Le travail de deuil

 

  • Apprendre à distinguer l’amour de l’attachement.
  • La condition préalable au deuil.
  • Quelle est la nature du deuil ?
  • Les 4 tâches du deuil.
  • Les 6 principaux obstacles au deuil.
  • Quelques conseils pour apporter notre soutien à une personne en deuil.

Avertissement :

Quand on parle de « travail de deuil », certaines personnes pensent qu’il s’agit exclusivement du travail à faire lors du décès d’une personne qui nous est chère. Ne nous méprenons pas, ce travail de deuil est, ici maintenant en cours pour nous, dans absolument tous les domaines de notre existence.

Le travail de deuil est la manière dont nous nous y prenons pour gérer la perte. Perte d’un être cher, mais aussi perte d’un animal, d’un objet, de notre jeunesse ou d’une illusion, perte de ce que nous aimions et qui est passé, révolu, inexorablement.

Parce que dans ce monde, la seule loi qui ne soit pas soumise au changement est que tout change sans cesse, cela peut nous intéresser, nous être profitable de réfléchir sur le travail de deuil.

Si le deuil est le processus qui va nous permettre de reprendre le cours d’une vie momentanément troublé par une perte, il paraît difficile de parler du deuil sans devoir évoquer ce que nous avons peur de perdre, c’est-à-dire ce à quoi nous sommes attachés.

Nous pouvons remarquer que nous ne sommes jamais conscients d’avoir perdu quelque chose ou quelqu’un qui nous laisse indifférent et que, bien évidemment, dans ce contexte, nous ne souffrons pas. Pas d’attachement, pas de souffrance. A l’inverse, c’est parce que nous accordons de l’importance à une chose ou à un être que nous regrettons de l’avoir perdu, donc que nous souffrons plus ou moins de sa perte.

C’est pourquoi certains diront – sans approfondir – qu’aimer, c’est se condamner à souffrir. Je me souviens de ce vieil ami de mes parents, en fin de vie, à qui je m’étais permis de demander pourquoi il n’avait jamais eu personne dans sa vie pour prendre soin de lui et qui me répondit dans un sourire rempli de nostalgie… « Il y a très longtemps, j’ai aimé une jeune fille et cela s’est mal passé. » Il m’expliqua que depuis lors, il s’était toujours arrangé, par crainte de souffrir, pour mettre de la distance entre lui et les autres. Victime de la croyance que l’amour est lié au chagrin, il n’avait plus jamais osé se mettre en état d’aimer.

Pour ceux, et ils sont nombreux, qui ont osé aimer, le travail de deuil est-il vraiment possible qui leur permettrait de traverser ce désert de souffrance, pour reprendre le cours de la vie ? Communément, on parle de ceux « qui l’ont fait » et de ceux qui – même des années après – « ne l’ont toujours pas fait », qu’en est-il exactement ?

Pour mieux comprendre « comment ça marche », nous commencerons par tenter de distinguer l’amour de ce que nous appellerons « l’amour-attachement. » Puis nous réfléchirons sur la nature du deuil et sur ce qui nous empêche de le faire, enfin nous envisagerons la manière de le faciliter à ceux qui ont besoin de le faire ?

Idéalement, l’amour aime sans rien attendre en retour. Une mère aime son enfant, que celui-ci la regarde avec des yeux remplis d’amour ou se roule par terre en criant de fureur. Elle sent que c’est son enfant et elle l’aime. Que le comportement de l’autre me donne satisfaction ou pas, si je l’aime, je l’aime. L’amour, idéalement, n’attend pas la réciprocité, il est un sentiment intime et inconditionné qui émane de nous indépendamment de ce qu’est l’autre, il ne met pas l’autre en cage, il le laisse être ce qu’il a choisi d’être.

L’amour-attachement lui, est relatif au sentiment de bien être que l’autre nous apporte, donc à l’intérêt qu’il nous porte. L’amour-attachement est contraint par la réciprocité, c’est du donnant, donnant. En fait il est l’illusion de celui qui, aveuglé par son besoin d’être aimé, confondant la demande et l’offre, croit qu’il aime alors qu’il mendie de l’amour. Ainsi l’amour-attachement est variable, il change au gré des circonstances et est conditionné par nos émotions : l’autre m’aime (c’est merveilleux parce que j’ai besoin d’être aimé) donc je l’aime et s’il ne m’aime plus… je le désaime parce que mon sentiment est conditionné par le sien. L’amour-attachement est en fait une forme de commerce. Dans le meilleur des cas, après nous être mis d’accord sur le prix, nous échangeons. Dans le pire des cas, sans avoir pensé à nous mettre préalablement d’accord sur le prix, nous en voulons à l’autre et avons le sentiment de nous être fait voler. Car, au contraire du véritable amour qui n’attend rien, ne possède rien, l’amour-attachement est une tentative de possession de l’autre.

Qui – dans ce contexte – pourra prétendre aimer ? Notre amour est plus ou moins « attaché », conditionné par nos besoins. Plus nous sommes frustrés, plus nos besoins sont importants, plus nous sommes contraints de mendier. A l’inverse, plus nous sommes libres de nos besoins, moins nous en sommes dépendants, plus nous sommes capables d’amour, c’est-à-dire capables de nous ouvrir inconditionnellement à l’autre tel qu’il est.

Connaître ses besoins, être capable de les évaluer lucidement est donc à la base de notre capacité à aimer l’autre. C’est en fin de compte devenir peu à peu capable de faire la part des choses entre ce que nous pouvons donner (de bon cœur) et ce que (pour le moment) nous gardons : nos limites. Nous y prenant ainsi nous sommes libres de l’amour que nous donnons. Par exemple, si au fond de mon cœur d’époux et de père, je me sens libre de la concession que je fais à ma femme et à mes enfants d’aller en vacances au bord de la mer plutôt que d’aller en vacances à la montagne comme je le souhaiterai, je n’éprouverai jamais de frustration. Si, au contraire, je le fais par contrainte, par souci d’échange et de commerce, parce qu’il faut bien leur faire plaisir, à la première difficulté relationnelle venue, je leur ferai savoir que puisque j’ai fait un effort pour eux, j’estime que c’est la moindre des choses qu’ils en fassent un pour moi… donnant, donnant. Et c’est toujours sur la base de ces expériences malheureuses que nous nous refermons à l’autre, que nous refusons l’ouverture par crainte de la non réciprocité.

Il y a donc une impérieuse nécessité pour nous, avant même d’envisager de faire notre deuil, d’oser nous situer authentiquement par rapport à nos besoins :

Oui, je vois que c’est parce que j’ai le besoin d’être reconnu que la perte de cette personne – qui me reconnaissait – m’est insupportable.

Chacun d’entre nous est là où il est, avec les besoins qui sont les siens ici et maintenant. Là, je vois, je sens que l’intensité de mon chagrin est directement proportionnelle au degré d’attachement que j’éprouve vis-à-vis de cette personne qui m’a quitté.

Ainsi nous oserons découvrir que notre peine est toujours légitime. Cette légitimité reconnue agira d’elle-même comme une détente, une pacification, véritable condition préalable au travail de deuil.

C’est parce que nous reconnaîtrons cela que nous pourrons envisager le travail de deuil qui est une opportunité pour réconcilier ce que nous sommes avec les choses et les êtres tels qu’ils sont.

Considérons maintenant les quatre tâches du deuil.

Le travail de deuil est en premier lieu une capacité à l’acceptation : accepter la réalité de ce qui est, en l’occurrence la mort de celui ou celle à qui nous sommes attachés. Accepter, c’est oser s’ouvrir à la réalité même dramatique, terriblement douloureuse, plutôt que de la nier parce que nous en avons peur (avoir peur de la tristesse nous empêche donc d’en guérir.) Assumer la réalité, c’est se donner la possibilité de la digérer. Dans le contexte de la mort d’un proche, la simple vision du corps mort peut nous y aider, car elle nous empêche de nous dérober à la réalité. Dans le même ordre d’idées, il a été prouvé que les personnes qui osent parler ouvertement de la mort du proche parviennent plus facilement à faire leur deuil que celles qui se taisent et restent contraintes par leur peur.

Le travail de deuil est aussi une capacité à terminer notre relation avec la personne qui vient de mourir. Ce qui nous en empêche parfois, ce sont des émotions bloquées à l’intérieur de nous (nostalgies, frustrations ou regrets par rapport à des affaires non réglées.) Il est « vital » pour nous de nous en libérer, pour cela, nous pouvons nous faire aider d’un thérapeute avec qui nous travaillerons, dans un espace approprié, à la prise de conscience de nos besoins réels et à la libération de nos émotions. Plus nous nous ouvrirons à la prise de conscience que nos attachements sont reliés à nos besoins, plus nous nous retrouverons ouverts au véritable amour, celui qui ne demande rien et ne fait donc pas souffrir, au contraire.

Le travail de deuil est lié aussi à notre capacité à lâcher prise . Capacité qui ne peut être rendue possible que parce que nous osons nous ouvrir pleinement à ce que nous vivons. Nos émotions étant légitimes parce qu’elles sont le produit de nos croyances, le lâcher-prise consiste à nous autoriser à être pleinement triste ou en colère par exemple. Dans ce contexte, la capacité de notre entourage à ne pas nous dire ce que nous devrions être mais à nous accueillir avec notre émotion nous y aidera. S’ouvrir à ce qu’on vit c’est permettre à ce qu’on vit d’évoluer, de changer. Lâcher-prise est donc oser se situer par rapport à soi-même pour se permettre d’évoluer et non être contraint par l’attachement que nous avions contracté avec l’autre. Le lâcher-prise nous rapproche donc de l’amour, c’est-à-dire de ce que la personne disparue aurait souhaité pour nous maintenant.

Le deuil est enfin une capacité à trouver un sens à notre nouvelle vie tout en restant conscient de l’aspect implacable de la réalité : l’impermanence et la mort. Il y a plus de cinq siècles, Montaigne nous proposait de « chérir la mort », comme le critère à partir duquel nous allons pouvoir trouver la vie précieuse. Quelle valeur donnerions-nous à la vie s’il n’y avait pas la mort ? Trouver le sens, c’est découvrir peu à peu que seul notre attachement est mortel et qu’aimer par delà la mort c’est pouvoir garder éternellement le souvenir de quelqu’un à l’intérieur de notre cœur, c’est-à-dire le faire exister en nous.

Dès lors, nous savons que le travail de deuil est possible. « Tout comme nous savons que la perte est inéluctable, nous savons maintenant que la guérison de notre chagrin peut l’être aussi. Nous pouvons même faire de notre perte un témoignage vivant de notre amour pour le défunt en l’utilisant comme une étape dans notre développement personnel, un tournant important dans notre vie.

Alors même que nous traversons ces expériences douloureuses de la vie, nous ne devons jamais oublier que nous sommes doués d’une résistance et d’une capacité de survie extraordinaires. De même qu’une forêt entière complètement réduite en cendres finit par repousser, que le printemps fait suite à l’hiver, ainsi la loi de la nature fait que nous pouvons toujours continuer à grandir, quelle que soit notre souffrance. Il faut du courage pour croire que nous pourrons nous en sortir, que nous grandirons. Il faut également du courage pour vivre maintenant et non pas dans un futur improbable. » écrit Judy Tatelbaum.

Considérons maintenant les 6 principaux obstacles qui nous empêchent de faire ce travail de deuil.

La peur est certainement le principal. Plus nous croyons à notre peur, plus nous avons peur d’elle, plus nous la renforçons. Parfois, la perte peut nous donner l’impression de perdre le contrôle de la situation ce qui intensifie notre vulnérabilité à la peur. Là encore, malheureusement, notre entourage interprète souvent mal notre souffrance, juge notre chagrin et nous encourage à le réprimer, renforçant par là-même notre crainte. « Maintenant, tu ne devrais plus penser à ça. » Ne connaissant pas le travail de deuil, ne sachant pas qu’il est normal, nos proches peuvent maladroitement nous proposer de nous distraire par exemple, c’est alors que nous sentant incompris, nous risquons de nous sentir encore plus isolés donc d’être encore davantage en proie à la peur et au mal être.

Dans certaines circonstances, nous aurons du mal à accomplir le travail de deuil à cause d’un sentiment de culpabilité non résolu. Comme les autres émotions, la culpabilité est pour nous « naturelle » parce que nous l’avons apprise et qu’en conséquence nous nous y conformons. Le risque, c’est qu’elle nous enferme dans le passé, nous interdisant d’avancer. Devenir responsable de nos erreurs (si erreur il y a, car nous sommes aussi susceptibles de culpabiliser sans avoir commis d’erreur) est le seul moyen qui nous permettra de les assumer donc au besoin de les réparer, dans la relation réelle ou symbolique à l’autre. Guérir ses relations c’est oser les assumer, pour agir en fonction de ce qui nous apparaît à nous comme « devant être fait maintenant », plutôt que contraints une fois encore par la peur ou la honte.

Une autre émotion « normale » qui nous rend prisonnier du passé est la colère que nous pouvons ressentir sur la base de notre impuissance. « C’est trop injuste ! » entendons-nous dire. Ce sentiment d’injustice et de frustration déclenche notre révolte, et masque notre émotion de tristesse qui restera enfouie en nous (pendant combien de temps ?) La colère peut nous empêcher d’accéder aux larmes, à moins que nous ne la reconnaissions, que nous nous rendions capables de nous y ouvrir.

Parfois nous nous enfermons dans nos croyances qui deviennent vraies pour nous parce que nous les considérons comme telles. La plus classique et destructrice est « Je ne peux pas vivre sans toi. » Il ne s’agit pas de remettre en cause la sincérité de cette émotion mais de découvrir qu’elle est fausse. (D’autant plus que nous en avons la preuve dans les cas où nous avons vécu de nombreuses années avant de rencontrer la personne à propos de qui nous disons cela.) Ces croyances, issues de la profondeur de notre douleur, sont insidieuses parce qu’elles renforcent notre attachement au moment où justement, nous pourrions être sur la voie du détachement. Dans ces moments, être capable de trouver une nouvelle façon de penser, adaptée à la réalité : « Je te laisse partir et te souhaite bonne chance » est certainement d’une grande aide pour le travail de deuil.

Dans notre culture, nous sommes souvent amenés à condamner la tristesse et le chagrin. Qui de nous acceptera de rester sobrement présent (sans mauvaise conscience) auprès de son ami qui pleure ? Parce que nous les jugeons, nos sentiments douloureux n’ont pas d’exutoires et sont par là-même refoulés ! La plupart d’entre nous avons été éduqués à penser que pleurer est un signe de faiblesse, et qu’il faut être fort donc refouler. Oser ne pas condamner sa tristesse ou celle de son proche est certainement un précieux signe de vitalité et de force qui nous aidera dans le travail de deuil.

« Le chagrin est une blessure qui demande de l’attention pour guérir. Afin d’aller jusqu’au bout de notre chagrin, nous devons affronter nos émotions dans un esprit d’ouverture et d’honnêteté, les exprimer, les libérer totalement et les accepter quel que soit le temps dont notre blessure aura besoin pour guérir. Pour la plupart d’entre nous, c’est beaucoup demander.

Par conséquent, il nous faut du courage pour exprimer notre chagrin. Il nous faut du courage pour ressentir notre douleur et affronter l’inconnu. Il nous faut aussi du courage pour exprimer notre chagrin dans une société qui valorise, à tort, la retenue et où nous risquons d’être rejetés en raison de notre ouverture et de notre différence. » écrit Judy Tatelbaum.

Le dernier obstacle est celui du repli sur soi et du « à quoi bon ! ». C’est le défi lancé par la vie à chacun de nous à l’occasion d’une perte : pourquoi continuerions-nous de vivre ? Chacun de nous doit y répondre. La prise de conscience du travail de deuil en tant que processus peut nous aider à sortir du repli. Au fond de moi-même est-ce que je suis convaincu que ce que je suis entrain de vivre est « normal » ou, totalement dupe de ce qui se passe, suis-je contraint par mes propres mécanismes à dramatiser et à m’enfoncer toujours un peu plus dans la solitude ? Dans ces moments, la manière dont nous aurons préalablement réfléchi à la mort sera prépondérante. Montaigne nous conseillait : « Ôtons-lui l’étrangeté, pratiquons-là souvent. Il est incertain où la mort nous attende, attendons-la partout. La préméditation de la mort est préméditation de la liberté. » C’est la manière dont nous aurons réussi à nous familiariser avec elle qui nous permettra de ne pas céder au désespoir absolu.

Il nous reste maintenant à réfléchir à la manière dont nous allons pouvoir apporter, pratiquement, notre soutien à une personne en deuil.

Le monde moderne parle de solidarité, dans les temps anciens, il était plutôt question d’amitié et d’amour. Le premier cadeau sur lequel doit pouvoir compter celui que nous nous proposons d’accompagner est notre présence et notre amitié. Bien souvent, sous couvert d’amour propre (quelle expression indue !) nous n’osons pas manifester notre présence, de peur d’importuner la personne en deuil. C’est vrai qu’elle a besoin que nous agissions avec doigté et délicatesse, comme cette veuve à qui on a demandé, un an après le décès de son mari, ce qui l’avait aidé le plus, et qui a répondu : « Les personnes qui ont continué à me téléphoner et à venir me voir malgré mes refus. »

Souvenons-nous qu’aimer c’est laisser l’autre être ce qu’il a choisi d’être et non pas tenter de l’empêcher de vivre ce que nous pensons qu’il ne devrait pas vivre. Comment allons-nous donc nous y prendre « avec » notre présence ?

Le plus grand cadeau que nous puissions faire à l’autre, en toute circonstance, c’est de l’accueillir tel qu’il est ou plutôt de faire en sorte qu’il se sente accueilli par nous, tel qu’il est. Pour cela, nous avons à reconnaître son travail de deuil donc à lui permettre d’exprimer sa tristesse. Réconforter ne peut donc jamais commencer par : « Tu ne devrais pas… » mais par : « Je te comprends, je sais que tu vis un processus de deuil et que c’est très douloureux. » Et si l’amie s’exclame : « Dis-moi, j’ai parfois l’impression de devenir folle ! », nous lui répondrons : « Oui, c’est une impression qu’il est normal de ressentir, quand la douleur est très forte. » En fait nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour lui faire sentir que nous l’acceptons de façon inconditionnelle, quelles que soient les émotions qu’elle exprime.

A un moment propice pour elle, nous pourrons aussi lui expliquer que le travail de deuil est cyclique, qu’il ne va pas crescendo, jusqu’à sa fin, qu’il est normal d’avoir à un moment l’impression d’une rémission et qu’il est normal aussi, d’avoir ensuite l’impression que tout va encore plus mal et que la souffrance n’en finira jamais. C’est au moment où la nuit est la plus noire que nous sommes au plus près de l’aurore. C’est cycle après cycle, (chaque cycle comprenant des hauts ET des bas) que peu à peu le travail de deuil s’achèvera.

Notre bon sens, la manière dont nous nous y prendrons pour montrer à l’autre que nous n’avons pas peur de son désarroi sera capital pour l’accompagnement.

Là, notre attitude d’écoute sera prépondérante, nous l’écouterons sans relâche évoquer ses souvenirs du défunt, même s’il se répète. Nous l’encouragerons à terminer toute affaire non réglée parce que nous savons que les poids comme les soucis qui pèsent sur son cœur, sont des obstacles à sa réconciliation avec lui-même et à sa paix intérieure. Nous pourrons donc jouer, pour ceux que nous accompagnerons dans ce travail, le rôle de facilitateur. Facilitateur de rencontre, facilitateur de pardon, facilitateur de vie.

N’oublions pas non plus que l’aide, sur le plan pratique, n’est jamais négligeable : faire les courses, la cuisine, garder les enfants, s’occuper du ménage ou du jardin, aider à mettre à jour des factures ou des papiers en rap­port avec le décès constitue un précieux soutien. Oser le proposer librement à l’autre (sans lui faire peser notre besoin de reconnaissance), c’est lui faire cadeau de notre disponibilité.

Le grand risque en cette période de trouble est de se négliger soi-même, de tenter de se contraindre à penser comme on croit qu’on devrait penser si on était à la hauteur, de se raisonner contre ce que l’on est plutôt que de s’accueillir sur la base de ce que l’on ressent. La réalité dit que la personne en deuil est une personne blessée qui ne pourra guérir que sur la base de la prise en compte de sa blessure. Comment allons-nous nous y prendre pour l’encourager à prendre soin d’elle-même, c’est-à-dire à accepter de se considérer comme blessée (ce qui ne veut pas dire devoir s’y résigner) ? Prendre soin de soi-même, c’est être conscient que ça va prendre du temps et qu’on ne peut pas sauter les étapes. A cette condition, elle pourra découvrir ce qu’un Rinpoche Tibétain décrivait comme ceci : « Oui, cela ressemble à une grosse vague qui arrive et qui vous renverse; et vous vous retrouvez au fond de l’eau, la figure dans le sable; et, bien que vous ayez du sable partout dans le nez, la bouche, les oreilles et les yeux, vous vous relevez et vous recommencez à marcher. Et la vague suivante arrive et vous renverse de nouveau. Et ça continue ainsi mais à chaque fois vous vous relevez et vous recommencez à marcher. Et, au bout d’un certain temps, vous vous apercevrez que les vagues semblent moins grosses. »

L’amitié est précieuse car elle est l’occasion de proposer à la personne qui souffre de partager avec nous des activités qu’elle aime, notamment des activités de plein air au contact avec la nature. Un contact qui loin de favoriser le repli sur soi-même et les pensées noires qui tournent sur elles-mêmes, permet l’ouverture à plus grand que soi.

Permettre à l’ami endeuillé d’envisager de se faire aider par un professionnel à un moment où justement il a tendance à croire que ce serait inutile parce que vain, peut-être aussi d’un grand secours.

Être capable de ne pas se laisser trop impressionner par la douleur de l’autre pour- n’y succombant pas soi-même – trouver en soi les ressources nécessaires pour, par exemple, faire preuve d’humour à un moment approprié ou raconter des expériences de vie qui toucheront le cœur de l’autre, sera la matérialisation de notre affection et de notre capacité à le réconforter.

Enfin nous découvrirons que loin d’être à sens unique, cette relation nous remplit, que donner c’est recevoir. Alors, comme un ultime cadeau, nous pourrons dire à la personne endeuillée tout ce qu’elle nous a apporté parce qu’elle nous aura permis de mûrir nous aussi sur notre chemin de vie. Nous n’oublierons pas non plus qu’il est un cadeau particulièrement subtil que nous pouvons faire à celui qui peu à peu chemine dans son travail de deuil, c’est de le laisser à son tour nous apporter un soutien affectif et pratique, si l’occasion se présente.

Ainsi, le travail de deuil peu à peu achevé, la personne redeviendra capable de reprendre le cours normal de sa vie. Cela ne signifiera nullement que l’amour qu’elle portait au défunt se soit éteint, ni même atténué, mais plutôt qu’elle n’est plus « attachée » à lui, c’est-à-dire contrainte par lui.

Là, comme à un ami désireux de partir, elle pourra (parce qu’elle aura accepté son désir) en accord avec elle-même, lui souhaiter « Bon voyage ! »

Comme le dit le poète anglais William Blake :

Je suis debout au bord de la plage.

Un voilier passe dans la brise du matin,

et part vers l’océan.

Il est la beauté,

il est la vie.

Je le regarde jusqu’à ce qu’il disparaisse à l’horizon.

Quelqu’un à mon côté dit :

« Il est parti ! »

Parti vers où ?

Parti de mon regard,

c’est tout !

Son mât est toujours aussi haut.

Sa coque a toujours la force de porter sa charge humaine.

Sa disparition totale de ma vue est en moi,

pas en lui.

Et juste au moment où quelqu’un près de moi dit :

« Il est parti »,

il y en a d’autres qui,

le voyant poindre à l’horizon et venir vers eux,

s’exclament avec joie :

« Le voilà ! »

C’est ça la mort !

Note : Si vous souhaitez prolonger votre réflexion sur le deuil et la mort n’hésitez pas à vous procurer ces livres qui m’ont largement inspiré :

  • « Le livre tibétain de la vie et de la mort » de Sogyal Rinpoché, paru en 1993 aux Éditions de la Table Ronde et préfacé par le Dalaï-Lama.
  • « Trouver l’espoir face à la mort » de Christine Longaker, paru en 1998 aux Éditions de la Table Ronde et préfacé par Sogyal Rinpoché.

© 2004 Renaud PERRONNET Tous droits réservés.

VOS COMMENTAIRES SONT EN BAS DE PAGE, JE VOUS RÉPONDRAI LE CAS ÉCHÉANT.

————–

Moyennant une modeste participation aux frais de ce site, vous pouvez télécharger l’intégralité de cet article (9 pages) au format PDF, en cliquant sur ce bouton : 

—————-

Pour aller plus loin, vous pouvez également lire sur ce thème :

Regarder la vidéo :

Et télécharger la fiche pratique de formation :

39 réflexions au sujet de « Le travail de deuil »

  1. Christine

    Pays : Canada

    C’est tellement difficile de se retrouver sans cette personne avec qui nous avons partagés tans de choses et que la mort vient nous enlever cette merveilleuse personne qui était remplie d’amour pour tous ses proches, oui le deuil est difficile à accepter. Aujourd’hui après une année de deuil, je dois comprendre à lâcher prise et laisser la Vie suivre son court…
    Il est maintenant dans mon cœur jusqu’à ma mort. Je demande à l’univers de revivre à ces côtés un jour L’Amour de ma Vie…

    J’aime ce qui est écrit, je le relis pour comprendre ma souffrance et un jour de retrouver le bonheur de vivre ma Vie sans cette magnifique personne comme plusieurs autres qui ont eu la chance de connaître. L’Amour est d’avoir été aimé. Merci pour tout cela. Ici et Maintenant dans ma solitude pour m’aimer autant que je l’ai aimé…

    Répondre
  2. Evie

    Profession : Fonctionnaire
    Ville : Toulouse

    Bonjour Renaud Perronnet. Tout simplement pour vous dire que vous venez de m’apporter une grande aide suite à la disparition de mon fils chéri, il y aura 16 mois samedi 10 janvier 2009, de plus samedi c’est son anniversaire. Quand nous sommes confrontés à de telles épreuves, nous avons tellement de souffrances à l’intérieur que si l’entourage proche et qui vous aime ne se manifeste pas même contre notre volonté, on se laisse mourir. La peur subsistait jusqu’à aujourd’hui en moi, grâce à vous je n’ai plus peur de réaliser que mon fils est parti car j’avais trop peur de perdre l’équilibre mental. Mais peut-être que c’était mieux comme ça. L’Esprit est si puissant et surtout il est notre Allié. Merci, je vais passer votre article à un ami qui a perdu sa femme 4 mois avant la perte de mon fils. Tous mes voeux les plus sincères pour 2009.

    Répondre
  3. Fatou

    Pays : Maroc

    Merci pour cet article précieux, j’ai perdu mon fils à l’accouchement, il y a 4 mois, et c’est encore très fluctuant dans ma tête… Je n’arrête pas de penser à lui ; ce qui m’aide ce sont les personnes qui effectivement ont continué à m’appeler et à me soutenir malgré mon repli sur moi même, elles n’étaient pas nombreuses. La pluspart renoncent au premier coup de fil auquel on ne répond pas, parceque on se demande tout simplement quoi dire aux gens !

    Répondre
  4. Renaud Perronnet

    Oui Fatou, aimer cet enfant qui est parti, c’est accepter de toute votre force le destin qui est le sien, et l’accepter c’est lui permettre de partir, donc souhaiter de tout votre coeur « Bon voyage » à ce petit être qui s’était incarné en vous.

    Je suis d’accord avec vous, c’est le respect humain donc le malaise et la peur, qui nous empêche de faire sentir à ceux que nous aimons que nous sommes avec eux dans leurs malheurs. Heureusement les vrais amis l’osent.

    Vous pouvez aussi lire mon article : « L’enfant et la mort ».

    Répondre
  5. Anan

    Ville : Orléans
    Pays : France

    Je viens de perdre ma meilleur ami qui est aussi ma soeur adoptive je l’ai vu l’été dernier et la dernière fois que je l’ai entendu au téléphone c’est le 20/12/2008 ; je lui ai envoyé mes voeux le 1er Janvier 2009 à 10H56 exactement, à son habitude elle ne m’appelles pas spontanément donc je ne m’inquiétais pas de n’avoir pas reçu une réponse de sa part. Le 16 JANVIER dernier on m’appelle pour me dire qu’elle est DCD ce jour même. Elle vivait en Afrique mon pays d’oringine.
    Je souffre beaucoup de cette disparition, et je n’arrive pas accepter que je ne la verrai plus malgré son acte de décès dans les mains j’ai du mal à l’accepter, je suis en pleure tous les soirs, nous avons le même âge (48 ans) et nous avions plein de projets pour nos cinquante ans dans 2 ans. Elle n’était pas malade, je n’est pas d’explication à cette disparition brutale, pour le moment je ne veux pas parler de deuil tant je ne suis pas retourner en Afrique et constater son absence définitive, je culpabilise beaucoup, peut être que j’aurais du l’appeler après le 1er message…
    Je ne sais pas quoi , je vis très mal cete situation.

    Répondre
  6. Renaud Perronnet

    Le deuil est un processus qui peut être d’autant plus lent et douloureux que vous n’avez pas été en contact, donc que vous n’avez pas pu faire et dire ce que vous auriez souhaité, avec celui ou celle qui est parti. L’éloignement, les interrogations qui sont les vôtres à propos de la mort soudaine de votre amie et soeur amplifient considérablement votre sentiment de culpabilité. Oui, bien sûr, vous avez besoin de lui parler, de lui dire tous vos regrets qui ne sont autres que votre amour pour elle. En fait vous avez besoin de lui dire que vous l’aimez et retourner en Afrique (si vous le pouvez) vous aidera à lâcher prise et à retrouver la paix en lui souhaitant « bon voyage » si du fond de vous-même, vous le pouvez.

    A propos de votre culpabilité, n’hésitez pas à lire : « Culpabilité et amour de soi »

    Répondre
  7. Anne-Marie

    Profession : Infirmière
    Pays : Canada

    Cet article est vraiment enrichissant. J’ai perdu ma mère il y a 5 mois de façon totalement imprévue. J’ai eu la chance de la voir avant son décès par contre elle était inconsciente. Je suis parvenue, durant les quelques heures passées à l’hôpital, à lui dire que j’acceptais son départ si tel était son choix malgré toute la souffrance que je ressentais en lui disant cela. C’était un être extaordinaire aimée de tous. Étant infirmière et ayant toujours eu comme valeurs premières l’écoute des autres et l’empathie, je me demande si j’arriverais aujourd’hui à travailler auprès des gens mourants et de leur famille ; travail qui m’attire depuis fort longtemps, bien avant le décès de ma mère. Saurais-je être empathique plutôt que sympatique vis-à-vis du deuil des autres, telle est ma question. Je ressens une paix intérieure reliée à la mort (aucune peur) et aussi le besoin d’aider les autres dans leur cheminement vis-à-vis la mort.
    Encore une fois, merci pour votre si bel article.

    Répondre
    1. superkat

      chère Anne-Marie,
      votre article est un peu ancien; quelque chose me dit qu’entretemps vous travaillez déjà auprès de personnes en fin de vie. Si ce n’est pas le cas, je suis convaincue que vous en êtes capable si vous le désirez toujours. Car vous avez réflêchi en amont aux difficultés qui pourraient se présenter en cas d’implication émotionnelle trop importante qui pourrait vous faire souffrir. Mais si vous avez été capable d’accompagner et de laisser partir votre maman, et que de plus vous trouvez la mort naturelle, qu’elle ne vous fait pas peur, je crois que vous avez décidément les épaules assez larges pour ce travail. Alors je vous donne mon avis personnel: foncez!!!

      Je me sens concernée car je suis étudiante infirmière et j’envisage plus tard de travailler auprès de personnes en fin de vie, et moi aussi j’ai perdu ma mère et connu d’autres problèmes graves qui m’ont permis (ou obligée?) d’entamer une réflexion sur la vie, la mort et sur moi-même. C’est ce qui m’a permis de commencer et de réussir mes études d’infirmière, j’en suis convaincue.

      Je vous souhaite du courage et de vous épanouir dans l’activité que vous choisirez.

      Répondre
  8. Delfine

    Merci pour cet article qui est facile à lire.
    Je retrouve à travers ces mots ce que je ressens actuellement et ça me permets de mieux comprendre ce qui se passe en moi, de me sentir moins perdue, et à travers les témoignages annexés, je me rends compte que j’effectue de manière trop seule ce travail de deuil. Je suis certainement dans le repli sauf que pour le 1ère fois, je ne pense plus au suicide, mais juste à m’isoler (du regard des autres) pour accueillir cette souffrance. Pour ma part, je n’ai perdu personne, juste une partie de moi-même (hystérectomie) mais les deuils inachevés d’auparavant (décès de ma grand mère maternelle à la naissance) font je pense que le phénomène est amplifié. Auquel cas c’est la 1ère fois que je réalise ce qui se passe et que j’en parle. Je me sens tout de même un peu ridicule face aux pertes lourdes que j’ai pu lire dans les autres commentaires.
    Je vous apporte toute ma sympathie et mon soutien, encore merci pour ce bel article.

    Répondre
    1. superkat

      chère delfine,

      il n’y a pas de « petites » ou de « grandes » pertes. Si votre chagrin vous semble ridicule comparé aux pertes subies par d’autres personnes, il n’en est pas moins réel. vous avez le droit d’éprouver du chagrin, et je ne trouve pas que d’avoir subi une hystérectomie soit un « petit » problème d’ailleurs. Je vous souhaite du courage sur le chemin que vous avez entamé avec succès puisque vous êtes parvenue à accueillir votre souffrance.

      Répondre
  9. Renaud Perronnet

    Merci pour votre témoignage vous qui êtes sur le chemin de la réconciliation avec vous-même.

    Répondre
  10. Charlotte

    Profession : Etudiante infirmière
    Votre article est très clair et très simple pour la lecture. Il va me permettre une réflexion sur le travail de deuil que j’inclurai dans mon travail de fin d’étude.
    Merci pour votre aide…

    Répondre
  11. Stephen

    Je suis en plein dedans. 2 mois qu’elle est partie « de ma vue ».
    J’ai assisté à son agonie. Je n’ai pas assité à son dernier souffle.
    J’ai essayé de l’accompagner mais c’était la premiere fois que j’accompagnais quelqu’un vers l’autre rive. Je l’aimais et je l’aime. Je l’aimerai encore. Elle n’est plus et pourtant elle est un guide.
    Mais que le chemin est rude, apre et que se détacher est une douleur.
    Merci pour votre article que je lis et relis et me permets d’avancer.

    Répondre
  12. Elisabeth

    Profession : Secrétaire
    Ville : 85
    Pays : France

    Votre article est super, je vais m’en inspirer pour faire mon travail de deuil, suite à la disparition de mon mari du 16 novembre dernier. Ce n’est pas une situation facile à vivre, mais je pense que l’on peut s’en sortir, surtout grâce au lâcher prise.
    La séparation est difficile, le vide est grand, mais sa présence plane toujours au-dessus de moi. J’ai repris le travail après 3 semaines et c’est ce qui me permet d’avancer.
    Merci pour votre article.

    Répondre
  13. françoise

    MERCI DE CE TEXTE QUI Nourrit en mon cœur la force pour renaitre
    je dois faire le deuil d’une personne vivante et c’est dur car à la sortie d’un cancer
    à la dernière radiation elle me pria de me « taire » car j’étais guérie.
    AVANT L’opération elle m’avait dit avant le réveillon l’an prochain tu ne seras pas là !
    au cas où je n’aurais pas entendu le message était clair.

    C’était IL Y A DEUX MOIS

    vos mots m’ont permis d’identifier ce que je ressentais
    et ainsi dans la nomination des choses et des pas sur l’échelle des phases
    j’accueille mon chagrin, car il a l’honneur d’inscrire cet amour

    aimer c’est prendre le risque de le perdre
    elle n’a jamais malheureusement pu se défaire du mal être que causa ma naissance
    et à 62 ANS J’ai 4 ANS De moins qu’elle, enfin voilà.

    merci ce sont comme des bornes qui jalonnent la route et permet d’accepter de ne pas s’y perdre et de reprendre l’espoir de ne pas y succomber et de reprendre pied

    merci de cet exposé
    françoise

    Répondre
  14. chagrin

    Voilà ça fait plus de 10 ans que je suis séparée de lui et mon deuil est impossible. Je suis en thérapie depuis 10 ans et cela ne m’aide pas au deuil. Quoi que je fasse j’ai l’impression de tourner en rond ou d’être rattrapée par ma problématique. C’est vrai que je le croise presque tous les jours et que chaque contact est douloureux (toujours). Nous avons un enfant ensemble, donc un lien éternel et cela ne m’aide pas. Je ne sais pas quoi faire.

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Je m’interroge à propos de votre thérapie, depuis 10 ans dites-vous ?… Pourquoi continuez-vous ?
      En vous mettant dans la situation de le croiser presque chaque jour, il est vrai que vous ne vous facilitez pas la tâche. Savez-vous ce qui en vous vous contraint ainsi à subir les choses et à devenir une victime impuissante condamnée à souffrir ?

      Répondre
  15. françoise

    je viens par la deuxième fois de retraverser votre site , il est parlant et comme un travail de reprise l’on va picorer le sens qui nous avait échappé merci de ce texte précis
    et cette fois
    l’amour – l’attachement
    le lâcher prime
    non le lâcher prise
    et guérir ses relations
    merci beaucoup

    Répondre
  16. nathalie

    Votre article est trés riche et « déculpabilisant »; lorsque vous parler de cycles à traverser, cela m’a rassuré.
    Je pense aussi qu’il faut pleurer tout simplement parcequ’on a de la peine, tant pis pour ceux qui ne comprendrennent pas cela; ce ne sont pas de vrais amis. Est ce que les livres cités à la fin peuvent aider à avancer encore un peu dans ce difficile chemin qui permet de « lacher » celui qui est parti ?
    Merci de votre réponse

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Oui, je vous conseille surtout la lecture du livre de Sogyal Rinpoché.
      Les pleurs sont l’expression de la tristesse, c’est de ne pas réussir à pleurer qui peut être pathologique. Les « vrais » amis accueillent, aiment et comprennent, ils permettent donc l’expression de la tristesse et ainsi aident au deuil.

      Répondre
  17. Christelle

    Bonjour,
    Un grand merci pour cet article précieux: il m’aide un peu à comprendre la souffrance de mon conjoint qui a perdu sa mère il y a tout juste deux mois d’un cancer du pancréas. Elle avait 61 ans… Nous avons 31 ans tous les deux, envisagions, avant son décès, de faire un enfant (Cela faisait plus de trois ans que nous hésitions…)… et ce décès brutal chamboule tous nos projets, toute notre vie… Il ne cesse de me dire que je ne peux pas le comprendre (j’ai la chance d’avoir toujours mes deux parents) et quelles que soient mes démarches, mes suggestions, mes tentatives d’approches, il rejette tout en bloc et s’enferme dans sa douleur. De nature à la base très angoissée et stressée, il souffre en plus de maux de ventre et diarrhées qui s’éternisent. J’essaie de lui suggérer de consulter un thérapeute mais il réagit à chaque fois de manière très agressive en disant qu’il n’en ressent pas le besoin et que ce n’est pas cela qui règlera le problème. On finit par se disputer et il en arrive à être au bord des larmes… C’est ce qui est arrivé ce midi et je n’ai même pas osé le prendre dans mes bras, de peur qu’il me repousse… J’ai honte de ne pas avoir pris le risque de ce refus: j’ai cherché à me protéger moi alors que j’aurais dû ne penser qu’au bien-être potentiel que cela aurait pu lui apporter…
    J’essaie pourtant au maximum d’être là pour lui: j’ai été très présente pendant la maladie de sa maman, j’ai essayé de l’aider le plus possible pour les taches pratiques qu’il a eu à faire après son décès… J’essaie d’être à l’écoute, de lui faire plaisir, de lui donner de l’affection et tout mon amour. Mais aujourd’hui, je me sens de plus en plus impuissante face à cette douleur qu’il exprime, parfois de manière agressive, envers moi. Lire votre article m’a malgré tout redonné un peu d’espoir: le fait d’être là, toujours disponible pour lui, l’aide peut-être à vivre avec cette douleur immense et soudaine.
    Merci pour cela.

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Oui, parfois on peut se sentir désemparé par les réactions difficiles à comprendre d’une personne qui souffre. Votre compagnon somatise beaucoup et semble ne pas avoir l’habitude de se laisser aimer. Tenter d’être à son écoute, comme vous le faites, est juste, mais cela ne doit pas vous empêcher de voir la réalité avec lucidité, le compagnon que vous décrivez semble plus intéressé par son passé non résolu que par son présent avec vous…
      Je comprends tout à fait que dans la mesure où la mort de la mère de votre conjoint remet votre relation à vous deux en cause ainsi que vos projets, cela vous trouble très sérieusement.

      Répondre
  18. Zénon

    Merci pour ce beau texte, intelligent et pertinent. L’analogie du deuil et de l’amour perdu me semble être d’une évidence totale. J’ai perdu ces derniers temps un ami très cher, décédé et un amour de plus de 6 ans, la douleur est étrangement similaire. Merci encore, l’intelligence et la compréhension sur cette notion de mort est bien rare, et en effet notre époque la réfute en permanence. Place à la vie, place à la mort aussi donc…

    Répondre
  19. Line

    Merci de cet immense investissement que représente le travail exposé dans ce blog. Cependant, malgré toutes mes lectures, réflexions, ou aide de ma psychologue, je ne trouve pas le chemin du mieux… je me sens totalement perdue sans pouvoir trouver la force de passer un cap qui me semble pourtant vital.
    Mon histoire est sûrement bien banale, mais ne n’ai pour le moment pas trouvé de témoignages analogues, de repères me permettant d’avancer.
    J’ai aujourd’hui 40 ans, un bon boulot, deux filles géniales de 11 et 13 ans.
    Je suis tombée dans les bras de celui qui est devenu mon époux à 18 ans, passant ainsi de mon père à mon mari, sans avoir jamais expérimenté finalement ni la vie ni l’amour. Notre vie de couple s’est construite sur un amour profond, inconditionnel auquel j’ai cru aveuglément puisque tel l’amour de mon père, celui de mon homme ne pouvait m’être repris. Je n’ai certes pas été facile à vivre. Pas capricieuse, non, mais cherchant sans doute mes limites, et menant nos vies sur les chemins que j’avais choisi. Avec beaucoup d’amour, et aucun dialogue, il a sacrifié ses désirs sur l’autel des miens. J’attendais qu’il s’affirme en tant qu’homme, il pensait me faire plaisir en cédant sur tout. J’attendais qu’il fasse de moi une femme, il espérait que je lui laisse être un homme et un père. Ne pouvant trouver sa place, c’est dans le travail qu’il a donné le meilleur de lui-même, y consacrant tout son temps et son énergie.
    C’est à 36 ans et dans les bras d’un autre que j’ai découvert ce j’avais déjà et ne savais apprécier : j’étais bel et bien une femme, une épouse, une mère… j’avais déjà un mari, un homme vrai, et deux enfants qui nous aimaient.
    Mais mon mari, émasculé et fatigué par mon comportement a lâché. Il a souffert, lentement, en silence, et mon infidélité pourtant salvatrice pour moi fût la goutte en trop. Ses yeux se sont détournés de moi, son amour s’est reporté sur une jeune femme qui « lui a sauvé la vie ». Durant 4 années, je me suis battue contre cet amour fantasmé (car il n’a jamais voulu franchir le pas… à cause de son devoir envers sa famille). Mais il n’a jamais pardonné. Puisqu’un autre avait posé les mains sur moi, jamais plus je n’aurai le droit de le toucher. Entre elle fantasmée, et moi dévalorisée, la bataille était perdue d’avance. Je sais aujourd’hui qu’en acceptant cette position, il était bien impossible pour lui de me voir aimable, moi qui me détestais de l’avoir ainsi abîmé. J’ai cru ramer, mais je creusais… un trou sans fin où je suis aujourd’hui tombée.
    Il est partit. Une première fois il y a 2 ans. Pendant un an, pour réfléchir, faire le point. Puis il a sentit qu’une nouvelle chance était possible. Il dit être bien avec moi, me trouver belle, apprécier les moments que nous passons ensemble… mais sans vrai pardon, point de salut ! Le vrai pardon est sans condition, le siens dit « je t’ai pardonné, mais j’ai juré que tu ne me toucherais plus ». Comment l’amour pouvait-il se reconstruire…
    Il est donc repartit. Une seconde fois, il y a 17 jours aujourd’hui. Il dit ne plus l’avoir revue mais lui avoir donné son cœur. C’est elle qu’il aime maintenant. Il l’a rappelée. Continue à venir passer du temps le WE à la maison. Je ne sais pas vraiment pourquoi mais lui ai demandé. J’ai très peur de sa réponse.
    Je suis passée en mode automatique. Boulot. Enfants. Maison. Obligations. Comment se projeter dans la vie ? Comment faire le deuil d’un être bien vivant, que l’on aime de tout son coeur. J’arrive a accepter que cette relation, celle que nous avons vécu depuis 22 ans soit bel et bien terminée. Ce deuil là, je suis capable de le faire. Mais il m’est impossible d’accepter de ne pouvoir réparer. Nous connaissant réciproquement, connaissant le champs de nos possibles, de nos failles et de nos désirs, nous pourrions enfin trouver le bonheur qui nous a échappé auparavant.
    La psy qui m’accompagne me semble bien démunie devant la force de mes croyances, cette volonté farouche de construire avec lui, quitte à me détruire. Que faire ?…

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Le pardon est un jugement qui implique une position de supériorité, tant que vous vous jugerez ou culpabiliserez (la culpabilité est un jugement sur soi-même), mutuellement de la sorte, vous vous déchirerez en vous interdisant de pouvoir vous aimer.
      Or vos jugements sont issus de vos croyances, faut-il qu’elles soient bien ancrées pour vous empêcher ainsi de vivre et faire votre malheur.
      Vouloir construire avec un être qui cherche à vous détruire, c’est chercher à se détruire. Comment avez-vous appris que vous ne méritiez pas l’amour ?
      Que faire ? Comprendre de l’intérieur les croyances enracinées qui vous poussent ainsi à la destruction pour ne plus devoir leur obéir. Sans doute cela passe-t-il par la compréhension de la relation que vous aviez avec votre père.
      Votre psy vous accompagne, elle n’est pas là (heureusement) pour faire à votre place ou vous donner des directives, lui avez-vous dit que vous la sentiez « démunie » ?

      Répondre
  20. luksas

    13 mois que mon petit frere est parti. A 28 ans d’un arret cardiaque. Décédé le jour de l’anniversaire de notre pere. Une perte brutale à laquelle nous n’etions pas préparés car il n’avait aucun probleme de santé.
    Merci pour cet article qui me montre les étapes du deuil.
    Je me suis deja demandée ou j’en étais et je me rends compte que la colere est passée mais que ma tristesse est toujours aussi grande.
    Je n’arrive pas à avancer dans ma vie, je me laisse vivre sans apprécier les moments qui passent.
    Pleurer et lui parler, guetter un de ses signes sont monnaie courante.
    Je sais que je dois le laisser partir mais j’ai tellement besoin de lui, c’est dur de se dire que le dernier de la fratrie n’est plus là. Nous etions tres proche.
    Je ne sais pas quand ni comment arrivera l’etape suivante, celle de le laisser partir, lacher prise et vivre ma vie.

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Peut-être que plus que de « devoir le laisser partir » il est – dans un premier temps – important pour vous d’oser vivre pleinement votre émotion de tristesse jusqu’au bout, d’exprimer et de ressentir la si grande solitude qu’elle cache.
      Oser vivre cela pleinement est sans doute une étape nécessaire pour enfin vous donner à vous-même pleinement le droit d’exister telle que vous êtes… condition nécessaire à « le laisser partir ».

      Répondre
  21. Nicole

    Un être qui me donne tant d’amour est un trésor plus précieux que n’importe quelle richesse.

    10 ans d’amour, de bonheur. Une harmonie parfaite, « nous vieillirons ensemble » ; mais le destin en a décidé autrement. La rupture d’anévrisme est arrivée, le 03 février, date anniversaire de notre rencontre.
    70 jours de cauchemar, 70 jours d’acharnement thérapeutique. Tu étais là, sans y être vraiment, un soupçon de présence pour remuer doucement les lèvres et répondre a mon baiser. C’était un au revoir.
    Comme un dernier cadeau, tu m’as offert ton dernier souffle, c’était le vendredi 13 avril dernier, date anniversaire de notre déclaration.
    Comment vais-je vivre ces deux dates que nous fêtions tous les deux, je me noie dans un vide immense et je n’ai plus de bouée.
    Je me pose toujours la même question : pourquoi ces dates ?

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Oui Nicole, vous décrivez très bien que quand un être n’a plus la bouée dont il a besoin pour garder la tête hors de l’eau, il risque de se noyer…
      Et cette bouée, vous l’avez eue pendant de longues années, tout cet amour que vous avez vécu et qui vous a tellement rempli, c’est aujourd’hui qu’il peut vous donner la force de vivre et de continuer.
      A vous lire j’ai l’impression que l’être que vous aimez tant vous a donné comme un ultime clin d’œil à travers la coïncidence de ces dates, en tout cas pourquoi ne pas le prendre ainsi : une ultime complicité entre vous, pour vous aider à vivre vous au moment où il est parti lui.
      C’est la confiance en l’amour de cet être qui est parti qui peut vous donner la force de vivre aujourd’hui.

      Répondre
  22. Sylvie

    Merci pour votre site qui m’est d’une grande aide.
    Tellement désemparée et vidée face à ce vide brutal de la mort d’un être si cher à mon coeur…

    Répondre
  23. Christine

    Bonjour je voulez vous faire part de ma difficulté encore aujourd’hui à vivre ma vie pour moi. j’ai perdu ma grand-mère à l’age de 6 ans j’en est 38 et je crois que je n’ai toujours pas fait le deuil c’était un être d’amour mon père à l’époque n’a pas voulu que je pleure et on en a pas parlé et aujourd’hui je suis à l’école d’infirmière c’est trés dur car c’est un métier que j’ai toujours voulu faire mais il me confronte à mes peurs les plus profondes je suis mère de 3 enfants et j’ai l’impression de passer à côté de ma vie parce que je veux absolument faire ce métier mais je ne sais pas si c’est pour être aimé ou parce que j’aime ce métier je n’arrive pas à vivre pleinement les bonheurs de ma vie je suis rempli de peurs je crois que je n’arrive pas à faire ce deuil.

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Je crois que vous analysez très bien la situation, mais quand vous dites que vous ne savez pas si vous faites ce métier pour être aimé ou pour parce que vous l’aimez, ce n’est pas exclusif : je crois que vous faites ce métier et pour l’un et pour l’autre. Cela ne retire rien à votre motivation mais c’est aussi un danger pour vous-même car vous risquez de succomber à la confusion.
      Lisez mon article Comment gérer ses émotions dans la relation d’aide ? vous y trouverez des pistes de réponse.
      Votre père n’a manifestement pas été à la hauteur des besoins de la petite fille de 6 ans que vous étiez, qui s’est sentie abandonnée et qui n’a jamais pu faire son deuil de l’être qu’elle aimait tant. Il n’est pas trop tard. C’est un travail thérapeutique de connaissance de vous-même et de mise à jour de vos compulsions cachées qui vous permettra un jour de devenir une soignante « en équilibre ».

      Répondre
  24. leroy binard

    je travaille dans un FAM et hier une résidente dont je m’occupais est décédee subitement. Pour moi c’est la premiere fois que je suis confrontée à la mort au travail. En effet je viens de faire une reconversion. Et j’avoue que j’ai un peu de mal. J’ai parle avec les résidents qui avaient beoins mais j’ai un peu de mal pour trouver les mots qui réconfortent. Pouvez vous m’aider? Merci

    Répondre
  25. Sue

    Deux ans maintenant à essayer de faire le deuil d’une personne dont j’étais amoureuse et de qui j’avais cru être aimée. Je me rend maintenant compte à la lecture de vos articles que ma douleur en cache une encore plus grande et effrayante. La douleur de ne pas avoir été aimée dans ma famille, d’avoir été détestée par mon frère – une haine qui est allée très loin, au point que je l’ai même cru capable de me tuer, et que cette impression est encore là, enfouie au fond de moi. Et de n’avoir jamais été serrée dans les bras de mes parents, et laissée à moi-même et sans protection.

    Ça a fait de moi quelqu’un d’indépendant, mais m’a laissé démunie, je suis incapable de créer de véritables liens d’amitié, encore moins d’amour, j’ai vraiment l’impression d’avoir un morceau qui manque, un truc qui ne tourne pas rond. Je n’arrive pas à m’entourer. J’ai cru pendant quelques mois que cette personne m’aimait, parce qu’elle répondait à une certain besoin d’amour, ça m’a fait tant de bien, sentir enfin que quelqu’un m’aimait passionnément, perdre cette relation a été comme si on me coupait l’air soudainement. J’essaie depuis de me détacher, de reconstruire ma vie, de ne pas me poser en victime, mais ne vois plus qu’un grand gouffre, je me sens tellement incompétente dans cette vie, comment reconstruire des liens, alors que je n’en ai jamais été capable. Je compatis et admire le courage de tous ces gens qui écrivent et ont vécu tous ces drames, mais je sens un gouffre entre eux et moi, est-ce vraiment toujours possible de guérir de tout ça, de vivre avec ce manque et de pouvoir avoir quand même des relations un peu satisfaisantes?

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      A travers ce chagrin d’amour, votre blessure s’est réactivée. Il ne peut pas en être autrement et de lutter contre ce que vous ressentez ne peut que renforcer votre souffrance. Oui, le drame qui a été le vôtre a fait de vous quelqu’un d’indépendant en apparence, en réalité quelqu’un de profondément dépendant de son passé.
      Oui, bien sûr, il est possible que vous guérissiez de votre blessure initiale : la part de vous-même qui souffre est l’enfant blessé qui occupe presque toute la place en vous aujourd’hui.
      C’est un travail de connaissance de vous-même et de mise à jour de vos « schémas » qui vous aidera à faire naitre progressivement en vous un adulte non dépendant de cet enfant.
      Pour aller plus loin, je vous invite à lire ceci :
      Comment guérir de son enfance ?

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *