Mémoire traumatique

Réflexion n° 20 :

Jean-Didier Vincent, neuropsychiatre et neurobiologiste, directeur de l’Institut Alfred Fessart à Gif-sur-Yvette, affirme : « Tout notre être est mémoire. (…) Les souvenirs obligent à construire un schéma d’action, souvent bricolé de façon à apaiser une insupportable souffrance. (…) Les représentations se construisent dans le cerveau à travers le filtre des émotions. Emotions et affects servent de support à leur construction. »

C’est ainsi qu’à chaque fois que nous voyons une personne réagir hors de proportion avec une situation donnée, nous pouvons être certain que sa mémoire traumatique la contraint d’agir de la sorte car elle revit à ce moment-là une souffrance insupportable.

Je me souviens de cette personne âgée – nouvellement arrivée dans une maison de retraite – qui désespérait toutes les soignantes qui venaient pour l’aider à faire sa toilette intime. Elle ne voulait pas se laisser approcher, elle les frappait en criant : « Foutez le camp salopes ! Vous aimez ça hein ! » Les soignantes désorientées, troublées dans leur désir de faire leur métier, avaient pensé prendre des mesures de rétorsion contre cette femme. Jusqu’au moment où l’une d’entre elles a découvert qu’elle avait été victime d’un viol. Inutile de vous dire que leur comportement s’est transformé, elles ont su trouver des gestes respectueux et appropriés.

Notre mémoire traumatique nous aliène quand elle nous contraint à réagir conformément à un souvenir insupportable qui ne correspond plus à la réalité du moment.

Avoir cette évidence en mémoire, c’est devenir capable d’être en harmonie avec l’autre « tel qu’il est ». « Un tel dit ceci et le dit même avec colère, oui, c’est qu’il ne pouvait parler autrement », confirme Swami Prajnânpad.

© 2014 Renaud & Hélène PERRONNET Tous droits réservés.

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10 réflexions au sujet de « Mémoire traumatique »

  1. MARGOT

    Bonjour, j’ai toujours un grand plaisir à me rendre, si je réfléchis… hum, ça fait déjà un bon petit moment, sur ce blog, dont j’aime bien la philosophie. Curieusement je le lis toujours à des moments précis, c’est à dire, un mail arrive de temps à autre et c’est toujours en plein dans le mille d’un sujet qui me taraude justement… parfois ce sont des éclairages qui me permettent d’intégrer avec des mots et une analyse qui me manquaient, je lis soudainement mieux certaines situations, cela me permet de me situer ou de m’exprimer… là j’ai l’impression d’un soulagement… »voilà c’est ça, c’est exactement ce que je ressens, ça fait vraiment du bien de lire ce petit compte rendu sur la compassion idiote, par exemple, c’est tellement bien dit… » de fait je l’ai fait circuler à pas mal de monde… Nous vivons des temps difficiles ou nous avons absolument tout pour être heureux et pourtant nous ne le sommes pas… (enfin une catégorie d’individus…et peut-être nous ne le sommes pas de fait que l’autre moitié ne l’est pas…) … le cinéaste Nuri Bilge Ceylan qui a gagné la palme d’Or avec son film Winter sleep dit : « même si nous avons tout pour être heureux nous ne le sommes pas car nous avons besoin du malheur »… Je reçois ici un peu de lumière, qui par ces temps obscures et confus, me fait beaucoup de bien, alors merci à ce site d’exister et de me permettre de temps en temps de me ressourcer… sur ce je vais lire le sujet d’aujourd’hui qui me parle particulièrement… @bientôt Margot

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  2. Jéromine

    Coucou Margot, je te rejoins complètement, c’est l’intelligence de ce site qui frappe et sa pertinence, tout le temps, le mot « compassion idiote » montre même l’humour et l’anti langue de bois qui se pratique ici. J’y suis beaucoup allée fureter dans tous les coins à un moment de ma vie où ça n’allait pas fort et j’y ai trouvé un réconfort certain, un efficace coup de pouce et même des coups de pied aux fesses salutaires !! Je pense que ce blog est unique en son genre. Il réunit aussi des gens qui n’auraient pas dialogué comme ça sinon. Bonne balade intra muros ( et extra 🙂
    Jéromine

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  3. bernadette

    Ayant vécu moi-même de nombreux traumatismes (viol, violences conjugales, accidents de santé : hémorragie), il est vrai qu’il y a en moi des tiroirs remplis de souffrances. Cependant, étant bouddhiste de conviction, je ne me vois pas comme une victime mais comme le résultat de karmas anciens venant d’autres vies. Ma façon de voir : ne jamais en vouloir à personne, utiliser ces expériences negatives avec la ferme conviction de ne plus recommencer certaines erreurs ou tomber dans certains pièges que les « autres » me tendent. Une fois les erreurs comprises, je crois qu’il faut au contraire utiliser tout ce potentiel de souffrances pour aider les autres et être plus tolérant vis-à-vis des faiblesses d’autrui.

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      1. bernadette

        Qui vous dit que « nos » morales ont été imposées de l’extérieur. Quand je m’exprime en disant de ne jamais en vouloir à personne, c’est par expériences. J’ai vécu les deux, j’en ai voulu et j’ai hai des proches, cela s’est très mal terminé. Ensuite je me suis retirée en solitaire pendant plusieurs années et j’ai laissé faire le temps. Avec le temps qui passe, on contemple beaucoup de choses, on voit les évènements passés différemment. On n’a pas envie de RUMINER ses rancoeurs, ses souffrances. C’est lourd, c’est très lourd de ruminer et cela vous enchaîne encore plus à la personne qui vous a fait du mal. Avec le temps, en solitaire, on rentre à l’intérieur de soi-même, on contemple son esprit et on peut voir aussi les vagues. L’amour, l’ATTACHEMENT, LA HAINE. Ne sont-ils pas les deux faces de la même médaille ? C’est trop facile d’imposer des morales ou des points de vue et de mettre une étiquette sur tout. Ce fut ma propre expérience et chacun vit et survit à ses expériences. A la mort, nous serons seuls aussi et personne ne sera là pour nous endoctriner. La seule chose que l’on pourra emporter avec soi sera la balance de notre vie. Et même si on m’ a fait beaucoup de mal, je veux partir l’esprit en paix sans en vouloir à personne et sans rien regretter. Bien à vous

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  4. MARGOT

    Bonjour Jéromine, bonjour Bernadette, je suis surprise car je ne m’attendais pas à des retours sur mon petit mot, ça fait toujours plaisir, Jéromine c’est un joli prénom que je ne connaissais pas, il me fait penser à Geronimo, le grand chef indien… voilà tout un paysage qui s’ouvre, je ne savais pas que Jérôme se rencontrait au féminin… par ailleurs je suis un peu dyslexique mes lectures ou compréhensions font parfois des bons dans un sens puis dans l’autre… quoiqu’il en soit, je voulais vous faire un petit signe avant de décrocher de mon ordi… je me donne un coup de pouce et pars au bord de la mer… j’en ai un besoin fou, car oui je ne suis pas dans une super forme en ce moment, bien que je sois dans cette recherche d’équilibre qui est d’apprécier d’un côté un moment charnière brouillon, qui donne le tournis et de l’autre le luxe de ma mobilité, oui je n’ai pas à me plaindre et pourtant c’est pas ça en ce moment… la spiritualité, j’apprécie le boudisme et reconnaît ses valeurs mais je n’arrive pas pour autant à passer le cap et me sentir en famille avec une voie en particulier…je trouve toujours extraordinaire Bernadette de pouvoir aller de l’avant et de s’en sortir, bravo car pour les autres se sont autant de message d’espoir de voir une personne qui arrive à dépasser la mal vécu regardons du côté de Mandela, c’est une lumière qui brille sur le monde entier… quel exemple… j’ai un vécu familiale qui m’enracine dans des schémas pas très inconfortables et loin d’être épanouissants et malgré des démarches je n’arrive pas à passer à autre chose, bref, nomade et en ce moment vague à l’âme, artiste je vais aller discuter avec la mer, et vous laisse pour boucler mon bagage… alors merci pour vos petits mots et à mon retour en espérant être bien rechargée, d’embrun de soleil et d’énergie, bien à vous, Margot

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    1. bernadette

      Bonjour Margot,
      Bonne idée de te recharger à la mer. La mer c’est aussi notre « mère universelle ». C’est de là que nous venons. La mer c’est l’eau du placenta. Il y a q.q années, quand j’allais au plus mal, tous les après-midi, je me rendais à la mer (j’habite au Portugal) et je me rechargeais. J’écoutais ma respiration comme les vagues de la mer. A chaque vague qui venait, j’inspirais, à chaque vague qui s’en allait, j’expirais. Ceci dit, en même temps, je faisais un petit exercice, à chaque INSPIR, j’inspirais la souffrance des êtres, à chaque EXPIR, j’expirais de la Lumière, du bonheur sur ces êtres en souffrance et je peux te dire que cela m’aidait énormément à oublier mes angoisses, mes peurs. Bien à toi.

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  5. Catherine

    Je suis tout à fait d’accord avec cette analyse, toutefois, je m’indigne tout de même de la grossièreté des propos tenus par l’exemple donné (la vieille dame), on peut avoir été violée dans son enfance, sans traiter les soignantes de salopes. A mon avis il y a une forme de démence sénile certaine dans cette réaction excessive.
    Que l’on ai souffert, ne donne pas le droit d’insulter les autres, que je puisse comprendre une souffrance, ne veut pas dire que je dois tout accepter et surtout pas le fait de me laisser injurier sous prétexte de souffrance « méconnue » de celui qui balance les injures.
    Oui on se traîne un harpon qui nous blesse à chaque pas, quand on a été autant blessé, peut être que l’on en veut à la terre entière sans aucun doute, mais quand on ne fait plus la différence entre ceux qui sont potentiellement dangereux et ceux qui prennent soin de nous, là il y a un soucis autre que le trauma.

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    1. Renaud Perronnet Auteur de l’article

      Il s’agit de faire la distinction entre vous et l’autre : l’autre n’est pas vous.
      Vous faites comme vous le pouvez ou le sentez, en acceptant (ou pas) les propos tenus par une personne manifestement traumatisée.
      Il n’empêche qu’au moment où elle a parlé, la personne traumatisée qui a tenu ces propos ne pouvait pas agir autrement que comme elle a agi !

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    2. ninava

      Catherine,
      Je décèle dans tes propos que tu n’est pas une soignante. Cette vielle dame fait partie des 10% des personnes agées accueillies en EHPAD. Ces personnes subissent des modifications physiques et psychiques telles qu’il leur est impossible de finir leur vie chez elles. S’indigner de leur propos et ne pas les accepter comme tu sembles le faire limiterait trés étroitement le champ d’action des soignants. Ainsi nous chercherons à valider leur mode de communication encore possible, de donner un sens à leur comportement afin d’adapter le notre et de mieux les accompagner dans leurs difficultés.

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