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L’enfant et la mort, comment leur parler ?

Auteur : © Renaud PERRONNET

Thèmes principaux :

 

  • Faut-il éloigner les enfants ?
  • Importance de la maturité des parents.
  • Eviter les traumatismes.
  • Contexte familial et réaction de l’enfant.
  • Comment répondre aux questions de l’enfant ?
  • Les questions délicates.
  • L ‘attitude de base face à la douleur de l’adolescent.

Il est devenu banal de dire que notre société moderne a fait de la mort un tabou. Même si celui-ci semble aujourd’hui être un peu remis en cause, il apparaît que beaucoup d’entre nous sommes gauches et maladroits quand il s’agit de parler de la mort à un enfant, encore plus s’il s’agit de l’accompagner dans un deuil.

Ces questions / réponses ont pour objectif de permettre à chacun de faire mûrir sa réflexion, donc son attitude dans la relation à l’enfant.

Pour un adulte, est-il normal de nier l’existence de la mort ?

Oui, c’est une réaction normale puisque nous sommes ainsi faits que quand nous nous retrouvons devant une nouvelle inassimilable par nous, notre première réaction – qui est aussi un mécanisme de défense – est le déni. Signe que nous avons posé le pied sur la première marche d’un parcours douloureux pour nous.

Ordinairement, comment réagit-on lorsqu’une mort sur­git dans une famille ?

On réagit souvent en éloignant les enfants, parce qu’on pense que la vue du cadavre et celle du chagrin des personnes affectées par le deuil peut leur nuire. D’ailleurs le Dalaï-Lama dit : « Le très jeune enfant – jusqu’à 7 ou 9 ans – n’a pas encore développé toute sa capacité de raisonner. Un contact avec la mort pourrait lui causer un choc important. Je pense qu’il faut tout faire pour éviter les traumatismes. »

Mais ne risquons-nous pas alors de tomber dans un autre excès ?

Bien sûr, le risque serait de ne pas préparer l’enfant à la vie, de l’isoler, en ne lui permettant pas de participer aux cérémonies entourant la mort. En l’isolant de sa famille, en le faisant garder pour le mettre à l’écart, en l’excluant des conversations, en lui camouflant la vérité, on risque fort d’attiser sa curiosité et sa propension à la dramatisation et à la peur. Souvenons-nous que la mort présentée avec calme et respect donne un sens à la vie. (En effet, quelle valeur accorderions-nous à la vie si elle n’était pas limitée dans le temps ?)

D’un autre côté, il faut tout faire pour éviter les traumatismes. Les parents devront donc évaluer la maturité de leur enfant afin de ne pas risquer de lui imposer ce qui lui serait insupportable. Ils peuvent aussi – s’ils ne sont pas trop submergés par leur émotion – écouter son désir (de voir, de participer… ou pas.)

La maturité des parents est donc essentielle ?

Oui, mais bien souvent, ils ne font que projeter sur leur progéniture leurs propres crain­tes et angoisses sans réfléchir aux vrais besoins psychologi­ques de leurs enfants. C’est sûrement un risque de faire de la mort un sujet tabou donc de priver les enfants d’en faire l’expérience.

Je pense à certaines vieilles gravures qui représentent l’aïeul en train d’expirer dans son lit, entouré de sa nombreuse famille pendant que les plus jeunes jouent à cache-cache autour du lit. Quelle subtile leçon de vie ! L’enfant reste présent – mais dans son rôle – et pourtant il est naturellement associé au deuil vécu par l’ensemble de la famille.

Quelle est donc l’attitude juste du parent ?

Il s’agit moins d’avoir une attitude juste que d’être juste dans son attitude. Christine Longaker, qui dirige des séminaires de formation à l’accompagnement des mourants et qui a participé à la création d’Unités de Soins Palliatifs aux USA, nous dit dans Trouver l’espoir face à la mort, un guide pour l’accompagnement émotionnel et spirituel des mourants, (un ouvrage dont je ne saurais trop vous recommander la lecture) : « Lorsque survient une mort, les enfants découvrent et assimilent la compréhension que leurs parents ont de la mort. Que les parents perçoivent la mort d’une façon négative, comme quelque chose à éviter à tout prix, ou qu’ils la considèrent comme un aspect naturel et inévitable de la vie et de l’amour que nous ressentons pour autrui, le contexte familial se rapportant à la mort influera sur la réaction de l’enfant, pour le meilleur ou pour le pire. » Je crois que tout est dit là : le thème de « la mort » demande à la relation parent / enfant beaucoup de tact, de délicatesse et de confiance, pour permettre à l’enfant d’intégrer doucement une réalité incontournable, porteuse de peurs et de fantasmes.

Les enfants voient-ils la mort de la même façon que les adultes ?

Non, ils ne peuvent pas la voir de la même façon parce que leur fonctionne­ment intellectuel est différent et surtout parce qu’ils n’ont pas accumulé la même expérience de vie. Ainsi il n’est pas encore possible d’aborder le sujet de la mort avec un enfant de moins de 2 ans. Après, entre 2 et 7 ans, l’enfant associera la mort à la disparition, à « ce qui s’en va », puis au fur et à mesure qu’il grandira, il cherchera à comprendre.

La manière dont nous nous y prendrons pour lui donner des explications à sa portée qui lui permettront de comprendre est donc capitale ?

Absolument, c’est à ce niveau que se situe notre responsabilité. Comment allons-nous répondre aux questions de l’enfant (telles qu’il nous les pose,) sans devoir courir le risque de créer chez lui des fantasmes ?

Il est absolument maladroit de dire à un enfant de 5 ans dont le grand-père est mort : « Grand-père est parti », donc de ne pas voir qu’il ne peut pas comprendre, encore moins admettre que son grand-père « qui l’aimait tant » soit parti sans lui avoir dit au revoir !

J’ai connu une femme qui, dans le cadre d’une formation à la préparation à l’accompagnement des mourants que j’animais, a partagé avec nous que, jusqu’à l’âge de 20 ans, il lui arrivait, dans des moments de nostalgie de son grand-père dont elle n’avait pas fait le deuil, de sortir de la ferme dans laquelle elle habitait, pour accoler une grande échelle au pignon de sa maison et y monter au plus haut pour se rapprocher de lui et – peut-être – espérer l’y voir. On lui avait dit pendant toute sa jeunesse que son grand-père était au ciel. Attention aux mots que nous employons, il faut éviter de comparer la mort au sommeil par exemple !

Pour parler de la mort aux enfants, nous devons employer les mots de la réalité qu’ils peuvent comprendre en fonction de leur âge et non pas des mots qui masquent notre peur. Françoise Dolto, dans Lorsque l’enfant paraît, explique : « Si la vérité n’est pas dite dans les termes mêmes que les adultes emploient pour affronter ces souffrances, l’enfant construit dans sa tête des fantasmes. Il faut que la réalité demeure dans les mots de la réalité, c’est-à-dire de l’expérience des choses. [On peut par exemple dire à un enfant :]

  • Il est mort parce qu’il avait fini de vivre alors que nous espérions qu’il vivrait comme toi.
  • C’est bien que tu sois vivant.
  • Ce n’est pas mal qu’il soit mort. »

Ce n’est pas mal qu’il soit mort ?

Oui, je conçois que cette affirmation puisse nous paraître choquante. Mais en effet ce n’est pas mal, car ce grand-père lui aussi est soumis à la loi de la vie : il naît et il meurt, comme chacun de nous. Cela peut nous causer de la peine, nous faire souffrir, mais ce n’est pas mal en soi.

L’enfant s’interroge-t-il sur ce qui se pas­se après la mort ?

Certainement, il est à remarquer que l’enfant a appris, peu à peu, à ne pas devoir faire un drame de la séparation, donc à découvrir que les choses et les gens continuent à exister même en dehors de son regard. A partir de là, poussé par sa légitime curiosité, il cherche à comprendre et se pose naturellement la question « Qu’est-ce qu’il y a après ? Que font les gens après la mort ? »

Comment peut-on répondre aux questions de l’enfant ?

Il est sûrement important de tenir davantage compte de la dynamique psychologique de l’enfant que de nos croyances (religieuses ou pas.)

L’enfant étant par nature égo­centré, il est important de partir de son point de vue comme de son expérience à lui : « Tu ne peux plus le voir, mais tu en gardes un souvenir dans ton cœur et dans ta tête, peut-être que pour le mort, c’est la même chose, qu’il se rappellera toujours de toi. »

Il est juste et important de tenir à l’enfant un langage basé sur l’authenticité et l’honnêteté : « La vie après la mort, je ne peux pas exactement t’expliquer ce que c’est, car je ne le sais pas (n’en ayant pas fait l’expérience), de même que je ne peux pas te dire que ça n’existe pas. Personne ne sait ce qui se passe vraiment. Les êtres humains espèrent et ont des croyances, c’est comme ça. »

Et avec les tout-petits ?

Il faut d’abord, accep­ter leur curiosité intellectuelle comme un processus sain et normal de croissance, ensuite leur répondre avec simplicité et honnêteté, en évitant, autant que possible, de dramatiser.

Chaque parent, s’il sait la choisir, pourra en trouver l’opportunité. Une belle occasion peut se présenter si un jour, notre enfant nous tire par la main en s’exclamant : « Viens voir, le hérisson, il est tout écrasé ! ». Plutôt que de tirer notre enfant de l’autre côté en lui disant : « Laisse, c’est sale ! », approchons nous de l’animal écrasé, regardons-le en nous associant à l’enfant et disons sobrement, sans porter de jugement de valeur : « En effet, il est mort. »

Et si l’enfant insiste pour en savoir davantage ?

A la ques­tion : « Maman, quand est-ce que je vais mourir, moi ? », la réponse la plus honnête et naturelle est : « Je ne le sais pas et personne ne sait, c’est pour cela que nous avons à vivre notre vie de manière à être le plus heureux possible, donc avec le plus d’amour possi­ble au quotidien. »

Après 9 ou 10 ans, comment réagit l’enfant ?

Tout dépend des influences qu’il a reçues, des expériences qui le guident, mais à cet âge, l’enfant démontre une conception beaucoup plus réaliste de la mort, qui est vécue comme un processus biologique. Et, par le truchement de l’école, il est imprégné des croyances culturelles et religieuses de la société dans laquelle il grandit.

Comment se comporter avec lui ?

Encore une fois, si nous voulons l’aider, nous avons à accueillir ses réactions émotionnelles, le plus sobrement possible. Chaque jeune réagira de façon personnelle à la mort d’un parent, d’un frère ou d’un proche.

A l’adolescence, qui est un âge de remise en question, beaucoup en viendront à douter et ils remettront en cause le contenu des enseignements religieux auxquels ils auront été soumis, et ce n’est que plus tard qu’ils se forgeront leurs propres croyances. Dans cette période trou­blée de la vie, l’amour et l’amitié (ce qu’avec pudeur on appelle aujourd’hui la solidarité humaine) sont certainement des valeurs qui, quand elles sont réellement vécues, vont aider l’adolescent à surmonter les sentiments de détresse et d’aliénation qu’il peut ressentir à l’occasion d’une perte.

Nous pouvons garder présent à l’esprit une vérité : dans un moment de deuil, les jeunes ont besoin de l’écoute, de la bienveillance et de la compréhension inconditionnelle des gens qui les aiment, et c’est sur cette base qu’ils oseront s’ouvrir, partager, plutôt que se murer dans un silence buté ou une feinte indifférence.

© 2004 Renaud PERRONNET Tous droits réservés.

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CC BY-NC-SA 4.0 L’enfant et la mort, comment leur parler ? par Renaud Perronnet est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d'utilisation Commerciale-Partage à l'identique 4.0 .

126 réflexions au sujet de « L’enfant et la mort, comment leur parler ? »

  1. Martine

    La Bulle de Savon
    Mes petits enfants s’interrogent sur la mort et adorent jouer avec les bulles de Savon.
    Je leur explique que nous, humains , nous sommes un peu comme cette bulle de savon, et que un jour nous partirons , comme la bulle de savon,
    car nous ne sommes pas éternels, comme la bulle de savon,
    et je m’amuse avec eux,
    chacun souffle dans son petit jouet en plastique à fabriquer de jolies bulles de savon,
    je souris, je ris , je joue avec eux, tout en parlant des sujets graves de la vie.
    Mais Mamie! si tu disparais comme la bulle de savon, on ne te verra plus! me dit l’un d’entre eux.
    Je le pris dans mes bras et je souffle avec lui une énorme bulle de savon, elle éclate!!!
    Tu as senti? comme une gouttelette d’eau!
    Tu as senti? comme un petit souffle!
    Tu as senti?
    Oui! Mamie!
    Et bien, je serais toujours là avec vous , comme la bulle de savon
    Hé Bien! quand tu partiras mamie !
    On fera d’énormes Bulles de Savon!
    Ouf! j’ai bien peur que au-dessus de ma tombe , vole des milliers de bulles de Savon
    Martine

    Répondre
  2. Aragog

    Martine, je pense sincèrement que vous êtes quelqu’un de très intelligent. Votre commentaire ainsi que cet article ont été d’une grande utilité, je vous en remercie.

    Répondre
  3. audrey

    Bonjour,

    La mère de mon mari vient de se suicider (par arme à feu). J’ai 2 enfants de 6 ans 1/2 et 3 ans et je ne sais pas quoi leur dire. Bien entendu, je compte leur annoncer la mort de leur grand-mère avec qui ils avaient un lien fort mais est-il nécessaire d’expliquer les circonstances et surtout de quelle manière? Nous-mêmes, adultes, avons beaucoup de mal à comprendre ce geste alors comment l’expliquer?
    Merci d’avance pour vos conseils
    Audrey

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Oui, comment expliquer ce que nous-mêmes ne comprenons pas ! Je crois qu’il vous faut – avant tout – tout faire pour éviter un traumatisme, vos enfants sont jeunes.
      Il n’y a pas de réponse toute faite, cela dépendra de leurs réactions auxquelles il vous faudra être attentive en évitant d’induire des sous entendus.

      Répondre
  4. Marie P

    Bonjour dans une semaine nous allons voir de la famille et aller sur la tombe de la mere de mon conjoint décédée il y a dix ans. Nous allons amener notre fille de 2ans1/2 (elle parle très bien)et nous ne savons pas comment lui expliquer la mort de sa grand mere qu’elle n’a jamais vu mais qui est très presente dans notre vie. Elle a vu des photos mais quand elle me demande ou elle est je ne sais pas quoi répondre et je ne veux pas lui dire qu’elle est au ciel. Est ce que je dois lui expliquer ou pas et quoi lui dire ?

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      S’il n’y a pas de débordements émotionnels de votre part et si votre petite fille peut jouer tranquillement autour de la tombe, pourquoi y aurait-il un problème ?
      Pourquoi voulez-vous lui « expliquer la mort de sa grand-mère » ? A 2 ans 1/2 votre enfant ne peut rien « comprendre » de la mort, d’ailleurs je doute que vous compreniez davantage à votre âge !
      Souvenez-vous simplement que les choses doivent venir de son questionnement à elle et que plus elles seront « naturelles » moins elles risqueront d’être traumatisantes pour elle.

      Répondre
  5. Sophie

    Bonjour et merci beaucoup pour votre site et vos conseils toujours très justes.

    Voilà mon problème.
    Mon conjoint a perdu sa maman d’un cancer lorsqu’il avait 20 ans.
    Il ne m’en parle jamais ou très rarement.

    Or notre fille de 3 ans et demi m’a demandé récemment pourquoi son papa n’avait pas de maman. Prise de cours, je lui ai répondu qu’il en avait eu une mais qu’elle avait été très malade et qu’elle était monter au ciel mais qu’elle veillait sur nous depuis les nuages. Je n’en ai pas parlé à mon conjoint car je ne sais pas si il est assez solide pour en parler sereinement avec notre fille (il a aujourd’hui 33 ans).

    Ma question est la suivante : je voudrais parler de sa grand-mère décédée avec ma fille qui me pose des questions mais ne sait pas comment m’y prendre ni si je dois obligatoirement associé le papa à cela ?

    Merci beaucoup pour votre réponse.

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Désolé mais je ne peux pas vous en dire davantage que ce que vous avez lu dans mon article compte tenu du peu d’indications que vous me donnez. Votre question mériterait un entretien en privé.

      Répondre
  6. stephanie

    bonsoir, ma fille de 7 ans et mon fils de 5 ans ont perdu leur papa il y a 1an et leur arriére grand pére 2 mois aprés. ma fille n’accepte toujours pas leur mort et me demande tout le temps quand elle va les revoir. je leur ai dit que leur papa et leur arriére grand pére étaient parti au ciel. ma fille a du mal à travailler a l’ecole car elle pense toujours à eux. elle leur ecris et leur fait des dessins. je ne sais plus comment l’aider à accepter. je la laisse parler et l’ecoute, mais je me sens impuissante, ce soir elle m’a dit qu’elle voulait aussi partir au ciel pour etre prés d’eux car ca devenait de plus en plus dur de plus les voir. je ne sais plus quoi faire. merci de me conseiller si vous le pouvez . leur papa est mort d’une crise d’epilepsie, on était séparer et ca faisait 4 mois qu’ils l’avaient pas vu et leur arriére grand pére est décédé de vieillesse a la clinique. a aucun des 2 ils ont pu dire en revoir

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Oui, si vous dites à vos enfants que la personne qu’ils aiment est partie au ciel, ils vont exprimer le besoin de les y rejoindre.
      Comment vous aider alors que je ne connais rien de votre relation à vos enfants ?
      Ne restez pas seule avec votre impuissance. Pourquoi ne pas consulter un pédopsychiatre ?

      Répondre
  7. Auber Françoise

    Ma petite fille vient tout juste d’avoir 2 ans mon mari, (son papy), est DCD le 2 fevrier et je ne sais pas comment lui expliquer… il lui arrive souvent de l’appeler je ne sais pas quels mots nous devons lui dire. Merci de nous aider.

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Je ne crois pas qu’il y ait lieu « d’expliquer » quoi que ce soit à une petite fille de deux ans qui ne demande rien. Il y a juste lieu d’être sobre (dans la manifestation de vos propres émotions) dans votre relation à elle puisque les enfants sont des éponges. Etre sobre n’est pas être dans le déni, c’est aussi être prêt à répondre à ses questions à elle quand elles viendront, mais pas avant.
      Si votre mari l’appelait souvent, peut-être pouvez-vous lui succéder à votre tour en l’appelant vous-même souvent (en mémoire de l’amour que votre mari avait pour elle), peut-être aurez-vous alors l’occasion de lui préciser que vous l’appelez vous parce que son papy est mort mais que quoi qu’il en soit elle est toujours dans son coeur comme elle est dans le vôtre.
      L’idée est à la fois d’être sincère, vrai, sans crainte et sans fausse pudeur puisque la mort fait bel et bien partie de la vie n’est-ce pas ? C’est ainsi que – peut-être – il sera donné à votre petite fille d’intégrer la mort de son grand-père comme un processus naturel. Bien sûr cela ne sera rendu possible que parce que vous-même vous réussirez à l’intégrer.
      Pour aller plus loin je vous invite à lire : Le travail de deuil

      Répondre
  8. Eugenie

    Bonsoir, mon mari est atteint d’un cancer à un stade très avancé, nous gardons espoir mais les pronostics sont épouvantables. On a été honnête avec ma fille de 3 ans et demi depuis le début, en lui parlant avec des mots simples. Que son papa avait une maladie très méchante et qu’il se bagarrait mais qu’on est inquiets car c’est dangereux. Plus le temps passe et plus son état se dégrade et plus je trouve dur de trouver des mots.

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Dans un contexte aussi douloureux tentez simplement de vous souvenir que votre petit enfant vit ses émotions à travers vous. Il ne s’agit pas de vous inhiber vous-même mais d’être à la fois vraie et sobre avec lui. La préparer dès maintenant à la mort – dans la mesure où vous la sentez inéluctable – c’est dès maintenant lui dire avec tout votre amour qu’il est possible que son papa meure même s’il fait tout pour rester. Parce que dans la vie ce n’est pas nous qui décidons et que c’est pour cela qu’il est précieux de s’aimer et souvenez-vous que l’important sera ce que votre fille sentira de vous au moment où vous lui parlerez. Sentira-t-elle la maman solide (dont elle a besoin) ou une maman perdue ? L’aimer c’est être une mère pour elle, c’est-à-dire être autant que faire se peut « solide » pour elle. Je suis persuadé que c’est cela qui sera le plus déterminant. (Et cela passera aussi par la mettre à distance des débordements émotionnels de certains membres de votre famille.)

      Répondre
  9. Pierre

    Bonjour,
    Dire, parler de la mort à ses enfants même de façon maladroite est toujours préférable au mutisme.
    Avec mon frère jumeau nous étions les cinquième et sixième d’une fratrie de six. Nous étions les petits derniers de la fratrie.
    A l’âge de seize ans mon frère jumeau est décédé brutalement au cours d’un accident. Je dis accident, mais en fait sa mort demeure toujours pour moi une énigme, même si je préfère penser qu’il s’agit d’un accident.
    Après sa mort son prénom n’a plus jamais été prononcé dans ma famille.
    Il y a deux ans j’ai appris par ma soeur aînée que ma famille s’était réuni sans moi, pour savoir s’il était préférable qu’ils prononcent son prénom devant moi. Il fut décidé qu’ils ne devaient jamais évoquer son prénom devant moi. Cette décision fut prise pour mon bien, selon ma soeur.
    Vous dire que mon frère et moi avons été élevé dans la fusion est un euphémisme ! Mêmes habits, nous avons dormi dans le même lit jusqu’à l’âge de dix ans, puis partagé la même chambre jusqu’à sa mort.
    Lorsque j’étais seul, il y avait toujours un membre de ma famille, parfois des ami(e)s de la famille pour me dire : « qu’est-ce que tu as fait de ta moitié ? »
    Vers nos quinze ans, nous commencions à nous émanciper l’un de l’autre. Parfois il nous arrivait de nous battre pour mieux nous affirmer, pour nous individualiser, pour arracher ce lien si fort qui nous unissait et qui devenait de plus en plus encombrant.
    Lorsque mon frère est mort, durant une fraction de seconde, je ne vous cacherais pas que j’ai ressenti comme un soulagement. Cette fraction de seconde je l’ai payé cher en angoisses et en sentiments de culpabilité.
    Un an après sa mort, alors que mes soeurs et frère ainé avaient quitté le domicile familial et que je vivais dorénavant seul avec mes parents, j’ai décidé d’arrêter mes études et de vivre de façon autonome. J’ai pris un studio. Entre des petits boulots et quelques petits actes de délinquance j’ai réussi à grandir, à devenir adulte.
    Il faut vous dire que je porte le même prénom que mon père, et même les deux premiers prénoms de mon père.
    Aujourd’hui encore, même si je sais qui je suis, il m’arrive d’avoir quelques difficultés avec mon identité.

    Puis j’ai rencontré une amie, nous avons eu deux enfants hyper désirés.
    A la naissance de mon fils j’ai fait une grave dépression. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait car nous voulions cet enfant.
    Quelques jours après sa naissance j’ai entrepris une psychanalyse… Vingt-cinq ans après je suis toujours analysant ! J’ai appris à mettre des mots sur mon histoire. Même si je demeure fragile émotionnellement, même s’il m’arrive encore, parfois de me replier sur moi-même lorsque je me sens agressé, je sais que je suis devenu plus fort.
    Mon analyse m’aura appris à parler de moi à la première personne du singulier. Pouvoir dire « je » a été une victoire pour moi. Même s’il m’arrive encore de dire « nous » au cours d’une séance d’analyse, cela reste très exceptionnel. Lorsque j’ai compris l’origine de mes problèmes de genoux (je/nous) sur le divan du cabinet de mon psychanalyste, ses problèmes ont disparus.
    Ma famille n’a pas su, n’a pas pu trouver les mots pour parler de la mort de mon frère. Les conséquences ont été terribles pour certains de mes neveux.
    Même s’il m’est arrivé de parler de façon maladroite de mon frère jumeau à ma fille et à mon fils. Je veux dire que parfois il m’arrivait de pleurer en en parlant devant eux, jamais je ne regretterais de leur en avoir parlé et d’avoir évoqué les bons, comme les mauvais moments de mon enfance et de mon adolescence.

    J’ai toujours été fier de mes enfants. Ils ont chacun une belle profession, ils sont autonomes, mais surtout ils sont heureux et pour moi, comme pour ma femme (leur mère), c’est le plus important. C’est l’essentiel.
    Parler de la mort à son enfant, c’est lui parler de la vie et de sa vie future. Son bonheur en dépend. Je peux comprendre que parfois il est très douloureux, voire impossible d’en parler, mais dans ces cas-là il ne faut pas que les parents, voire la famille entière, se rendent chez un psy pour parler du mort, du vide que ce mort laisse derrière lui.
    Merci de m’avoir lu.

    PS : Volontairement je n’ai pas noté le prénom de mon frère, pour ne pas être reconnu. Mon prénom est un pseudo, pour la même raison.

    Répondre
    1. Pierre

      Quel lapsus j’ai commis dans mon message ci-dessus !!!
      Dans le dernier paragraphe de ce message je voulais écrire : « dans ces cas-là il ne faut pas que les parents, voire la famille entière hésite à se rendre chez un psy… »
      Au lieu de cela j’ai écris le contraire ! Je laisse le soin aux contributeurs freudiens de ce site de trouver une réponse !

      Mille excuses pour ce lapsus et encore merci 🙂

      Répondre
      1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

        Je comprends surtout que le « soulagement » que vous évoquez parle de votre désir d’individuation, d’exister pour vous-même et non pas d’une quelconque malveillance contre votre frère mort. Dans un tel contexte, pourquoi devoir culpabiliser ? Quand nos sentiments sont complexes et multiples, nos ressentis sont aussi complexes et multiples.
        A vous lire, la part de responsabilité que porte votre famille est énorme : elle a tenté de passer sous silence et soi-disant « pour votre bien » un frère jumeau qui a été constitutif de votre début de vie à vous.
        Oui, parler de la mort à ses enfants, c’est leur parler de la vie.
        Aujourd’hui vous semblez avoir remis de l’ordre dans les choses, même si votre lapsus vous montre que ça n’a pas été chose aisée. Et je sens qu’en osant vivre vous rendez hommage à votre frère mort.

        Répondre
  10. Yves

    Bonsoir,

    Il y a quelques semaines de ça, j’ai été témoin du meurtre de mon voisin. Sa femme serait impliquée dans cette sordide histoire et a donc été incarcérée.
    Ma fille, âgée de 4 ans et demi, appréciait ce couple et leurs enfants et je n’ai pas encore eu le courage de lui apprendre le décès.
    Avec les beaux jours qui reviennent, jouant plus dehors, ma fille va bientôt réaliser que la maison d’à côté n’est plus habitée …. alors qu’elle croise encore parfois les enfants de nos voisins.
    Une question en amenant une autre, je serai bientôt dans l’obligation de lui faire connaître le décès de cette personne (mais je me refuse à lui faire part des circonstances) et l’absence de son épouse (et de tenter de trouver une bonne raison à cette absence loin de leurs enfants).

    Auriez-vous quelques conseils à me donner en prévision de cette discussion que j’aurai avec ma fille et qui risque d’être bien pénible ?

    Vous en remerciant par avance.

    Répondre
    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Tant que vous serez dans la crainte de ce que vous avez à dire à votre enfant, vous vous condamnerez à vouloir le censurer et ne pourrez pas avoir une attitude sobre et juste vis-à-vis de lui. Il vous faut donc commencer par rencontrer ce qui vous fait si peur à vous.
      J’entends que cette histoire est « sordide » mais – aussi tragique soit-elle – elle est aussi « humaine ». Je suis persuadé qu’il est possible de l’évoquer à votre enfant avec des mots simples et humains sans devoir l’inquiéter outre mesure mais ça ne sera rendu possible qu’à un père lui-même en équilibre et apaisé.
      Si votre but est de tenter de ne pas ébranler le monde émotionnel de votre enfant, il vous faut préalablement prendre soin d’apaiser le vôtre, y compris par rapport à votre besoin d’inventer des mensonges vis-à-vis d’une réalité délicate à révéler.

      Répondre
      1. Yves

        Alors, quels devraient être les mots à employer ?
        Le voisin est mort parce que sa femme ne l’aimait plus et qu’elle a « demandé » à son amant de l’éliminer ?
        Parce que la police n’a pas su intervenir assez rapidement ?
        Quelles idées s’ancreraient dans la tête de ma fille ? Pour mettre fin à une histoire d’amour, à un mariage, il faut éliminer le conjoint ? Rien ne sert d’appeler la police puisqu’elle ne pourra que constater les dégâts ?
        Effectivement, les responsables sont en prison mais à quel prix ….

        Répondre
        1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

          Parler à votre enfant ce n’est pas appliquer une recette, c’est vous ouvrir à sa sensibilité, différencier ce qu’elle peut entendre de ce qui pourrait être effrayant pour elle donc ne pas minimiser mais relativiser. Ce sera aussi l’écouter elle dans ce qu’elle aura à dire en lui montrant que vous accueillez son ressenti.
          Pour ce faire il vous faudra commencer par vous ouvrir à votre propre sensibilité de père. Vous pouvez être certain que les idées qui s’ancreront dans la tête de votre fille après votre communication seront plus liées à la délicatesse avec laquelle vous lui aurez parlé qu’aux faits eux-mêmes.
          Pour aller plus loin dans votre relation à votre petite fille, je vous invite à lire ce beau texte de Jodorowsky : Papa, apprends moi à penser

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  11. Yves

    Voilà, c’est fait …. Tristesse et pleurs partagés, déplacement jusqu’à la tombe du défunt, réponses aux questionnements divers et apaisement des craintes.
    Merci pour vos conseils qui m’ont aidés à franchir le pas.

    Cordialement,

    Yves

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  12. herminie

    Je suis directrice d’une école, j’ai un petit enfant de 3 ans qui est mort dans une école maternelle où je travaille. Comment annoncer aux camarades de la classe son décès ?

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  13. Marie

    Bonjour, je suis maman de 2 enfants: Emma 4 ans et Enzo 2 ans.
    Nous avons appris début juin qu’Enzo était atteint d’un cancer. Tout a été très vite: fin juillet le cancer a atteint les méninges et on a appris début septembre qu’il n’y avait plus aucune guérison possible et que d’après les médecins « ça va aller assez vite ». Tout cela est déja très dur et dévastant à vivre pour moi en tant que mère mais je pense surtout à ma fille, grande soeur de seulement 4 ans. Je réclame depuis fin juillet un suivi psy qui tarde à se mettre en place et qui me parait plus qu’urgent et nécessaire aujourd’hui. Emma sait que son frère est gravement malade, nous lui avons dit dès le début mais nous espérions qu’il guérisse. Il y a quelques jours j’ai essayé de lui parlé, en lui disant que les médecins essayaient de soigner Enzo mais qu’ils n’y arrivaient pas. C’est compliqué, j’ai tellement peur de dire ou de ne pas dire justement des choses qui vont la marquer toute sa vie! Etant moi même bouleversée, il m’est très difficile d’en parler.
    Ce midi, nous étions à table à 4 avec son père et son petit frère lorsqu’Emma nous a dit: Louna (une copine de classe) a entendu sa mère qui disait qu’Enzo va mourir, c’est une blague hein?
    Je n’ai pas su répondre sur le coup et je m’en veux, je comprends bien que cette question attendait une réponse et qu’elle avait peut être d’autres questions. Je ne sais pas non plus si à son âge (elle a 4 ans et est très mature pour son âge, elle a passé une classe et est plus mature que la plupart des enfants de sa classe) elle a notion de ce qu’est vraiment la mort?
    J’aimerai pouvoir la préparer du mieux, si cela est possible, à l’inévitable mort de son petit frère, de qui elle a toujours été très proche, très complice et très protectrice.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Je crois que vous voyez juste, il faut que vous vous mettiez en quelque sorte « au service » d’Emma, dans cette tragédie que vous vivez en famille.
      Pour ce faire, considérez avec simplicité que vous aurez besoin de beaucoup de force et de courage et commencez par prendre soin de vous et de votre couple, notamment en vous faisant accompagner par un psychologue compétent c’est-à-dire altruiste mais aussi capable d’empathie et de compassion (si ce ne devait pas être la cas, n’hésitez pas à en changer puisqu’il y va de votre équilibre à tous).
      Tout ce que vous mettrez en place pour vous et votre famille contribuera à ce que dans 15 ou 20 ans, Emma, aujourd’hui si petite, puisse ne pas porter comme un fardeau la probable mort de son petit frère.
      Aujourd’hui, votre « tâche » est d’accompagner Enzo à travers le destin qui est le sien et pour ce faire de regarder en face, pour les accueillir, les émotions qui sont les vôtres. Pas de déni, jamais. C’est ainsi que (même inconsciemment), vous aiderez Emma à découvrir la réalité de la vie avec ses contingences.
      Parce que la vie peut être très cruelle, c’est en réussissant pas à pas à ne pas faire de cette cruauté un obstacle insurmontable que vous parviendrez à faire sentir à votre petite fille que vous aimez sa beauté.
      Et je perçois, derrière le souci de mère qui est le vôtre que c’est ce que – tout au fond de vous – vous souhaitez pour Emma en voulant la préparer au mieux.
      Oui vous êtes légitimement bouleversée et dévastée et en même temps vous aimez, et c’est ce lien d’amour, ce lien de vie, qui vous aidera à rester debout au cœur de votre souffrance.
      Votre peur d’être maladroite vis à vis d’Emma est, elle aussi, légitime, restez vraie et sobre à la fois. Souvenez-vous qu’elle vivra ses émotions principalement à travers vous et que vous ne pouvez pas vous tromper si vous répondez à ses questions avec bienveillance et authenticité, en la considérant comme un être humain à part entière et non comme un être qu’il faut protéger envers et contre tout parce qu’il est faible. Emma trouvera sa force dans la manière dont vous saurez lui faire percevoir votre confiance en la vie malgré les épreuves que vous vivez ensemble. J’insiste aussi sur la sobriété de vos réponses. Cela veut dire que quand on s’inquiète démesurément pour son enfant cela lui pèse, il a juste besoin qu’on réponde à ses questions, rien de plus, le reste, (notre « pathos »), nous appartient et risque de l’encombrer.
      Puissiez-vous avoir confiance en votre solidité dans les épreuves, même quand tout s’effondre, et puis tout change constamment n’est-ce pas ?
      « Quelque soit la personne que tu rencontres, écrit Christian Bobin, sache qu’elle a plusieurs fois traversé l’enfer. » Puisse votre traversée personnelle de l’enfer faire découvrir à votre petite fille que nous devons tous nous souvenir de nous aimer et en particulier dans les épreuves.

      Pour aller plus loin, je vous invite à lire mon article : La vie n’est pas injuste mais elle est cruelle

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