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Une femme m’a séduit, est-ce que je l’aime ?

Question de D. F. :

Etudiant.

J'irai tout droit à ce qui me préoccupe :

Il y a 3 ans j'ai connu une fille qui n'était qu'une simple connaissance ou une camarade de classe. Mais au fur et à mesure que nous nous rapprochions, nous nous connaissions davantage, nous nous intéressions, elle me dit tous ses secrets, même les plus intimes en me demandant conseil. Elle s'intéresse à ma vie à mes relations et elle m'a même convaincu de laisser ma petite amie, en me conseillant qu'elle était mauvaise.

Et j'en suis arrivé à conclure qu'elle est amoureuse de moi, car moi, plus je la vois, plus je l'entends, plus je me rends compte que je suis amoureux d'elle.

Mais moi je ne sais pas si elle éprouve effectivement de l'amour à mon égard ou si elle me prend comme son ami tout court.

L'erreur que je ne voudrais pas faire c'est de détruire notre relation en la draguant. Je l'estime trop.

QUE ME CONSEILLEZ-VOUS DE FAIRE ?

QUELLE DEMARCHE ENTREPRENDRE ?

Ma réponse :

Vous rencontrez une femme qui s'intéresse suffisamment à vous pour vous demander conseil. Elle vous montre donc qu'elle n'est pas indifférente à votre avis, d'un certain point de vue elle vous flatte. Là, elle semble vous avoir conquis puisqu'elle prend un certain pouvoir sur vous, au point que vous dites qu'elle parvient à vous convaincre de laisser tomber votre petite amie.

Je comprends aussi que cette femme s'est prouvé à elle-même (en y mettant le paquet) qu'elle avait du pouvoir sur vous, puisqu'elle a réussi à vous faire croire que votre petite amie était « mauvaise ». Pourquoi a-t-elle fait cela ? Interrogez-vous ? Pourquoi aurions-nous besoin de dire à nos amis que leurs relations sont mauvaises ?

Vous vous laissez faire, sans doute séduit par son pouvoir de persuasion, ce qui vous montre au passage que vous ne teniez pas beaucoup à la précédente (mais - par contre - que vous tenez beaucoup plus à l'image que cette seconde femme vous renvoie de vous.)

Vous concluez donc qu'elle est amoureuse de vous parce que le pouvoir qu'elle a sur vous vous séduit. En fait peut-être souhaite-t-elle simplement avoir de l'ascendant sur vous (ce en quoi elle semble y parvenir), peut-être a-t-elle du plaisir à vous mettre dans sa poche ?

Ne confondez-vous pas amour et fascination ? Réfléchissez, quel est votre besoin à vous ?

Sans doute serait-il utile pour vous de ne pas aller trop vite, de prendre votre temps, de laisser venir les choses afin de découvrir ce qu'elles recèlent vraiment…

Finalement vous semblez penser (et confondre) que vous êtes « amoureux d'elle » parce qu'elle vous apparait amoureuse de vous ?

« Aimer » est différent de « désirer être aimé ». L'un est beaucoup plus solide que l'autre qui ne peut que varier, au gré des obstacles et des rencontres… de la « dernière » rencontre…

Que vous racontez-vous à vous-même quand vous vous dites qu'elle vous prend peut-être comme « son ami tout court » ?

Cette femme semble vous impressionner au point que vous craignez de commettre une erreur tactique à son égard… c'est un peu comme si elle était « inespérée pour vous ». Et pourquoi cela ? Pourquoi devriez-vous être contraint de penser qu'un être humain serait « trop beau pour vous » ? N'avez-vous pas la même valeur qu'un autre ?

Pensez-vous que l'amour a besoin de tactique pour exister ? Que cherchez-vous au juste ? Une fois encore quel est votre besoin ?

Si vous songez « tactique » n'est-ce pas justement parce que vous avez senti qu'elle était dans la séduction et que l'ayant senti, vous avez peur de la perdre ? En ce cas, peut-on dire qu'il y a amour ou plutôt fascination ? Que risquez-vous de perdre ? Est-ce de l'amour ?

Vous ne voudriez surtout pas détruire cette relation en la « draguant », dites-vous. Votre raisonnement me fait penser à ces hommes qui ont une petite amie (précieuse et qu'ils estiment) avec qui ils ne font « surtout pas l'amour », et qui - en conséquence - « baisent », en dehors avec des filles (qu'évidemment) ils n'estiment pas.

Demandez-vous pourquoi vous devriez ainsi séparer le sexe de la relation amoureuse ? Et comment vous auriez été amené à penser qu'il existerait deux sortes de femmes (la vôtre et les autres, qui ne seraient que des « salopes ») ?

Ne croyez-vous pas plutôt que l'amour est un tout. Dans ce cas de quoi auriez-vous peur en l'aimant ? De quoi aurait-elle peur en se sentant aimée par vous ?

Peut-être avez-vous peur d'être déçu parce que vous auriez perçu que plus que de vous aimer (pour vous) elle semble avoir un certain pouvoir (sur vous) et cela ne vous mettrait pas très à l'aise ?

Dans ce cas, réfléchissez bien avant d'aller de l'avant et souvenez-vous que vous êtes (comme tout être humain) digne de recevoir de l'amour comme d'en donner.

C'est vrai qu'aimer n'est pas dominer mais nous ne le savons pas toujours ou plutôt nous n'en avons pas toujours conscience tant que nous sommes dans la confusion. Entretenir cette confusion nous fait parfois rêver que nous aimons alors que nous dominons ; que nous sommes aimés, alors que nous sommes dominés.

C'est si difficile pour nous de nous dire à nous-mêmes nos propres besoins donc de ne pas nous mentir… à nous-mêmes.

© 2006 Renaud PERRONNET Tous droits réservés

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7 réponses à “Une femme m’a séduit, est-ce que je l’aime ?” Laissez une réponse ›

  • HOU ! LA ! LA ! Je ne suis pas très experte en Amour, mais depuis que j'ai mis des oreilles à mon complexe à trois niveaux, c'est-à-dire : tête, cœur et corps ; je peux dire que l'Amour c'est plus simple que cela :
    - en Amour, il n'y a pas de problèmes !
    - en Amour, il n'y a pas de calcul !
    - en Amour, il n'y a pas de chantage !
    - en Amour, il n'y a pas de questions ! il n'y a pas de soucis !
    - en Amour, il n'y a pas de merci à dire !
    L'AMOUR EST LA, C'EST TOUT.
    L'AMOUR SE FAIT, C'EST TOUT.
    IL N'Y A AUCUNE COMPLICATION EN AMOUR.

  • Bien entendu je suis d'accord avec la réponse de Renaud. Il est nécessaire de toujours reprendre une situation à partir de soi. Puisque c'est bien en nous que se trouvent les problématiques que nous rencontrons. Ce n'est pas les autres qui posent problème, mais bien moi qui réagit dans cette situation précise là et qui y trouve problème. Donc la situation ne peut se résoudre qu'à partir de moi. Après que j'ai identifié l'origine de ma réaction, je peux résoudre ce qui pose problème. De fait je ne vois plus de problème puisqu'il n'y a plus de filtre.
    Je ne suis pas persuadé que la réaction de la personne qui a des oreilles à trois niveaux ait raison. Ce n'est pas par la négation et le refus de voir que les problèmes se résolvent. Tout le monde il est beau tout le monde il est gentil, ça existe dans une vision idéale... Idéaliste du monde. En réalité ça n'est jamais cela. Parce que nous avons trop de filtres pour être : l'Être idéal.
    En réalité nos nous faisons une idée de l'Amour qui nous met toujours au centre de tout pour nous même. Quand on s'aperçoit qu'on n'est plus au centre de la relation on a envie de se casser... Comme dit Prajñânpad, vos sentiments ne sont que des émotions (...) L'Amour peut se définir idéalement par rapport à l'autre, surtout aux femmes pour les hommes et réciproquement. En fait j'en suis à me dire que nous ne savons pas ce que c'est, (l'Amour) que nous vivons en permanence avec des abus de langage. La première personne qui me semble importante à aimer étant soi même et là je suis loin de l'égocentrisme et du petit moi. Il n'est pas impossible que nous jetions dans l'Amour de l'autre tout ce que nous n'osons pas mettre dans la relation à nous même. Dans l'acceptation de nous même. Dans l'effort à faire pour se voir en face dans le miroir de l'existence quotidienne.
    Il y aurait encore tant à dire...
    Mais je suis vraiment pas d'accord avec la réponse des grandes oreilles...

    • Je suis d'accord avec ton point de vue. On investit peut-être trop dans l'autre et pas assez en nous. Lors d'une rupture, c'est parfois le vide en plus se rajoute le chagrin etc... Est-ce de la pudeur que cette gêne à s'accorder de l'amour?

  • A la question qui a été soumise, il a été répondu de façon plutôt philosophique. Vous savez votre réponse m'a plutôt mis dans un état de réflexion beaucoup plus profond.
    Vous me reprochez de confondre fascination et amour.
    En effet je me comprends mieux du moment où vous séparez amour et fascination. Je pense que sans la fascination l'amour ne pourrait pas exister. Les êtres ne nous fascinent-ils pas d'abord avant qu'on les aime ? Nous voyons une personne qui attire notre attention parmi tant d'autres qui passent chaque jour devant nous.
    Essayer de nous rapprocher de cet être, de le Découvrir, de Connaître sa vie, Ses passions, ses goûts, etc. En somme le connaître de plus en plus n'est-ce pas éprouver de la fascination ? On entend les gens dire « cette personne me fascine » parce qu'ils lui découvrent de jours en jours de nouvelles qualités.
    Et de là naît peut-être l'amour car la personne qu'on aime tend à nous fasciner de plus en plus qu'on s'approche d'elle.
    Dans mon cas je pense que cette femme me fait découvrir de jour en jour une chose nouvelle en elle de sorte que je ne peux plus me passer de penser à elle, de la voir ou de l'entendre.
    C'est dans ce cadre d'ailleurs que je pose la question de savoir si l'amour et la fascination ne sont pas inséparables ? Est-ce une continuité ou la fascination vient avant ? Enfin j'aimerais avoir votre conseil de ce que je devrais faire dans le cas où la femme me fascine et dans un autre cas où j'aime cette femme en tenant compte bien sûr de ce que je vous ai raconté dans ma première lettre.
    Merci pour le temps que vous m'accordez.

  • J'ai éclaté de rire quand j'ai vu que l'on m'appelait « grandes oreilles », et je suis contente que cette personne ait réagi à mon intervention.
    Peut-être que cette personne est elle-même à la recherche de ce « Moi ».
    Ce Moi Unique, ce Moi tel que je suis, ce Moi que j'aime.
    Je suis entièrement d'accord avec votre réponse.
    Vous m'avez très bien comprise.

  • NON ! Je n'ai absolument pas voulu dire que nous sommes réduits pour toujours à notre égocentrisme. Ni qu'il n'y a aucun moyen de s'améliorer donc d'aimer ce serait déformer ma conviction.
    Je ne peux pas me reconnaître dans ces questions-là. Bien au contraire.
    J'avoue avoir réagi (réaction !) avec peut être trop de spontanéité à la réponse de M. J., mais j'ai été l'objet d'un tel doute à la lecture de sa réponse. De fait, J'ai plus réagi par précaution (une précaution vis-à-vis de moi ?)
    Soit « Tout est simple » et cette réponse est effectivement une réalité vécue et dans ce cas BRAVO. Je souhaite sincèrement à M. J. de vivre cette félicité, je la comprends, je l'accueille c'est simple et vraiment Heureux.
    Et je le souhaite aussi à D.F. avec beaucoup de délicatesse et de douceur.
    Soi, comme vous le dites Renaud, la pièce à deux faces et j'ai pris d'abord la précaution de « l'autre face », celle qui pouvait annoncer cette réponse comme n'étant pas si simple que cela, mais comme étant une fuite, une négation, une manière de dire avec une trop grande facilitéque « tout est simple » et qui évite de se poser les questions de fond. Quelque chose de l'ordre de « l'éviction d'un questionnement. »
    Ayant identifié cette attitude récurrente chez d'autres, proches, ma réaction est probablement la marque d'une blessure en moi sur ce point. En mettant le doigt dessus je peux changer mon regard sur mon fonctionnement et mes attentes !
    J'avoue ne pas voir eu assez de délicatesse de mon côté pour percevoir la sagesse de la réponse de M. J. Les grandes oreilles à trois niveaux que je salue.
    « Peut-être que cette personne est elle-même à la recherche de ce « Moi ». Ce Moi Unique, ce Moi tel que je suis, ce Moi que j'aime. » dit­-elle.
    OUI !
    Oui bien évidemment que je suis en quête, et cela ne me laisse pas tranquille. Je cherche, quitte à mal m'exprimer, et me tromper. Cela me rend turbulent, j'éclabousse, mais l'aventure du chemin vers Soi est passionnante.

  • Vous posez à mon sens une interrogation essentielle : « Les êtres ne nous fascinent-ils pas d'abord avant qu'on les aime ? »

    Il existe une loi simple qui régit les rapports entre les êtres humains : la loi d'attraction et de répulsion. (Ce qui ne m'attire pas je n'en veux pas ; ce qui m'attire, je le veux.)

    Sans doute sommes-nous, la plupart d'entre nous, régis par cette loi (j'aime / je n'aime pas), on appelle aussi cela sympathie / antipathie.

    Pourquoi êtes-vous attiré par cet objet là dans une boutique ? Pourquoi celui-là plutôt qu'un autre ? Parce que c'est vous. Parce que c'est à vous qu'il parle précisément. A qui, à quoi de vous parle-t-il ? Sans doute à vos besoins, issus de vos manques… et voilà que vous êtes résolu à l'acheter, à le voler, à vous le procurer à n'importe quel prix. Sans doute l'amour-passion, l'amour-fascination fonctionne-t-il sur la même base. Cette femme, cet homme, quoi qu'il m'en coûte, je me réunirai à elle, à lui. Il me la (le) faut !

    Quand l'être humain est la proie de ses manques, il est prêt à agir, même si cela lui coûte. Quel homme ne serait pas prêt à risquer un aller-retour en voiture de 1300 km pour s'unir à la femme qu'il aime à la passion même pour quelques minutes ?

    C'est vrai ce que vous dites, un beau ( ?) jour : « Nous voyons une personne qui attire notre attention parmi tant d'autres qui passent chaque jour devant nous. » Pourquoi attire-t-elle donc tant notre attention ?

    Quand notre manque devient intolérable, il faut que nous le comblions. La fascination comble un vide qui nous appartient.

    Remarquez qu'à ce niveau, il n'y a pas encore vraiment de relation, juste un besoin… inextinguible. Parfois, le besoin inextinguible de l'un rencontre le besoin inextinguible de l'autre… remarquez, il n'y a toujours pas relation, juste besoin inextinguible des deux côtés, dans la réciprocité.

    La réciprocité fait parfois croire aux amants qu'ils s'aiment alors qu'ils ne songent qu'à eux, qu'à leurs propres besoins. Ils se disent qu'ils s'aiment, sans voir qu'ils ont simplement besoin d'être aimés par l'autre.

    Je ne crois pas que l'on puisse nommer « amour », la satisfaction de nos propres besoins, c'est tout juste de l'égocentrisme (et il n'y a aucun jugement de valeur là-dedans.)

    Remarquez que comme la sympathie est très proche de l'antipathie (parce qu'elle est son contraire donc son autre face), l'amour-fascination est (lui aussi) très proche de son contraire, l'amour-répulsion.

    N'avez-vous pas comme moi été étonné de voir avec quelle facilité, des êtres humains qui hier encore prétendaient tant s'aimer, aujourd'hui se détestent ? En fait hier, ils se désiraient et aujourd'hui, ils ne se désirent plus, c'est aussi simple que cela. Comme un enfant jette un vieux jouet trop usé, un amant délaisse une amante pour qui il n'éprouve plus aucune attraction.

    Vous posez la question de savoir si vouloir connaître l'autre de plus en plus n'est pas éprouver de la fascination pour lui. On dit que certains serpents avant de se jeter sur leurs proies les hypnotisent afin qu'elles soient fascinées par eux. Si l'autre m'hypnotise, m'envoûte, me fascine, vais-je l'aimer où vais-je plutôt devenir sa proie inconditionnelle ? Certains de nos contemporains semblent avoir tellement abandonné tout esprit critique, tout sens de leur propre valeur, qu'ils sont devenus du « gibier de secte ». Pourquoi certains hommes ne deviendraient-ils pas du gibier de femme ? Certaines femmes du gibier d'homme ?

    Certains croient aimer quand - comme ensorcelés - ils abandonnent toute capacité de discernement par rapport à l'autre. L'amour de l'autre nous demande-t-il de nous perdre nous-même ? Interrogez-vous sur la nature de l'amour.

    On lit parfois dans les journaux « Il n'a pas voulu survivre à la mort de sa femme et s'est pendu dans son grenier, par amour pour elle. » Est-ce l'amour pour l'autre qui mène au désespoir ou plutôt notre dépendance à l'autre ? Ce journaliste ne ferait-il pas mieux d'écrire « Sa dépendance à sa femme l'a mené à l'irréparable. » Cette dépendance n'est-elle pas la sœur de la fascination ?

    Mais alors qu'est-ce que l'amour ? Pour vous permettre d'y réfléchir et de peut-être trouver par vous-même une réponse, je vais vous raconter une petite histoire.

    Commençons par planter le décor : Vous avez 20 ans, vous êtes en bonne santé et libre donc disponible et sans attache particulière. Vous rencontrez celle qui vous semble être la femme de votre vie et ô miracle elle est elle-même libre et disponible. Vous vous dites que vous vous aimez (puisse cela être vrai !) et puisque vous vous aimez mutuellement et que tous les deux vous avez le goût du voyage et de l'aventure, vous convenez de tenter votre chance « ailleurs », dans un autre pays que le vôtre, disons au Canada.

    Parce que la symbolique vous plait à tous les deux, vous avez décidé de quitter le sol français en bateau. Vous êtes donc au Havre, le jour J, tous les deux le cœur battant, accoudés au bastingage de votre navire de croisière. Soudain la corne de brume résonne à vos oreilles, un matelot est entrain de dérouler l'énorme corde qui vous relie encore à la bite d'amarrage. L'excitation est à son comble, le moment est sublime, votre poitrine éclate de bonheur.

    Devant vous, en contre bas, sur le quai : votre père et votre mère. (Là, je vous propose deux scénarios possibles…)

    Le premier : les paroles de votre mère sont à l'unissons de son visage qui rayonne de bonheur : « Bon voyage mon fils, mon cœur déborde de joie de te (de vous) sentir heureux tous les deux, bon vent ! » Votre père rajoute : « Ne t'inquiètes pas si tu ne nous écris pas tout de suite, tu auras d'autres choses à faire, à vivre, en arrivant dans un pays nouveau pour toi. Bon voyage, nous sommes de tout coeur avec vous deux. »

    Dans le second scénario, votre mère est en larmes, des cris rauques sortent de sa gorge : « Tu me tues ! Tu tues ta pauvre mère ! » Votre père est désespéré lui aussi, il craque littéralement devant vous et vous lance, plein d'amertume : « Je ne savais pas que ça allait mener à cela, avoir un fils ! »

    Où est l'amour ? Ou plutôt qu'est-ce que l'amour ? L'amour donne-t-il ? L'amour prend-il ? C'est vrai que la fascination exige, elle absorbe et prend. On tue par fascination et je pense à ces hommes qui dans certaines cultures (mais cela existe bien évidemment dans la nôtre) vitriolent leurs femmes qui les ont quittés, en espérant qu'elles ne pourront plus jamais inspirer l'amour à d'autres. Ils tentent donc d'annihiler définitivement chez elles leur possibilité d'attraction. Ils ont la haine, parce qu'ils se sentent trahis. Souvenez-vous, la répulsion est l'autre face de l'attraction, de la fascination.

    A votre question : l'amour et la fascination ne sont-ils pas inséparables ? Je réponds non, la fascination est inséparable de la répulsion, pas de l'amour. L'amour n'a pas de contraire, l'amour donne et s'alimente en donnant.

    Peut-être pensiez-vous que le contraire de l'amour était la haine ? Non, la haine (sœur de la répulsion) est le contraire de l'attirance (elle-même sœur de la fascination) pas de l'amour. Il y a juste des empêchements à l'amour et derrière eux toujours la même émotion : la PEUR.

    L'amour permet, offre, ouvre, l'amour ne peut pas tomber dans le désespoir parce qu'il ne juge pas, mais sent l'autre et le comprend.

    « A la taverne des amoureux, il est un vin étrange, quand on le boit, ceux que l'on voyait deux deviennent un » , disait le philosophe Yvan Amar.

    Vous me demandez un conseil… que dois-je faire quand une femme me fascine ? Une seule chose, rester conscient, les yeux ouverts face à votre fascination. La spécificité de la conscience de l'être humain est d'être réflexive, peut-être vous souvenez-vous de Socrate qui savait qu'il ne savait pas ? Que pouvez-vous faire d'autre que d'être conscient de ce que vous vivez ? Fasciné mais conscient que vous l'êtes, cela vous permettra de ne pas devoir être un jour la victime de votre fascination.

    Et dans l'autre cas me demandez-vous… que dois-je faire quand j'aime une femme ? Là, je vous répondrai d'abord que c'est tout ce que je peux vous souhaiter, que vous avez bien de la chance d'aimer (en fait, pour vous dire le fond de ma pensée, cela me montre que vous avez été aimé). Mais vous n'êtes pas le seul à avoir « cette chance », cette femme en a aussi beaucoup d'être aimée ! Mais… le sait-elle ?

    C'est à la taverne des amoureux réciproques que le vin qu'ils boivent leur permet de devenir Un, sinon, il y a amour déçu et l'amour déçu reste ouvert sinon il se nomme fascination et il est la proie de la peur.

    Avec une jolie métaphore, M. J. nous rappelle que l'être humain est un complexe à trois étages : intellectuel (tête), émotionnel (cœur) et physique (corps). Elle nous explique « depuis que j'ai mis des oreilles à mon complexe à trois niveaux » c'est-à-dire depuis qu'elle est à l'écoute respectueuse des trois niveaux d'elle-même (Tête : qu'est-ce que je veux ? Suis-je d'accord pour faire passer l'intérêt de l'autre avant le mien ? Cœur : de quoi ai-je envie ? Est-ce que je sens que je veux donner ? Corps : qu'est-ce que je peux ? Comment vais-je m'y prendre pour agir pour l'autre ?), elle a découvert que l'amour pouvait être quelque chose de beaucoup plus simple (donc elle se raconte beaucoup moins de salades). Elle a découvert que l'amour n'est pas dans la complication, elle a découvert qu'en amour il ne peut pas y avoir de sacrifice ni d'obligation, donc qu'il n'y a pas de souci, de questions, ou de risque de chantage. Il y a simplement l'autre que celui qui aime comprend, avec confiance, comme pour cette mère qui est heureuse de voir son fils partir au Canada avec celle qu'il aime.

    Elle a découvert que l'amour c'est passer de la dualité à l'Unité et que pour cela nous avons besoin d'avoir des grandes oreilles donc de beaucoup d'écoute de soi.

    Non l'amour ne peut pas partir du moi égocentré qui (comme le dit si bien J-L. T. ) « quand on s'aperçoit qu'on n'est plus au centre de la relation on a envie de se casser... » Mais qui est ce « on » ? Ce « on » n'est pas l'amour mais l'amour passionnel et la fascination, l'amour qui a peur de ne pas être au centre donc pas l'amour qui - lui - ne peut pas avoir peur.

    Quand vous dites que nous avons « trop de filtres pour être l'Etre idéal », voulez-vous dire que nous sommes réduits pour toujours à notre égocentrisme ? Qu'il n'y a aucun moyen de s'améliorer donc d'aimer ? Qui parle en vous quand vous énoncez cela ? Ne serait-ce pas une personne blessée et amère qui parce qu'elle est blessée risque de devenir cynique en reléguant l'amour au rang de l'idéal impossible ? Et si vous vous interrogiez - le coeur ouvert - sur le fait que vous ne soyez « vraiment pas d'accord avec la réponse des grandes oreilles » ? Quelle émotion, quel refus suscitent en vous les propos de M. J. ?

    L'amour n'est pas impossible - convenons d'un accord - il est rare parce que c'est très difficile de faire passer l'intérêt de l'autre avant le sien et pas si facile de ressentir ce que l'autre attend de nous : de la délicatesse. Nous ne sommes pas condamnés à l'égocentrisme - et là je suis d'accord avec vous - à devoir nous faire « une idée de l'Amour qui nous met toujours au centre de tout pour nous même. »

    Comme vous dites « Il n'est pas impossible que nous jetions dans l'Amour de l'autre tout ce que nous n'osons pas mettre dans la relation à nous même. » Mais ce n'est pas parce que nous nous y prenons de la sorte que l'Amour n'existe pas, du moins c'est ce qu'il m'apparaît que M. J. partage avec nous.

    S. Prajñânpad, que vous citez, exprime « D'abord on voit, puis on comprend, puis on éprouve de la sympathie et enfin l'amour vient. Quand l'amour vient, alors c'est l'unité. »

    L'amour vrai a donc besoin de temps et d'étapes, il passe par la sympathie (mais n'est pas la sympathie), il vient après, enfin… (donc patience !)

    Quand D. F. dit qu'il « essaye de se rapprocher de cet être, de le Découvrir, de Connaître sa vie, Ses passions, ses goûts ». Quand il met des majuscules à tous ces mots de l'Autre… il se pourrait bien qu'il soit amoureux… c'est-à-dire en chemin de l'être.

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