L’enfant et la mort, comment leur parler ?

Auteur : © Renaud PERRONNET

Thèmes principaux :

  • Faut-il éloigner les enfants ?
  • Importance de la maturité des parents.
  • Eviter les traumatismes.
  • Contexte familial et réaction de l’enfant.
  • Comment répondre aux questions de l’enfant ?
  • Les questions délicates.
  • L ‘attitude de base face à la douleur de l’adolescent.

Il est devenu banal de dire que notre société moderne a fait de la mort un tabou. Même si celui-ci semble aujourd’hui être un peu remis en cause, il apparaît que beaucoup d’entre nous sommes gauches et maladroits quand il s’agit de parler de la mort à un enfant, encore plus s’il s’agit de l’accompagner dans un deuil.

Ces questions / réponses ont pour objectif de permettre à chacun de faire mûrir sa réflexion, donc son attitude dans la relation à l’enfant.

Pour un adulte, est-il normal de nier l’existence de la mort ?

Oui, c’est une réaction normale puisque nous sommes ainsi faits que quand nous nous retrouvons devant une nouvelle inassimilable par nous, notre première réaction – qui est aussi un mécanisme de défense – est le déni. Signe que nous avons posé le pied sur la première marche d’un parcours douloureux pour nous.

Ordinairement, comment réagit-on lorsqu’une mort sur­git dans une famille ?

On réagit souvent en éloignant les enfants, parce qu’on pense que la vue du cadavre et celle du chagrin des personnes affectées par le deuil peut leur nuire. D’ailleurs le Dalaï-Lama dit : « Le très jeune enfant – jusqu’à 7 ou 9 ans – n’a pas encore développé toute sa capacité de raisonner. Un contact avec la mort pourrait lui causer un choc important. Je pense qu’il faut tout faire pour éviter les traumatismes. »

Mais ne risquons-nous pas alors de tomber dans un autre excès ?

Bien sûr, le risque serait de ne pas préparer l’enfant à la vie, de l’isoler, en ne lui permettant pas de participer aux cérémonies entourant la mort. En l’isolant de sa famille, en le faisant garder pour le mettre à l’écart, en l’excluant des conversations, en lui camouflant la vérité, on risque fort d’attiser sa curiosité et sa propension à la dramatisation et à la peur. Souvenons-nous que la mort présentée avec calme et respect donne un sens à la vie. (En effet, quelle valeur accorderions-nous à la vie si elle n’était pas limitée dans le temps ?)

D’un autre côté, il faut tout faire pour éviter les traumatismes. Les parents devront donc évaluer la maturité de leur enfant afin de ne pas risquer de lui imposer ce qui lui serait insupportable. Ils peuvent aussi – s’ils ne sont pas trop submergés par leur émotion – écouter son désir (de voir, de participer… ou pas.)

La maturité des parents est donc essentielle ?

Oui, mais bien souvent, ils ne font que projeter sur leur progéniture leurs propres crain­tes et angoisses sans réfléchir aux vrais besoins psychologi­ques de leurs enfants. C’est sûrement un risque de faire de la mort un sujet tabou donc de priver les enfants d’en faire l’expérience.

Je pense à certaines vieilles gravures qui représentent l’aïeul en train d’expirer dans son lit, entouré de sa nombreuse famille pendant que les plus jeunes jouent à cache-cache autour du lit. Quelle subtile leçon de vie ! L’enfant reste présent – mais dans son rôle – et pourtant il est naturellement associé au deuil vécu par l’ensemble de la famille.

Quelle est donc l’attitude juste du parent ?

Il s’agit moins d’avoir une attitude juste que d’être juste dans son attitude. Christine Longaker, qui dirige des séminaires de formation à l’accompagnement des mourants et qui a participé à la création d’Unités de Soins Palliatifs aux USA, nous dit dans Trouver l’espoir face à la mort, un guide pour l’accompagnement émotionnel et spirituel des mourants, (un ouvrage dont je ne saurais trop vous recommander la lecture) : « Lorsque survient une mort, les enfants découvrent et assimilent la compréhension que leurs parents ont de la mort. Que les parents perçoivent la mort d’une façon négative, comme quelque chose à éviter à tout prix, ou qu’ils la considèrent comme un aspect naturel et inévitable de la vie et de l’amour que nous ressentons pour autrui, le contexte familial se rapportant à la mort influera sur la réaction de l’enfant, pour le meilleur ou pour le pire. » Je crois que tout est dit là : le thème de « la mort » demande à la relation parent / enfant beaucoup de tact, de délicatesse et de confiance, pour permettre à l’enfant d’intégrer doucement une réalité incontournable, porteuse de peurs et de fantasmes.

Les enfants voient-ils la mort de la même façon que les adultes ?

Non, ils ne peuvent pas la voir de la même façon parce que leur fonctionne­ment intellectuel est différent et surtout parce qu’ils n’ont pas accumulé la même expérience de vie. Ainsi il n’est pas encore possible d’aborder le sujet de la mort avec un enfant de moins de 2 ans. Après, entre 2 et 7 ans, l’enfant associera la mort à la disparition, à « ce qui s’en va », puis au fur et à mesure qu’il grandira, il cherchera à comprendre.

La manière dont nous nous y prendrons pour lui donner des explications à sa portée qui lui permettront de comprendre est donc capitale ?

Absolument, c’est à ce niveau que se situe notre responsabilité. Comment allons-nous répondre aux questions de l’enfant (telles qu’il nous les pose,) sans devoir courir le risque de créer chez lui des fantasmes ?

Il est absolument maladroit de dire à un enfant de 5 ans dont le grand-père est mort : « Grand-père est parti », donc de ne pas voir qu’il ne peut pas comprendre, encore moins admettre que son grand-père « qui l’aimait tant » soit parti sans lui avoir dit au revoir !

J’ai connu une femme qui, dans le cadre d’une formation à la préparation à l’accompagnement des mourants que j’animais, a partagé avec nous que, jusqu’à l’âge de 20 ans, il lui arrivait, dans des moments de nostalgie de son grand-père dont elle n’avait pas fait le deuil, de sortir de la ferme dans laquelle elle habitait, pour accoler une grande échelle au pignon de sa maison et y monter au plus haut pour se rapprocher de lui et – peut-être – espérer l’y voir. On lui avait dit pendant toute sa jeunesse que son grand-père était au ciel. Attention aux mots que nous employons, il faut éviter de comparer la mort au sommeil par exemple !

Pour parler de la mort aux enfants, nous devons employer les mots de la réalité qu’ils peuvent comprendre en fonction de leur âge et non pas des mots qui masquent notre peur. Françoise Dolto, dans Lorsque l’enfant paraît, explique : « Si la vérité n’est pas dite dans les termes mêmes que les adultes emploient pour affronter ces souffrances, l’enfant construit dans sa tête des fantasmes. Il faut que la réalité demeure dans les mots de la réalité, c’est-à-dire de l’expérience des choses. [On peut par exemple dire à un enfant :]

  • Il est mort parce qu’il avait fini de vivre alors que nous espérions qu’il vivrait comme toi.
  • C’est bien que tu sois vivant.
  • Ce n’est pas mal qu’il soit mort. »

Ce n’est pas mal qu’il soit mort ?

Oui, je conçois que cette affirmation puisse nous paraître choquante. Mais en effet ce n’est pas mal, car ce grand-père lui aussi est soumis à la loi de la vie : il naît et il meurt, comme chacun de nous. Cela peut nous causer de la peine, nous faire souffrir, mais ce n’est pas mal en soi.

L’enfant s’interroge-t-il sur ce qui se pas­se après la mort ?

Certainement, il est à remarquer que l’enfant a appris, peu à peu, à ne pas devoir faire un drame de la séparation, donc à découvrir que les choses et les gens continuent à exister même en dehors de son regard. A partir de là, poussé par sa légitime curiosité, il cherche à comprendre et se pose naturellement la question « Qu’est-ce qu’il y a après ? Que font les gens après la mort ? »

Comment peut-on répondre aux questions de l’enfant ?

Il est sûrement important de tenir davantage compte de la dynamique psychologique de l’enfant que de nos croyances (religieuses ou pas.)

L’enfant étant par nature égo­centré, il est important de partir de son point de vue comme de son expérience à lui : « Tu ne peux plus le voir, mais tu en gardes un souvenir dans ton cœur et dans ta tête, peut-être que pour le mort, c’est la même chose, qu’il se rappellera toujours de toi. »

Il est juste et important de tenir à l’enfant un langage basé sur l’authenticité et l’honnêteté : « La vie après la mort, je ne peux pas exactement t’expliquer ce que c’est, car je ne le sais pas (n’en ayant pas fait l’expérience), de même que je ne peux pas te dire que ça n’existe pas. Personne ne sait ce qui se passe vraiment. Les êtres humains espèrent et ont des croyances, c’est comme ça. »

Et avec les tout-petits ?

Il faut d’abord, accep­ter leur curiosité intellectuelle comme un processus sain et normal de croissance, ensuite leur répondre avec simplicité et honnêteté, en évitant, autant que possible, de dramatiser.

Chaque parent, s’il sait la choisir, pourra en trouver l’opportunité. Une belle occasion peut se présenter si un jour, notre enfant nous tire par la main en s’exclamant : « Viens voir, le hérisson, il est tout écrasé ! ». Plutôt que de tirer notre enfant de l’autre côté en lui disant : « Laisse, c’est sale ! », approchons nous de l’animal écrasé, regardons-le en nous associant à l’enfant et disons sobrement, sans porter de jugement de valeur : « En effet, il est mort. »

Et si l’enfant insiste pour en savoir davantage ?

A la ques­tion : « Maman, quand est-ce que je vais mourir, moi ? », la réponse la plus honnête et naturelle est : « Je ne le sais pas et personne ne sait, c’est pour cela que nous avons à vivre notre vie de manière à être le plus heureux possible, donc avec le plus d’amour possi­ble au quotidien. »

Après 9 ou 10 ans, comment réagit l’enfant ?

Tout dépend des influences qu’il a reçues, des expériences qui le guident, mais à cet âge, l’enfant démontre une conception beaucoup plus réaliste de la mort, qui est vécue comme un processus biologique. Et, par le truchement de l’école, il est imprégné des croyances culturelles et religieuses de la société dans laquelle il grandit.

Comment se comporter avec lui ?

Encore une fois, si nous voulons l’aider, nous avons à accueillir ses réactions émotionnelles, le plus sobrement possible. Chaque jeune réagira de façon personnelle à la mort d’un parent, d’un frère ou d’un proche.

A l’adolescence, qui est un âge de remise en question, beaucoup en viendront à douter et ils remettront en cause le contenu des enseignements religieux auxquels ils auront été soumis, et ce n’est que plus tard qu’ils se forgeront leurs propres croyances. Dans cette période trou­blée de la vie, l’amour et l’amitié (ce qu’avec pudeur on appelle aujourd’hui la solidarité humaine) sont certainement des valeurs qui, quand elles sont réellement vécues, vont aider l’adolescent à surmonter les sentiments de détresse et d’aliénation qu’il peut ressentir à l’occasion d’une perte.

Nous pouvons garder présent à l’esprit une vérité : dans un moment de deuil, les jeunes ont besoin de l’écoute, de la bienveillance et de la compréhension inconditionnelle des gens qui les aiment, et c’est sur cette base qu’ils oseront s’ouvrir, partager, plutôt que se murer dans un silence buté ou une feinte indifférence.

© 2004 Renaud PERRONNET Tous droits réservés.

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L’enfant et la mort, comment leur parler ? est un article écrit par Renaud Perronnet, déposé et mis à votre disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution-NonCommercial-NoDerivs 3.0 France License.

102 réflexions au sujet de « L’enfant et la mort, comment leur parler ? »

  1. mag

    Bonjour,
    ma fille de 5 ans est très affectée dès qu’il est question de la mort, même lorsque celle-ci touche des personnes qu’elle ne connaît pas. Elle n’arrive pas du tout à parler de ce qu’elle peut ressentir et penser, mais nous la ressentons en souffrance dès que l’on aborde le sujet. Avec les événements qui viennent de se passer à Toulouse, une minutes de silence a été faite dans sa classe ce mardi et l’institutrice leur à expliqué le meurtre des enfants. Ma fille n’en a pas reparlé ensuite et lorsque j’ai abordé ce sujet elle en a pleuré longtemps, sans parvenir à s’exprimer.
    Que dois-je faire, faut-il que j’insiste pour la faire parler? Faut-il que je la mette à l’écart des sujets sur la mort? Faut-il que je consulte avec elle un psychologue?
    Merci de votre réponse

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Pour vous répondre au sujet de votre petite fille, il faudrait que je connaisse l’histoire de sa relation à la mort et aussi (et peut-être même surtout), l’histoire de son vécu personnel en relation avec l’émotivité des personnes qui ont abordé la mort avec elle…
      Il faut que nous comprenions – nous adultes – que les enfants sont des enfants, qu’ils ne sont pas « constitués » mais en développement, donc particulièrement fragiles.

      Il me semble légitime de la part des pouvoirs publics d’inciter ses enseignants à parler de ces crimes puisque nous vivons dans une société dans laquelle les enfants sont continuellement exposés aux émotions des adultes à travers la télévision. Laisser les enfants à eux-mêmes alors qu’ils en entendent parler ne serait pas juste pour eux.
      Mais il est vrai que je me demande comment une institutrice peut « expliquer » ces crimes horribles à des enfants ? S’agit-il de leur faire sentir posément que des choses comme ça peuvent exister, de tenter de les éclairer dans un contexte équilibré parce que non émotionnel ? S’agit-il de les influencer émotionnellement et inconsciemment en suscitant chez eux l’horreur et le dégoût ?
      La réponse est relative à la maturité de chaque enseignant et au respect qu’il porte à ses élèves.

      Pour en revenir à votre petite fille, si elle a pleuré, elle s’est exprimée. Vous n’avez pas et vous aurez de moins en moins le pouvoir de la « mettre à l’écart » des sujets sur la mort…
      En tout cas, soyez certaine que la relation d’amour et de confiance qu’elle aura avec vous comptera pour beaucoup dans sa capacité à ne pas garder pour elle ce qu’elle a sur le cœur.

      Répondre
  2. kathleen

    Bonjour, j’ai perdu ma grand mère ce matin, elle était bien âgée et depuis des mois, n’était plus que l’ombre d’elle même suite à un AVC important.
    Nous avons une petite fille de 2,5 ans, qui parle fort bien, ce qui parfois nous fait oublié son très jeune âge ; elle est très sensible, et très très empathique… Je suis pédopsychiatre, mon mari psy… Et pourtant parfois bien impuissant et avec des questions…
    Depuis des mois nous allions assez régulièrement la voir, avec romane. Elle sait que « grand bonne maman » était malade et fort vieille, et restait elle-même, à jouer dans la chambre d’hopital ou de maison de soin, à lui faire des bisous de loin, ou des doudouces… Pas trop impressionnée en tous cas.
    Nous avons eu la chance ou l’intuition d’y aller samedi dernier, elle nous a reconnue, a souri. Et comme toujours, Romane a dansé, joué et lui a dit au revoir.
    Hier soir, mon mari et moi sommes allé lui dire un dernier au revoir, elle avait fait un oedème pulmonaire et c’était une question d’heure. Romane est restée chez des voisins.
    Ce matin je lui ai simplement dit que grand bonne maman était partie au ciel et qu’elle ne reviendrait pas. Que j’étais triste de plus la voir mais que elle y sera bien.
    On est bien limité dans ces moments là.

    Que dire de plus ?
    Et la grande question de l’enterrement. A cet âge là, est-ce souhaitable ou pas, qu’elle soit des notres dans cette étape, dans cette réunion de la famille. Moi je me sens capable de la gérer, et ses questions, et son émotions, et la mienne car je me sens soulagée aujourd’hui de son départ, et triste aussi de tous notre passé qui ne sera plus.
    Notre crainte est qu’elle soit fort sensible et touchée par la peine, que ce soit fort envahissant pour elle.

    Pouvez vous nous conseiller ?

    Vos réponses, d’un point de vue professionnel et humain, sont justes… si adéquates, nuancées, bienveillantes.
    Je vous en remercie

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Ma première pensée a été, deux ans et demi, c’est bien jeune, et puis ne faut-il pas tout faire pour éviter à un enfant le risque du traumatisme ?
      Je me demande aussi ce que votre petite fille a pensé quand vous l’avez confiée à des voisins pour aller dire un dernier au revoir à votre grand-mère ; je me demande quel est son désir à elle ?

      Et puis je lis et relis votre partage, vous me parlez d’une « bonne maman » malade et fort vieille que vous avez accompagnée avec votre mari, jusqu’au bout. Il ne semble pas y avoir de grands regrets dans votre famille, vous avez la maturité de reconnaître et même d’accepter la fin inéluctable de votre grand-mère qui est arrivée ce jour…
      Quelque part dans la vie, tout est en ordre, le cycle des naissances et des morts suit son cours. C’est cette conscience de l’ordre de la vie qui participe au deuil et à l’acceptation. Vous semblez sentir qu’il est possible d’être à la fois triste et en paix. Pas de révolte inutile, pas de refus, triste mais « tout est bien ».

      C’est ce « tout est bien » qui vous permettra d’accompagner sereinement votre petite Romane, qui sera une aide précieuse pour votre « savoir être » avec elle.
      Une petite fille de deux ans et demi, en plein milieu d’un enterrement, a – par exemple – envie de jouer avec des petits cailloux qui se trouvent à ses pieds. Si sa mère est en équilibre, en paix avec la personne qui est partie, elle est spontanément capable de répondre à l’envie de son petit enfant et joue avec lui.
      Pas de « chut ! », pas d’anticipation du genre « s’il y a des gens qui pleurent ne t’inquiète pas » (qui induisent l’inquiétude), juste de la disponibilité ici maintenant (autre définition de l’amour) pour votre enfant.
      En fait si vous présumez que votre monde émotionnel à vous sera très bouleversé donc que vos émotions personnelles peuvent être un obstacle à votre disponibilité pour votre enfant, réfléchissez à deux fois avant de l’emmener à cet enterrement. Mais si – comme j’en ai l’impression en vous lisant – vous vous sentez assez facilement capable d’associer – dans votre cœur – le « au revoir » à votre grand-mère et le sourire qui pointe sur vos lèvres quand vous regardez votre enfant jouer, pourquoi ne pas y aller avec elle ?
      Et puis (au fond de vous-même) pourquoi ne pas dédier à la grand-mère que vous aimez les danses et la joie de vivre de votre enfant ? N’est-ce pas le plus beau cadeau que vous puissiez lui offrir : accepter sa mort en l’associant à la vie de votre enfant ?

      A mon sens, les émotions qui risquent de peser le plus sur le cœur d’un enfant, ce sont les émotions de ses parents (et en particulier celles de sa mère), plus que celles de l’assistance pour laquelle elle aura plutôt de la curiosité… « Oh maman, regarde ma tante qui pleure ! » « Oui ma chérie, c’est vrai que ta tante pleure parce qu’elle est triste de la mort de bonne maman… » et vous, là tout de suite, dans quel état serez-vous ? Angoissée ? Sereine et empreinte d’une certaine gravité pas lourde qui vous permettra d’être un avec elle ?

      Vous remarquez très justement que dans la chambre même de la mourante, Romane n’était pas très impressionnée. En effet tant que sa légèreté à elle n’est pas remise en cause par notre lourdeur à nous, pourquoi serait-elle impressionnée ?
      Les lourdeurs de l’adulte sont le plus souvent le produit de son mal être, qui l’oblige à mentir en racontant des histoires abracadabrantesques à son enfant.
      Vous convenez « On est bien limité dans ces moments là » et je suis d’accord avec vous, nous sommes bien limités parce que ni vous ni moi ne savons réellement ce qu’est la mort, nous pouvons juste avoir des croyances à son propos. Alors pourquoi ne pas convenir simplement de la vérité avec son enfant plutôt que de jouer à celui qui sait ?
      J’ai connu des parents bien embarrassés devant leur enfant quand ils osaient leur poser la question « mais maman pourquoi me dis-tu que tu vas voir grand-mère au cimetière puisque tu m’as dit qu’elle était au ciel ? » Ou encore « pourquoi grand-mère m’a-t-elle quitté pour aller au ciel ? »
      Dolto disait qu’il était préférable de parler aux enfants avec les mots que les adultes utilisaient entre eux pour désigner les choses. Toujours la simplicité (elle permet la confiance), « oui ma chérie, bonne maman est morte, oui, elle ne reviendra pas, je suis triste qu’elle soit partie, mais nous gardons toi et moi son souvenir dans notre cœur parce que nous l’aimons »…
      Et votre petite fille aura ainsi un peu appris la mort, le non retour et même la tristesse, accompagnés de l’amour de sa maman.

      Nous ne pouvons pas faire en sorte que nos enfants ne découvrent pas l’aspect douloureux de la vie (ce ne serait d’ailleurs pas souhaitable), mais nous pouvons les accompagner là-dedans, pas à pas, à travers l’amour que nous leur portons.

      Répondre
  3. Francine

    Bonjour,

    Mon petit-fils a frappé une poupée et puis a dit à sa gardienne : « T’as vu Kiki, elle est morte ». la gardienne a été horrifiée et a demandé à ce que le petit soit vu par une psy. Il a 28 mois, il est très éveillé et précoce et la mort a été abordée chez nous parce que mon papa est mort (bien avant la naissance de Noah), que sa photo est dans la pièce de vie et que je porte une bague de mon papa. Noah a voulu savoir d’où venait cette bague, je le lui ai expliqué.
    Je pense qu’il n’y a rien de grave dans le comportement de Noah mais est-ce que je ne me trompe pas ?
    Il vit chez moi avec sa maman et sa marraine. Son papa n’a pas voulu de lui, nous lui disons, donc, quand il demande après lui, qu’il est parti loin parce que dans sa tête c’était encore un petit garçon et pas un papa.
    Merci pour votre éclairage.

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Oui, il faudrait expliquer à votre gardienne qu’elle ne parviendra jamais à soigner ses émotions en envoyant les enfants qu’elle garde chez le psy !
      L’important c’est de respecter votre enfant, même petit, et le respecter c’est ne pas lui raconter d’histoires. Avez-vous dit à son père qu’il réclamait après lui ? Ou avez-vous évité de le lui dire sous le prétexte que cela serait trop compliqué ?

      Répondre
  4. Sandrine

    Bonjour,

    J’ai trouvé les discussions et vos conseils très intéressants. Ma situation n’est pas douloureuse comme celle vécue par certaines personnes dans leurs témoignages néanmoins je suis soucieuse et j’aimerai trouver les mots justes pour parler à mon petit garçon de 5 ans.
    Il a des angoisses liées à la mort et plus justement à SA mort une fois que la lumière est éteinte le soir.
    Il demande quand est-ce qu’il va mourir. Je lui répond que je ne sais pas, que tout le monde meurt un jour et que j’espère qu’il vivra vieux et il me répond que même quand il sera vieux, il ne veut pas mourir et il se met à pleurer. Je lui dit que c’est un processus normal, que tout le monde meurt à un moment et que des bébés naissent, que c’est le cycle naturel de la vie.
    On lui dit que l’âme monte au ciel et que l’on reste vivant dans le coeur des gens qu’on aime mail il dit qu’on lui raconte des bêtises (il veut toujours savoir comment fonctionne les choses. Nous n’avons pas encore pratiqué des tests car il est trop petit mais il semblerait qu’il soit précoce).
    En outre, ses peurs coïncident avec la rentrée scolaire.
    Voilà, j’espère vous avoir donné assez de renseignements pour que vous puissiez me répondre et vous en remercie par avance.

    Cordialement

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Je doute – en effet – que l’image de l’âme qui monte au ciel puisse rassurer votre petit enfant de cinq ans…
      Difficile de vous répondre puisque je ne connais pas le « déclencheur » qui est à l’origine des questionnements angoissés de votre enfant ?
      Comment savoir également s’il se sent aimé, accompagné (même s’il l’est) ?
      Lui montrez-vous de manière évidente pour lui que vous l’aimez alors même qu’il est « comme il est » c’est-à-dire angoissé ? Comment vous y prenez-vous pour accompagner son angoisse ? Pouvez-vous lui faire sentir (autrement que par des mots) que l’amour est là quelque soit son état ?
      Ses peurs – dites-vous – coïncident avec la rentrée scolaire. Lui donnez-vous la possibilité d’en parler sans être interrompu par des paroles qui se voudraient rassurantes pour lui ?
      Acceptez-vous de le voir comme un être à part, différent, qui peut avoir des angoisses légitimes, ou l’interprétez-vous comme votre petit enfant qui ne devrait pas être angoissé parce que vous l’aimez ?
      Votre réponse à ces questions peut peut-être vous donner quelques pistes afin de l’apaiser.

      Répondre
  5. DEVIGNE

    J’ai besoin d’explications concernant le comportement de mes jumelles de 9 ans. Mon mari est décédé accidentellement le 20 octobre dernier. Nous l’avons enterré le 24 Octobre 2012. Mes filles ont compris que leur papa est mort, je leur ai expliqué avec mes mots. Elles ont exprimé leur douleur avec des amis qui les ont pris en charge lors du drame (accident sur notre terrain), moi je n’ai pas vu leur réaction mais depuis, elles vivent, jouent, rient comme si rien ne s’était passé. C’est déroutant. On me dit que c’est normal mais elles ne réclament pas leur père qu’elles l’adoraient et lui aussi. Je ne comprend pas… Avez vous une explication à ce comportement?
    Merci de votre réponse.
    Cordialement.

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Il m’est difficile de vous répondre puisque je ne sais pas avec quels mots vous leur avez expliqué la mort de leur père et que je ne connais pas leur histoire. Par contre je vous invite à ne pas vous troubler outre mesure mais plutôt à être juste attentive à elles. Un jour viendra où – si la mort n’est pas taboue chez vous – elles parleront de la mort de leur père et ce jour là il sera très important que vous soyez là pour les accueillir. Je comprends parfaitement que vous soyez déroutée. Comment allez-vous vous y prendre pour « faire confiance » en vous souvenant que les aimer c’est les accepter telles qu’elles sont…

      Répondre
  6. Amélie

    Bonjour,

    Je cherchais sur internet comment parler à ma fille de quatre ans de la mort très prochaine (probablement dans la semaine) de ma mère, et je suis tombée sur votre site.
    Je lui ai expliqué il y a déjà plusieurs mois que sa mamie était malade. Le WE dernier, comme les nouvelles n’étaient pas bien rassurantes, je suis allée voir ma mère, en laissant à la maison mes enfants (son petit frère a 18 mois), à la garde de leur papa. Nous habitons à 500 km de chez mes parents, et je ne me voyais pas emmener les deux enfants pour qu’ils passent leurs journées à l’hôpital.
    J’ai expliqué à ma fille que sa mamie était très malade pour qu’elle comprenne pourquoi, pour la première fois de sa vie, je la laissais plusieurs jours de suite (même si c’était pour rester à la maison avec son papa et son petit frère). Elle m’a répondu immédiatement: « mais je n’y suis pour rien, moi! » ou « je n’y peux rien, moi! » (désolée, ma mémoire est défaillante!). Le ton était clairement défensif. J’ai vu que les enfants peuvent se sentir responsables d’un décès; or il est arrivé qu’elle me dise qu’elle préférait son autre grand-mère (plus en mesure de jouer avec elle bien entendu…), et moi j’avais répondu que les deux étaient très gentilles et méritaient autant d’être aimées. J’ai peur que ce soit cet échange qui induise aujourd’hui un sentiment de culpabilité.
    En outre, nous trouvons depuis quelques mois (la rentrée, en gros, ce qui coïncide avec l’aggravation de l’état de santé de ma mère) qu’elle a perdu de sa joie de vivre, et qu’elle est plus sombre. Est-ce une évolution naturelle liée à son âge, ou cela peut-il être lié à la maladie de sa mamie? J’ai peur de dramatiser un peu les choses…
    Pour conclure, j’ai parlé des réactions de ma fille à ma mère, qui est très à l’écoute des autres, et qui craint particulièrement que son décès « charge » émotionnellement ses petits-enfants de façon durable, et les marque à l’âge adulte. Elle craint effectivement qu’elle ne se sente coupable, et me suggère d’aller voir avec ma fille la psy (très chaleureuse et humaine) qui l’a accompagnée dans son cheminement. J’ai la chance qu’elle aborde la mort de façon sereine. J’envisageais simplement une ou deux rencontre qui lui permettraient de dialoguer, mais, pas de chance, son papa s’y oppose formellement (au motif qu’un pédopsy – alors que je ne veux pas aller voir un pédopsy! – « lui trouvera forcément quelque chose »)… Je vais essayer de le convaincre, mais je prendrais bien volontiers votre avis dans cette affaire.

    Un grand merci par avance pour votre réponse, et pour toutes les pistes que vous m’avez données par le biais des autres contributions pour aborder l’annonce de la mort de sa mamie.

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Votre partage est d’autant plus intéressant que je ne doute pas un seul instant de votre désir d’agir au mieux pour vos enfants. Quand votre petite fille – avec simplicité – vous dit qu’elle a une préférence pour son autre grand-mère, vous lui répondez que les deux « méritent » d’être aimées, (ce dont vous êtes vous-même vraisemblablement persuadée, à moins que vous n’ayez voulu simplement en persuader votre enfant). Votre enfant comprend et interprète « c’est mal de préférer », (ce qui serait à l’origine de son attitude défensive qui lui a fait dire « je n’y suis pour rien moi » (dans la maladie de celle que je ne préfère pas.)
      Je suis admiratif de la capacité à retrouver son équilibre de votre petite fille de quatre ans. Et c’est cela qu’il va s’agir de lui faire sentir : que vous êtes tout à fait d’accord avec elle…
      Sans doute allez-vous pouvoir trouver un moment de tendresse avec elle pour lui dire quelque chose comme : Tu sais, j’ai repensé à ce que tu m’as dit quand j’allais voir grand-mère et je voulais te dire que je suis tout à fait d’accord avec toi, tu n’y es pour rien dans la maladie de grand-mère, d’ailleurs personne n’y est pour rien, (puisque tout ce qui nait meurt…) Vous verrez par vous même l’opportunité qu’il y aura – ou pas – à lui en dire davantage, sur la base de ses éventuelles questions à elle, (plutôt que sur la base de votre désir à vous de lui faire comprendre ce que vous aimeriez qu’elle comprenne.)
      Peut-être même ressentirez-vous, dans ce moment d’écoute et de complicité avec votre petite fille, le besoin d’aller… un tout petit peu plus loin : Tu sais je voulais te dire aussi que l’autre jour, quand je t’ai répondu que tes deux grand-mères méritaient d’être aimées, j’ai été un peu maladroite avec toi parce qu’en vérité moi aussi j’ai des préférences dans la vie, d’ailleurs tous les êtres humains ont des préférences et c’est même complètement naturel. Je comprends très bien que tu préfères grand-mère X, moi-même vois-tu… et je vous laisse choisir vos exemples personnels qui permettront à votre petite fille de se sentir réconciliée, d’abord avec elle-même par rapport à ce qu’elle sent (et qu’elle a le droit de sentir), et ensuite avec vous, par rapport à la manière dont vous la laisserez être qui elle est et dont vous lui ferez sentir que vous l’aimez « telle qu’elle est », et sans condition.
      C’est aussi, peut-être, dans ce contexte de réconciliation et de bienveillance pour les émotions des uns et des autres, que votre propre mère – sans doute un peu plus quiète et rassurée – pourra se tourner vers son départ à elle ; et que – pour le plus grand bonheur de votre mari – la consultation du psy deviendra inutile…

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      1. Amélie

        Bonjour, et merci pour votre écoute,

        En vous écrivant hier, je me suis rendu compte effectivement de ma maladresse lorsque j’avais tiqué à l’évocation de sa préférence pour sa grand-mère paternelle. J’y reviendrai avec elle ainsi que vous le suggérez. Mais j’y ai sans doute déjà répondu, quoique peut-être pas avec le tact requis justement (j’ai peur que l’exemple pris n’ait enfoncé le clou plutôt que de dénouer la situation). En parlant de ses mamies, je lui avais justement dit dans la foulée de notre conversation sur le « mérite » de chacune, et dans la suite de la conversation (ça n’est pas tombé comme un cheveu sur la soupe!), que je préférais sa mamie maternelle. Elle m’a répondu que pourtant, son autre mamie était très gentille elle aussi. J’ai acquiescé, mais j’ai ajouté que sa mamie maternelle, c’est ma maman, et que même si j’aime beaucoup la maman de son papa, je préfère quand même la mienne. J’ai fait le parallèle ensuite entre moi et la maman d’une de ses amies, pour lui dire qu’elle l’aimait bien, mais pas autant que moi, qui suis sa maman. Dans le contexte, ce n’était peut-être pas le meilleur exemple, elle sait que moi aussi j’ai des préférences.
        Il faudra sans doute que je revienne sur le fait qu’elle aussi a le droit d’en avoir (qu’elles me chiffonnent ou pas!).

        J’ai profité hier d’un petit moment de solitude avec elle pour revenir sur la notion de responsabilité dans la maladie de ma mère. J’ai au passage voulu commencer à associer l’idée de la mort à la maladie grave de sa mamie, sans lui dire encore qu’elle allait mourir très prochainement, mais en lui expliquant qu’arrive un moment où l’on a fini de vivre. Et j’ai conclu en ajoutant que la vie était comme ça, et que personne n’y était pour rien. C’était un moment où j’étais moi-même assez sereine pour ne pas risquer d’y mettre trop d’affect. Elle a bien compris, et ne m’a posé qu’une question: « et toi maman, tu seras triste quand je mourrai? ». J’aurais peut-être dû lui répondre que si elle mourait, effectivement je serais triste, mais j’ai spontanément réagi en maman pour qui l’idée de la disparition de son enfant est insupportable. Je lui ai donc répondu qu’elle mourrait après moi, et que du coup je n’aurais pas lieu de l’être.

        J’ai parfois l’impression que chacune de mes réponses apporte son lot de maladresse!

        Un grand merci pour votre empathie et pour le temps et la compréhension que vous accordez à chacun. C’est si précieux quand on se trouve confronté au deuil!

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        1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

          Oui bien sûr, chacune de nos réponses de parents comporte son lot de maladresses potentielles. Tout cela est inhérent à la relation. Parfois nous parlons trop et nous retrouvons rapidement embarrassés…
          C’est pour cela que je vous précisais qu’il est important de répondre aux questions de nos enfants, et à leurs questions seulement.
          Yvan Amar disait : « L’autre est mon aventure. Prendre le risque de l’autre. »
          Nos maladresses sont donc inévitables, parfois en essayant de les rattraper, nous nous enfonçons davantage…
          Plus que ce que nous lui disons, notre enfant perçoit la manière dont nous le lui disons. Il perçoit nos peurs, nos incertitudes, notre manière de nous protéger de ses questions, et parfois même notre manque d’authenticité. Nous ne pouvons rien faire contre, nos enfants sont fins, sensibles et intelligents donc ils perçoivent tout cela. Ils n’ont pas encore conscience qu’ils le perçoivent mais ils le perçoivent.
          Sachant cela, il nous reste à faire avec cette beauté et faire avec, c’est arrêter de nous protéger d’eux en ayant peur pour eux, donc s’adresser à eux avec authenticité en leur disant la vérité. Très peu de parents, par exemple, savent avouer à leurs enfants qu’ils ne savent pas ce que c’est que la mort.
          Parce qu’ils sont vrais, nos enfants n’ont pas peur or la vérité est implacable, c’est ce qui a fait dire à votre petite fille « et toi maman, tu seras triste quand je mourrai ? »
          Or je crois qu’il n’y a qu’une seule réponse à cette « implacabilité », c’est l’amour. L’amour qui s’accommode si mal de la peur qui nous amène à ruser, à tergiverser et à tenter de gagner du temps pour embobiner l’autre… et nous avec.

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  7. Educatrice de jeunes enfants

    bonjour,

    Nous avons accueillies une fratrie (de 4 à 11ans) qui vient de perdre leur mère suite à des violences conjugal.
    Malheureusement ce sont les enfants qui ont découvert le corps sans vie de leur mère et prévenus les secours. Comment les préparer à l’enterrement ? Comment les accompagner face à la mort de leur mère mais aussi à la violence de leur père et à ces 2 séparations brutales ? Comment les amener à verbaliser leurs ressenties ? (faut-il le faire ?) Quels mots utiliser ? Beaucoup de questions face à cette situation qui ne me laisse pas insensible et je m’interroge sur l’accompagnement des enfants quotidien.
    Merci de l’éclairer.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Votre ligne de conduite, c’est de vous souvenir que les choses doivent venir d’eux, donc les amener à verbaliser leur ressenti, c’est être dans une relation telle avec eux qu’ils se sentiront peu à peu en confiance avec vous. Et cela vous demandera du temps et de la patience.
      Etre à l’écoute, non pas de votre éventuelle pitié pour eux, mais de leurs besoins. Pas de jugements, pas d’idées toutes faites sur ce qu’ils devraient faire ou être.
      Moins chercher à les rassurer, que d’être là, présent, pour eux, à la disposition de leurs émotions comme de leurs éventuelles questions.
      Oui il serait tout à fait juste que vous témoigniez – s’ils souhaitent en parler avec vous – de la situation terrible qu’ils vivent, donc de votre légitime indignation face à la mort violente de leur mère.
      Les mots que vous pourrez utiliser seront d’autant plus justes qu’ils sonneront vrais chez vous. Pas de fausse pudeur ni de faux semblants. Regardez-les en face, sentez ce qui se passe : leurs interrogations, leurs confusions, leurs tristesses, leurs colères, leurs sentiments de solitude, leurs apparentes indifférences et ouvrez-vous à ça en l’accueillant avec la totalité de vous-même.
      Soyez certaine que c’est votre capacité à être « avec » eux (et non pas avec vous-même), qui sera aidante pour eux.

      Sentez également que dans l’immense drame qu’ils vivent, ils ont la chance d’être en relation avec une éducatrice suffisamment concernée et sensible, qu’elle s’interroge sur son comportement vis-à-vis d’eux. C’est à cet endroit là que, contrairement aux apparences, la vie les aime.

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  8. Hélène

    Bonjour,
    La grand mère de mon mari vit ses derniers jours, elle est en soin palliatif à l’hôptital et parle de ses arrières petits enfants, mes fils de 3 ans et 3 mois. Je pense qu’elle veut dire au revoir au plus grand mais je ne sais pas si c’est bien pour lui de voir sa bobonne dans cet état. Est ce qu’il est mieux qu’il la voie, même si ça le rend triste et peut-etre inquiet ou vaut-il mieux éviter cette visite?
    Aussi est-il mieux de le prendre avec nous à l’enterrement ou est-il mieux de lui éviter cette souffrance? Je ne pense pas qu’à son age il souffrira de ne pas avoir fait son deuil à l’enterrement.
    Merci.

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Vous dites « je pense qu’elle veut dire au revoir au plus grand », est-ce à dire qu’elle ne vous en a pas fait clairement la demande ? Dans ce cas l’idée viendrait-elle vous ? Je crois qu’il faut tout faire pour éviter un traumatisme à un petit enfant. A côté de cela, la manière dont vous même et votre mari serez « émotionnellement parlant » avec cette grand-mère en fin de vie sera certainement déterminante pour le vécu de votre petit enfant.
      Si vous ressentez que vous exposeriez inévitablement votre enfant de 3 ans à une souffrance, je comprends tout à fait que vous vouliez la lui éviter !

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      1. Hélène

        Elle n’était pas très consciente lors de notre dernière visite(01/01) et n’a pas parlé. Mais quand mes beaux-parents lui ont rendu visite elle a demande si mon mari allait venir…et quand il lui ont dit que ce n’est pas évident avec les petits (qui ont été malades et donc qu’on essayait de garder loin des microbes) elle a regardé les photos qu’elle a d’eux sur sa table de nuit en disant qu’elle comprenait.
        Je pense qu’on ne la trouve peut-être « pas belle » car on est conscient de la gravité de la situation. C’est sans doute différent pour un jeune enfant…

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  9. Isabel

    Bonjour,

    J’ai perdu mon mari il y a trois mois suite à une maladie qui l’a emporté en deux mois et demi. Son départ si rapide nous a laissé en plein désarroi.
    J’ai expliqué à notre fils de 4 ans que son papa était mort et qu’il était au ciel.
    Il a assisté aux obsèques mais je n’ai pas souhaité qu’il se rende au cimetière. Il parle beaucoup de son papa et je le laisse s’exprimer même si pour moi, qui suis désemparée face à ce départ si violent, il m’est difficile parfois de ne pas m’effondrer devant lui. Je lui explique que je suis triste parce que son papa me manque énormément. Depuis quelques jours il me demande où se trouve le corps de son papa et je ne sais pas si je dois l’emmener sur sa tombe. Que dois-je faire ?
    Merci par avance de votre aide.

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Comment vous aider au cœur de toute cette souffrance ?
      Si quand vous dites à votre fils que son papa est au ciel, cela veut dire qu’il doit le porter pour toujours dans son cœur, dites-le lui en ces termes. Votre petit garçon découvre la vie (et la mort qui en fait partie), s’il vous demande où est le corps de son papa, dites-le lui, et accompagnez-le avec courage jusqu’à sa tombe. Il veut comprendre, il veut savoir. Comprenez que ses doutes peuvent infiniment plus lui faire de mal que la simple vérité quand elle n’est pas cachée.
      Vous avez le droit à votre tristesse, à votre effondrement, mais faites tout ce qui est en votre pouvoir pour ne pas les vivre devant lui, en sa présence. Non pas que cela soit mal que de pleurer et de souffrir, c’est simplement terriblement angoissant pour un petit garçon de 4 ans de se sentir impuissant devant le chagrin de sa mère qu’il aime.
      Enfin souvenez-vous que par delà mes conseils, vous faites ce que vous pouvez.
      Vous aimer, l’aimer, les aimer, c’est se souvenir que vous êtes un être humain et que vous faites ce que vous pouvez, tout ce que vous pouvez, avec vos limites à vous.

      Répondre
      1. Isabel

        Bonjour,
        Merci pour votre réponse qui me conforte dans ma décision de l’accompagner sur la tombe de son papa même si j’appréhende énormément ce moment.
        Mon petit garçon sait que je ne lui mens jamais et cette confiance qu’il me fait le rassure au quotidien.
        Malgré l’amour si fort de mon fils, je pense que je vais devoir me faire aider pour trouver des moments de bonheur même si je sais que ce vide que mon mari a laissé en nous quittant ne sera jamais comblé.

        Répondre
          1. Isabel

            Depuis le décès de mon mari J’ai lu beaucoup de livres sur les étapes du deuil mais ce que votre article m’a apporté en plus c’est la certitude que même si je souffre aujourd’hui, même si le quotidien m’est insupportable, je ne regrette pas d’avoir aimé cet homme qui a embelli ma vie. Tous les merveilleux moments passés à ses côtés resteront à jamais dans ma mémoire.
            J’espère seulement que notre fils me donnera la force de continuer à me battre.

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  10. lucie

    Bonjour,
    je vis chez ma maman avec mon fils (qui a aujourd’hui 2ans et 4 mois) depuis maintenant presque 2 ans (retour de province nous n’avons pas trouvé d’appartements, mais son papa est bien présent).
    Ma maman est atteinte d’un lymphome et est hospitalisée depuis 9 mois, elle rentrait de temps en temps pour le w.e mais ce n’est plus le cas depuis les fêtes pour cause d’infection, elle était en isolement.
    Avec mon fils nous lui rendions visite à l’hôpital régulièrement mais il ne l’avait plus vu depuis, il sait par contre que je vais la voir presque tous les jours puisque je ne travaille plus depuis 4 mois.
    Ma maman est en unité de soins palliatifs depuis moins d’une semaine et n’ai plus en isolement. mon fils la réclame beaucoup en ce moment. J’ai sauté sur l’occasion pour l’emmener la voir (je lui explique tous les evènements survenus depuis le début, il sait donc que sa mamie est très malade, qu’elle a chuté il y a quelques temps, qu’elle a des bobos, qu’elle n’a plus de cheveux, qu’elle est très fatiguée, qu’elle dort beaucoup). Je lui ai expliqué que ce serait peut être la dernière fois qu’il la verrai car elle allait bientôt « partir » à cause de sa maladie. Il était très heureux de la voir et elle aussi. J’ai employé le terme « partir » ne sachant pas trop ce qu’il comprendrait par « mourir ». Et non par peur de lui dire la vérité. Mais dois-je le dire tel quel ?
    Il dort très mal depuis quelques temps et se réveille la nuit, il commence à se révolter, n’écoute plus ce qu’on lui dit, n’en fait qu’à sa tête. Je ne sais pas trop quels mots lui dire pour lui expliquer vraiment. Nous ne sommes pas ok avec son papa pour lui dire qu’elle est partie au ciel mais pouvons-nous vraiment lui dire qu’elle sera brûler et qu’on jettera ses cendres… ou peut-on vraiment lui dire, à cet âge, qu’on va l’enterrer… (même si ce serait sûrement plus facile puisqu’il y aurait un endroit où la « trouver »).
    Dois-je continuer à l’emmener la voir avec l’incertitude chaque fois que ce sera peut être la dernière (cela peut être perturbant non?)
    Il me voit faire de tri dans les affaires de sa mamie à la maison, je suis forcément moins présente car je m’occupe d’elle un maximum, des papiers, et les urgences de l’hôpital… etc
    J’essaie d’être présente le plus possible pour lui aussi et ce n’est pas simple. J’aimerais qu’il le vive le mieux possible.
    Auriez-vous des conseils ?
    Merci beaucoup…

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Votre petit garçon est très jeune et je crois qu’il est important, qu’autant que faire se peut, il ne soit pas au coeur de ce moment douloureux que vous vivez dans votre relation à votre mère donc tout faire pour éviter de le perturber. Je sens que vous faites « tout ce que vous pouvez, comme vous le pouvez », comprenez simplement qu’il est infiniment réceptif aux émotions qui sont les vôtres et que plus vous prendrez soin de sa maman donc de vous, plus vous prendrez soin de lui.

      Répondre
  11. Martine

    La Bulle de Savon
    Mes petits enfants s’interrogent sur la mort et adorent jouer avec les bulles de Savon.
    Je leur explique que nous, humains , nous sommes un peu comme cette bulle de savon, et que un jour nous partirons , comme la bulle de savon,
    car nous ne sommes pas éternels, comme la bulle de savon,
    et je m’amuse avec eux,
    chacun souffle dans son petit jouet en plastique à fabriquer de jolies bulles de savon,
    je souris, je ris , je joue avec eux, tout en parlant des sujets graves de la vie.
    Mais Mamie! si tu disparais comme la bulle de savon, on ne te verra plus! me dit l’un d’entre eux.
    Je le pris dans mes bras et je souffle avec lui une énorme bulle de savon, elle éclate!!!
    Tu as senti? comme une gouttelette d’eau!
    Tu as senti? comme un petit souffle!
    Tu as senti?
    Oui! Mamie!
    Et bien, je serais toujours là avec vous , comme la bulle de savon
    Hé Bien! quand tu partiras mamie !
    On fera d’énormes Bulles de Savon!
    Ouf! j’ai bien peur que au-dessus de ma tombe , vole des milliers de bulles de Savon
    Martine

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  12. Aragog

    Martine, je pense sincèrement que vous êtes quelqu’un de très intelligent. Votre commentaire ainsi que cet article ont été d’une grande utilité, je vous en remercie.

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  13. audrey

    Bonjour,

    La mère de mon mari vient de se suicider (par arme à feu). J’ai 2 enfants de 6 ans 1/2 et 3 ans et je ne sais pas quoi leur dire. Bien entendu, je compte leur annoncer la mort de leur grand-mère avec qui ils avaient un lien fort mais est-il nécessaire d’expliquer les circonstances et surtout de quelle manière? Nous-mêmes, adultes, avons beaucoup de mal à comprendre ce geste alors comment l’expliquer?
    Merci d’avance pour vos conseils
    Audrey

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Oui, comment expliquer ce que nous-mêmes ne comprenons pas ! Je crois qu’il vous faut – avant tout – tout faire pour éviter un traumatisme, vos enfants sont jeunes.
      Il n’y a pas de réponse toute faite, cela dépendra de leurs réactions auxquelles il vous faudra être attentive en évitant d’induire des sous entendus.

      Répondre

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