Mauvaise conscience

Réflexion n° 34 :

L’autre jour sur mon blog, une jeune femme qui commençait à prendre conscience de la manière dont elle n’avait pas été respectée par ses parents tout au long de son enfance, partageait avec lucidité : « tout est paradoxal dans ma relation à mes parents. (…) J’ai l’impression qu’ils ne m’aiment pas moi mais ce que je représente, je représente leur enfant fantasme. » Et, après avoir évoqué « ce regard de domination, de supériorité, de sadisme lorsque je pleurais à cause des coups ou des mots de mon père », elle poursuivait : « Ils ne se rendent pas compte de leurs mots, gestes. Ils ont été élevés comme ça et conservent une certaine rancune envers leurs parents. Sauf que ça c’est moi qui le paie. Et j’ai cette culpabilité de penser ça d’eux parce que je n’en ai pas le droit. Il y a des parents alcooliques, incestueux… Je ne me sens pas le droit de m’en plaindre. (…) Il y aura toujours cette emprise, du moins elle sera présente encore de nombreuses années, j’en suis sûre, je n’ai pas le choix. (…) Il faudrait une discussion, des remises en question. Et ça ne sera jamais possible, car si j’ai cette capacité de remise en question elle ne m’a été léguée par aucun de mes parents. Quoi que je fasse rien ne changera, du moins pas en bien. Je n’ai que la possibilité de subir et de culpabiliser de penser ces choses. »

Que se passe-t-il pour cette jeune femme ? Que vit-elle à travers sa souffrance lucide ?

En fait, elle constate qu’elle ne peut pas agir « sur » ce qu’elle découvre de ses parents à cause des préjugés de sa conscience qui portent un jugement sur ce qu’elle ressent. Il lui paraît impossible de se soustraire aux injonctions et aux préjugés de sa conscience alors même que – tragiquement – elle sent bien qu’elle s’enferme dans un piège de souffrance.

Elle est pourtant – comme chacun de nous – née innocente avec une conscience vierge de toute notion de bien et de mal. Cette conscience a été forgée au bien et au mal (au contact de ses parents) et la juge désormais en lui interdisant de faire ce qui serait bon pour elle.

L’unique façon pour elle d’abandonner les préjugés de sa conscience, c’est de prendre le risque d’avoir mauvaise conscience. Ce risque lui paraît impossible à courir car sa conscience lui affirme qu’elle n’a pas d’autre possibilité que de subir la maltraitance et de culpabiliser de penser ce qu’elle pense.

Comme l’exprime le psychothérapeute Bert Hellinger qui a créé une méthode de thérapie familiale appelée « constellation familiale » : « Nous suivons un mouvement de la conscience qui exige de nous un type de pensée et un comportement qui nous apportent la certitude de pouvoir appartenir au groupe qui est important pour nous, en premier lieu notre famille d’origine. Ce mouvement de la conscience a un effet positif pour nous : en lui, nous nous sentons bien et en sécurité. »

C’est pour cette raison que c’est si difficile de sortir du monde des préjugés de la conscience et d’affronter l’insécurité et la culpabilité dans laquelle la mauvaise conscience nous met.

Tant que nous ne pouvons pas remettre en cause notre appartenance aux valeurs de notre famille d’origine, nous nous condamnons à rester enfermés dans notre prison.

Bert Hellinger ose même affirmer qu’il ne peut pas y avoir de libération sans mauvaise conscience.

Crédits :

– Mauvaise conscience, merci à Gwichin.

© 2014 Renaud & Hélène PERRONNET Tous droits réservés.

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6 réflexions au sujet de « Mauvaise conscience »

  1. Dussol

    Cet article arrive à point nommé. J’éprouve moi aussi de la mauvaise conscience et de la culpabilité envers ma mère, bien que mes besoins de respect et de paix intérieure n’aient jamais été respectés.

    Elle a eu une enfance très difficile, orpheline de mère à 8 ans et elle et ses 2 soeurs maltraitées par leur père et leur belle-mère, traitées un peu comme Cosette. Donc évidemment, comment me plaindre moi quand enfant j’allais mal ? Les traumatismes qu’elles ont subi ont été importants, une de ses soeurs s’est supprimée à 45 ans en tuant auparavant ses 4 enfants, et l’autre a été religieuse à l’autre bout du monde dans des endroits perdus. De plus je suis une enfant naturelle, et à 20 ans elle s’est retrouvée avec moi bébé et sans le sou. Elle a assumé, donc ma conscience me souffle que je dois être reconnaissante. Je n’ai jamais manqué de rien matériellement.

    J’ai un demi frère qu’elle idolâtre. Il a 47 ans et elle l’a entretenu jusqu’à ces dernières années, dilapidant tout son patrimoine courageusement acquis, je m’en doutais, mais tout ça se faisait sans jamais me tenir au courant de rien. Là elle vient de m’avouer à 80 ans qu’elle est sur la paille, qu’elle n’a même plus de quoi se nourrir les fins de mois. J’avais accepté intérieurement l’idée qu’elle donne tout à mon frère, mais maintenant, c’est vers moi qu’elle se tourne, et là il faut vraiment qu’elle n’arrive plus à assumer car elle a un caractère très dominateur, alors demander de l’aide…

    Or pour moi elle a souvent été toxique, je n’arrivais pas à me faire respecter et mon mari me disait que je redevenais une petite fille soumise en sa présence. J’étais vraiment une poubelle émotionnelle, et je n’arrivais pas à faire respecter mon besoin de tranquillité. Elle s’est toujours maltraitée dans ses relations avec les hommes, sa soeur et mon frère, et elle se plaignait ensuite à moi pendant des heures sans que j’arrive à raccrocher. Bien entendu elle n’avait aucune envie d’écouter des conseils ou des remarques.

    Donc là j’ai dû me montrer sévère. Elle a du mal à se nourrir, mais elle est capable d’envoyer 200 euros à mon frère quand elle reçoit sa retraite. J’ai eu beaucoup de mal à repartir lors de ma dernière visite sans donner d’argent. Je suis prête à aider mais à ma manière, en gérant son budget si elle le souhaite, en revoyant ses dépenses énergétiques et autres qui peuvent être revues à la baisse, ainsi que ses dépenses de téléphone (elle appelle sa soeur au Cameroun sans se préoccuper des sommes.. et il y a moyen de faire baisser tout ça). Moi avec mes idées de gérer, je suis vraiment l’empêcheur de tourner en rond, je sais bien qu’elle préférerait que je donne de l’argent.

    La phrase de Bert Hellinger est d’une grande aide pour moi, car depuis qu’elle m’a confié ça j’ai du mal à dormir et ça m’obsède. Mais je sais que je dois me respecter et que les choses doivent suivre ma volonté et non la sienne, que je sois juste envers moi-même avant tout. Donc savoir que de toutes façons je passerai par la mauvaise conscience, c’est très aidant pour moi, ça va me permettre de m’affirmer plus facilement, et d’imposer ma façon de faire.

    Ma conscience me tourmente encore, je m’imagine en train de lui faire livrer des colis de nourriture par internet (elle vit à 5 heures de route), mais je sais qu’il ne faut pas que je cède à cette mauvaise conscience. Elle est dans la situation qu’elle a choisie, et tout ce que je vais donner va lui permettre de continuer à entretenir mon frère ou ma tante qui sont des puits sans fond… Elle a toujours donné n’importe comment, et ça n’a rien irrigué, donné aucun fruit. Par exemple avec tout ce qu’elle a donné à mon frère et qui s’est évaporé, elle aurait pu lui acheter une maison par exemple. Au moins ç’aurait été (peut-être ?) constructif. De plus maman a une telle tendance à se mortifier… je ne peux changer ça de toutes façons, je dois accepter.

    Je parviens à ne pas être tourmentée comme autrefois (j’aurai bientôt 60 ans et donc il est temps !!!) mais je ne suis pas quitte de mes réflexions sur le sujet. J’ai été un peu longue, mais peut-être que ça parlera à certains !

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  2. soly

    Grand merci Dussol, et tenez bon ! votre témoignage est très éclairant. La mauvaise conscience c’est aussi affronter le regard de la société, les bien-pensants ! Je vous trouve très courageuse, vraiment ! il n’y a pas de mal à s’exiger du respect pour soi même, il n’y a que vous pour le faire, même si c’est dur. Je crois ainsi on retrouve une force que l’on utilise pour soi et non contre soi, c’est ce que je comprends en passant par la mauvaise conscience. Bonne continuation et Merci pour cet article

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  3. Ronan

    Merci Renaud pour cette réflexion n°34 !
    Aujourd’hui j’ai 51 ans et j’ai mis 49 ans à comprendre que la psychologie de ma famille (ma mère et celle de mon frère) est à peu prêt équivalente à celle d’un poireau. J’ai, durant toutes ces années, cherché leur reconnaissance mais dès l’origine, je n’étais pas désiré et donc considéré comme en trop (sauf pour mon père mais il est “parti” trop tôt). Aujourd’hui je n’ai absolument plus mauvaise conscience de leur dire ce que je pense de leurs comportements toxique avec une distance remarquable. Je suis moi !
    Il y a les fonctionnements Humains et ceux d’êtres humains sans humanité ou, du moins, avec la leur qui n’est pas la mienne. C’est un chemin difficile de ce départir des carcans et croyances que nous devons fidélité à des individus toxiques, mais une fois réalisé ça va beaucoup mieux.
    La phrase de Bert Hellinger explique tout et surtout notre fidélité, mais il est important de revenir à soi et à des valeurs Humaines pour comprendre où est notre vraie place. Parfois loin de celles et ceux à côté de qui nous avons grandi. La seule certitude… c’est que j’ai pu résister à des fous sans le devenir moi-même.

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      1. Ronan

        Avec plaisir Renaud, c’est un juste et très modeste retour des nombreuses années de lecture de votre Blog que je recommande souvent, soit à des amis, soit à mes patients. Merci pour la clarté de tout ce que vous mettez en ligne à peu de frais et qui est très éclairant.

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  4. Alves da silva

    Tout d’abord, merci pour cet article au travers de ce témoignage d’une lucidité époustouflante.

    J’ai également grandi dans une famille dysfonctionnelle et maltraitante. Prise entre une mère d’une grande fragilité et alcoolo-dépendante et un père dominateur et tyrannique, lui aussi avec des excès de boisson, plus subtile, si j’ose dire. Néanmoins, ils sont tous les deux partis des conséquences de leur alcoolisme.
    Évidemment, je me sentais mal, d’autant que j’étais toujours « victime » de relations toxiques et destructrices. Comment pouvait-il en être autrement..A 30 ans, j’étais suicidaire. J’ai vraiment commencé un travail sur moi à 36 ans avec une psychiatre en thérapie de soutien puis analytique. Malgré mes avancées et les améliorations notables dans ma vie quotidienne, “ça” bloquait et plus particulièrement dans la sphère sentimentale, très révélatrice de nos maux. Au fil du temps, j’avais apprivoisé la solitude, à quoi bon persister dans de vaines tentatives, toujours aussi décevantes, échecs à répétition. Étais je la proie d’une RTN, quoi qu’il en soit, j’étais dans l’impasse. Et puis par le biais d’une rencontre, couronnée du même sceau, ce rêve est arrivé. Je souhaite le partager avec celles et ceux en proie à leur mauvaise conscience, comme une promesse libératrice.

    JEU DE MIROIR, ENFERMEMENT
    Je suis prisonnière d’une autre femme, d’un fantôme, je ne vois qu’une forme, on se parle, mais c’est une voix lointaine, comme venue de moi-même, ma mère en moi ?. La pièce dans laquelle je suis détenue est à l’état brute, en béton gris sombre, sans aucune vie comme laissée à l’abandon, sans aucun confort, juste quelques taggs, rouges et noirs sur les murs, peut-être une croix gammée, représentant pour moi, la dictature hitlérienne, le nazisme, le racisme, la haine absolue de l’autre et de ce qu’il représente d’insupportable, à détruire. Cela me parle de ma haine de moi-même, de mes faiblesses, ma soumission, mon laissé-aller, la dépression. Il y a une ouverture vers l’extérieur, horizontale et inaccessible (trop haute) avec de gros barreaux, pas une issue, juste de la lumière. La porte de la pièce est ouverte, les clés sont sur la serrure, je les vois nettement ds mon rêve, je les saisis et y enferme cette part de moi-même, ma mère. Il y a de l’urgence, de l’impératif dans mon geste, JE DOIS, sinon…Je me sauve, je vais jusqu’à ma voiture, je ne suis pas sûre d’avoir les clés, je suis rassurée, je les vois sur le siège conducteur, je peux mettre à l’abri mon enfant..Est-ce encore moi, ce nouveau né, sans visage et sans pleur, emmitouflé ds une trop grande couverture comme si il fallait le cacher. C’est plutôt, à la forme de la couverture, que l’on devine, qu’il y a un bébé. J’entends de la cellule, la femme hurlée, elle sait que si je ne reviens pas, elle mourra là, ignorée de tous. Je ne peux pas faire ça, la laisser mourir comme ça. Maintenant, je ne risque plus rien, je peux la laisser aller, je ne suis plus prisonnière d’elle.
    ADIEU MAMAN.

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