Ordre

Réflexion n° 35 :

« Le monde n’a pas besoin qu’on y mette de l’ordre ; le monde est ordre, incarné. C’est à nous de nous harmoniser avec cet ordre, » écrivait le romancier américain Henry Miller.

Beaucoup de personnes n’ont pas conscience qu’il existe un ordre différent du désordre, elles n’ont pas conscience que tant qu’elles n’ont pas mis les choses à leur place, tant qu’elles ne les ont pas reconnues « là où elles doivent être », elles ne peuvent que souffrir et faire souffrir.

S’il est vrai que le monde est ordre incarné, celui qui ne sait pas distinguer l’ordre du désordre se condamne à la souffrance mais ignorant l’origine de sa souffrance se débat dans la confusion.

Arnaud Desjardins disait : « Une chose n’est pas belle ou laide, elle est à sa place ou pas. » Si l’ordre permet à chaque chose « d’être à sa place », il lui permet de sortir du chaos dans lequel elle était.

Prenons un exemple. Une mère qui confie à sa fille ses difficultés relationnelles avec son père n’est pas à sa place car il existe une « loi de la vie » qui dit qu’il ne faut pas inverser l’ordre des générations, donc que le parent se doit d’être « au service » de son enfant et non l’inverse. Si cet ordre n’est pas respecté (donc que l’enfant croit qu’il doit être le parent de son parent), le chaos engendré ne peut qu’être douloureux pour lui, même s’il ne le reconnait pas comme tel.

Un père en dépression, mal situé par rapport à sa fille, lui demandant par exemple de comprendre ses propres blessures psychiques, créera chez elle un profond malaise au moment même où – croyant devoir céder à sa demande – elle négligera nécessairement ses besoins à elle.

L’ordre dit que les parents sont « pour » les enfants, le désordre dit que les enfants sont la propriété des parents. La remise des choses en « ordre générationnel » permet aux enfants et aux parents d’être à leur véritable place respective, c’est cette « juste place » qui est la garante du respect et de l’amour donc de l’équilibre psychique d’une famille.

C’est pour cela qu’Alice Miller écrit : « Le premier commandement devrait être : honore tes enfants de sorte qu’ils n’aient pas plus tard à édifier en leur for intérieur des remparts de protection contre l’ancienne douleur, et à se défendre contre des ennemis chimériques avec des armes effroyables capables de détruire le monde entier. »

Les enfants qui ont été manipulés par leurs parents qui leur demandaient d’être leur confident, leur serviteur ou leur victime n’ont pas été comblés dans leurs besoins légitimes de protection et d’amour et ont dû refouler une colère qui leur était interdite. Devenus adultes ils ne pourront que « se venger » sur des cibles de substitution (les Arabes, les Roms, les bourgeois…)

Pour se sortir de ce désordre, il nous faut donc « nous harmoniser avec l’ordre » c’est-à-dire sortir de la confusion dans laquelle nous étions quand nous considérions notre ancienne manière de fonctionner comme un ordre.

© 2014 Renaud & Hélène PERRONNET Tous droits réservés.

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el-hedri marie-claude
el-hedri marie-claude
27 novembre 2014 11:45

et voilà! C’est ce que j’ai fait surtout avec ma fille ainée…et maintenant nous nous réparons tous.evidemment ma mère atteinte de dèlire de persécussion faisait la meme chose chaque jour tandis que son mari, mon père, emo-tionnel et handicapè affectif criait et frappait…Bon c’est toujours le meme topo, au moins on risque pas de se perdre, mais les explications ne sont pas des excuses. Aujourd’hui apres avoir beaucoup mais beaucoup travaillé pour y voir clair, avoir remis ma personne sur pied, m’etre reconnu responsable mais …pas coupable, m’etre excusé tres sincèrement auprés de tout ceux a qui j’avais fait du… Lire la suite »

zoé
zoé
25 novembre 2014 11:44

Bonjour, Hasard ou coïncidence, votre article de ce jour rejoint exactement mon actuelle problématique avec ma mère ! C’est toujours bien de lire en mots clairs ce que l’on ressent déjà… Pour ma part, je travaille en ce moment sur la position qui a été la mienne pendant des années, vis-à-vis de ma mère (père décédé) : confidente, soutien, “oreille” permanente. J’ai bien compris que j’y suis aussi pour quelque chose puisque j’ai laissé s’installer cette relation où je suis peu à peu devenue la “conseillère” de ma mère. Relation victime (elle) – sauveur (moi), pour elle tout le monde… Lire la suite »

piri
piri
24 novembre 2014 18:55

Bonjour,
peut on lier ce texte et celui que vous nous avez offert par le passé “la vie n’est pas injuste elle est cruelle” ?
Je veux dire par là, que la maladie, la peur ou la mort soit dans l’ordre aussi ? Et que partant de là, le travail soit aussi de s’y adapter?

Marie
Marie
24 novembre 2014 14:28

C’est tellement vrai, qu’on peut tout simplement dire merci de le rappeler.

Ivy
Ivy
24 novembre 2014 12:46

Bonjour, J’apprécie énormément cette réflexion qui resitue les choses par rapport aux enfants. A leur protection notamment intellectuelle, psychologique. En revanche, je préfère nuancer quand vous dites que parler de ses problèmes d’adulte à nos enfants, ce n’est pas à la bonne place. Justement dans le courant de pensée d’Alice Miller qui est contre la violence éducative ordinaire il me semble, il est autorisé de partager ses sentiments afin que l’enfant comprenne un peu nos réactions. Alors bien sûr il n’est pas question ici d’expliquer la dépression d’un parent, mais plus les sentiments qu’on ressent face à telle ou telle… Lire la suite »

Ivy
Ivy
Répondre à  Renaud Perronnet
24 novembre 2014 18:52

Merci pour le lien 😉
Je parle ici d’expliquer que tel comportement de l’enfant peut nous mettre en colère.
Ou encore dire à son enfant qu’en ce moment on n’a pas le moral, mais que ce n’est pas de sa faute, pour lui permettre d’être empathique par exemple.
Nous sommes des parents, mais avant tout des êtres humains avec des ressentis que l’on peut partager dans certaine mesurer avec ses enfants afin qu’eux mêmes ne se sentent pas isolés à croire qu’ils sont seuls à éprouver des émotions telles que la colère, la peur, la détresse….

Brigitte
Brigitte
24 novembre 2014 09:55

Merci pour cet exposé succinct et si juste qui relate parfaitement l’origine de mes difficultés propres et celles de nombreuses personnes de ma famille. Voir d’où proviennent mes dysfonctionnements a été le début d’une guérison et m’a permis ensuite de cheminer lentement, lentement et entourée de personnes aidantes, vers l’ordre et la lumière d’une vie de plus en plus belle. Et apprendre à résister aux sirènes anciennes (relayées par ma famille) pour ne pas retomber trop souvent dans mes anciens fonctionnements. Ah que la vie est belle quand l’ordre commence à y revenir, et une fois que la culpabilité est… Lire la suite »

Barbatruc
Barbatruc
23 novembre 2014 23:05

Ce n’est qu’avec la naissance de ma fille que j’ai pu réaliser à quel point les rôles étaient inversés durant mon enfance. Père absent, mère suicidaire, éducation basée sur la honte et la culpabilisation, et moi confident de leurs problèmes, croyant devoir les résoudre alors que je n’en avais pas le pouvoir et qu’eux ne souhaitaient de toute façon pas s’en sortir (et ce n’est qu’à eux qu’il appartient d’en faire le choix). Il m’a fallu longtemps pour finalement me mettre en colère, couper les ponts, passer par la mauvaise conscience (la réflexion de la semaine dernière m’a été bien… Lire la suite »