Mon psy ne me respecte pas, est-ce grave ?

Question de Manu :

Mon psy me parle régulièrement de ses autres patients et de sa famille.

Nous vivons dans un coin de campagne peu densément peuplé. Je n’aime pas qu’elle le fasse : je le ressens comme une perte de temps, comme une digression et j’ai peur qu’elle me parle de quelqu’un que je connais. Jusque-là je me racontais qu’elle savait ce qu’elle faisait. Lors de notre dernière séance elle a parlé d’un jeune que j’ai reconnu en quelques mots parce que sa situation est très particulière. J’ai commencé par faire ce que je fais d’habitude : regarder ailleurs et attendre qu’elle change de sujet. Mais elle a commencé à répéter des choses qu’il lui a dite en séance. Alors je lui ai demandé d’arrêter parce que je savais de qui elle parlait. Elle a fait mine de me gronder et elle a continué.

C’est grave, non ?

Mes pistes de réponse :

Souvent nous ressentons la vie comme grave et cruelle quand elle nous propose des situations avec lesquelles nous nous sentons mal à l’aise parce qu’elles nous mettent au défi de nous-mêmes.

Dans la mesure où vous vous interrogez toujours – sans la remettre complètement en cause – sur la légitimité de votre psy à avoir agi comme il a agi, on comprend que vous vous sentiez troublée et inhibée face à un comportement inapproprié et finalement maltraitant.

Vous le savez, un psy est tenu au « secret professionnel », le comportement du psy que vous décrivez-là n’est pas un comportement de psy, ou si vous préférez c’est un comportement de « psy d’opérette » qui utilise ses patients inconsidérément pour se faire plaisir. Ce comportement est un comportement totalement inapproprié donc fautif, il est un manquement grave à l’éthique professionnelle.

En même temps seul votre psy a la possibilité de savoir pourquoi il agit comme il agit, mais pour cela il lui faudrait avoir accès à ses propres sentiments, ce qui ne semble pas être le cas puisqu’elle botte en touche quand vous l’alertez.

En réalité nous sommes toujours légitimes à obéir à ce que nous nous sentons devoir faire quand on ne nous respecte pas et plus particulièrement avec notre psy puisqu’il est la personne dans laquelle nous avons consenti à mettre notre confiance.

Plus largement, il faut comprendre ici qu’il est parfaitement normal que les problèmes interpersonnels d’une personne finissent par se manifester dans le ici-maintenant d’une rencontre thérapeutique. C’est ainsi qu’un patient qui ne sait pas gérer l’abus pourra se retrouver à un moment ou à un autre dans sa thérapie avec la sensation que son psy l’abuse. Si la relation est correctement établie, ils pourront profiter ensemble de cette opportunité pour travailler.

Mais cela est rendu impossible si la relation n’est pas établie, si le transfert n’est pas en place, ce qui semble être votre cas puisque votre thérapeute ne vous entend pas.

Dans un tel contexte, il serait intéressant pour vous de découvrir ce qui vous a obligée, à l’occasion de ce comportement inapproprié, à regarder ailleurs comme si rien ne s’était passé. Vous attendiez-vous à ce que « regarder ailleurs » comme vous dites faire d’habitude, l’alerte ? Auquel cas remarquez bien que ce n’est pas ce qui s’est passé.

Est-ce un comportement récurrent chez vous que – plutôt que de mettre une limite claire à un comportement que vous sentez abusif – de tenter de montrer à celui qui vous abuse que vous vous sentez gênée par son comportement ?

Découvrir en vous les causes qui font que vous avez enduré et supporté que votre psy – à qui vous donnez votre argent – donc une partie de votre énergie, vous « gronde » comme un enfant ? Il serait intéressant de mettre au jour ce que vous vous êtes dit à vous-même au moment où elle vous a grondée, vous montrant par là-même qu’elle ne vous comprenait pas dans ce que vous cherchiez à lui dire.

Un psy qui gronde est dans l’abus de pouvoir parce qu’il profite de la vulnérabilité de son patient pour le dominer.

La réalité c’est que vous êtes une femme adulte, vraisemblablement en souffrance puisque vous consultez, que vous payez un professionnel pour qu’il vous écoute et vous propose des pistes de compréhension de vous-même.

Il serait donc parfaitement juste de votre part de ne pas tolérer que celle qui a pour mission de vous écouter avec bienveillance vous sermonne.

Dans un tel contexte, il peut être légitime pour vous de changer de psy sans nécessaire explication. De même qu’il serait légitime de ne pas tolérer une seule seconde un psy séducteur qui ferait allusion à son goût personnel à votre égard.

D’une manière générale, si vous estimez que votre psy est ambigu avec vous, vous avez le droit de le lui dire en même temps que de quitter le lieu dans lequel vous avez vécu cette ambiguïté. Cela revient à réaliser que vous avez – bien sûr – le droit de vous protéger de celui dont vous attendez de l’aide.

La très grande majorité des psys est honnête et consciente de son rôle, et en même temps vous devez comprendre et admettre que toute relation (même une relation d’aide), peut donner lieu à des dérives inacceptables. La relation à son thérapeute n’y fait pas exception.

Votre psy maltraite l’intimité de ses patients en la divulguant à d’autres. Remarquez aussi qu’en divulguant l’intimité des autres à vos oreilles elle induit chez vous la crainte (consciente ou inconsciente) qu’elle puisse divulguer votre propre intimité aux oreilles des autres.

Comment – dans un tel contexte – pourriez-vous continuer d’entretenir avec elle une relation de confiance nécessaire au travail thérapeutique qui demande une transparence totale ?

Vous avez donc pleinement le droit de ne pas consentir à votre propre maltraitance en même temps que de sentir votre légitimité à le faire en vous appuyant sur vous-même.

Quand vous ressentez qu’une personne à qui vous avez donné votre confiance en profite pour se servir de vous, vous avez à la fois le droit et le devoir d’y mettre un terme.

Comme vous l’exprimez avec lucidité : « Jusque-là je me racontais qu’elle savait ce qu’elle faisait. » Mais maintenant il devient juste pour vous de ne plus vous raconter qu’elle sait ce qu’elle fait, puisque vous avez conscience qu’elle est dans la confusion, donc de mettre en doute ce que vous vous racontiez à vous-même et qui vous empêchait d’agir. Cela revient à vous appuyer sur votre doute pour agir en prenant la mesure que vous vous sentez de prendre.

Pour cela vous aurez besoin de mettre au jour vos éventuelles réticences à le faire en les regardant en face. Quelles pensées jaillissent ? Que vous dites-vous à vous-même ? À quelles pensées inhibitrices obéissez-vous ? À votre peur du conflit ? À votre manque d’assurance ? À votre honte de vous-même par rapport à ce qu’elle va penser de vous ?

S’il vous semble que votre thérapeute ne vous respecte pas, il vous faut nécessairement vous en expliquer avec lui ; tout en sachant que s’il s’en défend, vous perdriez votre temps à chercher à le convaincre de s’y prendre autrement avec vous.

Dans ce cas précis, il me semble préférable pour vous de faire confiance à ce que vous ressentez.

C’est ainsi que vous parviendrez à ce qu’une expérience thérapeutique douloureuse puisse devenir une opportunité pour le respect que vous vous devez à vous-même.

© 2022 Renaud PERRONNET Tous droits réservés.  

Illustration :

Dessin du génial Philippe Geluck.

Pour aller plus loin, vous pouvez lire :


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Nita
Nita
14 février 2022 07:49

J’ai de plus en plus l’impression que quelle que soit la situation ou quels que soient les évènements, ils sont un tremplin, une occasion de se rendre compte de ce que l’on ressent et, ainsi, de laisser partir des traumatismes inconscients…

Marie france
Marie france
14 février 2022 03:21

Ça me rappelle une psy qui passait la séance à raconter sa vie personnelle ,en fait j’avais l’impression d’être la psy de ma psy et quand je le lui ai dit elle m’avait rétorqué ” c’est ma méthode ,en parlant de moi,je fais votre thérapie ! Alors qu’elle ne m’avait pas laissée parler ..! Pourtant pour lui payer sa séance, là je redevenais actrice de mon porte feuille ! Je ne suis pas restée avec elle mais je déplore qu’aucun contrôle n’existe. Qui voit si ces thérapeutes enfreignent ou pas la déontologie ? C’est le patient qui vient déjà en… Lire la suite »