La confiance, le thérapeute et la relation

L’importance de la relation au thérapeute

« Ce n’est pas tant l’aide de nos amis qui nous aide que notre confiance dans cette aide. »

Épicure.

Pouvez-vous énoncer clairement votre but ? Votre intention en allant consulter un thérapeute ?

Êtes-vous certain de vouloir ce qu’en apparence vous semblez vouloir ?

Prendre un temps pour tenter de répondre honnêtement pour soi-même à cette question est très important puisque cela conditionne votre implication.

Entreprendre un travail thérapeutique n’est possible que pour celui qui a compris que les causes de son malheur ne résident pas à l’extérieur de lui-même. Quand il l’a compris, il est prêt à oser se remettre en cause.

Pour ce faire, la confiance que vous avez en votre thérapeute est la condition nécessaire qui va vous aider à entreprendre ce travail. Si vous utilisez cette confiance pour valider et justifier vos propres schémas de dépendance, vous vous trahissez vous-même. N’hésitez donc pas à vous impliquer, à « utiliser » votre thérapeute en vous jetant à l’eau, à partager avec lui les pensées, les sensations, les comportements qui vous apparaissent comme les plus intimes et insensés.

Pour vous auto-évaluer dans la manière dont vous l’utilisez, vous pouvez (après vous être entretenu avec lui), noter sur une échelle de 1 à 10 l’importance des révélations que vous lui avez faites sur vous-même.

Plus vous oserez révéler à votre thérapeute votre fonctionnement intime et relationnel, plus vous vous donnerez la possibilité d’agir dessus de manière significative en atténuant son impact.

Le thérapeute ne s’occupe que très peu de l’idée de bien et de mal, il ne vous juge donc pas, il considère ce que vous faites et vivez avec bienveillance, il sait que vos comportements sont des opportunités au service du travail thérapeutique : il « voit seulement les choses telles qu’elles sont pour vous et il les accepte*. » Votre thérapeute n’est pas là, devant vous, pour « penser » à votre propos ni sentir à votre place. Il vous offre une « attention flottante » (c’est-à-dire une attention égale pour tout ce que vous dites ; il ne sélectionne pas selon ses préférences à lui.) Par sa réceptivité, il vous respecte et s’ouvre psychiquement à votre subjectivité.

Votre thérapeute a de l’intérêt et de l’affection pour vous, il vous aide à vous interroger sur ce que vous vivez et sur la manière dont vous vous y prenez pour le vivre. Il vous aime et vous encourage, et c’est parce qu’il n’a pas peur de ses propres sentiments à votre égard qu’il peut vous accompagner dans votre travail.

Quand il se retrouve en face de votre désir de vous justifier, c’est-à-dire quand il constate que vous avez momentanément oublié le désir de connaissance de vous-même qui est à l’origine de votre démarche avec lui, il vous écoute avec patience, sans vous désapprouver, afin de vous aider peu à peu à vous resituer face à ce que vous voulez dans la profondeur de votre démarche. C’est ainsi qu’il est amené à vous proposer des interprétations de vous-même ; faites-en ce que bon vous semble, elles ne sont pas parole d’évangile, elles sont des opportunités qui peuvent vous aider à vous comprendre.

Le thérapeute vous accompagne dans votre recherche de vérité, il vous incite à vous ouvrir à la lumière donc à reconnaître vos blessures, pour cela il vous aide à dévoiler votre part d’ombre (vos penchants refoulés qui vous affaiblissent) ; cependant il prend garde de ne pas vous dévêtir s’il voit que vous n’avez – pour le moment – pas d’autre vêtement, car vous pourriez prendre froid.

En fait la force de votre thérapeute est la relation, qui soigne davantage que la parole.

* selon la formule de Suzuki Roshi, moine zen japonais.

© 2009 Renaud PERRONNET Tous droits réservés.

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Hakim
Hakim
10 mai 2019 10:27

Bonjour, j’ai vu un psychologue récemment et l’entretien a duré une heure, j’avais préparé mon historique de 5 pages difficile écrit par lassitude, manque de concentration, dégoût profond mais j’ai écris l’essentiel. Lors de mon premier entretien, je lui ai demandé de lui lire mon historique, il m’a dit non, parlez, répondu si j’ai écris c’est pour ne rien oublier de mon mal être chronique, je crains d’oublier et ne pas m’exprimer verbalement par fatigue psychique. Réponse non ! Etonnant quand même. J’ai expliqué mon mal depuis qu’il s’est instauré en moi, depuis lenfance, lui facilitant la tâche. Il n’a… Lire la suite »

Murielle
Murielle
11 mars 2019 16:21

Bonjour, Etant dans une période de doute quant à ma thérapie, car je me sens bloquée, du mal à m’exprimer en séance, pas envie d’aller en séance, envie d’une pause thérapeutique. Tout sûrement en lien avec le travail actuel, mais je ne sais pas justement ce qui se joue vraiment. Etant donc perdue, je décide d’en parler à ma psychologue pour lui demander d’où cela pourrait venir, l’idée était d’avoir un peu son avis, quant à ce qui m’arrive, si c’est une fuite ? ou qu’on approche d’un sujet difficile. En faisant ça, cette démarche et effort de lui demander,… Lire la suite »

Catherine
Catherine
3 décembre 2009 14:52

Je viens de lire votre article sur la relation thérapeute-thérapisant et sur la confiance de la relation. Je suis en (Gestalt) thérapie depuis 6 ans. J’apprends entre autre avec ma thérapeute qui je suis et je ré-apprends à fonctionner d’une manière un peu plus vraie ou bien qui me correspond mieux en tout cas. Mais là n’est pas la question. J’ai une question à vous poser ou bien j’aimerais avoir votre avis : J’ai fait un transfert maternel avec ma thérapeute. Nous avons travaillé sur ce thème cette année. Ma mère est décédée il y a moins de deux mois.… Lire la suite »

Brigitte
Brigitte
29 juin 2009 13:43

Le thérapeute nous aime… quelle aide précieuse, ces instants où l’on peut oser être soi sans danger (du moins quand le courage d’être soi prend le dessus sur les habitudes). Tu écris : “…partager avec lui les pensées, les sensations, les comportements qui vous apparaissent comme les plus intimes et insensés…”. Voilà qui n’est certes pas courant dans notre vie actuelle. Ce n’est possible qu’avec confiance en notre thérapeute et avec la certitude d’être non jugée. Comme avec un vrai ami. Je viens tout récemment de comprendre et d’accepter qu’un amour sincère réciproque est permis, nécessaire et salutaire. Je formule… Lire la suite »

Nadine
Nadine
29 juin 2009 09:39

Profession : Aide Soignante
Ville : Mancy
Pays : France

Je viens de lire votre article. Vous avez visé juste, oui, ouvrir la part d’ombre qui est en moi, doucement je vais y arriver. Je sais le dire avec des mots qui sonnent justes. Sinon le corps parlera avec des douleurs. C’est un beau travail d’oser le dire avec confiance.

Virginie
Virginie
28 juin 2009 22:45

Profession : Aide-soignante
Ville : Jézainville
Pays : France

Je commence un travail avec mon fils auprès d’un centre médico-psychologique, cela va certainement m’aider, merci cela est très bien dit.

Pensée libre
Pensée libre
28 juin 2009 19:35

Sympathique la relation demandeur-thérapeute certainement mais comme la plus belle fille du monde il ne peut donner que ce qu’il possède à savoir sa compréhension du réel humain dans ses dimensions matérielles comme spirituelles. Plus sa connaissance de la vie est vaste plus son aide sera grande. Outre cette reflexion parfois il suffit seulement qu’il connaisse la bonne pilule, le bon traitement chimique et puis c’est tout.