Propos lucides de Marguerite Yourcenar

 « Personne ne sait encore si tout ne vit que pour mourir ou ne meurt que pour renaître. »

Marguerite Yourcenar, Anna, soror…

« Tous nous serions transformés si nous avions le courage d’être ce que nous sommes. »

Marguerite Yourcenar, Alexis ou le traité du vain combat.

Une pensée visionnaire, surprenante, généreuse, nuancée et profonde qui se délie spontanément de manière exceptionnelle.
Marguerite Yourcenar qui avait la volonté de « vivre de son mieux », est interviewée à l’occasion d’une promenade dans les jardins de Thuya dans le Maine (USA), par la journaliste Françoise Foucher.

Elles parlent toutes deux à propos du monde tel qu’il est et va, c’était en 1975, il y a presque 50 ans. Cette interview est une véritable nourriture, une réponse pertinente et magistrale à de nombreux problèmes qui sont les nôtres aujourd’hui.

Quelques thèmes abordés :

  • On ne détruit pas la beauté du monde impunément.
  • La moindre chose que nous pouvons faire est importante.
  • Folies de l’humanité et amusements des savants.
  • L’homme victime de son éducation commercialisée.
  • Les gens que nous dédaignons le plus ont quelque fois des qualités que nous n’avons pas.
  • Faire place à la nature féminine des êtres plutôt qu’au féminisme.
  • Réflexions nuancées sur l’avortement.
  • Les risques de la pensée binaire.
  • Mai 68, analyse d’une certaine gaieté française.
  • Parler aux êtres humains avec plus de chaleur.
  • Le désir de retour à une vie plus simple.
  • Savoir du passé pour ne plus enfoncer des portes ouvertes.

Marguerite Yourcenar (1903 – 1987) est une femme de lettres française à la culture immense, romancière, nouvelliste, poétesse mais aussi essayiste et critique littéraire. Écrivain majeur, elle a été la première femme élue membre de l’Académie française en 1980.

Sa tombe porte l’épitaphe :

« Plaise à celui qui est peut-être de dilater le cœur de l’homme à la mesure de toute la vie. »

RP

(Durée : 24:19)

Le monde tel qu’il va aujourd’hui est la conséquence de la manière dont nous n’en avons pas pris soin hier. Pour réfléchir à une éducation véritablement humaine, je vous invite à lire ces propos lucides de Marguerite Yourcenar.

En 1980, elle précisait : « On pourrait au moins tenter de se diriger dans ce sens-là au lieu de s’engouffrer dans le sens contraire. »

« Je condamne l’ignorance qui règne en ce moment dans les démocraties aussi bien que dans les régimes totalitaires. Cette ignorance est si forte, souvent si totale, qu’on la dirait voulue par le système, sinon par le régime. J’ai souvent réfléchi à ce que pourrait être l’éducation de l’enfant. Je pense qu’il faudrait des études de base, très simples, où l’enfant apprendrait qu’il existe au sein de l’univers, sur une planète dont il devra plus tard ménager les ressources, qu’il dépend de l’air, de l’eau, de tous les êtres vivants, et que la moindre erreur ou la moindre violence risque de tout détruire. Il apprendrait que les hommes se sont entretués dans des guerres qui n’ont jamais fait que produire d’autres guerres, et que chaque pays arrange son histoire, mensongèrement, de façon à flatter son orgueil. On lui apprendrait assez du passé pour qu’il se sente relié aux hommes qui l’ont précédé, pour qu’il les admire là où ils méritent de l’être, sans s’en faire des idoles, non plus que du présent ou d’un hypothétique avenir. On essaierait de le familiariser à la fois avec les livres et les choses ; il saurait le nom des plantes, il connaîtrait les animaux sans se livrer aux hideuses vivisections imposées aux enfants et aux très jeunes adolescents sous prétexte de biologie ; il apprendrait à donner les premiers soins aux blessés ; son éducation sexuelle comprendrait la présence à un accouchement, son éducation mentale la vue des grands malades et des morts. On lui donnerait aussi les simples notions de morale sans laquelle la vie en société est impossible, instruction que les écoles élémentaires et moyennes n’osent plus donner dans ce pays. En matière de religion, on ne lui imposerait aucune pratique ou aucun dogme, mais on lui dirait quelque chose de toutes les grandes religions du monde, et surtout de celle du pays où il se trouve, pour éveiller en lui le respect et détruire d’avance certains odieux préjugés. On lui apprendrait à aimer le travail quand le travail est utile, et à ne pas se laisser prendre à l’imposture publicitaire, en commençant par celle qui lui vante des friandises plus ou moins frelatées, en lui préparant des caries et des diabètes futurs. Il y a certainement un moyen de parler aux enfants de choses véritablement importantes plus tôt qu’on ne le fait. »

Marguerite Yourcenar, Les yeux ouverts, entretiens avec Matthieu Galey, Éditions du Centurion, 1980, p. 254, 255.

Pour aller plus loin, je vous invite à lire :

                                     


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