été battue, maltraitée physiquement, mes parents m’ont toujours donné tout ce qu’il me fallait et même plus qu’à mes soeurs…) Alors pourquoi diable ne me sens je pas respectée et aimée? est ce tout de penser que si je n’ai pas confiance en moi c’est parce que mes parents ont toujours un soupçon quant à ma réussite éventuelle, quant à ma parole (est ce bien vrai ce qu’elle nous raconte?). Mon père me reproche de ne jamais savoir dire merci ni de jamais rien donner : alors j’ai dit merci, et pardon. Et lui de me répondre, touché au coeur « mais c’est normal pour des parents de faire certaines choses pour ses enfants! » pour me signifier un peu plus que mes merci n’ont pas de poids, pas de valeur, que c’est lui qui dirige la barque…je lui avais demandé de me décrire les qualités qu’il voyait chez moi…ah ben non, il l’a pas fait, non, il m’a dit « t’es très intelligente….pour tourner les choses à ton avantage » dommage j’y ai cru! Bon enfin… je sais que mes efforts sont vains et que je ne le changerai pas mais j’aurai au moins pour moi le fait de ne pas lui faire subir ce qu’il me fait endurer. Lâche et faible, oui, peut être…

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Oui, la plupart des parents pensent agir « pour le bien » de leur enfant et ce n’est pas pour cela qu’ils le font.
      La question pour vous est d’oser regarder de beaucoup plus près afin de le connaître et de le comprendre, le mécanisme qui fait que vous cédez aux avances d’un homme qui visiblement vous maltraite psychologiquement.
      Si – comme vous le partagez – vous « préférez encore le laisser vous détruire et culpabiliser » c’est parce qu’il a, à travers ses maltraitances, peu à peu détruit tout sens de votre propre dignité.
      Retrouver confiance en vous-même sera donc oser affronter votre mauvaise conscience à lui résister.

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  11. Marie

    A chaque fois que je lisais cet article je m’arrêtais sur le mot faiblesse mais ça y est j’ai compris. Quand j’étais petite et que j’étais gentille on me disait que j’étais faible mais en fait ma faiblesse c’est d’avoir cru que pour qu’on m’aime il fallait se laisser faire, par peur de ne plus être aimée alors qu’en fait il faut juste s’écouter, s’aimer avec douceur si on en a envie d’aimer le bleu aujourd’hui on a le droit et si demain c’est le rose c’est pareil, en fait c’est ça d’avoir de la personnalité c’est de s’écouter avec gentillesse et quand on y arrive et on laisse les autres faire leur vie.
    Merci, merci pour cet article qui m’a fait avancer.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Quand vous étiez petite fille vous ne pouviez pas faire autrement que de le croire. Mais aujourd’hui, l’adulte en vous peut enfin voir les choses différemment en effet…
      Oui, on appelle aussi cela « être soi-même », c’est-à-dire en lien avec son vrai soi.
      Vous pouvez aussi lire ce commentaire et mes réponses.

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  12. Marie

    En fait, ce que je comprends c’est de repérer dans ma vie actuelle ce qui me fait peur, ce qui m’empêche d’avancer qui me fait souffrir des croyances qui viennent de mon enfance et d’essayer de me raisonner de voir que cela est disproportionné de le faire avec bienveillance à plusieurs reprises et j’aurai réussi à guérir mes blessures en fait d’accueillir cette partie qui souffre, pour résumé il faut que j’accepte de prendre du temps pour réapprendre. Ce qui est positif dans tout ça c’est qu’une fois que j’y serais arrivée, j’aurais une plus grande capacité à comprendre les autres.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Pour guérir de vos blessures émotionnelles, le raisonnement ne sert pas à grand chose… par contre vous ouvrir (en lui devenant vulnérable) à la part de vous-même qui a été blessée vous permettra de la rencontrer et de l’apaiser peu à peu.
      Ce qui est positif dans tout cela c’est que quand vous vous serez ouverte à vous-même, vous ne pourrez plus faire autrement que de comprendre et vous ouvrir aux autres.

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  13. Marie

    Je vous remercie, je me rend bien compte qu’il y a une part de moi qui ne veut pas lâcher du coup elle a trouvé refuge dans la raison avec un peu trop d’excès, j’avais l’impression que grâce à cela je pouvais me protéger mais c’est la peur qui est dure à affronter, d’être vulnérable, d’accepter d’être faible est pour moi un mot très dur, il va falloir que j’accepte de casser petit à petit ma carapace sinon je vais rester bloquer. Je vous remercie.

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